29/11: refuge de Tighiettu - bocca Minuta - refuge de Ciutullu

Publié le par bigfoot

Sommeil de plomb, particulièrement régénérateur.
Du mal à me lever aussi tôt que je le désirais. Petit déjeuner trop long because je suis trop poli pour me casser comme un voleur et je discute un moment avec mes deux compagnons. Discussion de toute façon fort sympathique, même si on est limités par nos faiblesses vocabulatoires en anglais. Comment parler du nationalisme et des particularismes corses quand on sait pas dire grand chose d'autre que I'm hungry ou Where is the path? Bon, déjà que j'y comprends queue-dalle à ces problèmes et que je saurais pas trop mettre des mots français dessus, alors en anglais, c'est encore plus frustrant. Ca finit donc par un rocambolesque: they are different...

Départ à 7h45, donc avec une petite heure de retard sur l'horaire prévu. Objectif bocca Minuta ce matin pour enfin voir ce légendaire cirque de la Solitude au moins une fois dans ma life, même si je ne compte descendre dans ses entrailles (le goncourt se rapproche) aujourd'hui, mais plutôt essayer de prendre de la hauteur et tenter de monter à Punta Minuta.

* aller au repère suivant pour ceux qui veulent pas lire mes disgressions.

15 minutes plus tard, parti extrêmement léger puisque je redescends tout à l'heure au refuge, je me rends compte que j'ai oublié la carte. C'est pas que j'en ai besoin vu que je reste sur le gr 20 pour monter au col et que pour monter à Punta Minuta, ben quand ça monte plus, c'est que je suis au sommet. Mais, pour moi, être démuni d'une carte, c'est comme, euh...
pour les bricoleurs: une caisse à outil sans clé de 13
pour les gastronomes: un repas sans pain
pour les amateurs de whisky: un lagavulin sans coca (le sacrilège absolu dont tout auteur devra répondre devant San Petru (ben oui, on est en Corse))
pour les romantiques: du cul sans sentiments (oui, je vous l'ai dit hier, je suis en DS (pas la nintendo mais en détresse sexuelle)
pour les botanistes: un kiwi male sans sa meuf ou un figuier sans sa guêpe
pour les zoologistes: un requin sans rémora ou un chien sans puces
pour les HLMistes: un appartement sans voisins bruyants
Bon, d'accord j'arrête...

Retour donc obligatoire au refuge récupérer la carte ce qui me fait encore pas gagner trop de temps. Et oui, c'est un de mes côtés psycho-rigides. La montagne sans carte.
Alors j'ai aussi la jauge du réservoir de la voiture en-dessous de la moitié qui me donne pas mal de stress ou mes affaires de montagne mal rangées et ne pas savoir précisément où elles se trouvent à tout moment (même si je suis au boulot et que c'est vraiment pas la préoccupation du jour).

Bon, pour ce qui lisent cet article pour la montée à bocca Minuta, ils doivent commencer à s'emmerder à lire mes problèmes psychologique.

