25 au 27/08: Höfn - Nice

Publié le par bigfoot

Mais jamais il peut être plat ce pays?

Y'en a marre, c'est la fin du voyage, on veut finir en petite foulée, juste un décrassage.

Quelques étirements à la fin et puis c'est tout...

P1090090 [Résolution de l'écran]

Suivre cette piste jusqu'au bout... Il ne me reste plus que 8 km.

D'abord premier contact à venir avec les gens à l'aire de Smiðjunes.

Qu'est ce que j'ai hâte de les rencontrer (va falloir que j'aille consulter un psy au retour, c'est pas dans mes habitudes).

Dernier regard en arrière en haut de la dernière butte vers le wilderness que je quitte après deux semaines.

Ni regrêts ni joie d'en sortir (pourquoi regrêts au pluriel et joie au singulier???). Sentiment mitigé. Rare aussi chez moi de ne pas être plus tranché dans mes émotions.

Le sentiment de passer à côté d'endroits extraordinaires à quelques heures de marche de mes points de passage.

Comme chaque fois, je me dis que je suis juste en repérage pour des visites approfondies futures.

Disons une sortie exploratoire. Ca commence à faire beaucoup de points à explorer en Islande... Hrafntinnusker, Torfajökull, Langisjor, Skaftafell, Lonsoraefi plus quelques autres pas encore abordés...

J'en connais qui vont pas être d'accord.

P1090092 [Résolution de l'écran]

Smiðjunes...

L'endroit le plus triste, le plus désolé, le plus glauque, le moins accueillant d'islande qu'il m'ait été donné de parcourir à pied.

Sans doute lieu de villégiature, de résidences secondaires d'envergure entourées de ci de là de cabanons minables, c'est aujourd'hui désert.

Ca sent l'abandon total, la trace de l'échec de l'homme face à la nature.

Tout est raté, nul, sans harmonie, d'une tristesse profonde... Le vent fait gesticuler quelque girouette dérisoire, les portails grincent sur leurs gonds désarticulés.

Rien, pas âme qui vive, pas un chien errant qui se promène vers un but que lui seul connait. Des lumières à certaines façades sans doutes commandées par quelque panneau solaire.

L'absence de volets aux maisons (comme partout en Islande) éclairées me fait penser que je suis épié depuis derrière les rideaux.

J'ai l'impression de jouer dans un sale film d'horreur de seconde zone, style "la colline a des yeux".

Il doit y'avoir des mutants planqués quelque part. Ca ne fait que renforcer mon idée d'un holocauste atomique qui a eu lieu pendant mon absence.

Et ce portable qui ne fonctionne toujours pas.

Mais je veux voir quelqu'un, bordel, là, maintenant, tout de suite... Même pas lui parler, juste voir, me rassurer que tout va bien, que je suis pas le dernier.

Au fond la mer, le pont de la route 1 et pas une bagnole qui passe dessus...

Angoisse, angoisse qui me noue la gorge, me fait forcer le pas... irrationnalité qui me dévore...

P1090094 [Résolution de l'écran]

J'ai du temps devant moi mais je n'ai même plus envie d'aller voir ce que les vallons cachent comme trésors...

P1090096 [Résolution de l'écran]

Je poursuis mon chemin, laisse derrière moi les dernières maisons de ce lieu de cauchemar. Un drapeau islandais claque au poteau d'une maison sur les hauteurs.

P1090097 [Résolution de l'écran]

Bascule dans la plaine côtière. il me semble voir passer au loin une voiture rouge...

P1090099 [Résolution de l'écran]

Smiðjunes une dernière fois pour embrasser toute la zone et essayer de découvrir un signe de présence humaine.

Non, définitivement rien... Je revis la découverte de la statue de la liberté dans la planète des singes. Il ne reste rien d'autre que les vestiges d'une civilisation disparue.

P1090101 [Résolution de l'écran]

Les moutons ont survécu, au moins...

P1090104 [Résolution de l'écran]

Les rives de la Jokulsa i Loni... Descendre depuis Eskifell sur le miniraft aurait sans doute pris une vingtaine de minutes alors que je marche depuis hier aprèm au bord de cette rivière qui a perdu tout son charme  depuis la sortie des gorges.

P1090105 [Résolution de l'écran]

Le pont n'est plus très loin.

P1090110 [Résolution de l'écran]

Soulagement... 

La fin, la fin, la fin...

Les gens, la civilisation... je veux bouffer des sandwiches dégoulinant de ketchup, boire du coca, jouer au rapido...

