7/12: rives du Fango - Bonifatu et 8/12: aéroport de Calvi

Publié le par bigfoot

Et si la vraie journée de psychopathe, c'était celle là?
Celle où tu ne prends aucun plaisir, celle où ton seul objectif est de finir, celle où t'en as rien à cirer de ton environnement.

Dernière étape beaucoup trop longue.
Réveil comme hier avec la goutte d'eau sur le front pour te réveiller à 7h00.
La tente, au lieu de faire ses deux kg règlementaires doit en peser cinq tellement elle est détrempée.

Premier objectif, rejoindre la route à Barghania. J'arrive à trouver un petit chemin qui longe la rivière et me permet d'éviter la bavante d'une remontée et d'un retour en arrière vers Mont Estremo.
Super sentier à ceci près que j'en sors totalement trempé because l'épaisse végétation du bord de rivière. Enfin, moi j'aime bien ce genre de passages. Les bordds de la rivière sont extra. C'est une destination à noter pour les baignades estivales avec les enfants.

Quand je vous dis que c'est humide, mon appareil n'y a pas résisté. D'un autre côté, j'aime bien le flou des photos.
P1040074 [Résolution de l'écran]P1040075 [Résolution de l'écran]Arrivée sur la route.
Regard en arrière sur le Capronale.
P1040078 [Résolution de l'écran]Voilà, à partir de maintenant, c'est immonde...
Deux heures de route pour rejoindre Tuvarelli. Ca n'en finit jamais. Faut reconnaitre que le fango en contre bas propose de merveilleuses launes et de beaux rapides, mais la proximité des fermes n'est pas propice au farniente.
Et puis d'abord, je suis pas là pour être ici (ça faisait longtemps que je l'avais pas faite celle là).

Tuvarelli en passant par Manso (ce sont les habitants du Mans (j'avais un tas de calembours, mais je les garde pour une autre occasion)). Les panards en compote, juste au pied de la montée du mare a monte. Et j'ai vraiment pas envie de monter, mais alors pas du tout dans ce maquis fait de chênes et d'arbousiers.
Mais bon, personne le fera à ma place. Je me disais que la montée serait nulle, oui mais alors mais j'imaginais pas à quel point.
Tout droit, pas un virage ni un lacet pour casser la monotonie. Une haie permanente des deux côtés qui limite la vue.
Juste une fois encore, j'ai la chance de jeter un oeil sur le Tafonatu (avec toutes les fois où je l'ai écrit, si les moteurs de recherche n'envoient pas les lecteurs sur mon blog, c'est à désespérer de tout).
P1040081 [Résolution de l'écran]Et si je racontais l'histoire du Tafonatu... En très simple alors...
Le diable passe un pacte avec les gens pour construire leurs ponts en une seule nuit (c'est pour ça qu'il y' a des ponts du diable partout). En échange, il faut lui donner l'âme du premier pélambron qui passe dessus.
Comme le Corse est pas con, il fait passer d'abord à l'inauguration des poulets ou des cochons. Donc le diable s'est fait couillonné.
et le diable, comme on peut l'imaginer, est très colérique. Alors, soit il casse la gueule à sa meuf, soit il faut balance quelque chose très fort et très loin pour faire passer ses nerfs.
Le diable a des principes d'éducation reposant sur des valeurs très saines, et notamment sur le respect des femmes, donc il prend sa charrue et la balance de toutes ses forces contre la montagne. Elle passe à travers le Tafonatu en provoquant le trou béant qu'on voit aujourd'hui.

