29/07: Sveinsgil

Publié le par bigfoot

Ce titre, rien que ce titre en fera saliver plus d'un pour qui sait ce qu'est Sveinsgil.

 

Me vantant désormais de devenir un petit spécialiste de ce pays, je dois dire que Sveinsgil n'est pas mon endroit favori en soi. Son accès est très spectaculaire et les couleurs exceptionnelles.

Dans mon tri particulier entre beau, exceptionnel et irréel, Sveinsgil entre bien entendu dans la dernière catégorie. Cet endroit ne peut exister dans la vraie vie. Il faut une imagination particulièrement féconde pour pondre un truc pareil. Mais n'empêche qu'à mon goût, il lui manque le petit truc... Je n'arrive pas à mettre les mots sur ce petit truc, mais voilà, je ne suis pas dans un état proche de l'extase quand j'y suis.

 

Ne faisons toutefois pas la fine bouche, ce site est plus qu'extraordinaire, au-delà du réel.

En 2010, je m'étais loupé. Je venais du nord, allant vers Landmannalaugar et au niveau des montagnes bleues (car c'est de montagnes bleues qu'il s'agit) j'étais parti dans le lit de la Sveinsgil, m'octroyant de petites sueurs dans une rivière au débit si fort pendant plus d'une heure.

Cette fois, j'ai l'intention de suivre la crête de bout en bout, c'est à dire de monter dessus à la confluence entre la Sveinsgil et la Jokulgil et n'en redescendre que dans le vallon en face d'Hattver. Dans l'absolu, je ne vais découvrir rien de bien nouveau par rapport à ce que je connais déjà mais Sveinsgil ne se boude pas, jamais. 

D'ailleurs rien que de penser à Sveinsgil, la chanson suivante me vient à l'esprit...

 

En fait c'est une journée récréation aujourd'hui, assez courte, avec un objectif bien défini et je sais exactement où je veux planter la tente. Par le chemin normal, j'en aurais au maximum pour cinq heures de marche.

 

Donc je mets beaucoup de temps à plier le camp ce matin. Pars discuter avec les gardiens de la pluie et du beau temps, passe par le bus magique boire un ou deux cafés (déçu mais le type d'il y'a deux ans n'est plus là) et manger des fruits frais. Je regarde la frénésie des départs des adeptes du Laugavegur, observe les premiers arrivants en bagnole. Discute avec Romain de l'accès que je connais vers Sveinsgil en lui donnant moultes détails (et trop de détails tuent le détail, on y reviendra)

Alors je ne me rappelle pas exactement de l'heure du départ mais il est sans doute pas loin de onze heures quand je lève l'ancre.

 

J'adore marcher dans la Jokulgil, je ne sais pas pourquoi mais j'y éprouve une sensation de liberté pure à marcher dans l'eau, à croiser et recroiser le flux de l'eau. J'imagine être un cheval au galop dans la rivière éclaboussant de toutes parts... J'ai de ces fantasmes...

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Et puis le matin c'est super rigolo, y'a pas trop d'eau. Om passe où on veut sans risquer de verser à la baille dans un trou.

N'empêche que je suis bien content d'arriver à la confluence avec la Sveinsgil. J'en ai finalement marre plus vite que prévu. C'est pas que j'attendais un panneau pour m'indiquer le chemin d'accès à la crête, mais je ne découvre aucun signe net permettant de trouver une amorce de sentier. 

Je m'octroie une grosse pause avant d'attaquer le morceau de résistance, monter sur cette damnée crête.

Je ne l'attaque pas de front mais plutôt par un petit ravin sur le côté versant Sveinsgil, puis me retrouvant bloqué très vite, rejoint incessamment la crête principale visée.

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Alors avec le recul de l'expérience, je dis qu'il faut s'y attaquer de plein fouet, frontalement. Seuls les premiers mètres seront ardus puis on trouve une trace qu'on ne quittera plus (enfin, presque...)

