16/07: la Tête de la Ruine (2984 m) - happy birthday

Publié le par bigfoot

Week end du 14 juillet. Je n'ai pas trop travaillé la préparation physique.
La psychologique, par contre, a été particulièrement exercée. Waouhhhh... Certains comprendront pourquoi.

15 juillet, je veux absolument faire une dernière grosse sortie avant le départ. Petit matin, réveil à 4h00. La préparation psychologique m'a été fatale. Je suis trop fatigué. Plus quelques gouttes et des éclairs qui zèbrent le ciel. Bonne nuit les petits. Réveil à 9h30. Soleil. Mais comme d'hab, quand je ne pars pas aux aurores, je suis incapable de décoller derrière. Journée totalement improductive donc et grosse culpabilisation.
La préparation psychologique a été d'un très très haut niveau donc. Plus que je ne l'avais crû.
Travail de nuit. Il est hors de question que je laisse passer une deuxième journée de juillet avec du temps libre consécutive. Et comme c'est mon anniversaire, je vais m'offrir un joli cadeau: un beau sommet.

16 juillet: 5 heures du mat. Boaf... La motivation est dans les limbes de mon sommeil. Qu'à celà ne tienne, je vais rentrer dormir une paire d'heures et after, gigot.
8 heures, la tête à l'envers, je rampe jusqu'à la voiture et c'est parti jusqu'à Saint-Martin Vésubie. Deux grosses heures plus tard. Oui, vous avez bien lu: 2 grosses heures plus tard. Là, c'est de la provocation.Ils se sont tous donnés rendez vous ce matin, entre travaux, camping car et routiers débutants. C'est l'apocalypse pour arriver.
Ils savent pas que ce soir, je retourne bosser et que la journée prévue est dantesque? Et oui, il faut compenser le 15 juillet loupé. Pour la peine, on fera l'équivalent de deux randos.

10h30: parking du Boréon. Objectif, la Tête de la Ruine, un des gros sommets du coin par le vallon des Erps, donné en 8 heures par les topos, 1500 mètres plus haut. Pas commencé que je suis déjà angoissé par les quantités de neige que j'ai aperçues de la route au fond de la vallée. Ma dernière visite dans le secteur remonte à fin juin et je n'ai pas l'impression que ça a beaucoup fondu. Je me demande si les lacs les plus hauts vont degeler cet été.
Il fait déjà 26°C. J'attaque la montée suivi de deux grimpeurs qui vont tenter une voie au Caïre des Erps. Heureusement, car j'ai tombé ma vieille mais néanmoins fidèle carte TOP25 toute rafistolée à bouts de scotch. Merci les gars. Puis ils passent devant moi et commencent la montée à un rythme de folie.
On sent qu'ils ont bien dormi et déjeuné, les djeuns, contrairement à un autre qui continue sur le mode privation.
Langage tour de France (on est à l'époque). Je suce leur roue, je reste dans l'aspiration, à l'abri dans le peloton, je ne prends aucun relai. Faut dire que je peux pas.
Au moins quand on se sépare à la sortie de la forêt, j'ai avancé très vite dans le secteur le moins intéressant de la journée. Par contre, on est tous les trois dégoulinants de transpiration. Ouf, ils ont la bouche grande ouverte eux aussi et ont le souffle court. Ca me rassure. Ciao les mecs, bonne grimpette.
C'est par là qu'ils vont, autour du Pélago. Le Caïre des Erps est le plus à gauche. Ils m'ont dit: "pour voir où on monte, regarde là où la montagne fait un triangle, c'est là". Ah ben oui, c'est clair, je vois exactement où c'est alors...

