Etna: Bronte - Refuge de Scavio (J1)

Publié le par bigfoot

Pourquoi l'Etna?

Quand on aime les volcans comme moi, il en est un incontournable en Europe.

Il a tout pour plaire... Son activité incessante, son altitude à 3300 mètres, sa position géographique et cerise sur le gateau son importance dans la mythologie grecque.

Il était déjà là quand Zeus a pris le pouvoir en foutant la branlée à son père Chronos. Si je me rappelle bien, c'est par l'Etna qu'il est descendu libérer les Un-oeil (les cyclopes) et les Cent-bras (les hécatonchires) de leur geôles infernales. Par la suite, l'Etna est devenu l'atelier de Vulcain dans la mythologie grecque.

 

J'ai l'opportunité d'avoir quelques jours de congés au mois de mai 2012. En suivant les infos en ce mois de mars, je découvre qu'il est en ce moment très très agité... Ben tiens, et pourquoi pas? C'est l'occase de voir un truc pas ordinaire.

Action...

 

La logistique est simple. Je prends l'avion de Gênes pour Catane. Les lignes intérieures ne sont pas très chères à cette époque de l'année. De Catane une voiture de loc pour aller au point de départ (c'est quand même très con de louer une bagnole pour quatre jours qui sera immobilisée trois jours sur un parking mais bon, c'est le prix de la liberté et de l'autonomie).

Pour le retour, je rentrerai de Trapani pour me permettre de faire une traversée express de la Sicile pour voir si ça ressemble à quelque chose de sympathique à mes goûts.

 

Ben voilà, y'a qu'à trouver un itinéraire de montée.

L'Etna est pourvu de deux stations de ski sur ses pentes (dont une a fait les frais d'une coulée récente). Aussi des routes peuvent m'amener à 1900 mètres puis un télébidule me hisser à 2500 mètres. En été, on finit avec un guide en 4*4 à deux pas du sommet. 

Ce n'est vraiment pas comme ça que j'envisage l'ascension d'une montagne.

Pour la mériter, la vivre et l'apprécier,il m'est indispensable de partir d'assez bas. Je n'ai pas le temps de commencer au niveau de la mer, aussi il me faut trouver un point de départ intermédiaire suffisamment éloigné mais pas trop pour faire la montée en deux jours.

 

Je passe des heures et des heures sur la carte et google earth pour trouver une idée satisfaisante.

La projection de ma carte papier à deux balles sur mon logiciel gps est un désastre. Les coordonnées sont toutes fausses, décalées de la réalité entre 100 et 500 mètres selon l'éloignement du centre du cratère. 

Bah, j'estime que ça me suffira pour une orientation globale sur un périmètre aussi restreint. Je fais juste très attention à avoir les points précis de quelques refuges pour me rapatrier en cas de vilain bug.

Alors le point de départ...

Le sud par le refuge de Sapienza... nannnnnnnnnnnn!!! malheur!!!!!!!!!!!!!!!

Le nord est souvent décrit depuis Piano provenzana, apparamment plus sauvage mais bon, y'a une route qui monte quasi au sommet... Par contre pour descendre, c'est sans doute par là qu'il me faut regarder.

 

Restent l'est et l'ouest. En ce moment l'éruption est orientée vers la Valle del Bove à l'est. Comme je suis super stratégique comme type et que je n'ai pas de semelles de plomb (encore que des fois en fin de montée...) j'opte pour l'ouest.

Le gros intérêt de l'ouest, c'est qu'y a rien de rien, pas un sentier, queue dalle... Et en vue satellite, y'a beaucoup de cratères secondaires au pied du monstre.

Ben voilà, je partirai de Bronte, capitale de la pistache... Et puis, il y'aura sans doute un peu moins de vigiles, policiers, gardes et tout ce qu'on veut pour m'emmerder dans la montée. J'ai l'impression au hasard de mes lectures que le sommet est un peu complètement interdit d'accès au public.

Mais ça, j'occulte, je comprends pas l'italien et la traduction google est confuse (ah la force de l'esprit quand il veut pas comprendre...)

 

En observant encore et encore la carte... je découvre enfin un petit sentier marqué en petits pointillés quasi invisibles, absolument pas surligné en rouge, par le nord ouest, montant à la Punta Lucia à 2900 mètres. Il me restera de là 400 mètres pour atteindre le cratère... Tranquille...

Pour qui connait Tolkien, ça me fait penser au passage par l'escalier de Morgul pour éviter la Porte Noire du Mordor.

