27/07: Hrafntinnusker (part 1/ la Ljosa)

Publié le par bigfoot

Il est de ces journées qui se gravent au fer rouge dans votre esprit.

Celle-ci en est une, unique, exceptionnelle (à tel point qu'il me faudra deux articles pour la décrire).

Ici la partie aquatique le long de la Ljosa. Dans le prochain, il s'agira de géothermie.

 

A force de dire que c'est extraordinaire, je banalise toutes mes journées. Je ne trouve finalement pas assez de mots pour décrire l'échelonnement des émotions.

Bon alors là, c'est top du top, au-delà du réel.

 

En fait dans ma hiérarchisation, j'ajoute un nouveau palier.

Il y'a les trucs qui sont beaux, les trucs qui sont exceptionnels et puis il y'a les endroits qui n'existent pas, qui sont le fruit de mon imagination débridée et qui vont s'effacer à mon réveil.

 

Ici, ce n'est pas la peine que vous essayiez de passer derrière moi. C'est inutile, c'est endroit est irréel. Il ne peut exister qu'au fond de mon esprit dérangé.

 

Pourtant, je me rappelle nettement de mon réveil. La frustration de ma solitude de la veille a cédé la place à une colère noire insupportable en un tel endroit.

Comment, pourquoi ne pas réussir à laisser tomber des pensées qui me bouffent le foie depuis des semaines?

Ici en Islande, c'est mon endroit de paix, de neutralité, le lieu où seules la joie et la sérénité devraient m'accompagner.

 

Je ne le sais pas encore mais d'ici une paire d'heures, je basculerai dans l'indicible et par enchantement, toute cette morosité va disparaitre définitivement. Je me rappelle parfaitement du moment où le poids d'une année de merde s'est décroché.

 

Mais d'abord, plier le camp, continuer l'exploration de la confluence entre la Ljosa et la Jokulgil. Mon idée était de remonter sur l'arête entre ces deux rivières. Franchement, une fois devant, je ne le sens pas du tout. Je vois bien des moutons qui se baladent dessus, et si mouton le peut, homme le peut aussi normalement... Mais l'arête est très fine et les côtés très verticaux sans parler de cette ryolithe très friable.

Je me décide donc pour la rive gauche de la Jokulgil, ce qui n'est pas compliqué à choisir, les rives de la ljosa étant complètement verticales.

Il existe un plateau étroit entre la gorge et la crête de la montagne qui me sépare de Alftavatn et de la Markarfljot.

Pas très joli, je ne vois pas les à-pics sur les gorges mais au fond je vois une fumée furieuse qui danse dans le vent. C'est une source chaude bien entendu mais je ne sais pas du tout de laquelle il s'agit. Ca me donne tout du moins un objectif pour la suite du programme.

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Mon objectif initial est de remonter au-dessus de l'énorme cascade de la Jokulgil pour tenter de traverser la rivière juste après avec l'espoir que le terrain sera plus favorable.

Je ne sais rien de cet endroit, en pleine improvisation, je marche step by step.

En dessous de moi, je découvre tout le secteur que j'ai fréquenté en ces premiers jours. Le Tindfjallajökull me nargue sous le soleil.

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La cascade de la Jokulgil... Accès aisé, un peu moins de 10 mètres de descente et de remontée par des petits vallons affluents bien raides mais sans risque. Même une chute à la traversée de la rivière n'aurait pas de conséquence facheuse, tellement le lit est peu profond.

La perspective dans l'axe est saisissante, grandiose, géniale, les pieds dans l'eau. Il y'a un peu de vent mais la journée est ensoleillée.

A deux pas du grand saut de la cascade dans un bruit assourdissant... brrr!!!

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Remonter le long de la Jokulgil m'amènerait au pied de Haskerðingur que j'ai raté hier par le sud est. Par là, je serais sur la voix normale pour rallier le sommet.

Mais pour l'instant, ce sont les rivières qui me motivent. Des cascades monumentales, des ravins aux couleurs ocres, rien de tel pour me faire dévier de tout objectif. Il n'y a plus que ça qui compte à mes yeux.

Je veux d'abord rejoindre la fameuse crête entre Jokulgil et ljosa, histoire d'attiser les regrets de mon dégonflage vu d'en bas.

