Islande: coups de coeur

Publié le par bigfoot

Premier article depuis presque un an. Complètement rouillé, je ne suis même pas sûr de réussir à faire fonctionner la grosse machinerie qui gère la création de ces pages.

Bon, comme il n'y aura que du blabla et aucune photo ou vidéo insérées, ça devrait suffire pour reprendre la main.

 

Je lisais sur un forum le mois dernier un post concernant les coups de coeur en Islande. Discussion acharnée, pleine de malentendus... Evidemment, dès que l'aspect émotionnel entre en compte, comment peut on être d'accord?

 

Mais j'ai envie d'apporter ma pierre à l'édifice. Cartésien et rationnel comme je le suis, je vais mettre tout le monde d'accord (ou pas, et puis on s'en fout un peu en fait)...

Par la même occasion, je vais tenter définitivement d'expliquer cette passion pour ce pays unique à tous ceux qui me demandent pourquoi je vais me casser le dos inlassablement tous les ans dans ces contrées inhospitalières, froides pluvieuses et venteuses... et surtout désertiques... lesquels questionneurs sont généralement ceux qui vont tous les ans poser leurs fesses à l'ile des loisirs au Cap d'Agde sans rien trouver à redire à cette habitude.

 

Le désert... personne ne peut le comprendre tant qu'il n'y a pas mis les pieds. Ne sachant d'ailleurs comment expliquer cette sensation, il suffira de citer Monod pour clore ce vaste débat.

"Parler de désert, ne serait ce pas d'abord se taire comme lui, et lui rendre hommage non de nos vains bavardages mais de notre silence?"

 

Et oui, encore une fois, 2011 ne dérogera pas à la règle. Je retourne en Islande, en quête de solitude, d'étendues vierges de notre présence envahissante. Pas de défi comme ça a pu être le cas dans mes motivations passées ou de recherche de réponses à mes questions existentielles que je pense avoir enfouies sous des tonnes de réponses satisfaisantes dans ma crise précoce de la quarantaine.

 

Le désert, juste le désert, quelle que soit sa forme pour cette année... peu importe les montagnes et les couleurs du Landmannalaugar et des Fjallabak... Tant pis pour les alignements du Laki et des Fogrufjöll... L'infini, cette année, que de l'infini à perte de vue.

Départ au sud est du Vatnajökull, dans les régions colorées du Lonsoraefi, puis montée sur les plateaux désertiques sous le Snaefell, histoire de constater les dégats causés par l'immonde sacage industriel du complexe de Karanjuhkar et rejoindre d'une manière ou l'autre (sauf en hélicoptère, j'ai déjà donné vers l'Hekla) l'Askja en passant par les arêtes dentelées des crêtes sud de la caldeira. J'aurai alors définitivement terminé mon exploration de cet incroyable volcan.

 

Les coups de coeur donc puisque je parle d'Askja...

Parti dans mes logorhées habituelles, je dirai qu'ils sont divisés en trois catégories...

1/ les coups de coeur visuels, instantanés...

2/ les coups de coeur humains, rencontres magnifiées par le hasard de nos cheminements erratiques. Dieu ne joue pas aux dés, parait il...

3/ les coups de coeur postérieurs à l'instant vécu... Oui, c'est antinomique... Comment un coup de coeur ne peut il être instantané? Ben... j'ai le droit à toutes les dichotomies que je veux ici... C'est mon blog après tout. Et c'est ceux là qui me donnent envie d'y retourner année après année, lorsque tout est retombé. Ceux qui me restent au fond des tripes quand la mémoire visuelle ou la souffrance sont effacées.

 

1/ les visuels...

je ne m'attarde pas. A chacun les siens, souvent fonction d'une météo pour le moins capricieuse. Le Skeiðararsandur sous le soleil peut apparaitre plus charmant que les délires colorés du Landmannalaugar sous la tempête. Je vous jure que c'est possible, surtout quand vous en avez ras le bol de marcher autour des crevasses sur le glacier au-dessus du sandur et que votre seule envie est d'en descendre au plus vite.