P1090111 [Résolution de l'écran]

Le vent est très fort. Je n'ai plus aucun abri ici. Je dois me couvrir très chaudement, plus que je ne l'ai généralement fait dans le désert. Gants, bonnets et parka de rigueur.

Ce look tout en noir, un peu cracra, fortement couvert avec une barbe noire hirsute de 15 jours va t-elle m'aider à me faire prendre en stop jusqu'à Höfn où je dois prendre le bus demain en fin de matinée?

Je vais vite le savoir, me dis-je...

un quart d'heure de stress où mes délires d'accident majeur de l'humanité reprennenent le dessus avant de voir passer ma première voiture.

Elle ne s'arrête pas, pas un regard pour moi mais le gars, je l'aime. Enfin, j'ai vu quelqu'un, je ne suis pas seul. Je suis peut être dans le monde de Mad Max mais c'est toujours ça de pris.

Une heure d'attente supplémentaire... 3 ou 4 voitures maxi... Je sens que mon projet stop va tourner en déconfiture.

Aide toi et le ciel t'aidera... Höfn est à 25km... 3 km/h hors pauses... ça fait un bon dix heures de marche le long de la nationale... Le top... Au moins, je suis en bord de mer, ça change...

La matinée passant, le nombre de voitures augmente mais le succès n'est pas plus au rendez vous.

J'aime de moins en moins les hommes, tout à coup... Finalement l'holocauste n'aurait pas été si dramatique.

 

Deux grosses heures plus tard, un gros 4*4 BMW s'arrête. J'aurais pas crû qu'un conducteur d'un tel véhicule s'arrête... Comme quoi, les préjugés...

Solidarité latine? un couple d'italiens me conduit jusqu'à Höfn... 

Peut être ont il voulu sortir un des leurs d'une situation désagréable. Je leur file les corrdonnées de certains spots bien sympathiques sur leur chemin, hors des sentiers battus.

 

Camping de Höfn, endroit pas du tout sympa, au bord de la route, juste au bord de la mer. Un vent terrible, le plus fort que je rencontre cette année. Je monte la tente au plus près d'une haie pour m'abriter au maximum.

Je rencontre deux suisses planqués sous l'auvent en train de casser la croute. J'éprouve une très grosse nvie de parler, d'échanger... Sur n'importe quoi, mais au moins parler... Mais forcément, eux ne sont pas dans les mêmes dispositions que moi.

Le courant ne passe pas vraiment et après deux banalités inutiles, je repars vers d'autres cieux. Visiter Höfn, son bord de mer, son port (Höfn signifiant port), et sa piscine pour un bon spot à 40°C et croiser quelques autochtones.

Les points de vue depuis la lande sont particulièrement beaux, surtout avec les ondulations de l'herbe balayée par les vents furieux.

P1090114 [Résolution de l'écran]

P1090115 [Résolution de l'écran]

P1090116 [Résolution de l'écran]

Direction le port... J'adore l'ambiance des ports de pêche...

P1090118 [Résolution de l'écran]

P1090119 [Résolution de l'écran]

P1090123 [Résolution de l'écran]

P1090124 [Résolution de l'écran]

P1090127 [Résolution de l'écran]

P1090128 [Résolution de l'écran]

J'ai la chance chemin faisant de voir un chalutier d'un fort beau gabarit rentrer au port. Je vais pouvoir assister au déchargement.

P1090136 [Résolution de l'écran]

P1090139 [Résolution de l'écran]

Le port n'est pas du tout artisanal, du tout du tout... On est loin des pêcheurs des petits ports du sud en train de démeler leur filets avec patience et d'extraire tout doucement les poissons un par un...

Ah non, pas du tout du tout... Le poisson est déjà dans des caisses palettisées sur les bateaux et le déchargement se fait au chariot élévateur.

Tant pis... Je ne trouve pas non plus de resto aguichant pour ce soir où je pourrai me gaver de poisson frais. Y'en a bien un mais je trouve les prix exorbitants par rapport à la carte, et de toutes façons, je ne suis pas vraiment un aficionado du poiscaille... C'était l'occase...

On s'emmerde très très vite à Höfn... Bon, je m'en doutais un peu. 

J'y étais passé en 2007 et cette impression d'ennui m'avait déjà marqué ici plus qu'en ailleurs. On y sent la jeunesse ennuyée, désabusée. C'est une ville où je ressens que les jeunes ont envie de faire les cons, histoire de briser la monotonie d'un quotidien par trop routinier. Je n'arrive pas à m'expliquer pourquoi j'ai ce sentiment ici plus qu'ailleurs. Je comprends en tout cas pourquoi ils veulent se barrer de chez eux.