Bon, en fait non, je n'ai vraiment pas assez de "corones" pour m'engager sur un parcours aussi aérien. J'ai bien fait de passer par la gauche de Jokulgil. Grosse pause p'tit déj... 

1/ parce que c'est sublime

2/ parce que je sais pas quel chemin prendre (plein d'options sous mes yeux)

3/ parce que j'ai faim

 

Et puis je suis aussi plongé dans mes réflexions. Il me revient une remarque jetée à la gueule quelques mois plus tôt: "tu nous gaves avec ton Islande!!!".

Ici, là, définitivement j'assume de "gaver" avec mon Islande. Rien ne pourra jamais plus m'émouvoir que les manifestations de cette terre jeune et certainement les réalisations de l'homme.

Kundera a écrit dans "l'insoutenable légèreté de l'être" que New York n'était beau que par le fruit du hasard, par une succession de mochetés construites les unes à côté des autres qui deviennent harmonieuses.

Je peux être ému par les prouesses architecturales, la hardiesse des formes et les techniques employées ou encore et surtout plus modestement à la vie des petites gens dans des bergeries sur un pan de montagne. Mais jamais les réalisations de l'homme ne pourront arriver à la cheville de ce que la nature a inventé.

J'ai honte que nous épuisions les ressources de notre Terre à ces réalisations vaines que sont New York ou plus récentes et encore plus abjectes Las Vegas, Dubaï ou Shangaï. Plus jeune j'étais en admiration devant les chateaux de la loire mais que devait penser le péone dans sa forêt insalubre solognaise en voyant grandir la magnifiscence de Chambord?

Non, l'extravagance, le défi et la compétitions entre les hommes pour le toujours plus n'ont plus aucun sens pour moi. Jamais au grand jamais je ne poserai mes pieds en dehors d'un transit dans ces villes farfelues et mégalomaniaques construites à coups de millions de dollars.

 

Et si nous revenions à l'endroit où je pose par contre mes pieds avec un plaisir sans cesser renouvelé.

