27/11: bergerie de Galghello - Calacuccia

Publié le par bigfoot

De l'art de modifier les plans au fur et à mesure de la journée et de trouver des raccourcis (ceux et celles qui me cotoient sauront l'efficacité des dits).

Plan A: décidé avant de partir, depuis mon canapé à la maison. Passer deux jours en boucle dans le massif de Popolasca avec une nuit quelque part là-haut.
Bon, une fois confronté à la réalité corse, les ambitions sont fortement revues à la baisse.
Donc, pas un peu fou, non?

Plan B: décidé hier soir en accord avec les punaises. Tenter de monter léger (sac à dos reste en bas) à Cima a i Mori via bocca Meria, voir un peu à quoi ressemble cette fameuse source de Vetta di muro, puis revenir chercher les affaires et descendre à la bergerie suivante pour la nuit (hors de question de redormir ici).
Allez, c'est parti.

Réveil... très rapide, quelques punaises commencent à remonter sur le duvet. Je déteste, je déteste (petite nature va, tu tafiolises...).
Vite dehors, et puis ça vaut le coup.
P1030579 [Résolution de l'écran]Bon, d'un autre côté, soleil rouge du matin...pas glop.
Je vais monter juste avec la gourde, la parka, les gants et le bonnet plus quelques cacahuètes (alimentation de base quand je fais ce type de voyage), mais il est hors de question de laisser le matos aux mains des punaises. Il y'en a déjà partout. Heureusement que je suis prévoyant et que je laisse ma bouffe sous plastique. Je dois totu secouer pour me débarasser de cette vermine. Finalement, je planque tout dans le casghile (oui, sacrilège, je sais).
Et c'est parti pour la montée. Pas de chemin, contrairement à ce qui est décrit sur plusieurs topos, donc tout droit à travers les épineux en direction de capu di u dente, partie très rocheuse de la crête quittée un peu en amont hier soir. Pour ceux qui seraient tentés par une traversée complète de la crête depuis Capu Biancu jusqu'à bocca Meria, c'est vraiment le seul passage qui pose problème. Il y'a obligation de descendre en versant sud d'environ 100-200 mètres sous les zones rocheuses.
Bien sûr encore une fois, je suis pas dans le coup et j'ai besoin de pas mal de break sur la montée de 400 mètres avant d'arriver au sommet. Faut dire aussi que je suis monté par le versant le plus raide (j'ai un de ces sens de l'itinéraire). Je débouche entre Capu di u dente et Monte Pianello.
Super beau de tous les côtés.
Là, le chemin de la montée (on devine à peine la bergerie au fond du vallon).
P1030584 [Résolution de l'écran]Côté nord, les entrailles de Popolasca (vallon de Logoniello) et le golfe de Saint-Florent au fond (je crois, à moins que ce soit l'Ile Rousse).P1030585 [Résolution de l'écran]Coté sud-est, on voit la plaine de Corte et la côte orientale.
P1030588 [Résolution de l'écran]Je suis la crête jusqu'au monte Pianello. De là, plus qu'une heure de marche pour bocca Meria. C'est vraiment super beau mais il fait vraiment froid ce matin.
La dent d'Asco.
P1030587 [Résolution de l'écran]Cima a i Mori et bocca Meria juste dessous. Ah ben tiens, je vois le sentier bien net qui y monte. Ce serait cool de trouver son départ. Et l'enfilade des aiguilles de Rundinaia (et dire que je voulais passer entre les aiguilles avec un sac de 25 kg)
P1030589 [Résolution de l'écran]Je me retourne, et que vois je?
P1030590 [Résolution de l'écran]Ben oui, je vois plus grand chose. Capu Biancu complètement dans le blanc et le vent qui m'envoie quelques flocons.
Bon, pas envie de me faire mal cette année et de tenter des trucs incongrus. Ca sert à quoi de monter au sommet si ce n'est pour rien y voir. C'est dommage mais ça n'a pas de sens de poursuivre cette rando aujourd'hui. C'est donc à contrecoeur que je retourne à la bergerie en passant par l'autre versant.
Une fois en bas, petit clin d'oeil météo, il fait grand ciel bleu. Grrrrr...
P1030591 [Résolution de l'écran]Je récupère le matos à Galghello, chasse deux trois punaises qui sortent des poches de ci de là et c'est parti pour la descente vers Liccioghia.
Ah ce sentier dans la forêt de Corscia... Un jeu de piste au milieu des fougères. Ne jamais perdre de vue les cairns, sinon galère en vue. Un sentier génial, il faut rester attentif. En principe, je me loupe lamentablement dans ce type de circonstances et tire droit dans un lacet pas vu. Là non, nickel. L'avantage du poids du sac à dos est qu'il t'oblige à rester concentré pour pas faire le mètre de trop.
A gauche, Monte Pianello, le point le plus haut que j'ai atteint et au fond les aiguilles où s'accrochent encore les nuages.
P1030595 [Résolution de l'écran]
P1030596 [Résolution de l'écran]Pas de regrets, niveau météo, c'est pas cool sur les hauteurs.
P1030599 [Résolution de l'écran]P1030607 [Résolution de l'écran]A un seul moment en arrivant dans une zone de ruines, je perds le fil du chemin. Mon instinct me dit d'aller vers le ruisseau (avant de consulter la carte). Bonne pause rafraichissante au bord de l'eau. Consultation enfin de la carte. Mais mais mais...  mais je suis à destination. Je sors la tête du ravin et je vois en effet les murs de plusieurs constructions en mauvais état. Cool.
Bon, il est que 13h30 aussi. C'est dommage de m'arrêter là. Il faut trouver la bergerie maintenant.
Ah ben oui, c'est la même que Galghello sauf qu'elle n'est plus du tout entretenue et son entrée envahie totalement par les ronces.
Bon, il est 13h30. Ca va être juste pour rejoindre Corscia (faudrait savoir). En avant pour le plan C.
Sentier bien plus net maintenant jusqu'à Poggiale di Sorbi. Là, petit moment de solitude avant de basculer dans les gorges de la Ruda. Je perds complètement les cairns et le sentier disparait. En fait j'étais trop haut et en descendant droit devant, j'ai la chance de tomber sur un sentier beaucoup plus net.
A ce col, le sentier se divise en deux lignes de cairns. J'ai pris la plus haute qui disparait rapidement. il vaut mieux prendre celle de dessous.

