mercredi 20 mai - Capu Tafonatu - l'oeil du diable s'est juste entr'ouvert

Publié le par bigfoot

6h00

Il est l'or, monseignor.
On pourra pas dire que j'ai glandouillé pendant ces vacances.
Des vacances saines, levé tôt au lever, couché juste après le coucher (là, j'ai un problème orthographique que je vais mettre plusieurs semaines à résoudre)
Plus sain qu'à faire l'andouille derrière le clavier à minuit ce soir...

Bon, col de Verghio pour monter au fameux Capu Tafonatu, qui lui, une fois n'est pas coutume (j'en ai marre de ces expressions de journaliste sportif toutes faites que je régurgite à tout va)  a été programmé depuis le continent.

Alors ce qui est marrant, c'est que c'est la seule rando dont je suis presque absolument certain que j'arriverai pas à boucler. Chemin vertigineux annoncé. Je lutte contre ma crainte du vide. Je dois tenter. Et ce fameux Tafonatu reste un des sommets mythiques de Corse. J'espère au moins atteindre l'oeil.

Bon, pour une fois, je fais guide touristique généraliste. la montagne de Tafonatu est un sommet de 2335 mètres d'altitude qui est percée 200 mètres en contrebas du sommet par un immense trou de 35 mètres de diamètre. Je pense qu'il s'agit de l'endroit le plus sensationnel de Corse d'un point de vue strictement géologique.
Le problème, c'est que la montée est plus qu'ardue.

On verra une fois là haut.

Ca commence peinard par le chemin qui va aux cascades de Radule. 30 minutes dans les pins (et bien sûr, je dis ça de mémoire et au premier plan de la photo, des hêtres...pfff), assez plat. Bonne mise en jambe. Je redoute ces départs trop calmes.



Après les bergeries de radule, on franchit le Golo sur une passerelle et on attaque la montée vers les sources du plus grand fleuve de Corse (le guide touristique continue).



D'abord dans la forêt, puis complètement à nu, mais j'adore ce type de paysage. En fond les deux sommets qui m'intéressent. A gauche, Tafonatu, à droite, Paglia Orba.

Marche sur le GR20, pour changer pendant ces vacances. Il doit m'amener au refuge de Ciutullu.
Cthulhu? Lovecraft? Suis je le nouveau Charles Dexter ward?
Et l'oeil du diable, si c'était une offrande aux dieux païens?

Montée plan plan. Faudra bien que ça monte quand même tôt ou tard. Y'a 1000 mètres à gravir aujourd'hui.
Qu'à demander. grosse montée bien soudaine qui amène à un petit col qui à ma grande surprise domine le golfe de Porto. Que c'est beau. Rien que pour cette vue, ma journée est réussie.

Traversée ensuite à flanc pour rejoindre le refuge de Ciutullu où je dois quitter le GR20. Quelques névés. Je croise pas mal de monde sur cette portion du GR20 qui doit être l'une des plus hautes du parcours. A mon avis, ils doivent bien être dans le gaz sur les versants nord avec leur chargement. Les jambes sans doute flajollantes (orthographe incertaine) sur ces passages où l'erreur n'est pas permise si on veut pas finir en puzzle au fond des vallons. certains me font d'ailleurs part de leur inquiétude en me disant leur itinéraire vers le nord et le cirque de la solitude.

Au refuge, je tombe sur un père et son fils (45 et 20 ans environ) qui font la pause avant d'attaquer la Paglia Orba. Nous serons donc au moins trois aujourd'hui à nous lancer à l'assaut de ces deux sommets.
Ce qui est marrant, c'est qu'eux aujourd'hui font de la montagne pour reposer leurs bras. Ils sont en kayak de mer depuis cinq jours et veulent faire travailler une autre partie de leur corps. Exactement comme moi hier, sauf que ce sont les jambes que je voulais faire dormir et travailler les bras.
D'ailleurs, en discutant de nos trajets, ils me reconnaissent.
Ah, c'était toi qui arrivait hier avec un sit on top à 18h00 à porto,
Ben oui.
Comme c'est curieux, les rencontres quand même.
On parle, on parle, mais bon, faut monter avant que la motivation ne disparaisse.
Personne ne sent particulièrement bien la grimpette. On va monter au col des Maures entre les deux sommets sur un névé bien raide et on fera le point à ce moment là.
Ils prennent un peu d'avance.
Sur la photo suivante, on les devine à peine en train de commencer à marcher le long de l'arête à droite du col.
Impressionnant, ils sont sur un fil.
Col des maures: 2155m.
Je le sais pas encore, mais c'est quasiment mon terminus.
Je la sens pas du tout la suite de la montée. c'est maintenant qu'on va s'attaquer aux choses sérieuses.
Dès les premiers mètres, je tombe sur une première série de rochers à escalader. Brrrr...
Pas le fiérot, le bigfoot.
10 mètres de plat pour se ressaisir et une autre vire plus impressionnante encore de 5 mètres de haut. Je me force à la gravir et tout de suite après une autre aussi verticale qui s'enchaine immédiatement sans aucun plat intermédiaire. Là, j'atteins mes limites au vertige. Vraiment plus du tout à l'aise et je sais que le pire est à venir plus loin. Donc la sagesse me recommande d'abandonner, je l'écoute attentivement et lui réponds par la positive.
Tant pis pour l'oeil.
Mais je me décide à partir en traversée sous le col au milieu du névé pour essayer de prendre un peu de recul et de hauteur sur le versant ouest de la Paglia orba et tenter de voir le jour à travers le tafonatu.
Le ciel est extraordinairement bleu, limite violet.
1ère photo, le versant sud de la Paglia Orba. Il me semble avoir trouvé un passage aisé via le sud est mais je ne l'ai pas tenté, épuisé par la tentative avortée du Tafonatu.
2° photo, on devine le trou du Tafonatu.