Retour à la tente récupérer le maillot de bain et direction la piscine.

Belle vue depuis l'auvent.

P1090143 [Résolution de l'écran]

Je fais la connaissance de Pieter, allemand de l'est (pourquoi fait on encore la différenciation 20 ans après la chute du mur?) faisant le tour de l'île en stop.

On se retrouve plus tard à la piscine où je ne fais aucune rencontre. Je ne sens pas les gens ayant envie d'échanger avec un estranger ou alors c'est moi qui m'impose des barrières. Mais je ne suis pas à l'aise ici, bizarre.

Pourtant j'ai toujours autant envie de parler.

Retour au camping. Avec Pieter, on retourne au bord de mer vider une bière, une vraie achetée au Vinbud, pour assister au coucher de soleil.

Marée basse, dommage...

P1090145 [Résolution de l'écran]

P1090146 [Résolution de l'écran]

P1090147 [Résolution de l'écran]

P1090148 [Résolution de l'écran]

De retour au camping, je me dirige vers la salle commune qui est désormais fortement remplie alors qu'il n'avait que deux tentes dehors en début d'après midi quand je suis arrivé.

Peut être y trouverai je des français afin de faciliter les discussions et enfin, parler, parler et encore parler...

Le hasard... Il y'a parfois des conjonctions complètement farfelues...

Je rencontre une famille corse dont la mère est la fille d'un prof de math du lycée à Montauban que j'ai fréquenté 20 ans plus tôt.

Evidemment, ça aide à lancer la discussion.

Et puis j'ai trouvé encore plus bavarde que moi. Ca me va... Il faut que j'en prenne plein les oreilles...

J'ai aussi la chance d'avoir mon portable qui fonctionne enfin et la possibilité d'avoir mes enfants au téléphone.

Abreuvé de sociabilité, je retourne me coucher du sommeil du juste.

 

26/08...

 

Réveil assez tôt, je continue à manger comme un chancre des quelques provisions achetées au supermarketo.

J'ai rebasculé dans mon humeur morose habituelle des jours de fin de vacances.

Fini mon besoin de communiquer et de partager. Je fais la gueule. Je n'ai plus du tout envie de voir les gens, bien au contraire. L'agitation autour de moi me fatigue.

Mes semblables m'agacent.

Le retour de huit heures en bus s'annonce long, très très long.

Les allemands ont le rire trop sonore, les espagnols vttistes puent des pieds, les italiens en famille (que j'aimais tant hier) parlent trop forts, les français passent leur temps à critiquer la tenue des autres.

Heureusement que moi, je suis là dans le bus pour remonter le niveau, je vous dis... Je pue pas du tout après 15 jours de montagne et je ne suis pas du tout critique.

 

On arrive vite à Jokulsarlon. Je reste peu au bord des glaçons et vais plutôt passer l'heure d'arrêt au bord de l'eau à essayer de voir des phoques... Résultat plutôt pas mal d'ailleurs même si je me fais emmerder par quelques colonies de sternes pénibles (à moins que ce soit moi) mais je préfère meur compagnie à la horde infernale qui bouffe des crêpes au saloon du lac.

Dernière série de photos de l'année.

L'endroit reste toujours aussi magique.

P1090152 [Résolution de l'écran]

P1090153 [Résolution de l'écran]

P1090154 [Résolution de l'écran]

P1090155 [Résolution de l'écran]

P1090156 [Résolution de l'écran]

P1090157 [Résolution de l'écran]

P1090158 [Résolution de l'écran]

P1090160 [Résolution de l'écran]

P1090161 [Résolution de l'écran]

P1090164 [Résolution de l'écran]

P1090171 [Résolution de l'écran]

P1090173 [Résolution de l'écran]

P1090174 [Résolution de l'écran]

P1090176 [Résolution de l'écran]

P1090182 [Résolution de l'écran]

P1090183 [Résolution de l'écran]

Je finis entouré de petits piou-pious bien gras. je me demande comment ils vont passer l'hiver.

Je vais les laisser là dans ce pays magique et retourner en France.

 

P1090184 [Résolution de l'écran]

Je donnerais cher pour être à leur place à cet instant. C'est avec eux que j'ai envie de parler désormais, nager avec les phoques. Les gens autour de moi me dérangent. Ils ne me rappellent que trop la société de consommation excessive dans laquelle je vis.

4*4 inutiles, explosion de couleurs flashy sur les polaires, bonnets et parkas, énormes reflex en bandoulières, le tour de bateau 

Reprise du bus.

Regarder les champs défiler, les paysans travailler leur terre.