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Ce qui est sûr, c'est qu'il me faut remonter vers Hrafntinnusker d'une manière ou d'une autre, la plus sage serait par les vallons qui me ramèneraient vers le sentier du "Laugavegur". Ce serait aussi la moins pétillante.
Comme je n'arrive pas à me décider et qu'en plus j'ai envie de me rapprocher de la monstrueuse et titanesque (au moins) cascade de la Ljosa, je remonte un peu vers le nord au plus près de la bordure de la gorge de la rivière.
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J'ai envie d'y descendre tellement je suis émerveillé par ce que je vois...
Mais bon, ça a pas l'air si simple...
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Et tout à coup une ouverture... des pentes moins raides qui semblent propices à la tentative et un petit spot bleu en face finissent de me décider à descendre au bord de l'eau. 
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Un petit regard vers le haut de la Ljosa. Pas de cascades pour me couper la progression dans le lit de la rivière, je dois sans doute pouvoir remonter assez haut sans encombres.
Si je suis coincé, par contre, évidemment, ça risque d'être plus compliqué de sortir. Bah, en rive droite, sur les montagnes bleues, ça devrait le faire...
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D'abord descendre jusqu'à la flotte. La pente s'accentue au fur et à mesure que je me rapproche de l'eau.
Je suis coincé à une dizaine de mètres du lit. Qu'à cela ne tienne, une longue glissade sur le cul et j'atteris dans l'eau d'une manière relativement contrôlée dans un fracas de petites rocailles qui me dégringolent autour et un nuage de poussière orange.
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Retour au calme... le silence mais surtout la paix...
...Le vrai calme... celui dont je parlais au début de l'article... je m'en suis rendu compte quelques temps après... Mon esprit a muté ce moment là vers le présent, la jouissance de l'instant immédiat... Ciao les perturbations extérieures.
C'est trop marrant la façon dont les choses se passent dans notre esprit. On lutte des jours et des jours pour se débarasser de tout un tas de conneries qui nous encombrent et il suffit d'une glissade sur le cul pour vaincre la résistance du côté obscur du cerveau.
En avant pour la route du bonheur... se rapprocher de la cascade, des petites collines bleues...
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... Une glissade sur le cul et j'ai changé de dimension...
Marcher dans l'eau, même pas froide grâce à un lit large et peu profond accompagné d'un soleil généreux.
J'ai le sentiment d'être devenu un parfait explorateur, de découvrir un monde vierge, nouveau, d'être le premier homme à poser les pieds dans cette vallée.
Les premières longueurs sont très aisées, à la limite monotone pendant une bonne heure de marche jusqu'à l'inflexion de la rivière du nord vers l'est.
Le secret pour ne pas avoir froid aux pieds? les chaussons néoprènes ajoutés à mes trails.
Immédiatement sue ce nouveau tronçon, ça devient pittoresque, pour le moins.
Premier obstacle avec une petite cascade. Passera, passera pas?
Facile, par le plan incliné dans le courant, il y'a comme des marches.
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Je m'approche rapidement d'une espèce forteresse de rochers.
Ca commence à devenir sinon magique, un tant soit peu angoissant.
En tout cas, je nage en plein rêve éveillé, c'est incroyable.
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L'ultime resserement avant d'arriver à cette première manifestation exceptionnelle... la voie royale. L'eau n'est toujours pas trop froide.
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Et à la sortie, tu prends ça en pleine figure.
Un cratère éventré en deux par la rivière. A son sommet on devine très bien les bouches éruptives aux scories brûlées. Des dikes pointent un peu partout. Quelques pentes gazonnées complètent ce paysage de bleus, d'ocres et de jaunes.
Une petite odeur caractéristique de soufre me signale une activité géothermique dans le coin.
Quel endroit irréel... C'est fou, fou, fou....
Je vous dis pas l'emplacement de bivouac potentiel. 
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Dépose du sac à dos et remontée dans un vallon affluent pour prendre un peu de hauteur et tenter de trouver le spot géothermique.
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Une demi-heure dans tous les sens à m'exploser les rétines et à rendre fou l'autofocus de mon appareil mais sans toutefois trouver la moindre fumerolle.
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Tous les trois mètres, je plonge ma main dans l'eau pour essayer de trouver une eau tiède, indice d'une source chaude mais non, rien de rien, je ne trouve rien.P1120592 [Résolution de l'écran]