P1030608 [Résolution de l'écran]Et ben, le lac, il est pas ici (je m'entraine à améliorer mon français).
Tu m'étonnes que j'avance pas avec un sac à dos aussi gros...
P1030609 [Résolution de l'écran]La descente sur la Ruda se fait sur un sentier qui s'élargit progressivement jusqu'à devenir parfaitement caladé en bas du ravin. Magnifique bergerie au bord de l'eau, beaux chataigners, belle passerelle. Ca change vraiment du terrain agressif  que je cotoie depuis deux jours.
Mais il faut remonter l'autre versant pour rejoindre Corscia. Je sais pas ce que j'ai cet aprèm, mais j'ai enfin retrouvé les canes et je marche sans plus m'arrêter. Pas fatigué, et même du mal à stopper mon effort.
P1030616 [Résolution de l'écran]Non, vraiment pas de regrets pour Popolasca.
P1030618 [Résolution de l'écran]Corscia. Au fur et à mesure que je marchais, je me suis dit que mon objectif de demain (pas encore bien défini) sera de toute façon après Calacuccia. Pourquoi donc ne pas pousser jusque là pour gagner quelques kilomètres? allez, plan D.
et si je prenais le chemin de transhumance plutot que de marcher sur la route?
Ah ben oui, mais c'est pas plat, du tout du tout. Mais c'est beaucoup plus beau que je ne l'imaginais, le paysage façonné par les paysans. Le Cinto est dans les nuages.
Au début du chemin, je tombe (aie) sur une vieille accroupie au bord du chemin.
Ca va? je m'inquiète.
Oui oui, je fais du feu. La danse de la fumée et des flammes m'apaisent.
Elle doit la respirer, la fumée. Elle m'a l'air fully dans le coltard.
Une nouvelle fois, j'ai droit au refrain que je ne devrais pas randonner seul en montagne, que c'est très dangereux, qu'un accident est si vite arrivé.
C'est sûr que ma vie quotidienne est un modèle de sureté. Que je ne risque aucun accident au boulot malgré le fait qu'on soit en nombre, que traverser la Prom' sur les clous est beaucoup moins dangereux qu'un sentier de montagne.
Me gonflent tous avec leurs lieux communs emplis de crétinerie et de discours sécuritaire à deux balles alors qu'ils bouffent des ogm toute l'année ou roulent à tombeaux ouverts sur les départementales ou je ne sais encore quelles fantaisies sûres.