Je continue tout droit vers le fond du vallon, la combe du Guilié (guili-guili,..., voilà, elle est faite, on n'en parle plus).
A peine 2200 mètres et déjà des passages enneigés avec des névés plutôt raides. Pas cool pour la suite du programme. Et je n'ai pas pris piolet et crampons. Mes craintes du bas confirmées donc. Mais bon, le passage reste assez aisé au milieu des énormes blocs de la tête du vallon.
Au détour de l'un d'eux, juste sous la combe, une surprise bien agréable. Pas peureux le mec.
Il n'ya que peu de temps que je sillonne le Mercantour. Jusqu'à l'an dernier je me promenais avec mon chien. Le Mercantour m'était interdit donc. Donc nous marchions en bordure du parc. Les chamois y'étaient autrement plus farouches.
A la sortie de la combe, il faut monter au col dit de la Baissette. Les courbes de niveau montrent que la pente sera un peu moins raide. Heureusement, le versant est totalement sous la neige. Les névés sont donc peu pentus et la neige idéale pour marcher dessus, ni gelée, ni soupe. Je choisis donc de marcher exclusivement sur le blanco pour éviter de me tuer les genoux sur les gros rochers qui dépassent. Facile.
Le col, totalement enneigé aussi, évidemment. Les lacs censés être présents sont quasiment cachés sous la glace et la neige. C'est fou à cette époque de l'année, me répété-je encore une fois.
Enfin apparait aussi pour la fois mon sommet du jour: la Tête de la Ruine.
Bon, mais par où est le chemin au milieu de ce bordel pas prévu?
Je ne me suis toujours pas régalé aujourd'hui. Rien de vraiment sympa jusqu'à maintenant hormis quelques chamois.
Grosse pause déjeuner pour prendre le temps de décider si je monte ou pas. La suite ne me dit rien qui vaille.
En attendant une petite photo de la cime du Mercantour (env. 2700m), de l'autre côté de la vallée.
Pourquoi ce sommet secondaire a donné son nom au Parc National? aucune idée, faudra que je me renseigne un jour.

Revenons à nos moutons (chamois ici en montagne). Je me décide enfin à tenter la montée. Rattrapper la crête au plus vite qui semble hors neige et donc aisément praticable puis de là essayer de monter le plus haut possible comme indiqué sur le topo. Je ferai le point régulièrement sur l'intérêt de pousser plus loin ou pas en fonction de ce que je trouverai.
La traversée du col pour rejoindre la crête est franchement désagréable. La neige sur sol plat ayant toujours tendance a être particulièrement molle et à cacher des pièges dessous.
La crête elle même est assez large et les vues commencent à devenir assez somptueuses. Par contre, elle se redresse très fortement au-dessus de moi et j'ai encore du mal à imaginer le passage à un peu plus haut.
Derrière moi, le chemin parcouru depuis la Baissette.
Bon, pour franchir le passage escarpé, c'était simple, il suffit de passer à côté. Fallait y penser, ce que le gars qui a cairné la trace a fait avec brio.
En dessous de moi, les lacs Bessons encore enneigés (un truc de dingue, je me répète encore une fois mais c'est un fait unique dans l'histoire (que je connais, restons modeste)).
Bessons, ça veut dire jumeaux en provencal (soyons moins modestes avec nos qualités linguistiques).
L'endroit est réputé comme étant l'un des plus beaux du Mercantour. Et donc très fréquenté. Doivent être déçus les gens qui montent les voir.
Vus avec moins de zoom.
Et encore moins de zoom, ce qui permet également de voir le lac de trécolpas dans le fond (sisi, je vous jure, sous le pas des Ladres au milieu de la photo).
et là avec beaucoup de zoom, sans Trécolpas donc, mais pour essayer de donner une idée de la raideur de la pente sur laquelle j'évolue maintenant. Faudrait pas tomber, l'eau doit être fraiche. Je risquerais l'hydrocution.
Ambiance austère de haute montagne (oui, les savoyards, je sais ce que vous allez dire) que j'adore. Et par bonheur, enfin des bouquetins qui sortent du bois. Je n'en avais pas encore vus cette année et je commençais à désespérer.
Bon, ce sont des ados. On ne verra pas de gros mâle majestueux. Mais ils font les fous comme nos ados à nous dans une party. C'est génial. Je passe près d'une demi-heure à les observer. Eux se fichent complètement de ma présence à moins de 50 mètres.

Et en images qui bougent, c'est encore mieux.


Après cette interruption, il est temps de finir la grimpette. Ce soir y'a boulot quand même (faut pas oublier).