Enfin mes efforts récompensés, je distingue un petit peu le ciel à travers le Tafonatu. L'oeil entr'ouvert.


Descente par la bocca di Foggiale et récupération du sentier qui longe le Golo.
Très très chaud aujourd'hui. Pas loin de 25°C à 1800 mètres.
Sans doute la journée la plus chaude de ma semaine.
Avec plaisir je retrouve les pins et la fraicheur des cascades de Radule.

Casse-dale avec un joli lézard, presque aussi beau que mes genoux.
Et enfin le must de la journée. Le gué du Golo. Ma spécialité.
Y'en a, c'est monter la Paglia Orba, moi c'est le gué du Golo. Bon, le risque est pas le même, je le reconnais.
Grosse sieste là à me marrer du passage des gens qui veulent franchir le torrent sans déchausser et se mouiller les pieds. Notamment un groupe de bidochons tout rougeauds, soufflant et pestant contre ce torrent de m...
Ils me font abréger ma sieste, ils me fatiguent trop.
Petite réflexion: je me fous de leur gueule qu'ils sont pas foutus de franchir le torrent, au même titre sans doute que les deux autres là haut ont dû se foutre de la mienne quand j'ai renoncé dès les premiers mètres du Tafonatu. On est toujours les couillons de quelqu'un.


Retour à la voiture puis au camping de Porto où je me sens vraiment bien. De plus l'emplacement est stratégique. Demain en début d'après midi, je dois être au port d'Ajaccio pour réceptionner un colis que j'ai hâte de déballer (j'en connais un qui va se faire engueuler gratis après lecture de la phrase).
En attendant, je sympathise avec un couple d'étudiants au camping qui se ballade en stop (voyez, suis pas si méchant que ça), leur donne une bouteille de gaz incompatible avec mon réchaud et tous mes muesli que je peux pas manger (je finis toujours par donner mes muesli aux djeuns...).
J'aime bien ces road movies de jeunes qui partent à l'aventure, sans trop se poser de questions sur la façon d'avancer et la planification d'itinéraires. A chaque jour suffit sa peine. Aujourd'hui à Porto, demain à Piana, après demain...euh...
Peut être parce que c'est quelque chose que je n'ai pas pu ou su faire quand j'avais leur âge...
Je leur propose de les monter ce soir de nouveau aux calanches de Piana pour voie le plus beau coucher de soleil du monde.
Tu parles qu'ils acceptent (qu'est ce que je suis gentil...)
Un peu moins beau que hier soir, mais quand même...hein?

Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhh!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! au secours!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
A la nuit tombée, le dragon sort du bois...
Retour au camping, chacun à sa tente.
Si demain, ils se réveillent assez tôt, je les amènerai à Piana. C'est sur la route d'Ajaccio.

Publié dans corse

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T. 01/06/2009 16:15

Méfie-toi des colis ... Pourquoi le plan Vigipirate a-t-il été mis en place selon toi ? hein ??? risque d'.....EXPLOSION !!!!!! hahaha

Laélie 01/06/2009 08:14

Dis donc, je pars 2 jours et je reviens avec un roman à lire !
Quel plaisir de retrouver les chemins Corse... ceux où y'a toujours un passage où faut mettre les mains... Je note au passage les idées de rando pour la prochaine virée sur l'île !

bigfoot 01/06/2009 08:42


attention, capu tafonatu, c'est plus qu'un passage où il faut mettre les mains... c'est 300 mètres d'escalade, pas difficile mais très engagée. les topos conseillent d'ailleurs de former une
cordée.
Facile d'écrire des romans dans de pareilles conditions. Que du bonheur. C'est malhaureusement bien court, une semaine.
La monotonie du quotidien est déjà là. et plus de romans dans ces conditions...