Le pont de l'Erco à mi-chemin est un petit bijou.
P1030623 [Résolution de l'écran]Mais il y'a tellement de troupeaux autour que pour rien au monde je ne boirai de son eau.
Un sanglier plus tard et le chemin descendant à Calacuccia manqués, j'arrive à Lozzi.
Bon, où dormir?
Calacuccia a une épicerie où je pourrai (où je dois) me ravitailler mais le gite est à Albertacce. Aucune certitude de logement à Calacuccia. J'opte pour un choix moyen, une chambre d'hôtes dans le couvent à mi-chemin entre les deux, au carrefour de Lozzi.
P1030627 [Résolution de l'écran]Accueil chaleureux.
Oui? C'est pour quoi?
Ben, pour dormir...
Ne quittez pas (je parle à l'interphone)
.... dix minutes plus tard... un type arrive avec détermination (l'air du gars que je fais chier et qui sort de sa sieste)
Chambre correcte mais c'est à moi de faire mon lit. C'est la première fois depuis mon service militaire que je fais mon lit avec des draps et des couvertures. Enfin, une douche chaude et j'en profite pour faire un peu de lessive avec mon nouveau savon mixte (gel douche-shampooing-lessive-liquide vaisselle).

Ah le légendaire accueil du Niolo où Maupassant lui même a dormi.
On m'a dit d'aller manger des pizz' chez lulu à Calacuccia. Ca tombe bien, juste après les courses, j'irai manger une pizz'.
Les courses à proxi.  Hmmm, rempli de types au look de Pascal Olmetta, avec un regard d'une chaleur... Discussion d'un haut niveau intellectuel. J'ai vraiment le sentiment de déranger. Regards de travers... Mouais, l'hospitalité légendaire. Je vais chez Lulu. Ben c'est fermé. Et tous les autres resto de Calacuccia sont fermés (on est vendredi soir pourtant, bon, fin novembre, d'accord).
Donc, c'est reparti pour le village suivant à Albertacce où peut être c'est ouvert chez Jojo (ils font original dans les noms de leurs resto) mais c'est pas sûr parce qu'il y'a eu un incendie la semaine dernière au-dessus du resto.
Il faut vraiment que j'ai la dalle et que je me sois condiotionné à bouffer ce soir. Donc, trois kilomètres plus loin, de nuit, j'arrive chez  Jojo.

La loi anti-tabac n'a pas franchi la Méditérannée. Agression des bronches. Trois types au fond  du resto jouent aux cartes (rami). Le plus vieux: c'est pour quoi?
pour changer un joint de culasse, bougonné je.... est il possible de manger, dis je plus clairement.
Annie, gueule t'il, c'est possible de manger?
pas de réponse, il gueule au moins cinq fois avant qu'une réponse ne fuse: ouaissssssssss!!!!
Faut vraiment que j'ai faim...pffff, commencent à me courir les gars du coin.
Installez vous, je finis ma partie et après je vous sers.
J'adore. Ils sont nuls au rami. Ils arrivent pas à faire 51.
10 minutes plus tard, on s'occupe enfin de moi.