Mais je citerai les montagnes bleues de Sveinsgil, la Skafta juste au nord du Laki, Vonarskarð, la Miðlansa, la Jokulsa à Fljotsdal (avant le désastre hydraulique de l'industrie de l'aluminium), la Jokulsa à Fjollum, et les divers soleils de minuit en juin quand on m'accordait "le privilège généreux" de quelques jours de congés en juin (message pour le moins subliminal aux divers concernés)...

 

2/ les gens (si si)... et après on dit que suis limite misanthrope...

"Je ne méprise pas les hommes mais je préfère la nature" lord Byron

 

De France, échanger avec ceux qui ont la même passion que vous... 

Mais sur place...

Tremper du poisson séché beurré dans une tasse de café instantané avec Arna dans le refuge d'Herdubreið alors que la tempête de neige atteind son paroxysme dehors...

Assommer à moitié l'ange (ou démon) Léa avec la porte des chiottes du refuge de Strutur qui m'échappe des mains à cause de la violence du vent...

Partager le pastis avec Patrick dans le refuge surchauffé d'Emstrur alors que le laugavegur est fermé pour cause d'intempéries...

Le croisement de mes empreintes de pas avec celles d'Olivier, Johanna et Raphaelle à quelques jours prêts dans l'inhospitalier Þjorsarver qui allaient donner naissance au désormais célèbre Bigfoot (c'est en jouant dans la fanfare qu'on devient fanfaron)

La rencontre sous le déluge de Veiðivötn avec le monstrueux camion de Cédric et Elyane. D'abord pour me proposer une soupe pour me réchauffer et m'abriter quelques instants et finir par nouer une profonde amitié et en ce qui me concerne une reconnaissance éternelle pour leur gentillesse et leur soutien après mon crash en hélico (euh... c'est pas exactement ça, mais je me comprends...).

Evidemment la visite surréaliste de Björn et sa famille me rejoignant de manière totalement inattendue au refuge de Dalakofinn puis leur accueil si agréable à Hella...

 

Merci encore et encore à tous, vous illuminez ces voyages beaucoup plus que ces quelques instants fugaces en votre compagnie et mes attitudes réservées ne peuvent le laisser croire. 

 

3/ les postérieurs (non non, pas de double sens, on est sérieux ici, voyons)

"Je sais que l'important dans la vie, ce n'est pas nécessairement d'être fort mais de se sentir fort, et de se mettre à l'épreuve au moins une fois, de se retrouver au moins une fois dans la condition humaine la plus archaïque, d'affronter seul la nature aveugle et sourde, sans rien pour vous aider si ce n'est vos mains et votre tête."

28 juin 2007: Une terrible tempête de neige dans le labyrinthe du champ de laves de l'Askja... Complètement démuni face à cette violence, au bord de la crise de nerfs, je finis par arriver à bout de souffle au refuge de Dreki. 

De retour en France, c'est la révélation... J'ai "survécu". L'instant est gravé à jamais en moi. Je veux vivre ces moments encore et encore... Le virus islandais a pris possession de mon esprit...

28 juin 2008: en route vers l'Askja, sur la Gaesavotnleið, nouvelle tempête de neige qui va me bloquer 3 jours dans l'abri de Kistufell.

Il est des endroits qui vous tolèrent juste, d'une puissance infinie, où l'on se sent comme une mouche posée sur le bras... Qu'on chatouille le bras par nos pas, et d'un geste vous êtes chassés...

C'est ce que l'on ressent autour de l'Askja. Une formidable puissance. Sortez du traditionnel sentier qui mène à Viti, prenez un peu de hauteur, égarez vous dans le dédale de lave, profitez d'une journée de mauvais temps dans le brouillard, tout seuls là haut... Vous comprendrez ce que je veux dire. C'est là que l'on prend conscience de notre faiblesse face au monstre qui nous encercle.

J'ai navigué sur Oskjuvatn, oh, juste une petite heure sur ma coquille de noix. Je me suis senti aspiré par le fond. Quelque chose est tapi là, quelque part, qui nous surveille, prêt à nous engloutir au fond de l'eau ou sous un déluge de feu, ou à nous entrainer au plus profond d'une crevasse.