* Le vrai départ du jour, c'est là...
Il fait vraiment froid ce matin, largement en dessous de 0°C je pense. D'ailleurs, je garde gants et bonnet un long moment avant d'être réchauffé, ce qui est rare chez moi. Je garde même la softshell sur le dos durant toute la montée, ce qui est là, je crois un fait unique en dehors de conditions météos détestables.
En parlant météo, je vois déjà le mauvais temps qui monte par l'ouest. Je pense qu'il risque de faire vraiment mauvais plus tôt que prévu.
P1030682 [Résolution de l'écran]La montée, plutôt raide, dans sa première partie se déroule sur ces fameuses dalles si caractéristiques à la Corse, donc facile pour les pieds et les genoux mais par contre très glissante à cause de la glace. Il faut vraiment faire attention où l'on pose ses pieds.
P1030683 [Résolution de l'écran]La deuxième partie vers 2000 mètres est plus caillouteuse, un peu moins raide mais recouverte d'une neige très dure. Pas de névés dangereux à traverser mais là aussi, chaque pas nécessite d'être bien assuré au risque de se gameller, ce qui est jamais agréable, donc je ne vais vraiment pas aussi vite que je l'aurais souhaité (presque 2 heures au lieu de la petite heure que je pensais).
Le soleil montant donne de magnifiques effets de couleur à la montagne. C'est vraiment un de mes endroits préférés de Corse et comme je suis vraiment seul, j'en profite encore plus (oui, on se refait plus à mon âge, déjà que je deviens romantique...faut pas m'en demander plus).
P1030685 [Résolution de l'écran]Ah, le cirque de la Solitude... Qu'est ce que c'est impressionnant. Oh non, je ne regrette pas de l'avoir squizzé (ou shunté  (tiens j'ai du vocable anglais quand je parle français et pas quand j'en ai besoin (c'est ballot ça)). Le versant nord de la bocca Minuta est complètement gelé. Le sentier y'est d'une pente assez impressionante. Je ne suis pas sûr que j'aurais réussi à me hisser jusqu'au col par ce côté.
P1030689 [Résolution de l'écran]Mais qu'est ce que c'est beau, vraiment spectaculaire. Je ne regrette pas mon choix d'être monté de ce côté ci du Gr plutot que de retourner au lac de Nino que je connaissais déjà.
Par contre, vu le retard accumulé ce matin et les conditions météo qui ne vont pas tarder à moisir, l'ascension de Punta Minuta ne me semble pas une bonne idée. Il faut que je pulse pour monter au sommet et descndre ensuite au refuge et repartir vers Ciutullu. Sauf que la montée à Punta Minuta n'est pas balisée, totalement hors sentier et qu'il faut un minimum de sérénité pour trouver les passages dans les zones rocheuses. C'est à dire qu'il faut prendre son temps pour faire sa trace, et ce temps je ne l'ai plus aujourd'hui. C'est dommage, mais il faut être raisonnable. Speed et montagne engagée ne vont pas ensemble. Ce sera pour une prochaine fois.
P1030690 [Résolution de l'écran]P1030693 [Résolution de l'écran]Pas mal de vent au col, il caille sévère. S'il neige pas d'ici ce soir, mes balloches sur le billot (je parle de plus en plus mal, il faut que je me ressaisisse, imaginons que mes enfants me lisent un jour).

Le retour au refuge est tranquille même s'il faut faire encore plus attention à la glace dans la descente. C. Pujos, dans son excellent bouquin "Corse, les plus beaux treks" (j'attends après cette petite pub impromptue quelques royalties qui me permettront de me payer le billet de retour) dit que la descente est une simple formalité. Euh... Doit bien y'avoir quand même quelques genoux qui se dévissent de temps en temps.

Il ne faut absolument plus trainer maintenant. J'attaque une bonne course contre la montre avec le mauvais temps. J'ai une très grosse appréhension de bocca Foggiale, je ne sais pas pourquoi, mais c'est un col que je ne sens absolument pas du tout.
D'abord redescendre aux bergeries de Ballone, pas si moches que ça, j'exagérais hier, même si je trouve que c'est un peu too much.
P1030696 [Résolution de l'écran] Le sentier est de niveau un long moment vers le sud pendant qu'il contourne la Paglia Orba.
Retour dans la forêt aussi. C'est vraiment pas mal du tout mais je ne prends plus le temps de rien du tout. Tant pis pour le lac de la Paglia, tant pis pour les brèches dans la crête, il faut que je bascule avant que ça dégénère de l'autre côté.
P1030697 [Résolution de l'écran]Peu de photos donc, surtout dans le bas du col. Le versant est est (c'est con, le français des fois) bien rocheux et certains passages sont déjà bien encombrés par la neige. Le sommet du col relativement pentu mais sans plus est déjà barré par un gros névé.
Encore une dernière vue vers le Cinto (Punta Crucetta)
P1030699 [Résolution de l'écran]La dernière partie sous bocca Foggiale.
P1030704 [Résolution de l'écran]Une dernière vue sur le Niolo, les cinque fratri et le lac de Calacuccia avant de disparaitre dans la brume.
P1030705 [Résolution de l'écran]
Je me sens un peu comme Gandalf montant au col de Caradhras avec Saroumane qui lui envoie une vilaine tempête sur le coin du museau. Tout le mauvais temps se cristallise dans cette passe. Je dois mettre définitivement la parka sous le col. Il commence à pleuvoir drû. La neige ne saurait tarder.
Le névé traversé, je bascule sur l'autre face dans un brouillard plutôt épais mais qui est régulièrement déchiré par de grosses rafales de vent, ce qui donne de superbes vues fantasmagoriques sur la Paglia toute proche maintenant.
P1030707 [Résolution de l'écran]P1030710 [Résolution de l'écran]Quand ça va commencer à dégénérer pour de vrai, il va faire mauvais d'être dehors ce soir. Heureusement que je sais le refuge à quelques minutes d'ici.
Moi qui trouvais que ce voyage commençait à tafioliser dans la douceur du climat, me voilà servi pour le compte. Je retrouve les bonnes conditions qui font que tu te sens bien vivant, bien en prise avec la nature.

