2/12: Marignana - Ota

Publié le par bigfoot

La télé a continué de brailler un moment avant de s'arrêter. Vers 23h00, je pense qu'ils sont tombés sur un truc style "bouillon de culture" et ont trouvé que la tété, c'était pas si bien que ça.

Bonne nuit ensuite, bien que ce soit plutot cradingue et qu'il y'ait pas le chauffage. J'ai frolé la pleurésie en attendant à poil que l'eau chaude veuille bien arriver.
Réveil plutôt tardif. Glandouille dans le duvet. Il fait grand jour quand je me lève.
Le programme of the day est simple et plutôt court. Le mare a mare entre Marignana et Ota. Pas de fantaisies charmantes prévues à l'affiche.

Habillage, déjeunage sans jeter un oeil par la fenêtre.
The Error majuscule. La pleine lune en train de se coucher au dessus du golfe de Porto. Jamais vue aussi grosse. Elle est déjà à la limite des rochers.
J'en profite un petit moment avant d'aller chercher l'appareil photo pour un mega cliché. Alors, l'appareil, où que c'est donc que je l'ai mis? A travers la fenêtre, ah non, c'est vraiment beaucoup trop crad... Comment qu'on l'ouvre? Ah ben non, elle est bloquée (j'ai un rapport particulier avec les fenêtres, hein Tatiana (cf Ireland)). Ah ben, c'était que celle d'à côté qu'on pouvait ouvrir.
Ah ben, y'a plus de lune (ou presque).
P1030770Retour du bruit de la télé. Ah, mes hôtes sont en pleine action.
Au revoir rapide au type, là aussi plus agréable au moment de partir.
Au revoir prolongé à ses chiens beaucoup plus sympas. Même s'ils m'emmerdent un peu au moment de quitter le gîte. Récupérer le chemin est la plus grosse expédition depuis que je suis parti. Les cinquantes mètres à faire sont jonchés de tables, chaises et autres babioles pourrites (la pub, que j'y fais... non, mais ça va quand même, c'est pas pire qu'ailleurs). Et un portail de palettes ficelées n'importe comment et des toles pour empecher les clebs de sortir. Un pas d'escalade pour passer dessus, je fais tomber un merdier et voilà pas que les chiens s'échappent sur la route. Pffff... Et maintenant, ils m'écoutent plus et se cassent comme des dingues. Donc retour au gite pour prévenir le gars puis repartir par the same way, essayer d'arranger le souk comme avant et c'est parti. pas loin d'une demi-heure pour faire 50 mètres. Un record.

Il fait super froid ce matin. Passage à l'ombre en plus pour démarrrer. Le sol est gelé, l'herbe glissante, c'est plutôt casse-gueule. Obligé de garder gants et bonnet, moi, vous vous rendez compte? A 500 mètres d'altitude, à proximité de la mer et en Corse, définitivement, je chochottise. Première partie absolument pas intéressante jusqu'au hameau abandonné de Tassu. Là, j'aime beaucoup.
Encore une fois ému à l'idée que des gens aient vécu là et que les lieux aient été abandonnés pour on ne sait quelle raison. A mon avis dans ce cas juste parce que la route n'a jamais été construite jusque là et que les gens se sont déplacés vers Evisa ou Marignana par commodité. Faignasses va...(euh... avant de recevoir un post enflammé, c'est du 2° degré).
4-5 maisons en mauvais état mais l'église est encore en très bon état. Evidemment, pour sonner les cloches, il faut que le gars saute très haut pour attraper la corde.
P1030773 [Résolution de l'écran]Le chemin longe ensuite des campagnes abandonnées. J'adore ces descentes au milieu des planches.
Arrivée à une passerelle qui si elle n'inspire pas forcément la crainte, n'en donne pas moins un sentiment de frélitude (j'invente des mots aujourd'hui, oui, je vais pas m'embêter avec les conventions du Français qui nous cloisonnent juste avec quelques milliers de mots), surtout que les (m..., je trouve pas le mot) sont toutes tordues et penchées.
P1030779 [Résolution de l'écran]La passerelle bouge pas mal, c'est marrant. Le problème est de l'autre côté. Pour descendre,il faut enjamber les trucs dont je trouve plus le mot et se glisser sous un cable de maintien. J'essaie avec mon maxi sac à dos. Bloqué, Steeve Mac Queen dans la "Grande Evasion" (en moins sexy). Bon, si j'écris ces lignes, c'est que j'ai pu me libérer mais j'ai oublié comment.
Remontée à Evisa où je commence enfin à transpirer. Des arbouses par milliards.
P1030781Tout ce chemin parcouru à cause d'un gite fermé hier soir. on peut pas dire que je me sois régalé. Il est à peine 10 heures. Je me ferais bien un petit café à Evisa avant de descendre dans les gorges de la Spelunca.
Evisa, c'est là...
P1030784Ota, c'est là bas... avec la mer en fond.
P1030785Bistrot fermé, mais quand même pas mal de monde dans le village en ce milieu de matinée.
Long passage routier avant de rattrapper le chemin qui descend vers les gorges.
La descente, un truc de dingue (mais beaucoup moins que dans le sens de la montée). Et quand je pense qu'on donne aux corses une réputation de fainéants. Chemin très large, parfaitement calladé, je suis sûr qu'ils arrivaient à faire passer des carrioles dessus. Chapeau bas. Ceux qui le font en montant en plein coeur de l'été doivent bien souffrir. D'ailleurs à la vue de tous les troquets juste à la sortie du chemin, je pense que d'autres ont du penser à la détresse des randonneurs.
Bon, niveau vue par contre, tout se déroule dans la forêt, et sauf ouverture passagère, on n'y voit queue dalle (décidément, j'aime pas marcher en forêt).
P1030789 [Résolution de l'écran]En bas du chemin, on commence les gorges de la spelunca. Super beau.
P1030790La fin de la descente est marquée par le pont de la Zaglia.
P1030791Le passage des gorges est réputé comme étant un des plus beaux sentiers de Corse. Je suis un peu déçu. Je m'attendais sans doute au truc ultime, alors que c'est juste magnifique donc je reste un peu sur ma faim.
P1030809P1030812En arrivant vers la route, je croise deux filles qui éclatent de rire en me voyant.
C'est de moi que vous riez, que je me vexe?
Non non, mais si vous étiez arrivés trente secondes plus tôt, c'est vous qui auriez rigolé en nous trouvant dans une situation inconvenante et embarassante...
Quoi? j'ai raté deux filles déculottées? pffff... bon heureusement, compte tenu de ma DS, me direz vous.