Le dernier passage avant le sommet dans des éboulis rougeatres et le retour de quelques plaques d'herbes.
Autant en haut du Saint-Honorat la semaine dernière, je me demandais pourquoi les pierres étaient en haut, autant ici, je me demande, vu la raideur de la pente pourquoi les pierres ne sont pas en bas...

Le sommet... Une longue plate forme d'une dizaine de mètres et large de trois. C'est limite vertical de tous les côtés.
La flemme de panoramiquer aujourd'hui (yes yes yes, il a craqué avec ses panoramiques, on est sauvés). Juste des photos à la volée dans diverses directions.
Côté italien (on est sur la frontière), le lac Brocan au fond avec un lac moins grand en amont qui devrait être à sec cette année.
Le lac à sec zoomé pas à sec du tout.
Le voilà mon Jokulsarlon, c'est pas la peine d'aller en islande pour voir des iceberg se ballader sur la lagune.
Ici, on est dans le plus haut de ce qui peut se faire dans le Mercantour.
Derrière le sommet de la Ruine, au nord-ouest, de gauche à droite: le Guilié (2999 mètres, fainéant, va, il te manquait qu'un mètre), le Brocan (3054 mètres) et l'Argentera au fond, point culminant de la région à 3297 mètres). Hors cadre de l'autre côté, le Gélas, point culminant des alpes maritimes.
Gélas que voici (3143 mètres) derrière moi (il est plus que temps d'aller chez le coiffeur).Ce qui nous donne en vidéo où on rajoutera les caïres de Cougourde et le Pélago ce panoramique (et oui, héhéhé) génial (à mon sens mais peut être que je le regarde avec les yeux de l'amour).
 Et si on redescendait. il est 15 heures. Et plus que 6 heures au compte à rebours avant le boulot. ce serait cool que je fassasse une petite sieste avant d'aller travailler.
Le chemin d'accès au sommet vu de dessus. Ah oui, quand même... Même pas eu le vertige une seconde (je serais en train de guérir?)

Histoire de couper à la monotonie de la même descente. A mi crête de la Ruine, je vois des types qui descendent sur la neige en face du Guilié. C'est super raide. Ils sont autre que gonflés. D'ailleurs, y'en a un qui parait moins qu'à l'aise, le premier faisant des allers retours réguliers pour aller chercher son pote qui traine des pieds (on le serait à moins).
Ah, ben tiens c'est cool comme descente, je vais essayer moi aussi. En plus y'a un truc qui bêle comme un mouton de ce côté. Et je sais que là, à cette altitude, dans la neige, avec cette voix de tafiole, y'a un gros mouflon mâme qui est planqué. On va tenter de le débusquer.
Bon, super idée, c'est plus que raide. C'était trop facile par la crête. Pas loin d'être en galère le mec. Tu t'es pas dit qu'ils étaient éventuellement mieux équipés que toi les gars d'en face, hein, mec?
Ben si, mais juste maintenant que je suis au milieu.
Tiens, ça faisait longtemps que furieux était pas sorti du fond de mon cerveau parfois dérangé (cf kistufell).
Et qu'est ce qu'on fait maintenant?
Réunion de crise.
1/ on prend des photos.
Bon, ben lui il était en face, bien loin en train de se marrer et pas sur la neige (ahahah, t'es trop fort).
Le lac de la Baissette en bas. Et vous savez quoi, j'ai bien hâte d'être en bas.
Ah oui, on le voit pas bien, y'a 200 mètres de déniv et on devine à peine le lac en bas à droite complètement caché sous la neige. Je me demande ce que ça donnerait un galiboy de 80 kg dévalant sur le cul la pente jusqu'au contact de la glace... Vaut mieux pas savoir...2/ Ou je remonte, ou je descends...
En prenant appui régulièrement sur les masses de rochers qui dépassent, c'est finalement moins impressionant que je l'imaginais...
Ben, nous y voilà donc.
Ensuite, c'est simple.
Détail notable et vraiment spectaculaire même si absolument pas dangereux: l'accélération de la fonte de la neige dans l'après midi. Tous les torrents ont gonflé depuis ce matin d'une manière assez étonnante. Je suis passé à l'aller sans me mouiller les pieds. Ce soir, il faut traverser précuationneusement pour ne pas tremper les mollets. Encore une fois, je pense à l'Islande dans un cas comme ça avec le souvenir des franchissements de gués (spécialité de là bas) et l'impossibilité d'en franchir certains au moment le plus chaud de la journée, alors que le lendemain matin, ils sont anodins (ou presque).