 

Ah... Préparer un voyage, c'est déjà y'être... Je suis déjà sur les pentes à me visualiser dans la progression... D'ailleurs, à visualiser, plusieurs points m'inquiètent... Dans le désordre... Les éruptions forcément si je suis sous le vent, donc j'embarque le masque à gaz (c'est pratique de bosser dans l'industrie chimique de temps en temps) et un casque... La neige, les images web cam montrent encore beaucoup beaucoup de neige, donc crampons et piolet de rigueur ne connaissant pas la texture de la neige, mais j'imagine qu'avec le vent de malade qui souffle dans ce pays, elle doit être bien bien dure... et enfin les champs de lave que mon expérience islandaise m'a appris à redouter au plus haut point. Mes pompes sont resemelées de frais, comme neuves. Si j'ai affaire à des coulées de type "aa" pendant deux jours, je finis sur les chaussettes...

 

On y va?

L'avion est un pur bonheur au départ de Gênes... On longe la côte italienne tout le long. Les îles au large de la Toscane sont une pure merveille vue d'en haut. Et que dire de l'Etna vu du ciel. L'avion en fait le tour intégral. Exceptionnel, fabuleux, à voir une fois dans sa vie, cette montagne parfaitement conique avec son panache de fumée sommital, couvert de neige sur sa moitié haute et tout noir dessous, dominant la mer de ses 3000 mètres. 

Fabuleux oui, même dans mes rêves je n'imaginais pas la bête aussi colossale. J'irai même jusqu'à dire inquiétante. Je m'imagine liliputien demain sur les pentes du monstre. Pourvu qu'il éternue pas trop fort... Fatalité, depuis 15 jours, il s'est assoupi. Je le regrettais un petit peu, mais là dans mon siège d'avion, je suis finalement bien content qu'il ne crache pas. Et il y'a beaucoup plus de neige que je ne le pensais.

 

Sortir de Catane de nuit sera sans doute ma plus grande aventure du voyage... J'arrive à Bronte vers 22h. Trouver l'hôtel (pas eu envie du camping sauvage pour une fois) est une autre expérience de haut vol. Pas un panneau pou rtrouver cette piaule dans une petite ville de 15000 habitants et je dois juste me fier à mon plan timbre poste au milliardième imprimé à la va-vite sur google maps.

Enfin, c'est une affaire qui roule. Ma chambre est au-dessus des cuisines. C'est bruyant jusqu'à deux heures du mat. Je vais être frais pour la montée.

 

Après le p'tit déj tardif, il est l'heure d'aller faire trois courses au shoppi local (euro spin donc) pour me ravitailler pour mes trois prochains jours.

Pour m'alléger, j'ai sacrifié le réchaud. Je devrais pouvoir survivre trois jours sans eau chaude sur les pentes de l'Etna au mois de mai, sinon, c'est à désespérer de tout. Par contre d'eau froide j'aurai besoin parce que forcément l'eau est le réel big problème de cette ascension. Y'en a pas en dehors de l'eau de fonte des neiges, donc je pars avec 5 litres d'eau dans les valises en plus du reste (je ne rigole plus avec la flotte depuis ma crise de calculs dans le désert islandais et celle du mois de février dernier encore bien présente dans mon esprit). Entre masque à gaz, casque, crampons, piolet, tente, saucisson et provalone, je me retrouve avec un sac qui commence à peser son poids, pas loin de vingt kilos. Et il va falloir monter ça 2300 mètres plus haut... Et ben...

 

Petit détail, il fait un vent de dingue, autour de 100km/h. Aussi quand j'arrive vers 11h00 au parking de piano grille, je suis pris dans un nuage de poussières et de cendres qui tuent d'emblée mon avis de partir à l'assaut du volcan. J'aime bien démarrer en douceur, m'accoutumer au terrain en guise de préliminaires. Pour les éléments, un peu plus tard ce n'est pas un problème, au contraire, j'aime bien un peu de rudesse, mais ici en Sicile, entouré de plantes, j'ai besoin de calme.

Alors je glande dans la voiture, regarde passer les tourbillons, éprouve les sensations de la voiture ballotée par les rafales. Je suis dans un état rêveur, bercé par le bruit du vent.

Il me faut un gros effort de volonté pour sortir de ma torpeur, puis m'équiper et enfin sortir affronter la tramontane (car c'est bien de tramontane qu'il s'agit) en me disant que pour les deux prochaine snuits, je serai dehors et que ça risque de secouer sévère sous la tente si je n'ai pas d'abri sérieux.

GO!!!

the starting point... Moi, je dis que ça a de la gueule comme point de départ... Mais qu'est ce qu'il est loin et haut le bougre!!!