Il commence à tomber quelques gouttes. Le temps change bien vite et je n'aime pas trop ça quand je suis au fond d'un ravin. Bon, je sais que je ne suis pas ici dans une région méditérannéenne et que le risque de crue subite est moindre mais bon, je suis là victime d'une sorte de réflexe de Pavlov... Pluie dans ravin égale danger, alors dégage...
Je reviens vite au lit principal.P1120593 [Résolution de l'écran]
La météo semble vouloir tenir, je continue ma remontée de la Ljosa.
Aussitôt passé le cratère, de sensationnel, l'endroit devient inquiétant.
Je me projette immédiatement à la place d'Aron Ralston dans 127 heures que j'ai vu juste avant de partir en vacances.
S'il m'arrive là une couille, je suis foutu... Je pense pas qu'il y'ait foule qui fréquante les parages et je sais que Mika est sensé être déjà passé dans le secteur il y'a deux jours.
Et encore, faudrait un sacré concours de circonstances pour qu'on se croise là. De plus avec le bruit de l'eau d'une rivière qui commence à prendre de la pente, je pourrais gueuler un moment avant qu'on m'entende. La balise... dans le ravin, je suis pas sûr qu'elle émette.
Bref, y'a un petit moment d'angoisse qui commence à fleurir bon.
faut dire que ça devient plus qu'austère...
Davantage d'eau dans le lit, des pentes plus verticales, quelques gouttes de pluie.
La dernière plage avant de rentrer dans le "dur".
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Le resserrement plus marqué que les autres, désormais je marche dans de vrais rapides où il est difficile de passe quand l'eau monte au-dessus des genoux.
Quelques trous bloquent le passage, des siphons derrière les rochers. Ce n'est plus toujours possible de progresser dans l'eau. Il faut passer par les rives nécessitant des petits pas d'escalade de 3-4 mètres pas bien méchant tellement il y'a des aspérités sur la roche.
Mais enfin n'empêche que... Le caractère de cette gorge devient excessivement sauvage. Il y'a quelques cailloux qui se décrochent des parois, je regrette de ne pas avoir de casque.
Les trolls veillent, ils me bloquent le passage, doit y'avoir un truc interdit à pas voir derrière.
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Je vais pas vite pour passer ce chaos mais ça avance ça avance...
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Arrivée à une confluence avec une petite rivière tombant en cascade. C'est un truc de dingue, moi je vous dis, rarement hors conditions météo dantesques je me suis senti aussi petit.
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En filmant cette petite vidéo, je me mets en galère. Je sais pas comment je me débrouille mais je me casse à moitié la figure, tombe les bâtons et perd la rondelle de l'un d'eux, ce qui me met dans une colère rare.
Je suis furieux contre moi-même d'avoir pollué l'Islande en abandonnant un bout de plastoc dans une rivière aussi fabuleuse mais il m'est évidemment impossible de le retrouver désormais.
Une envie irrépressible de me foutre des claques.
On devine sur la photo précédente une petite cascade qui me donne quelques sueurs froides quant à savoir si je vais pouvoir la franchir, ce qui est un comble maintenant que je commence quand même à me peler. Les chaussons néoprènes ont quand même leurs limites.
Comme d'hab, ça passe sans trop d'acrobaties.
Un dernier regard sur ce passage d'anthologie...
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Et une premier regard sur la nouvelle épreuve... on va pas tarder à rigoler.
On n'a fait que le hors d'oeuvre.
A chaque fois je parle de resserrement, mais à chaque fois ça se ferme un peu plus. Maintenant l'eau m'arrive à mi-cuisses.
Ici c'est rigolo, les parois fument, de l'eau bouillante suinte dans la Ljosa. C'est pas pour autant qu'elle est plus chaude.
C'est bien simple, je me sens dans un jeu vidéo, style un parcours de super mario ou de sonic.
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Et puis enfin un instant de repos dans ce monde de brutes.
Moins spectaculaire et coloré que le spot précédent mais quand même. Encore un bel endroit sympa pour planter une tente.
Et un peu moins de stress, des fleurs, une plage... Petit moment de récup et réchauffage des guiboles.
Notez sur la photo suivante le névé, juste comme ça et la crête qui en descend vers la rivière (il va en être question dans quelques instants)
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Donc la pause, je me dis que c'est bon, que le plus dur est fait, qu'y a plus qu'à se laisser aller jusqu'aux sources et ressortir sur le laugavegur en milieu d'après-midi. De là on verra pour monter à Haskerðingur.
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Mais voilà... Cette fois-ci, le nouveau retrécissement est rédhibitoire...
Et si on riait un peu...
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Quand je vous parle d'un parcours à la super mario. Une souricière de 20 mètres de long et large d'un mètre cinquante à tout casser. Je peux toucher les deux rives en écartant les bras. Cette fois, il y'a vraiment du fond, largement au-dessus de la taille et du courant plus je m'approcge du fond.
