28/09: Tête de l'Enchastraye (2954 m)

Publié le par bigfoot

Pas trop envie en ce moment de raconter mes sorties.
Mauvaise humeur absolue. Crise de la quarantaine?

Pour le descriptif de l'Enchastraye, allez plus loin. Sur les prochaines lignes, j'ai besoin de me défouler.

Remise en question de la totalité de la vie que je mène. Enfin, juste professionnelle. Juste ça, c'est vrai que ça représente à peine 1/3 de mes journées et détraque mon rythme avec ces 3*8 de merde. Cette vision est en train de devenir intolérable.
Nouveauté dans mes réflexions: l'image que les autres ont de moi dans ma vie professionnelle. Jusque là, je m'en fichais totalement. Aujourd'hui, ça me pèse.
Marre d'être en bleu de travail. J'ai beau être "the team leader", l'image, ne serait ce que physique que je renvoie me dérange. Sans parler d'un point de vue intellectuel... Régression totale depuis que je bosse dans la boutique. Je ne suis pas sûr d'avoir pris quelque chose en 12 ans de travail dans cette boite. En dehors de la gestion des rtt et de la mesquinerie de mes semblables, rien, nada... et comme à cela pour chaque jour travaillé, j'en perds deux d'espérance de vie en respirant des toxiques à tout bout de champ. Rien qu'à regarder l'état des poutres métalliqes de l'atelier qui se corrodent à une vitesse inimaginable, je n'ose penser à l'évolution de mes beaux petits poumons tout roses?
Au moins si j'en tirais un minimum de reconnaissance... "Ferme ta gueule et bosse, c'est la crise, tu crois que c'est le moment de s'occuper de l'amélioration de tes conditions de travail?"
on n'est pas dans le registre "marche ou crève". Non, pas du tout, on est dans le "marche et crève".
En utilisant le langage qui est devenu ma référence ces dernières années, je dis à tous ces gros cons (surtout un): "allez vous taper le cul dans la merde". Rarement vulgaire sur ce blog, mais là, je ne peux plus contrôler...
Imaginons que je n'ai qu'une place pour sauver quelqu'un. J'ai le choix entre un chien et ce fameux un.Je suis sûr de choisir le chien. Je crois même que si je devais choisir avec un crapaud, je prendrais le crapaud.
Non, c'est devenu intolérable.

Le déclencheur tout con? une formation à deux balles comme j'en passe de temps en temps.
Ah... les bienfaits de la formation professionnelle à la française... le recyclage du permis cariste...
J'avais encore quelques illusions, très peu depuis longtemps mais quand même.
Et oui, je n'ai qu'un DUT. Je sais depuis que longtemps qu'en temps que non ingénieur, je suis un gros con destiné à racler les caniveaux. Loin d'avoir le niveau de mes supérieurs sortants d'écoles de chimie supérieure au cerveau hypertrophié, à l'intelligence suprême, au savoir illimité et infaillible...
Bon, donc je passe le test cariste, mon seul diplome obtenu depuis 15 ans d'activité professionnelle. 150 questions en qcm d'un niveau de dingue.
Style: mon chariot est prévu pour porter une tonne. Est ce que je peux soulever une charge de deux tonnes?
Début du test, le formateur qui me dit: "panique pas, c'est un examen tout simple. Respire un bon coup, ça va aller, ce n'est pas aussi difficile que ça en a l'air."
Je ne citerai pas le retour auquel il a eu droit, j'ai un peu honte de ma réaction épidermique, mais c'est le symbole de ce que les gens voient de moi... un cave, un mongolien... Je ne peux plus. Je n'accepte plus. Désormais, dès que quelqu'un mettra en doute mes capacités intellectuelles, je le flingue (verbalement bien sûr)...
Vite, vite, trouver une solution pour passer à autre chose...