La vue s'ouvre de suite sur les deux versants. Ce n'est pour l'instant raide ni d'un côté ni de l'autre. Côté Sveinsgil, le Torfajökull me tend les bras en vue de la journée de demain.

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Le plus beau se déroule côté Jokulgil avec des jeux de couleur sur la roche tout à fait exceptionnels.

En dessous de moi dans le lit de la rivière, j'observe un groupe important progressant vers Landmannalaugar à flanc de montagne pour éviter de marcher dans la flotte. Apparamment, ils connaissent pas l'astuce des chaussons néoprènes pour pas se geler les orteils.

 

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La trace est vraiment nette sur la crête. Régulièrement des arêtes secondaires se détachent. Je ne les suis pas toutes pour aller admirer tous les surplombs au-dessus des deux ravins mais c'est toujours aussi beau que spectaculaire.

Ce n'est pas une crête facile et linéaire. On monte, on descend... La qualité de la roche change, sa couleur aussi.

On prend aussi très vite de la hauteur, rendant la confluence sublime. 

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Sur le versant en face se trouve le chemin par lequel je suis arrivé, le fameux tour de skalli contournant en fait la montagne arrondie. Juste au nord de cette proéminence se trouve le départ de la crête de Hattver.

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Par exemple sur la photo suivante, une de ces fameuses arêtes dominant la Jokulgil. Vertige et panorama garantis au bout sur les rognons rocheux.

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Le chemin se poursuit à un rythme lent plutôt éprouvant sur ces montagnes russes. Il suit sans cesse la ligne sommitale de la crête.

Et quand t'es à un point haut durement acquis, tu redescends d'autant pour attaquer le suivant, très casse-pattes. Ou alors c'est qu'au bout d'une semaine, je cherche mon second souffle.

Ou alors encore et je pense davantage que c'est la vérité, je me suis conditionné pour une petite journée et je n'ai pas les capacités mentales pour affronter les difficultés potentielles.

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Ah... cette vallée de la Jokulgil!!! Pas mal moi je dis...

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Elle est encore plus impressionnante quand on la regarde vers l'amont.

le défilé sublimissime de Þrengsli s'approche, et en face de l'autre côté exactement les montagnes bleues approchent aussi.

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Le chemin de crête toujours... On risque pas de se paumer...

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Côté Sveingil, la partie aval. La couleur de l'eau m'a toujours épaté, tirant plus sur le bleu que les autres rivières glaciaires.

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Mail il fallait bien qu'il y'en ait une sur le chemin. La crête est obstruée par des rochers dont on se demande comment ils font pour être là, si ce n'est par la volonté de nous emmerder.

Le chemin disparaît. alors chacun fait comme il le sent. Pour ma part, je suis parti côté Sveinsgil pour les contourner.

Pas sûr que cela ait été ma meilleure idée. Je crois en fait que le plus simple était de leur passer dessus par des petits pas d'escalade.

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Parce que dessous, c'est raide, couvert de cailloux en équilibre instable qui nous amènent à descendre toujours plus bas pour éviter un nouveau gros rocher ou une face trop verticale et à l'arrivée on se retrouve quasiment dans le lit de la rivière.

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Non, un sale moment vraiment pas terrible. Parce pour arranger le tout, les versants sont coupés d'arêtes basaltiques très étroites, obstacles majeurs et définitifs dans un eprogression en traversée linéaire.

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Non, je suis sûr qu'il fallait tenter de rester tout en haut quitte à faire quelques acrobaties finalement moins tendues que cette progression dans les blocs.

La récompense n'est plus très loin. Les montagnes bleues sont désormais visibles...

Il faut remonter tout en haut de la crête. La suite ne semble plus présenter de problèmes.

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Plus que les montagnes bleues elles-mêmes, c'est la variété des couleurs qui rend le site exceptionnel.

Il faut vraiment rester au plus haut pour ne pas se trouver coincé par les ravins.

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Et donc on remonte de nouveau très haut mais on profite d'un panorama cinq étoiles (sur une échelle de trois).