Bon, d'abord le sentier monte à bocca di lucca (col de la lumière?). Pfff.
P1040083 [Résolution de l'écran]Gros petit déj pour me régénérer... et surtout alléger le sac à dos (chaque gramme compte aujourd'hui). C'est une journée de 25 bornes avec plus de 1800 de déniv positif et 1600 de négatif (d'après memory map, moi, je dis qu'y a moins).
Après bocca di Lucca, le sentier avance tout plat pendant longtemps, longtemps, longtemps...
Ca pourrait être sympa je pense mais je suis pas dans l'état d'esprit contemplatif.
P1040084 [Résolution de l'écran]P1040089 [Résolution de l'écran]P1040090 [Résolution de l'écran]Mais il va monter un peu ce sentier, ptain de bordel de zeus, au lieu de rester tout plat à contourner les accidents de parcours?
Jusqu'au pied de Bocca di Bonassa, pas un mètre de gagné.
Début de la montée... Plutôt que de faire des lacets serrés, les lignes droites se comptent en centaines de mètres. Là je suis gavé. Mais qu'est ce qu'ils ont foutu les gars des ponts et chaussées des sentiers ici? C'est bien la première fois qu'ils s'embarassent avec la raideur des rampes. Pourtant, on n'a pas l'impression qu'il y'avait des contraintes géographiques particulières.
Juste sous la partie terminale, la pente devient soudainement très raide et là, ces cons plutot que de faire un sentier en lacets cools, ils me font une sente qui montent droit comme un i (j'ai pas osé d'autres comparaisons...). Ils ont tout fait à l'envers ces cons.

Le col de bocca di Bonassa.
C'est beau. Allez, on se barre.
Faut dire que j'aimerais arriver avant la fin de la nuit à Bonifatu.
L'aéroport de Calvi, objectif de demain.
P1040091 [Résolution de l'écran]Pour dire, un dernier coup d'oiel sur les hauts sommets de la Balagne.P1040093 [Résolution de l'écran]Au col, un panneau m'indique Bonifatu par la crête sur la droite alors que sur la carte, la bifurcation semble être 500 mètres plus loin dans la descente.
Alors là, messieurs de l'IGN, je suis pas content du tout mais alors pas content du tout.
J'ai 200 bornes dans les guiboles depuis 15 jours, des milliers de mètres de déniv et au dernier moment vous êtes pas foutus de me donner la bonne indication sur vos cartes de merde alors que je dépense des centaines d'euros dans vos cartes de merde et que tout ce que je demande, c'est de pas vous gourrer quand on a besoin de vous.
Messieurs, je vous merde, oui parfaitement je vous merde.

Oui je sais, la critique est injuste, c'est fou ce que la fatigue peut vous rendre agressif. Mais bon, ça fait du bien. Il me reste qu'une heure avant la nuit, je peux pas me permettre des fantaisies rocambolesques maintenant.

Le sentier de descente qui est réellement celui de crête et non celui de l'IGN se rejoint après une petite remontée (environ 200 mètres) comme si ça suffisait pas vers le col de l'Erbaghiolu puis une descente de dingue tout en lacets jusqu'à quasiment Bonifatu. Amis vttistes, si vous devez faire un sentier en corse, c'est bien celui là.
C'est la course contre le brouillard.
P1040097 [Résolution de l'écran]P1040099 [Résolution de l'écran]P1040100 [Résolution de l'écran]Il est baclé mon article? Ben oui, mais la journée m'a trop gavé. J'ai pas envie de m'en souvenir.
Arrivée à l'auberge de la forêt. Dernier pas. Je glisse et manque de me casser la gueule en marchant dans une merde de clebs.
Bienvenue dans la France civilisée.

Bigfoot donc après son périple à l'arrivée à Bonifatu.
P1040102 [Résolution de l'écran]Montage de la tente à l'abri sous l'auvent de l'auberge, bien au sec. Jamais trouvé un endroit aussi confortable pour dormir. Bon, en été ça le fera pas du tout. Encore une fois, je dois éponger l'intérieur.
Bon repas.
Mauvaise nuit (j'aime pas dormir trop près des gens, ça me stresse).

8/12: réveil à 7h00. Tente parfaitement sèche grâce à l'abri de l'auvent.
8h00: prêt à partir. Gros orage. Pfff, pour le dernier jour, je vais me prendre ma première vraie pluie sur le museau.
J'attends un peu, me décide enfin de partir, me couvre pour la pluie.
un pas dehors, la pluie s'arrête.
Yes, je me serai pas mouillé une fois en Corse en 15 jours dehors en novembre-décembre. Là, je dis que c'est un record.
La route, marrante au début avec de belles vues sur le torrent.
Chiante au milieu quan delle zigzague
Abominable sur les 4 km de ligne parfaitement droite jusqu'à l'aéroport.