La carte. Menu à 23 euros parce qu'il y'a des beignets au brocciu.
Y'a plus de beignets...
J'adore... Bon, et ben charcuterie...

Bon, j'ai très bien mangé.
Charcuterie excellente
Daube de veau et raviolis aux herbes
Fromage à volonté (j'aime pas le fromage)
Fiadone

Un bon repas en Corse pour moi se finit avec une myrte. Dans les resto sympas, ils l'offrent. Ici, non.
Pendant qu'il me sert, j'entends sa grosse gueuler: putain, lui donne pas la myrte que je fais moi. Et combien tu vas la facturer?
Quand il arrive avec le verre, je le nargue: vous vous êtes trompé de bouteille?
Il fait celui qui comprend pas.
Au moment de partir, il s'excuse de ne pas avoir été particulièrement agréable, mais les habitants du village sont sous le choc d'un drame, un jeune qui s'est suicidé.
Dernière phrase avant de partir: vous vous rendez compte le mal qu'il a fait à ses amis?
Mouais, peut être que ses amis n'étaient pas très présents à moment donné.

Retour au couvent. Nuit épouvantable. Le ventre à l'envers. Est ce parce que je suis en mode économie depuis une semaine que ce gros repas où je me suis cassé le ventre m'a déréglé? J'en sais rien, mais je ne ferme quasiment pas les yeux de la nuit.

Publié dans corse

Commenter cet article

Rachel 19/12/2009 15:59


Ah ben jsuis pas au courant MDR! Mais l'idée d'être enceinte lui a traversé l'esprit mais juste 2s ahahah. No soucy MDR :D


Rachel 19/12/2009 10:04


Non, pas encore de respiration du petit chien ahahah. Mes cours sont super space ahahah...D'ailleurs Tatana en a fait l'experience MDR!
Jte jureeeeeeeeee on va pas s'en sortir vivant!!!!!


bigfoot 19/12/2009 15:38


d'ailleurs à ce propos... tatatatana (depuis lundi) m'a dit un truc que j'ai pas compris l'autre jour pendant que vous attendiez le cours... mais qui m'a plutot stressé (j'ai oublié de lui poser la
question depuis)... je cite: "je vais au cours mais j'en aurai pas besoin dans les 6 prochains mois". ??????????????????????????????????? euh... euh...??????????????????????... non, c'est clair, on
va pas s'en sortir vivants.


Valérie 18/12/2009 23:21


Quand je dis Asco, je pensais Haut Asco : après le refuge : cirque de la solitude etc...


bigfoot 19/12/2009 15:35


pas tenté à cause de la glace. je ne me sentais pas de m'aventurer dans le cirque de la solitude dans des conditions hivernales


Valérie 15/12/2009 11:55


C'est quoi le "casghile" ?
Le tronçon après Asco m'a laissé visiblement un meilleur souvenir qu'à toi bien que je l'ai fini sous une pluie diluvienne !!!


bigfoot 18/12/2009 21:35


le casghile, c'est le garage à fromages des bergeries. un batiment avec très peu d'ouvertures qui maintent une température et une humidité constante à l'intérieur.
bon, après asco, sur la route, tu sais, le marcheur n'est plus trop à sa place dans le monde des voitures.


Rachel 15/12/2009 11:08


Oh dis donc ahahah on a dormi dans le meme couvent avec Dan ahahah. C'etait bien sympa avec plein de chats :D.
Jvois que tu t'es pas ennuyé... retour à la vie urbaine pas trop difficile????
En tout cas gros bisous ;)


bigfoot 18/12/2009 21:33


ben moi, y'avait un con d'épagneul avec une clochette autour du cou qui a passé sa nuit à courir sous ma fenetre (au fait, t'as appris à respirer comme un petit chien?)
la vie urbaine, tu sais pour moi, consiste à aller faire mes courses à carrouf, donc j'arrive à survivre.
bonne continuation... bon courage et profite de tes derniers instants de liberté