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Pour ceux qui voudraient étudier le parcours, je suis gentil, je mets une photo de la partie rocheuse de la crête que je viens de contourner et de remonter par les pentes grises à droite (en fait par la gauche quand on vient de Landmannalaugar (pas sûr d'être clair)).

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Autre avantage de remonter sur la crête, on se prend le panorama de Þrengsli en pleine poire.

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Et puis de toutes façons, il n'y a pas le choix pour passer à moins de vouloir remonter la Sveinsgil à la nage et je vous promets que c'est pas un cadeau (je sais de quoi je parle).

Le chemin est de nouveau très net.

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En fait quand on y regarde mieux, les veines bleue et orange se prolongent des deux côtés de la crête aussi bien face Jokulgil que Sveinsgil.

Exceptionnel...

Jokulgil...

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Sveinsgil...

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En fait, je me demande si les deux côtés ne sont pas une et une seule veine recouverte par les ryolithes nouvelles grisâtres.

Et puis, je n'ai toujours pas trouvé dans la littérature l'origine de cette couleur. Oxyde de fer, de cuivre, de zinc??? un cyanate de quelque chose?

On dirait que la roche grise est en train de libérer la montagne bleue de sa guangue toute moche. Comme une sorte de mue.

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Comme l'autre jour à Hrafntinnusker, je prends tout mon temps pour arriver sur ce site d'un autre monde, reste au plus haut le plus longtemps possible pour profiter au maximum de cette vue.

Puis il est temps de descendre vers l'irréel.

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Une fois que j'ai pris pied sur le bleu, mon idée première est de descendre dessus jusqu'à sa base, mais bizarrement je suis pris d'une espèce de peur primaire, sacrilège de marcher sur cet emplacement surnaturel.

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Ce n'est pas par peur d'abîmer le site ou de laisser mes traces de pas, non, c'est purement psychologique. Je ne peux pas pas souiller de mes pieds la montagne.

Une pause photo et vite je remonte sur le gris.

On va donc tenter le jaune, ç ame perturbe moins que le bleu mais là mes traces sont très marquées. Le jaune est beaucoup plus meuble que le bleu.

Et je n'aime pas laisser mes traces de pas là où je n'aimerais pas voir les marques des autres.

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Donc je descends au bord de la rivière en passant entre les couleurs...

et bleu et jaune, ça donne quoi?

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Ben oui, du vert... Bon ok c'est pas de la roche mais de l'herbe.

Ce que j'adore ici entre autres, c'est ce sentiment que les tas jaune et bleu ont été déposés par l'homme.

Ou le bon dieu à la brouette.

C'est son dépôt de couleurs qu'il vient chercher au besoin quand il veut peindre une fresque.

 

Je me tape une sieste d'anthologie de plus d'une heure au pied de la montagne bleue. Si c'est pas malheureux de fermer les yeux à un tel endroit!!!

Photos suivantes maintenant classiques, prises également en 2010.

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Je ne vais pas m'attarder sur la suite du récit de cette journée. Je reprends exactement le chemin de 2010 à l'inverse.

La crête de nouveau, plus aérienne de ce côté et des panoramas à couper le souffle.

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J'aperçois un type en bas dans la rivière qui cherche le moyen de monter sur la crête où je suis.

Il m'a repéré et tente de monter tout droit dans ma direction en pleine pente. C'est beau de voir cette motivation, cet obstination mais il ne pourra jamais monter par là. Je voudrais lui crier que c'est pas possible qu'il faut repartir en arrière et rentrer dans le petit vallon à gauche de cette petite brèche. 

Bon, finalement, après l'avoir observé quelques minutes, je le vois renoncer et reprendre son chemin vers Landmannalaugar.

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Là, faut pas se gameller...
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La vue ultime sur Þrengsli

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A la sortie de la crête, on arrive sur le large plateau herbeux qui mène au Torfajökull.

