3/12: Ota - refuge de Puscaghia

Publié le par bigfoot

Obligation de décoller tôt ce matin si je veux arriver assez tôt au refuge avant de me faire détremper. Ils annoncent visiblement du très pourri pour ce soir.
Le problème, c'est qu'en décembre, à moins de vouloir partir à la frontale, ce n'est pas la peine de démarrer avant 7h00. De plus le petit déj n'est possible qu'à partir de 7h30. Et comme j'ai payé pour, je vais pas m'en priver, non mais oh...

Et sans regrets ce petit déjeuner: confiture maison de kiwi et d'orange à tomber à la renverse. Dommage qu ele pain soit rassi. C'est la seule fausse note de ce gîte. On a vu pire.
Donc départ réel à 8h00 tapante (comme y'a 8 heures, faut un "s" ou pas?). Dix minutes d'échauffement sur la route puis le sentier balisé en orange qui tout de suite annonce la couleur en grimpant fort au milieu des chênes et des arbousiers. Adieu les descentes depuis deux jours, adieu les orangers, retour aux arbouses.
Le programme aujourd'hui, remonter quasiment l'équivalent (en distance, pas en déniv) de tout le chemin parcouru sur les deux derniers jours. Faut pas trainer donc.
Même si j'ai le souffle court dès le début, je sens que j'ai les bonnes jambes, mais surtout, je me suis préparé psychologiquement au "psychopat day" de mon voyage.

Temps couvert dès le matin et petit vent d'ouest frisquet. Au moins, je vais pas crever de chaud. Belles vues sur le golfe de Porto, Ota, le Ponte Vecchiu ou encore les gorges de la spelunca.
P1030827 [Résolution de l'écran]Malheureusement pour mes oreilles, il y'a de gros travaux sur la route en contrebas. Le bruit des marteaux piqueurs est infernal.
Plus on monte, et plus le paysage devient sauvage et impressionnant. Première vue sur la Lonca à la sortie de ses gorges que je vais devoir remonter.
P1030833 [Résolution de l'écran]Franchissement d'un petit col. fini le bruit des marteaux piqueurs et spectacle féerique sur les gorges elles-mêmes.
P1030834 [Résolution de l'écran]Toutes ces launes en contrebas qui me font des clins d'oeil pour venir y faire trempette. C'est génial, sauf qu'on est en plein hiver et que je suis dans mon speed day. Par contre, je suis sûr que la baignade est fantastique dans cette rivière.
Comme j'ai super bien étudié la carte hier soir, je n'ai absolument pas remarqué le jeu des courbes de niveau. Il me faut redescendre quasiment à la hauteur de Ota, donc, déjà 400 mètres de déniv positif pour rien après 1h30 de marche.
Pour monter au refuge, deux options à partir de là. Par le haut et les crêtes via les bergeries de Corgola ou alors au fond des gorges, déconseillé par mauvais temps, le gué de la Lonca étant alors infranchissable. Moi, les gués, vous me connaissez, je m'en fais un tous les jours au p'tit déj. J'aime  bien. et puis comme il est à un quart d'heure de la bifurcation, si ça passe pas, j'aurais le temps de faire demi tour.
P1030838 [Résolution de l'écran]Nous voici donc au gué. Aucun espoir de le passer sans déchausser. Mais j'ai amené mes tatanes spécial franchissement de rivière (mais pas les chaussons néoprène).
Le gué à proprement parlé est plutôt long mais pas du tout profond, mi-mollets maxi. L'eau est par contre plutôt froide, voire même un peu plus mais ça m'éclate en général (cf tous mes voyages en Islande sauf un en particulier: l'Arnarfellkvisl).
Celui de la Lonca, ils sont allés jusqu'à le baliser sur les cailloux au fond de l'eau. D'où la question suivante, soit y'a pas d'eau l'été, soit ils utilise de la peinture sous marine à séchage instantané depuis le pinceau.
P1030840 [Résolution de l'écran]L'endroit privilégié pour une belle photo des gorges, c'est d'être au milieu du torrent.
P1030841 [Résolution de l'écran]Oui, bon, on peut mieux faire. rive gauche maintenant. Le sentier est beaucoup plus difficile, entre troncs couchés et roches glissantes rien qu'à les regarder. La végétation est également beaucoup plus dense, ce qui limite les vues sur les gorges.
En fait, ce n'est pas la traversée en soi du torrent qui est dangereuse par mauvais temps je pense, mais plutôt certains passages en corniche au-dessus du torrent plutôt glissants (les équipements de sécurité en placé étant complètement corrodés).
Derniers instants le long de la Lonca avant de remonter dans le raide vallon de Calanconi...
P1030849 [Résolution de l'écran]P1030852 [Résolution de l'écran]Et c'est parti pour la montée rock and roll sur des roches moussues very slippery. Vues toujours aussi grandioses.P1030857 [Résolution de l'écran]Fin de montée du vallon, magnifique cascade sur le versant d'en face.
P1030859 [Résolution de l'écran]Les photos ne rendent absolument pas hommage à la beauté des gorges de la Lonca. Je les trouve beaucoup plus belles que celles de la Spelunca (Lonca - Spelunca, mon petit doigt me dit qu'il y'a analogie entre les deux noms).
Le sentier devient plus cool jusqu'à Casa Infurcata avec une magnifique cascade sous les ruines de la bergerie. Grosse pause avec plein de photos de la partie supérieure de la-dite sauf qu'elles sont toutes nases. L'accès à la cascade elle même nécessite une transformation en sanglier et je n'en ai pas envie aujourd'hui.
Je n'ai parcouru qu'un gros tiers de la distance, sans parler du déniv résiduel.