La Combe du Guilié est vraiment chouette en cette fin de journée. Une belle sieste? C'est là que je la ferai.
Le Pélago au fond...
et l'endroit choisi pour le dodo...

RAS pour le reste de la descente jusqu'à 18h30 par le chemin de l'aller, en dehors du fait que j'ai ramassé un bon coup de soleil, alors que je suis déjà pas mal bronzé.
Et mon bronzage paysan qui s'accentue... J'en connais une  à qui ça va plaire...

Total de la journée: 1500 mètres et 8 heures de marche dont 3 dans la neige avec deux heures de sommeil et un dernier repas pris la veille et quelques cacahuètes à la montée...
Moi, je dis que j'ai la forme...
D'autres disent que je suis pas net...

L'un n'empêche pas l'autre...

Commenter cet article

MICHEL 04/09/2010 14:47


Lundi je vais normalement aux Bessons ,on verra si j'ai courage de pousser jusqu'à la tête de la ruine ,ça dépendra aussi des autres personnes !


A bientôt
Michel


bigfoot 04/09/2010 15:40



ce serait dommage de pas y monter... la vue du brocan si proche est quand même exceptionnelle...



michel 02/09/2010 02:10


Et moi je dis chapeau : pour les commentaires,les photos,video et le courage du grimpeur ...........moi aussi je taraville de nuit parfois et je sais ce que c'est d'avoir le coup de pompe pour un
presque 3000 sans avoir dormi!!!

Encore félicitation ...........tu devrais être reporter ou conférencier !


bigfoot 03/09/2010 00:48



merci michel... vous êtes nombreux à me dire que je devrais essayer cette voie... je pense qu'il va falloir que je me mette sérieusement à réfléchir à ça.


pour les coups de pompe, je mets ça sur le compte des nuits mais je me demande surtout si mon corps ne commence pas à s'essouffler



dagnell 20/01/2010 11:33


Ah! Je suis comme un gamin à qui l'on raconte une histoire avant de se coucher. Tes récits me laissent rêveur !

Continue à nous conter de belles histoires pédestres :)


bigfoot 27/01/2010 15:14


c'est parce que tu n'entends pas ma voix éraillée...


Sylvie 23/07/2009 11:58

Plus qu'un commentaire une question on a essayé la tête de la ruine mais par l'autre côté la Valette de L'Escure mais on a pas trouvé le bon chemin, une idée peut-être ?
Merci pour les renseignements, merci pour les superbes photos.

bigfoot 23/07/2009 12:18


il semblerait qu'il existe une sente qui monte de sous le collet qui parte plein ouest et arrive jute sous le gros redressement de la crete de la ruine, un peu au sud des éboulis rougeatres. de là,
il faut reprendre la crete et la remonter selon les cairns sur le versant est. il n'y a pas d'autre passage, à mon avis, non alpin pour atteindre le sommet.
je n'ai pas été attentif à la montée au croisement et aux traces venant du vallon de l'escure. je ne saurais dire la difficulté.
merci pour le com.


Laélie 23/07/2009 01:36

Pour l'acclimatation, voilà une semaine que nous sommes à Latacunga (2 800 m) et notre sortie à Quilotoa nous a permis de dormir à 3 800 m et de randonner à plus de 4 000 (mais je ne pourrais pas être plus précise). Je pense effectivement qu'on était correctement acclimaté... ça aide ! Et puis, pour ma part, j'ai déjà fait des sorties en haute montagne (même si un peu moins ces dernières année) mais du coup, je sais marcher avec des crampons, me servir d'un piolet et connaissant mes limites, je sais s'il est utile de s'inquiéter ou pas : l'inquiétude inutile étant grande consommatrice d'énergie...
Moi aussi je suis à la fois surprise et émerveillée de voir les pentes dans lesquelles ils sont capable d'aller travailler.