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C'est là qu'est mon soucis principal de la journée. De ce plateau dans ce sens là, vais retrouver aisément le passage pour la crête ramenant à la Jokulgil en pente douce?

Ma mémoire visuelle reste toujours aussi bonne et c'est sans problème que je retrouve le chemin passant juste au dessus du terrible ravin noir dévalant tout en bas en une cascade finale impressionnante. 

Pour l'itinéraire précis, voir 2010...

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Me voici au-dessus de Hnausar, sur la crête finale qui va m'amener tout doucement en bas d'ici une demi-heure.

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Presque en bas, je ne pensais pas que ce serait aussi facile aujourd'hui.

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Voici donc le point de départ de ce côté ci... Ca peut servir pour les amateurs...

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A la base, je dessine une flèche à l'aide de pierres pour indiquer at the Romain's tribu avec précision le départ vers les montagnes bleues.

D'ailleurs, il suffisait d'y penser que je les vois au loin baladant le long des rives de la Jokulgil.

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Je traverse la Jokulgil pour les rejoindre et discuter un petit moment avant de repartir alone into the wild vers des zones beaucoup plus isolées.

Ils sont partis après avoir planté la tente à Hattver pour Sveinsgil. Il est 18h00 bien sonnés. Ca me semble un peu tard. Ils en auront d'après moi, même sans sac pour 5 heures a/r.

Ma remarque les décourage plutôt d'autant que la Jokulgil à traverser est rédhibitoire en cette fin de journée où elle est de nouveau plutôt haute pour qui n'aime pas particulièrement l'exercice (moi, ça tombe bien, j'adore en principe).

Seul Romain traverse donc et part en éclaireur pour la journée de demain.

Au revoir... Retraversée de la Jokulgil pour rejoindre le vallon derrière Hnausar, ma montagne préférée.

Je cherche dans la Jokulgil une source chaude repérée en 2010 qui la rend tiédasse mais ne la retrouve pas, sans doute parce le débit d'eau du soir est trop fort par rapport à la faiblesse de la source chaude.

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Je voulais dormir à côté des deux petits trucs qui fument de ce vallon, mais je ne me rappelais pas bien du site.

Pas d'eau froide ni de pelouse. Vraiment pas sympa. Je remonte un peu le vallon qui se resserre mais n'offre aucun coin vraiment agréable pou rdresser un joli campement surtout quand on sait combien c'est bon à quelques centaines de mètres à Hattver.

J'insiste pas et reviens à la Jokulgil, réaperçois mes copains de l'autre côté, retraverse la Jokulgil pour discuter de nouveau (et on dira que je suis sauvage), reretraverse pour rejoindre la Kaldaklof (on pourra dire aussi que je l'aime la Jokulgil) où je souhaite dormir maintenant. C'est par cette vallée en rive droite que je remonterai demain vers le Torfajökull.

Le soleil rasant donne des lumières et des ombres sublimes.

Ici sur hattur.

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Hauhverir fume au loin...

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C'est particulièrement actif ce soir là haut.

Il me suffit de rejoindre les pelouses maintenant et puis gros dodo dans un cadre de rêve.

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Il faut traverser une dernière fois...

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Le "presque" hasard me fait passer exactement sous le point où j'ai coincé hier en descendant de Hauhverir.

Ben oui, avec la cascade c'était pas possible dans la rivière puis ensuite ma tentative le long de la crête à droite juste au-dessus de la petite pelouse était elle aussi rédhibitoire.

Ca pouvait pas par là.

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J'avais repéré hier soir un petit lac au-dessus de la rivière. Je ne me prive pas d'y monter au bord pour me payer une nuit de rêve dans un des plus beaux sites d'Islande.

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Demain, je dois quitter la zone. Je regrette déjà ces derniers jours passés ici au milieu de la géothermie et des ryolithes les plus exceptionnels d'Islande.

Qu'est ce qui m'attend de l'autre côté du Torfajökull?

Bah, vous verrez, c'est pas mal non plus...

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