Tout pourri, je me change à l'aéroport. Il n'y a pas de vols le matin. Je suis le seul passager dans tout le terminal. Tout est fermé jusqu'à 14 heures. Moi qui revait d'un énorme sandwich et d'une bonne bière.

15h30: Avion... Calvi Nic(st)e (tiens je savais pas qu'ils étaient protestants en Corse)
20 minutes plus tard. on est de l'autre côté.
Ben voilà, retour à la réalité.



DEBRIEFING:
Rapidement, je me permets mes comparaisons avec ce que je connais, les sorties au long cours en Islande.
Ca n'a rien à voir, bien sûr.
Je suis parti en Corse juste pour me promener. je n'avais pas envie d'engagement. Aussi est ce la raison pour laquelle je n'ai pas insisté quand je trouvais les conditions un peu trop dures. La Corse permet par son maillage de sentiers et la proximité de ses merveilles les unes par rapport aux autres de sauter d'une vallée à l'autre sans s'ennuyer une seule seconde.

Comme je ne me suis jamais engagé dans des voies d'alpinisme ou d'escalade, je ne comparerai avec l'Islande que dans le cadre de la randonnée stricte.
Et là, quel confort en Corse niveau engagement. Jamais très loin de la civilisation (souvent trop proche), on sait les voies de dégagement pas loin, les secours éventuels à proximité en cas de pépin. Les sentiers sont plutôt bien tracés et balisés, voire même sur-balisés. Et surtout, on a le choix de l'hébergement. on peut se planquer quand on en a envie. Pour dormir sous la tente, il faut le vouloir (sauf accident particulier).
En Islande, on peut se trouver à plusieurs jours de marche de la première maison. On est obligé de franchir de grosses rivières pour progresser. Les sentiers en dehors du gr20 local ne sont pas balisés. Bon, de toute façon, ils n'existent pas... Donc à tout moment on a au fond de soi une petite boule d'angoisse quant au déroulement des journées. Quel soulagement quand enfin après des heures en plein désert, on arrive à un point de repère connu. Et l'hébergement dans le centre de l'Islande, il n'y en a pas sorti des grandes routes touristiques. On aura alors l'obligation de dormir au bivouac des jours et des jours sachant qu'il est rare de ne pas avoir pas au moins un gros coup de vent par semaine, sans parler de la pluie infernale.

Pourtant, il n'y a pas de commune mesure entre les difficultés physiques entre ces deux iles.
15 jours d'Islande, pour moi, c'est environ 300 bornes avec environ 2-3000 mètres de déniv positif.
En Corse, j'ai marché 200 km pour 15000 mètres de déniv positif (je pense que memory map sous estime mon kilométrage et sur estime mon déniv). C'est autrement plus physique.

Quant aux températures, j'ai rencontré les mêmes entre l'Islande estivale et la Corse pas tout à fait hivernale mais presque.

A bientôt pour de nouvelles aventures au long cours (en espérant d'ici là avoir résolu mes problèmes de DS).

Et un petit collector pour finir...

 

Publié dans corse

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Jean-Luc 11/01/2010 21:07


Super récit! Bravo, pas évident meme si c'est pas l'islande... vraiment sympa ces lectures... Tu es mon journal matinal quotidien!

Alors, prêt pour tenter la traversée hivernale de l'islande? d'ouest en est? Vite, j'attends ta réponse... :) hehe


bigfoot 11/01/2010 22:28


merci pour tes compliments... ben oui ça change plutôt de l'islande. on fait davantage de rencontres rocambolesques. ton compatriote m'a vraiment fait trop marrer. super sympa.

la traversée islande hivernale... ah si j'avais des congés, c'est avec joie que je viendrais. non, désolé, l'hiver, c'est
pas pour moi, je préfère l'estival... et j'ai un projet en nord sud... on n'est vraiment pas en phase, hein?