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La première partie consiste en fait à s'approcher du pied proprement dit du cratère sommital. J'ai 5-6 km de quasi plat pou rrejoindre la piste forestière qui fait le tour complet de l'Etna à environ 1700 mètres d'altitude. Au moins, c'est simple, quand on se paume, pour se retrouver, il suffit soit de monter si on est dessous, soit de descendre dans le cas contraire pour finir à un moment ou un autre sur cette piste.

Je commence donc à marcher dans un environnement très inahabituel pour moi sur une piste qui m'amène d'abord au Monte Ruvolo. J'ai d'emblée de magnifiques perspectives sur l'Etna dominat et les petits cratères vus sur la carte, ici Monte Rosso (je crois).

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Pas habitué aux noms italiens, à chaque nom sur la carte, j'imagine une salade ou une pizza. Ruvolo devient ricotta, rosso devient pesto rosso, capre m'évoque la tapenade et ainsi de suite.

Pas une heure que je marche et que déjà je pense à manger de la verdure, alors qu'en Islande, il me faut une bonne semaine avant d'avoir ce genre d'envies. Mais il faut dire qu'il fait ici beaucoup plus chaud. Heureusement que le vent est froid pour tempérer mon échauffement immédiat de ce début de marche. Les lunettes de glacier sont indispensables pour en pas se faire aveugler par la poussière.

De piste en piste de plus en plus étroites et champêtres, j'atteins donc successivement les Monte Ruvolo, Arso et enfin Egitto.

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Egitto parce que j'ai repéré que c'était l'endroit où le champ de lave était le plus étroit vers la piste circulaire et qu'un sentier balisé semble le traverser.

Me voici maintenant devant ce formidable champ de lave donc et après la tranquillité de marcher sur de douces pistes fleuries, je vais devoir affronter la réalité dure de l'Etna.

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Je suis agréablement surpris par l'état du sentier qui traverse, bien tracé et bien cairné... Et pour cairner de manière visible dans un champ de lave, faut vraiment que ce soit bien fait.

Le sentier passe à ras de trois énormes grottes de lave, plus grandes que la plus grande que j'ai jamais vue en Islande, la grotte dell'Angelo. Impressionnantes, dangereuses, elles sont bien signalées et leurs abords protégés avec des barrières en bois (tiens... j'ai pas de photos des grottes...)

Punta Lucia, c'est le bord gauche du plateau sommital. 

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Comme souvent dans un champ de lave, c'est rigolo au début mais ça lasse très vite, surtout quand on sait les dégats occasionnés aux chaussures. A chaque pas, je visualise les microns de semelle qui s'arrachent. Voilà ce que je craignais, si je marche dans ce merdier pendant trosi jours, je ne finis pas le trajet. J'ai été bien inspiré de ne pas prendre les crampons automatiques. Je pense que le rebord avant aura déjà dégagé avant d'arriver aux premières neiges.

Sortie du champ de lave, une petite forêt paumatoire (je me perds toujours dans les bois). Ce qui me remet sur le chemin du refuge de Scavo, c'est la quantité de papier cul grandissante qui jonche le sol au fur et à mesure que je m'en approche. C'est clair que je ne suis pas en Scandinavie. Etrange ce rapport à l'hygiène, l'ordre et la propreté entre les différentes cultures.

Refuge de Scavo avec deux types appuyés contre le mur en train de bouffer des oranges. Ils portent la même combi. Et merde!!! des gardes, ils vont me gonfler sur mon itinéraire et peut être m'interdire l'accès si c'est vraiment aussi interdit que j'ai voulu ne pas le lire.

Non en fait, juste deux membres du CAI. Ils parlent aussi bien français que moi italien. Si proches et si loins... A chaque fois que je suis en Italie, j'éprouve toujours un malaise à ne pas comprendre ce que les gens me disent. Physiquement je pourrais passer pour un italien. A chaque rencontre, il y'a toujours ce flottement de quelques secondes, cette incompréhension détestable à mes yeux avant la révélation que l'on ne parle pas la même langue. Curieusement, je n'éprouve pas cette gêne, cette retenue en Islande ou en Irlande. On ne risque pas de me confondre avec un autochtone. Pas de quiproquos, on sait tout de suite que nous sommes de culture et de langue différentes. On attaque tout de suite en anglais.

Réticence débile, je le sais. A chaque fois, l'échange est cordial même si on ne se comprend pas. Quelques sourires, gesticulations. Moi je mets des "i" à tous les mots qui finissent en "e" en français. Eux des "e" à tous les mots qui finissent en "i" en italien.

Plus je vais en Italie, plus j'aime les italiens...

Plus je vais en Islande, plus j'aime les islandais...

Plus je vais en Irlande, plus j'aime les irlandais...

Plus je vais en France, ah non... ça marche pas...