L'ENCHASTRAYE, c'est ici.
On va faire vite. Ma diatribe m'a pas calmé. Bien au contraire.
Départ du Camp des Fourches, sur la route de la Bonette.
Relax jusqu'au col des Fourches en 5 minutes pour s'échauffer. Superbe vue sur le Salso Moreno où va se dérouler la majorité de la rando.
Forte descente dans le vallon. Belle cabane au début du vallon mais occupée en période d'estive par le berger.
Ah oui, une remarque, il est tentant de dormir au Camp des Fourches dans un des baraquements abandonnés juste à côté de la voiture pour démarrer peinard le lendemain matin. Sauf qu'on est dans le Mercantour et que les aires de bivouac ne sont tolérées qu'à une heure de la route. Des potes ont été verbalisés par les gardes du sanctuaire (gros cons celà aussi) pour avoir dormi au milieu d'un site classé et si bien entretenu que les ruines du camp des Fourches.
Un peu après cette bergerie, un sentier pas très bien marqué mais au cheminement évident monte au milieu de l'alpage vers le col de Pouriac.
Le Salso Moreno est à mon sens l'un des plus beaux endroits du Mercantour pour ceux qui sont sensibles aux paysages d'alpages herbeux. Ondulation douce de vert dominée par les contreforts noirs et marneux du massif de l'Enchastraye. Certaines boucles vers Morgon et les lacs de Vens confinent au sublime.
Bon, nous, on va vers l'est.
On laisse vers le nord les chemins qui montent vers la cime de la Pelousette ou encore au Pas de la Cavale.
Montée easy en doux lacets jusqu'au col de Pouriac. Toujours en alpages, pas de forte pente, pas de cailloux, à moins que ce soit moi qui ait la grande forme. Faut dire aussi que la rogne, ça libère de l'énergie.

Col de Pouriac (2506 m), au premier plan, le rocher des 3 Evêques. Au fond pour la première fois de la journée, on aperçoit l'Enchastraye.

Du col un magnifique sentier de crête dominant le Salso Moreno avec superbe vue sur le Ténibre passe à l'est des 3 Evêques. Mon topo parlait de ravines noiratres assez impressionnantes sous le sentier. Bof, c'est vraiment tranquille niveau sensation. Par contre, la pente commence à se redresser sérieusement.
Vue aussi sur le secteur de Gialorgues de l'autre côté de la Tinée.
A gauche les trois évêques, à droite l'Enchastraye vus depuis Pouriac. Le sentier passe 100 mètres sous le colPas facile d'imaginer le passage vers le sommet vu d'ici.
Vers l'est, la tête de Moïse au dessus du col de Larche.
Le Salso moreno et le col des Fourches au premier plan. 3 heures de marche quand même depuis le parking (en prenat vraiment son temps)
Sous les 3 Evêques et dominant à gauche les fameuses ravines censées être impressionnantes. Je suis relativement sensible au vertige sur de gros précipices. Ici, pas de problèmes.
On voit le sentier monter sous l'Enchastraye dans les pierriers, mais pour la crête finale, j'ai encore du mal à voir le passage.
Grosse pause bouquetins sous les trois Evêuqes. J'aime trop ces instants là.
Le père...
La femme et le petit...
En train de faire les cakes sur la crête (on devine à peine les cornes du boss tout à gauche)Bon, moi, je vous dis que l'Enchastraye, c'est pas gagné. Parce que vu d'ici, la montée, ça le fait pas du tout.Oh fan, ça monte... petite pause pour regarder vers le massif du Ténibre.
Derrière la première ligne de crête, les lacs de Vens (c'est pour une autre fois). On distingue très mal les lacs de Morgon dans l'ombre à droite.
La face nord des trois Eveques.Et pour finir vers le sud toujours le col de Pouriac (versant italien) où on a commencé réellement l'ascension de l'Enchastraye.
Enfin, on prend pied sur la crête sommitale. C'est vraiment pas impressionant, beaucoup plus simple qu'on pourrait le croire vu d'en bas.
Quelques plaques de neige verglacées sur le côté nord (il a neigé ce we).
Au sommet des traces de piété mais modernes avec abri pour la vierge en inox monté sur un socle en béton armé. Elle risque rien...
Superbe point de vue vers l'est. La tête de moïse et le Viso dans un alignement parfait.
C'est un très très beau sommet avec des vues vraiment particulières par rapport aux sommets habituels que l'on cotoie dans les autres parties du Mercantour frontalier.
Tout autour se déroulent des alpages. L'ensemble est beaucoup moins minéral de ce que l'on verra par exemple dans la Vésubie. Mes copains dénigreurs parleront volontier de montagne à vache. Mais moi, c'est vraiment cette partie là du parc que je préfère même si c'est moins spectaculaire.
Vers le nord le vallon du Lauzanier. C'est par cette vallée que l'on rejoint le Col de Larche en passant par le Pas de la Cavale (gr5).
Autosatisfaction devant la vierge en arcopal (ça s'améliore pas l'humeur), Moïse et le Viso.Panoramique en vidéo
Au début j'envisageais une redescente dans le Lauzanier pour boucler mais le versant nord est verglacé et les pentes bien raides. Je sais qu'il existe un passage dans une faiblesse de la falaise au nord ouest, mais je n'ai pas pris le topo et je ne vois pas du sommet le cheminement. Comme je suis un peu pas trop en forme, je ne tente même pas au cas où je ne trouverais pas et que je devrais tout remonter (j'aime la qualité de mon français).