Pour couronner le tout, y'a un truc, style un dragon qui crache dans la vapeur caché derrière le méandre à la sortie du piège.
Moi, je dis que cette fois ça sent la défaite.
Bon, quand faut y'aller faut y'aller.
Plusieurs options...
1/ (einn valkostur en vo) passer en rive droite, c'est l'endroit qui semble moins pentu.
Deux mètres au-dessus de l'eau, ça fonctionne la moitié du chemin puis trop de pente, les pieds perdent le grip et je me gauffre lamentablement tout en douceur vers la rivière. En plantant les bâtons dans le sol, je parviens à me stopper, couché sur le ventre avec les pieds seulement qui baignent dans la flotte. J'y ai laissé un triceps dans la bataille tellement j'ai forcé pour me retenir.
J'ai du mal à me hisser hors de l'eau avec ce sac à dos qui pèse tant puis je rampe jusqu'à un point plus aisé et retour à la case départ pour l'option 2 couvert de boue et une bonne tête de vainqueur.
2/ (valkostur twö) passer toujours en rive droite mais beaucoup plus haut sur la crête.
Peut être que si j'avais mis les chaussures de montagne, ça aurait marché, mais là, j'ai gardé les trails trempés.
Je monte une vingtaine de mètres jusqu'à ce que je juge que la pente s'adoucit puis de là pars en traversée vers l'amont à niveau.
Moins de deux mètres plus loin, idem les pieds lachent dans une pente beaucoup trop raide, sauf que j'ai 20 mètres sous les pieds ce coup ci et donc beaucoup moins serein (tu m'étonnes).
planter de godasses et de mains dans la boue sablonneuse (ou sable boueux, j'ai pas décidé) et prière au type tout là haut qui nous surveille avec bienveillance, de même qu'aux Parques et spécialement à Atropos pour qu'elle coupe pas le fil.
Descente d'un petit mètre à plat ventre avant que tout stoppe avec mézigue tous membres écartés et plantés dans la pente tel une tarente prenant le soleil sur un mur de pierres sèches.
On attend que le coeur redescende de 1000 pulsations (minimum) et que les cannes cessent de trembler. Jamais je n'ai senti autant le sac me tirer en arrière.
Manifestement  (private joke), ce n'était pas la bonne option.
Retour à la case départ grosjean comme devant.
Pour ceux qui lisent depuis quelques années mes aventures islandaises... Vous savez ce qui m'arrive tout à coup?
ma chanson culte dans les moments de stress sous la neige, la glace ou la tempête... 
La compagnie créole (simpson lui a eu plus de bol, c'est boney m qui lui était monté dans le cerveau).
J'ai trouvé une version un peu plus rock, parce que bon, l'originale, hein...
Bon, c'est signe que j'y suis jusqu'au cou... (ce qui me fait penser qu'en effet, quand vous lirez 4/, j'y suis vraiment allé jusqu'au cou).
3/ (valkostur þrju) et pourquoi pas la rive gauche... c'est peut être la bonne solution.
On recommence deux mètres au-dessus de l'eau.
Jamais deux sans trois, les pieds cèdent forcément, la pente étant beaucoup plus raide que de l'autre côté et cette fois ce ne sont pas mes gestes désespérés pour ne pas me foutre à la baille qui me sauvent.
Plouf!!!!!!!!!!!!
Jusqu'à la taille... Brrr, de suite quand tu plonges les bijoux de famille, ça te calme les ardeurs.
Bon, ben y'a plus qu'à revenir at the starting point.
4/ (valkostir fjorir) mouillé pour mouillé, hein, y'a plus qu'à tenter en mode hyper-warrior. Rambo traversant une rizière vietminh.
Il y'a toutefois un certain nombre de différences que je n'ai pas intégré à ce moment là.
Alors dans le désordre, ici c'est plus froid et c'est pas parce que ce con de dragon crache de la vapeur dans la flotte qu'elle fait plus de 5 degrés. Dans une rizière, y'a pas de courant. 
Et puis Bigfoot n'est pas Rambo, loin de là.
J'en doutais pas, notez bien mais j'en prends encore plus conscience quand il me faut plus de trois essais pour me mettre le sac à dos sur la tête à cause de mon bras endolori.
Ah oui, j'ai pas expliqué le nouveau plan. Je me fous à poil, le sac sur la tête et je remonte as fast as possible dans le lit de la rivière avant de mourir de froid, en calculant que je me fais pas griller comme un homard à la sortie. Cqfd...
Là, interdiction de mourir, parce que mourir c'est une chose qu'on peut tolérer mais il faut mourir digne, par exemple crampons et piolet à la main. Ca m'ennuierait qu'on me retrouve noyé tout bleu tout gonflé en chaussons néoprènes et les couilles à l'air. C'est vraiment pas une mort de légende moi, je dis.
Avant d'arriver avec de l'eau jusqu'à mi taille, j'ai du mal à tenir l'équilibre sur les cailloux avec mes 20kg de sac sur la tête.
Ensuite c'est plus simple... Enfin pas plus d'un certain temps quand même. Au bout d'une petite minute (qui me semble en durer 10), j'ai les dents qui claquent, le zgeg en escargot et les tétons qui pointent... Faut dire que j'ai de l'eau désormais qui me chatouille les poils sous les bras, que le courant me tire en arrière et mes pieds commencent à avoir du mal à accrocher.