Avant de partir ils balancent leurs épluchures d'orange dans la pampa. A mon "shocking" regard, ils voient que j'adhère pas à leur geste. Ils me disent qu'y a des p'tits animaux, les "lepre" qui bouffent les écorcent.

Mouais!!! Chuis pas convaincu. D'après moi, le "lepre", c'est le lièvre et le lièvre de garenne bien de chez nous, il mange pas des pelures d'orange. Alors je connais pas le lièvre de Sicile mais je l'imagine assez universel dans son alimentation, c'est à dire carottes et navets...

Combien de fois devrais je répéter que les peaux d'orange et de banane ne sont pas des peaux ordianires comme celles d'une pomme mais une vraie carapace de protection, une écorce non bio-dégradable qui mettra des années avant d'être éliminée?

Le refuge de Scavo... 

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D'ailleurs, placardé avec rage sur la porte un mot de colère d'un groupe de randonneur contre l'incivisme des randonneurs. C'est vrai, si tu fais l'effort de monter un truc plein, c'est quand même pourtant si simple de le redescendre vide. 

Ca fait partie pour moi des mystères de la vie insondables, incompréhensibles, sans réponse. A mon sens le secret de la vie après la mort est plus simple à découvrir que la compréhension de cette attitude de merde à laisser ses déchets n'importe où.

Aussi, au gré de mes lecteurs, si l'un d'entre vous se comporte de la sorte, surtout, qu'il quitte cette page, il n'est pas le bienvenu.

L'intérieur est sommaire mais très bien entretenu pour le coup... Du bois à gogo pour l'énorme cheminée et une grande table centrale.

Pas de matelas, juste des bas-flancs en béton sur lesquels on pourrait se coucher.

Pas de confort pour la nuit, non, juste le nécessaire pour s'abriter et passer un moment convivial.

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Un truc intéressant à savoir, il y'a une magnifique citerne enterrée juste à côté avec de la belle eau fraiche à puiser dedans. Si j'avais su, j'aurais pas trimballé 5 litres d'eau depuis en bas.

J'en suis à 700 mètres de déniv. 

Un instant je pense à passer la nuit ici mais suis quand même trop bas. Je n'ai pas envie de me taper 1600 mètres demain chargé comme je le suis. Au printemps, je ne suis jamais dans la forme de ma vie, au contraire plutôt en pleine préparation estivale.

Aussi je décide de monter jusqu'à la limite de la neige à un peu plus de 2000 mètres. Ce sera toujours ça de pris.

Fin des pistes et gros sentiers. Je ne trouve pas le petit sentier de "Morgul". Je marche au jugé à la limite entre la forêt et la grosse coulée de lave de 1976. Cette coulée est très nette, coupant la forêt en deux. Elle part plein nord avant de bifurquer en fin de parcours vers l'ouest. Mon sentier de "Morgul" démarre dans le point d'inflexion de la coulée. Il me suffit donc de rejoindre le virage puis de me tourner vers le nord pour être dans le bon axe de montée.

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Simple dans l'orientation mais moins avec l'état du sol. Le départ de la montée ves le nord est désagréable entre branches tombées au sol à cause du vent qui ne faiblit toujours pas depuis que je suis parti, buisson touffus, pentes d'herbes glissante et petits éboulis croûlants.

Peut être bien frais au petit matin je passerais sans ennuis mais là je suis très fatigué. Entre le voyage de la veille, la courte nuit, le vent et finalement les 1000 mètres que je viens d'avaler sans trop me rendre compte, je suis carbonisé.

Coulées de lave, forêts, cratères (ici le M. Maletto), l'endroit est pas trop mal pour s'installer.

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Y'a plus qu'à trouver un endroit plat pour planter la tente.

Et en plus abrité par des rochers... cool... J'essaie d'éviter la proximité des arbres pour pas prendre une branche sur le capot cette nuit.

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La nuit tombant, j'essaie de prendre la mesure du volcan sur lequel je suis pour de vrai maintenant, au début de sa pente finale.

Ca ne marche pas... La civilisation est trop proche. Dans le fond, je vois les lumières des villages s'allumer. Je ne me sens absolument pas isolé.

J'ai envie de jouer au petit garçon, de jouer à me faire peur, mais ça ne marche pas.

Je passe une nuit comme toute nuit classique en montagne. Non, je n'ai toujours pas eu de déclic pour cet endroit.

En dehors de la taille du monstre, rien pour l'instant ne m'a fait rêver. J'espère que demain pour le sommet proprement dit, j'aurai plus de sensations.

Seul le vent tempétueux sifflant dans les branches hante mes rêves de la nuit.

Publié dans etna

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http://www.poweredwebdev.com 19/06/2014 14:22

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