Donc retour par le même chemin.
Avez vous déjà vu si longues dents sur une marmotte? Elle est au courant que les rongeurs doivent ronger?
La cime de Pelousette.
Salso moreno et le massif de l'Enchastraye

Vers la bergerie, je tombe sur un troupeau de moutons avec deux gros patous qui montent la garde. Z-ont l'air cools ceux là. En effet, ils se mettent sur le dos  pour que je leur gratte le ventre. J'adore. Demi-heure de jeu avec les toutous. J'aime trop la compagnie des chiens (beaucoup plus que certain type du préambule). Pendant ce temps-là, peut être que les loups ont fait leur marché. Ceux là, de gardiens...
dans ma prochaine vie, je veux être patou. A la montagne toute l'année sans te faire chier avec tes préoccupations intellectuelles à deux balles. Le boss te file à becter parce qu'il a besoin de toi pendant qu'il boit des canons au bistrot dans la vallée à plusieurs heures de là. Si jamais il est trop bourré pour monter te ravitailler, c'est pas grave, comme tu gardes centaines de moutons, il te suffit d'en bouffer un en attendant, le gonze y verra que du feu. Il dira au pire que c'est un loup qui a fait des siennes.
Je vous dis, la belle vie. Et comme tout le monde a peur de toi, y'a dégun pour te les briser.
Sainte vierge en arcopal de l'Enchastraye, pense à moi stp...

Oh un arbre dans le Salso Moreno (enfin vraiment à la limite), chose rare. Et toujours le Ténibre au fond.
Col des Fourches. Après 6 heures de marche, remonter les 200 mètres jusqu'au col, ça casse. Surtout que je me suis fait le pari intérieur de monter en courant (perdu, mais bon, pas lambiné non plus, montée en moins de 15 minutes).
Vue d'ensemble du salso Moreno. Tout au fond le rocher des Trois Evêques.
Encore cinq minutes et c'est la voiture...


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Laélie 23/10/2009 15:32


C'est clair que la connerie est une question toute relative... Il a pas écrit quelque chose là dessus aussi notre cher Albert ?


Laélie 23/10/2009 04:49


J'ai développé avec le temps une allergie à la connerie humaine : pas facile à gérer ! Je n'ai que des encouragements à t'offrir, j'ai pas de solution à proposer...


bigfoot 23/10/2009 06:48


enstein a écrit plusieurs jolies phrases sur le sujet.
"est ce que c'est moi qui suis fou ou bien est ce que ce sont les autres?"
ou encore
"Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue."

bref, je pense que je dois être un con pour les autres aussi, donc je ne serai pas aussi catégorique que toi, sinon, il faudra que je vive sous intraveineuse de Zirtec.