Alors dans ces cas là, vous savez ce qu'il me reste à faire?
Ben oui, chanter la compagnie créole, ça fait rire les oiseaux et chanter les abeilles...
And the winner is... 
Come back à la case départ mais sans toucher 20000...
Je crois qu'on peut dire que j'ai perdu ce coup ci. Une heure de bataille acharnée, c'est le moment des bilans.
Un bras dans la boite à gants, trempé et frigorifié, le moral en berne, bloqué... Et pourtant...
Et pourtant, putain que je suis bien ici dans cette galère...
Trop bien, trop trop bien...
Reste juste à trouver le bon chemin pour sortir du ravin.
Pourquoi le bon? Parce qu'il y'a un bon chemin? Je me contenterai juste d'un tout petit échappatoire...
Je me remets donc en route en reprenant la montée en rive droite de mon option 2, mais plutôt que de quitter l'arête comme je l'ai fait tout à l'heure, ce coup ci, je vais la suivre jusqu'au bout pour rejoindre la bordure principale de la gorge et tant pis pour la fin de l'exploration du fond.
Voici que ça donne avec un peu plus de hauteur. On devine juste après colline le passage dans l'eau qui m'a bloqué.
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Ben oui, vu de là, c'est simple, j'étais pas monté assez haut (encore que je sais pas derrière la gueule que ça a).
Mais je n'ai fait que la moitié de la montée.
Rappelez vous la photo de tout à l'heure, celle où je parlais du névé. Je ne suis qu'au bout de la crête secondaire juste sous la partie bleue.
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Désormais il faut rattraper le bord du ravin, là où se trouve le fameux névé. Contourner la partie bleue par dessous, très meuble, donc malgré la pente, les pieds s'enfoncent tellement que c'est pas dangereux.
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Qu'est ce que c'est beau!!!
Plus je monte, plus ça prend de l'ampleur. C'est que j'en ai fait du chemin dans ce ravin quand même...
Il faut ensuite passer sous un éperon rocheux et rejoindre une nouvelle arête de couleur ocre et là dans cette zone ébouleuse, je fais pas le malin, mais alors pas du tout.
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A chaque pas, je m'enfonce profondément dans le sol, provoquant des mini glissements de terrain particulièrement anxiogènes.
Tout au fond on voit désormais les dikes de la zone de folie de tout à l'heure. Quelle concentration de spots exceptionnels dans cette vallée. Je vois aussi qu'il existait un chemin plus aisé pour sortir en passant par ce petit affluent à droite.
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Et maintenant il faut rejoindre le grand plateau au-dessus. Il faut arrêter de traverser comme un dahut à flanc de montagne. Je dois désormais affronter la pleine pente. 
Qu'est ce que c'est raide, c'est fou... C'est comme si je me tapais une pente enneigée au printemps, parfois molle, parfois dure. Taper les pieds comme si j'étais cramponné pour m'ancrer à chaque pas dans les éboulis. J'ai rangé mes bâtons dans le sac à dos tellement j'ai besoin de mes mains pour trouver des prises. 
Ce n'est pas de l'escalade, pas encore mais c'est sérieux, il faut vraiment pas rater un pas.
Les derniers mètres entre le rocher et le névé sont d'anthologie. Pour me hisser, je rampe, plante les mains comme les serres d'un oiseau de proie. Si je pouvais, je taperais avec le nez et la bite comme un piolet pour trouver un ancrage supplémentaire.
Arrivé en haut, je me débarasse du sac, me couche sur le dos, serre les poings, regarde les nuages courir dans le ciel. Ouf... 
Ca valait le coup mais qu'est ce que ces dernières heures ont été impressionnantes.
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Je me régale une dernière fois d'un des sites les plus beaux jamais vu avant de commencer à réfléchir à la suite de l'itinéraire.
Hrafntinnusker, le Laugavegur et Haskerðingur sont à droite dans le prolongement du ravin de la Ljosa.
Mais, mais, mais le hasard fait bien les choses, je m'aperçois que je suis dans un vallon très actif sur le plan géothermique et tout au bout pas si loin que ça je redécouvre la fameuse fumée de ce matin (que j'avais un peu oubliée). Cette source a l'air d'être monstrueuse plus forte que celles que je me rappelle avoir vu par le passé. Ce n'est pas possible de ne pas commencer par aller la voir avnat d'envisager de remonter vers le Laugavegur.
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Pas possible, non, de louper un truc pareil...
En avant pour la deuxième partie de la journée (je vous dis que c'est une journée d'une richesse exceptionnelle)

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Rachel 22/12/2012 20:28

Non mais j'teeeee jureeeeeeeeee...tu t'en sortiras pas vivant!!!
MDR...
Bon j'attends la suite avec impatience!!!
:P

bigfoot 23/12/2012 09:59



t'as vu, j'y mets du temps mais je m'applique!!!


mais le plus dingue est à venir, sisisi...


à bientôt