Continuons nos aventures rocambolesques (j'aime bien ce mot).
Juste avant la route, les gorges s'ouvrent un petit peu.
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De l'autre côté de la route, toujours sur le mare a mare, le passage est immonde. D'abord le terrain de foot (même ici, ils arrivent à les grillager) puis passage sur des remblais contenant pas mal d'ordures avant d'arriver au Ponte Vecchiu. La route passant à 50 mètres au-dessus, il vaut mieux marcher sur le bitume que sur le chemin balisé pour rejoindre le pont. Le pont est ,lui, superbe, très svelte...

Grosse pause pour finir les cachuètes. Ota n'est plus très loin et il est tout juste 13h00.
P1030815P1030818P1030819 [Résolution de l'écran]Au début de la remontée vers Ota, le sentier passe juste en contrebas de la route. Là aussi, beaucoup de déchets balancés. Je marche sur des machines à laver, des pneux ou des gravats. C'est naze.
Plus haut, on rentre dans des zones de vergers. C'est pas très beau mais par contre, vu l'époque, je marche au milieu des champs d'agrumes, juste mûrs à point.
en tant que fils de pommiculteur, j'ai quelques remords à me servir sur l'arbre, mais les clémentines sont trop apétissantes et comme, manger des agrumes cueillis directement sur l'arbre est une expérience qui manque à mon palmarès, je ne peux résister à la tentation de me casser le ventre.
Si je tombe pas malade avec tout ce que je mange tellement c'est bon, et puis ça change quand même des arbouses...
P1030820Ah, c'est bon de randonner en hiver aussi...

Ota, les panneaux m'indiquent deux gites. L'auberge des chasseurs et chez Félix.
Bon, d'emblée, rien qu'au nom, je biffe les chasseurs.
Félix, un espèce de Rolland Courbis en plus maigre, m'indique le chemin du gite en continuant à parler au téléphone avec un chasseur.
Le gite, extrêmement propre, mais chambres sans caractère. 6 lits dans mon dortoir. Tout seul dans un premier temps, puis arrive une jeune québécoise.
Ca me surpend un peu qu'on mette une fille avec un type, toute seule dans un gite désert. A sa place, j'aurais refusé (faut dire que je sais mes noires pensées ) mais il faut dire que j'inspire la confiance dès le premier regard, un charisme envoutant .