Passé le vallon, le sentier se transforme en petite piste horizontale qui pénètre dans un grande forêt de pins.
Dernière vue des gorges de la Lonca avant de rentrer dans la purge absolue de cette journée, pour ne pas dire du voyage.
P1030863 [Résolution de l'écran] Le chemin commence à descendre, toujours dans la forêt. Enfin, si on peut parler de forêt pour une zone de repeuplement où les arbres ont été plantés avec un compas et une équerre. Le evnt a un peu forci en cette fin de matinée et ça grince de toutes parts dans la forêt. Beaucoup d'arbres sont d'ailleurs tombés et certains sont en équilibre couchés sur d'autres juste au-dessus du chemin. Ah non, décidément, j'aime pas les forêts (voir tous les posts précédents).
Et ça descend, encore et encore... et m... A ce rythme là, il me faudra bientôt un casque de mineur. Je suis presque en altitude négative sous le niveau de la mer à ce train. Au moment où j'en arrive à penser qu'au prochain virage, je vais tomber sur un chinois, je récupère une piste beaucoup plus importante qui elle repart vers le haut.
Toujours aussi chiant niveau paysage, malgré quelques passages sympa le long du ruisseau de san Leonardo. Aucun intérêt. Je me suis fixé l'objectif de ne plus m'arrêter tant que c'est pas beau. Et c'est long, c'est long.
Et ça monte, ça monte... et il commence à bruiner un tout petit peu. Je dois rajouter une couche supplémentaire sur le dos.
Et ça monte, encore et encore... et m... A ce rythme là, il me faudra bientôt une combi de cosmonaute. Je suis presque dans la stratosphère à ce train. Au moment où j'en arrive à penser qu'au prochain virage, je vais tomber sur un martien, je tombe sur la fin de la piste. Le ruisseau de san Leonardo à gué sans se déchausser est limite, mais pour un artiste de mon talent, ça passe sans casse (cf Bavella last spring).

Il aura fallu pas loin de deux heures sans marquer de pauses et à l'allure la plus importante fournie depus le début du voyage pour me sortir de cette passe.
Le paysage en sortant de la forêt (presque) redevient aussitôt sympatoche.
P1030876 [Résolution de l'écran]Après un court raidillon, je repars en descente le long d'un magnifique sentier empierré qui épouse les contours du vallon de Piscio. superbe forêt par contre ici, complètement sauvage aux essences variées. Je descends ainsi un peu trop longtemps à mon goût jusqu'aux rives de la Lonca.
D'après la carte, il reste moins d'un km à parcourir jusqu'au refuge. Le massif du Tafonatu est juste devant moi.
P1030879 [Résolution de l'écran]Entre le refuge et moi, je dois traverser deux fois la Lonca. Il commence à tomber du grésil alors que je dois de nouveau tomber les pompes pour traverser le premier.
P1030884 [Résolution de l'écran]Deuxième gué. Là non, je tombe pas les pompes. Par contre je tombe le cul par terre au dernier moment. J'évite donc de peu le grand bain.

Il commence à neiger pour de vrai. Il est 15h30. Je force encore l'allure. Pas envie de me mouiller si près du but. Grosse transpiration sous mon gore-tex malgré une température pas loin du 0°C.
P1030885 [Résolution de l'écran]Le sol est couvert d'une bouillaque de neige pénible pour la progression. J'ai froid aux pieds. Mes semelles sont tellement usées et le pare-pierre tellement abimé que l'humidité a transpercé la membrane de mes chaussures.
P1030886 [Résolution de l'écran]16h00: refuge en vue. Crainte dissipée. Il semble que je sois seul. Je n'ai pas envie de partager à nouveau l'exiguité d'un refuge. Je veux être seul avec moi. Y'en a marre de toute cette sociabilisation depuis quelques jours.
Si je fais le compte, depuis Calacuccia, j'ai toujours vécu avec mes semblables une partie de mes soirées.
Calacuccia: le resto chez Jojo.
Tighiettu: les allemands
Ciutullu: deux nuits avec le fantôme
Marignana: le gîte
Ota: le gîte

Ce voyage atteint un niveau d'engagement hallucinant. Il est temps donc de solitudiner.
Et Puscaghia me semble l'endroit idéal pour ça. Ce n'est pas pour rien que j'ai décidé de remonter affronter le mauvais temps.
P1030887 [Résolution de l'écran]Angoisse momentanée. Des traces de pneus fraiches autour du refuge, des motos. Oh non, pitié, pourvu qu'ils reviennent pas ici ce soir.
La nuit tombe. Personne n'arrive. Le feu ronfle dans la cheminée. Le mauvais temps s'intensifie dehors. Quelques coups de tonnerre. J'arrive à faire monter la température du refuge de 6°C à 13°C (c'est bizarre que je n'arrive pas à chauffer au delà).

Un bon repas et  une bonne nuit.
Manquerait plus que ça que je dorme pas bien: 8h00 de marche, 1600 de déniv positif et 850 de négatif avec mes 25kg environ sur le dos.

ota puscaghia [Résolution de l'écran]


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