Le jour où le volcan se réveillera, je veux en être, je veux le voir vomir de près toutes les flammes de son corps. J'ai l'impression de lui appartenir, de lui vouer un culte païen, sacrificiel.

Cet été, si tout se passe comme prévu, je bouclerai donc le tour du volcan par ses crêtes sud. Je finirai enfin dans Viti où je ne me suis toujours pas baigné après trois visites.

 

Le désert, ce désert silencieux où ne survivent que quelques malheureux brins d'herbes. Je l'ai traversé sous une déferlante monstrueuse en 2008.

L'an dernier sous le soleil, la magie n'a pas opéré de la même manière... Je dois pourtant reconnaitre que c'est le seul endroit où vraiment j'entends réellement mon corps. Vraiment je l'entends qui vit. J'entends le bruit de mon coeur. A l'arrêt assis sur une pierre, je m'entends... Ici en France, dans nos montagnes, il y'a toujours le bruit d'un oiseau ou d'un ruisseau qui brise le silence.

Le silence total, absolu... c'est dans le Sprengisandur que je l'ai entendu, le fameux oxymore du silence étourdissant... Et bien non, je sais depuis ce jour que le silence est bruyant, qu'il a un son... 

 

Par contre, sur la glace, là où on croirait au silence total, il n'est que bruits inquiétants de craquements, de ruisellement d'eau sous vos pieds, de cascades souterraines... Autre monde où là non plus, nous ne nous sentons pas vraiment à notre place...

Marcher là où un volcan aussi puissant que le Grimsvötn déverse toutes ses scories donne un incroyable sentiment de puissance et de gloire après coup, fortement relativisé par le stress immédiat de contourner les cônes de glace noire et les crevasses sans fond du glacier.

Pourtant, une fois affronté ce monde nouveau, ici aussi, une envie obsédante d'y revenir, de ressentir encore une fois cette force qui est en nous d'affronter des éléments à priori aussi hostiles.

 

Une lutte pour affronter mes peurs? Je ne sais pas. Je n'essaie plus de comprendre le pourquoi, les causes de ces envies? C'est ainsi, assez de questions métaphysiques... Je ne pense pas qu'il y'ait d'intérêt profond à comprendre ce genre de motivations.

Tout ce que je sais, c'est qu'à chaque fois je reviens transformé de ces voyages, parfois pour le meilleur, souvent pour le pire, n'ayant plus envie d'affronter notre monde civilisé et ses codes qui ne me conviennent plus.

Tout ce que je sais, c'est que c'est là bas que je me découvre, où enfin je suis moi, libre de mes mouvements et de mes envies...

 

 

Mais qui mieux que Rachel pour décrire ce sentiment de perte quand on revient de tout là haut?

On pourra que binaire comme je le suis, il m'est impossible de comparer avec ailleurs puisque je reviens toujours au même endroit. Ce n'est pas le cas de Daniel et Rachel qui commencent à avoir une collection d'un fort beau gabarit de voyages autour du monde.

http://leschamotte.blogspot.com/

Il est vrai que je n'avais jamais fait de potin sur l'Islande.

Pourquoi?
Aucune idée.
Tellement de contrastes, tellement de sensations, tellement tout...qu'il est difficile d'en parler.
Il y a 5 minutes encore, je savais quoi dire. Mais là, me retrouvant devant mon clavier...il n'y a plus rien qui sort.
L'Islande me donne l'envie de repartir. Cette tentation qui vous met une boule dans le ventre et qui tourne à l'obsession. 
Peut être que l'islande nous attire parce qu'on y est seul, parce que vous pouvez marcher , rouler durant des heures, des jours , sans rencontrer un seul individu. 
Peut être aussi que l'on a besoin d'affronter la nature de temps en temps pour se remettre les pendules à l'heure. Histoire d'avoir le sentiment d'être utile à sa propre vie.
Peut être que le danger attire tout simplement. Que le jeu, entre la nature et nous même est tellement intense qu'ensuite tout parait fade. 
Ou est-ce une pure sensation de romantisme de bas étage à qui l'on prête plus d'importance qu'elle n'en a. Un romantisme fabriqué par notre esprit pour nous donner le vertige d'une liberté complète. Pour nous donner l'impression que notre vie est plus intéressante qu'elle ne l'est en réalité.
Une chose est certaine, c'est que nous avons fait beaucoup de pays...mais aucun ne nous fait le remake du chant des sirènes! Aucun nous donne l'envie d'y retourner. Il n'y a que cette si jeune et petite île pour nous mettre dans le brouillard.
 