Ouf, le refuge, je vais pouvoir me poser. Il est 14 heures.
P1030708 [Résolution de l'écran]Le temps d'approcher, je suis de nouveau dans le brouillard. Je ne trouve plus le batiment. Heureusement que je l'ai vu dans une trouée et que je connais déjà un peu l'endroit. Je fais quand même pas mal de ronds pour le trouver. Encore une erreur et pourtant j'ai l'expérience malheureuse de Kistufell en Islande où je n'avais pas réussi à atteindre le refuge dans la tempête parce que je n'avais pas noté ses coordonnées gps. Quand on dispose de cet outil, c'est quand même un minimum de rentrer les coordonnées des refuges dedans.

Enfin le refuge de Ciutullu, le plus haut de Corse à quasiment 2000 mètres.
P1030711 [Résolution de l'écran]Là aussi du bois de chauffage a été monté par hélico, ça va être bien cool.
J'ouvre la porte. Je tombe nez à nez avec un type, seul lui aussi.
Malaise... Y'a un truc qui colle pas sur le moment... Je le sens pas le mec et j'ai l'impression qu'il en a autant pour moi.
Aussitôt je lui dis que je fais une pause et que je me casse dans 10 minutes.
Ben non, il est sympa, il essaie de me convaincre de rester. Il va pas tarder à neiger, y'a plus de refuge digne de ce nom accessible avant la tombée de la nuit.
Oui mais voilà, un truc coince...
Mais c'est vrai qu'il a raison, c'est pas raisonnable de se casser maintenant.
Donc je reste un peu à regrets...

Lui est corse. Son truc, c'est la tempête. Dès qu'il fait mauvais il monte à la montagne pour se la prendre sur la tronche puis faire des sommets quand elle est calmée.
Piolet et couteau à cran d'arrêt plantés dans la table, il a un petit côté angoissant le gus.
Il est un peu dépressif et il est monté avec une bouteille de Whisky pour se soigner. Il m'en propose un petit. C'est pas ça qui va soigner mon foie "overtransaminasé" d'après la dernière analyse (merci boulot).
3 verres plus tards, les relations se détendent un peu. On se présente un tout petit peu. Comme un couillon, je lui demande ce qu'il fait comme taf pour pouvoir se permettre de monter quand il veut à la montagne. Aussitôt il se referme. Je me débrouille, il me répond avec un regard méfiant.
Je comprends pas trop son attitude... Mais bon, je passe à autre chose et surtout à mon 4° verre de Sky.
Au bout d'un moment, il me regarde avec un sourire et il me dit: c'est bon, j'ai décidé que t'étais pas un condé.

Oh p'tain, j'te jure... ce délire paranoïaque qu'ils ont tous ici. En tout cas, ça m'éclaire un peu sur tous les regards suspicieux que j'ai eus ces derniers jours. Il m'explique que les flics envoient des agents déguisés en randonneurs pour infiltrer les milieux nationalistes.
Vrai, pas vrai? euh... en tout cas je suis volontaire pour faire flic, moi dans ces conditions.
J'imagine le briefing au commissariat.
Alors, il me faut 2 gars pour contrôler les contrôles techniques au rond point de Ponte Leccia, deux autres aux jumelles sur la voie rapide à Furiani, 125684 pour bloquer le port d'Ajaccio quand Sarko viendra nous rendre visite (véridique, j'ai été évacué du port avec tous les autres passagers bien sûr en 2005 lors d'un passage de Sarkosy quand il était ministre de l'intérieur, lamentable) et un qui va devoir se sacrifier un mois à se ballader sur les sentiers de Corse.
Non, pas les sentiers, par pitié... non... chef, laissez nous verbaliser les stationnements génants.

On baffre comme des cochons jusqu'à minuit, saucisson corse et fromage pour accompagner la bouteille.
A moitié bourré, je risque de me tuer dans les escaliers dehors en pleine nuit pour aller vider le trop plein de bibine de ma vessie.
22h00, plus qu'à moitié bourré, je suis sec comme je l'ai pas été depuis la fac... Je m'excuse et je m'effondre dans mon duvet... Bonne nuit.

Publié dans corse

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