Elle parle français sans accent en m'expliquant que pour elle québécois et français sont deux langues totalement différentes au même titre que l'anglais (je me rappelle d'une interview de Céline Dion qui disait que chanter en français était différent de parler en québécois (oui, j'ai des références intellectuelles, je sais)).
Elle ballade en bus ou en stop. Le gite d'Ota est le seul ouvert autour de Porto qu'elle compte visiter dans les prochains jours. Je suis en train de lui faire le guide touristique pour visiter Porto quand rentre un nouvel énergumène, québéquois lui aussi. Grosse effusion entre les deux, ils s'étaient déjà croisés plus tôt vers Bastia.
C'est vrai qu'elle reprend pour le compte son accent québécois (je peux me permettre de me moquer, vu le mien du sud ouest). L'autre, il est tordant, à te faire pisser de rire.
Ils racontent leurs aventures...
Elle a dormi dans un couvent à Lumio trois nuits pour le prix d'une. En contre partie, les francisco-bénédictins lui ont fait ciré les planchers.
Lui dans un ranch à Calvi. Il a dormi gratos. En contrepartie, vu qu'il est canadien, couper du bois (bucher du bois en québécois) devrait pas lui faire peur. Sauf que c'était de l'eucalyptus et il parait que c'est le pire bois à fendre. Il en a encore des ampoules. Il a aussi mis des chèvres à bas, chasser le sanglier avec l'amicale des chasseurs du Cap corse qui lui ont donné une casquette orange.
Et c'est trop cool, dès qu'il fait du stop, les gens s'arrêtent croyant qu'il est corse, sauf aujourd'hui où il a failli mourir de froid à Vivario. Il voulait retirer de l'argent dans un distributeur là (euh, Vivario, c'est pas une capitale) pour prendre le bus et il s'est donc retrouvé à cours d'argent pour prendre son billet. Un bon samaritain l'a pris jusqu'à Ajaccio. Ajaccio, ça lui plaisait pas et il a pris le bus au hasard pour Ota et le voilà.
Il raconte aussi qu'il a voulu dragué dans une boite à Calvi. Drague à la canadienne... Euh... Ca marche pas avec les sudistes (je suis bien placé pour le savoir). Juste avec sa casquette des chasseurs, une bière et un clin d'oeil grotesque... Ah ben oui, on les attrape pas avec du vinaigre et de la sueur sous les aisselles.

Les courses maintenant à Ota. Ravitaillement obligatoire. Petite épicerie tenue par une vieille mémé espiègle (dans la littérature, les mémés sont soit espiègle, soit acariatre ou alors elles aiment la castagne).
Retour au gite, je déballe mes affaires. M...! j'ai pris son carnet de commande en ramassant mes emplettes. je lui ramène aussitôt en rigolant et lui disant que j'allais la faire chanter avec le nom de tous ces amants récupérés dans le carnet. Ca la fait pas du tout rire et elle devient même acariâtre.

Pas grave. Il est question de savoir ce que je fais demain. Envie de mer mais très gros mauvais temps annoncé pour demain après midi et après demain. Je ne me sens pas de marcher sous la flotte entre chênes verts et arbousiers ou de rester à glander au gite à regarder la pluie à travers les fenêtres. Donc changement de programme. Tu voulais voir la mer, t'iras à la montagne. Ca fait un moment que le refuge de Puscaghia me fait les yeux doux. Mais bon, il est plutôt loin et Félix me dit qu'il est fermé, ce qui m'étonne pour un refuge du PNRC.
Dans mon fouillis de bouquins et de notes, je trouve le numéro du gérant du refuge et l'appelle. Très sympathique, il me confirme qu'il est bien ouvert, qu'il y'a du bois et que pas de soucis. Mais monter  d'Ota, ça fait quand même une trotte...
Ben voilà, pour demain, l'itinéraire est programmé et pour après demain aussi. S'il fait si mauvais qu'annoncé, je glanderai là haut.

Resto au gite. Je fais la connaissance de Félicie (la femme de Félix). elle a un accent très pointu, qui accroche beaucoup sur les "r" aussi, un peu comme la conductrice du taxi qui m'avait amené à Bonifatu. Un accent vraiment différent de celui parlé par les hommes. J'ai l'impression d'entendre un accent slave, et le slave, moi, ça me connait .

Ce repas... enfin un régal... une vraie salle de restaurant non enfumée.
Soupe paysanne avec haricots coco, chou et lardons fumés très épicée (sublime)
Daube de sanglier (ça reste une constante) et lasagnes aux herbes
Fromage (mais j'en prends pas)
Dessert: gateau à la chataigne + tarte aux oranges confites (oranges du verger) + clémentines + beignets à la chataigne
Liqueur de clémentine.
Et le tout à volonté (sauf la liqueur).

Promenade digestive ensuite pour aller trouver le sentier de départ pour demain. Au retour, je croise au bar mes deux québécois en train de descendre des Pietra.
A mon avis, ces deux là vont pas tarder à éliminer leur DS à eux.
en attendant, lui me dit qu'il en a assez de se peler en Corse et de ne pas profiter de davantage d'infrastructures pour se déplacer et dormir. Il a envie de retourner sur le continent plus "civilisé" et explorer le Mercantour et la vallée des Merveilles. Ben ouais, t'as raison, c'est un secteur très desservi en plein hiver et niveau chaleur, n'oublie ton maillot de bain. Reste en Corse au bord de mer, je lui conseille, tu n'en seras que mieux.

Au dodo pour préparer la journée de demain que je pressens de psychopathe... Heureusement les deux ne ronflent pas.

Publié dans corse

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