Je n'y retournerais pas. C'est trop difficile de revenir. La sensation d'être arrachée au pays est de plus en plus difficile à supporter. La réintégration à une vie "normale" est quasi de la torture. La peur de ne plus savoir ce que l'on doit faire, où vivre. Cette étourdissement qui vous dit : tu perds ton temps là...part d'ici, part à l'aventure et restes y. Tu n'as besoin de personne .... la vie c'est ça. 
Bref l'appel du large. 

 

 

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neodymium magnet 29/05/2014 12:43

Hi David. It was such nice feeling for me to go through your post about Ice Land favorites. I hope that your works regarding the creation of new pages going well with that heavy machinery, in your words!

david 05/06/2014 16:37

my words for this heavy machinery... fucking machine :)

Maguy 10/06/2012 23:14

Que dire après avoir lu quelquechose comme çà ??? je suis émue, ravie , enthousiasmée !!!!!!!!!! .je me sens tellement proche de ce que vous écrivez : l'Islande ......j'en rêve depuis si longtemps
et ENFIN j'y vais ....nous y allons ( mon mari et moi )....rêve commun qui nous a portés lors d'épreuves ...difficiles que nous avons traversées avec l'Islande dans la tête , dans le coeur VOTRE
Islande .pas celle qu'on voit dans les dépliants touristiques !!!!!!!!!! MERCI à vous !!!!!!!!!

Véro V 11/11/2011 00:02


Epoustouflant!! Tu m'as fait voyagé à travers ton récit plein d'humour et de philosophie. Tu nous fait partager ton humilité, ta joie et aussi ta souffrance.
Bravo!!
Véro V.


bigfoot 12/11/2011 07:35



que répondre à un commentaire aussi dithyrambique?


mille fois merci...



Cedric Jacquet 23/08/2011 16:19


Salut David !

J'espère que tu vas bien, que ton nouveau trip en Islande s'est bien passé ... Qu'as-tu trouvé de plus original que de te promener en hélico cette année ? ;)

Merci pour ton gentil commentaire ci-dessus. Je souhaite toutefois apporter une correction : nous n'avons pas un camion monstrueux, mais bien un petit camion tout mignon qui nous a déjà vachement
bien rendu service (c'est que je commence même à m'y attacher sérieusement ;) ).

A plus, l'ami !

Cedric


bigfoot 03/09/2011 14:45



salut cédric


très bien passé même si les conditions météo ont été épouvantables.


pas d'hélico mais j'ai marché sur l'eau plusieurs jours. Une autre forme de désert, la glace, bien plus hostile que les sables que vous aimez tant.


 


j'espère que votre tour namibien continue à se passer aussi bien.


 


à bientôt à peyresc?



Stéphane Waroquier 20/08/2011 15:01


Salut David.

Entièrement d'accord avec ton post et celui de Rachel.
Aucun pays ne donne autant l'envie d'y revenir, 6 ou 7 voyages là-bas et à chaque fois la même idée... revenir...vite !!
A chaque fois également le même gros coup de blues dans l'avion du retour, envie de pleurer toutes les larmes de mon corps, comme Hekla, Katla, et Askja le font avec le magma.

J'attends ton récit de cette année avec impatience !

"L'Islande prend dans ses rets quiconque pose un jour son regard sur elle", ça ne peut pas être plus vrai...


bigfoot 03/09/2011 14:35



oui, une ambiance unique... vraiment l'endroit où l'on se sent tellement petit, où l'on se rend compte que nous ne sommes que de passage.