Je repense au mot laissé par mon allemand à Egillsel... J'ai le temps dans les heures à venir de laisser dériver mes pensées... 

 

Finalement pas envie de trop les développer maintenant que je suis derrière mon pc, plusieurs semaines après le retour.

Fuir le troupeau, comme le dit mon cher Andy? Ok, mais dis moi, Andy, si tous les petits chinois et roumains qui fabriquent nos gps et gore-tex ont les mêmes envies que nous, comment allons nous pouvoir nous équiper pour nos petites expéditions égoïstes loin de l'agitation générale?

Je ne sais que trop bien l'ivresse dans laquelle on verse lorsque l'on est isolé du reste de l'humanité. Cette indépendance totale, ce luxe de pouvoir disposer de notre temps comme bon nous semble.

Mais tout ceci n'est qu'illusion, nous ne devons jamais l'oublier. Toi, comme moi, n'avons besoin de personne... Fuyons ce vaste monde infect... Sauf que parfois, t'es bien content qu'il ne soit pas si loin que ça... Je peux en témoigner avec douleur depuis l'année dernière. Merci l'hélico au bilan carbone infâmant de m'avoir ramené en une heure à l'hosto de Reykjavik.

 

Jamais nous ne pouvons fuir le troupeau, c'est impossible. Nous en faisons partie, que nous le voulions ou pas. Nous en tirons tant de bénéfices sans vouloir l'admettre.

Imaginons une photo aérienne de ce troupeau prise de très haut. Toutes les têtes sont tournées dans le même sens. Le troupeau va dans la même direction, imposée par dieu sait qui (le bon dieu lui-même, Sarko, Bill Gates, Standard and poor's ou Paris-Match).

Pourtant, quand on zoome, on s'aperçoit que chaque mouton, chaque individu suit un cheminement qui lui est propre, indépendant du voisin. La destination est la même mais c'est le chemin suivi qui est important et c'est l'individu qui le décide.

Alors oui forcément, quand il s'éloigne un peu trop, le boarder-collie lui mord les jarrets pour le remettre dans le bon sens.

Que pouvons nous faire d'autre que suivre le mouvement général global? se révolter contre nos gardiens, les patous? Ils ont des grosses mitraillettes et nous des pistolets à bouchon.

La solution? Devenir le berger et diriger le tout? C'est super dur de devenir dieu. Il faut être parfait tous les jours.

 

Autre solution? Celle que j'aurais tant aimé... Devenir le loup en périphérie du troupeau... Indépendant, rebelle, se défiant des lois... La vie, la liberté absolue... Mais tu manges pas tous les jours à ta faim, et puis quand t'as mal aux dents, t'as pas ta mutuelle pour payer ta couronne en céramique. De toute façon, je sais que je ne serai jamais assez courageux pour me marginaliser du reste du troupeau.

Je n'ai plus qu'à essayer de passer par des endroits pas encore trop piétinés par mes compagnons et profiter de l'herbe grasse que j'y trouverai.

 

Tant d'autres pensées métaphysiques qui me passent par la tête jusqu'à Reykjavik.

La déception en arrivant à Hella de ne pas avoir le temps de ne passer que quelques minutes avec Björn et sa famille mais je n'ai pas le choix.

Je n'ai plus le temps... Le mot est dit. Je suis revenu dans le monde "normal". Je ne maitrise plus mon emploi du temps.

Je pense que l'unique bienfait lorsque je serai à la retraite sera de pouvoir profiter du temps à ma guise. La non maitrise de ce paramètre devient pour moi une hantise quasi quotidienne.

 

Reykjavik, j'espérais voir Mickael avant de reprendre l'avion demain matin.

Un tour de vélo en ville en lui laissant deux trois sms... No answer... Retour au camping. Au moment où je me glisse dans le duvet à 22h30, le téléphone sonne, c'est lui qui vient de rentrer en ville.

Trop tard, trop fatigué, pas la foi de ressortir du sac maintenant d'autant plus que j'ai le fly-bus à 5h00 du mat.

Tant pis, dommage, on est à moins de deux km l'un de l'autre. Ce sera pour une autre fois. on se rate toujours de peu ici.

 

Retour sans incident en france via Stockholm.

Plus qu'à reprendre le chemin du boulot et espérer rapidement de nouvelles aventures en bordure du troupeau.

Publié dans islande

Commenter cet article

Maguy 11/06/2012 00:30

oh27 j'émerge avec regret de ce périple extra/ordinaire en Islande où je ne suis encore jamais allée ...où je vais ( enfin) aller fin aôut 2012 ) et où je sais que je reviendrai ............

bigfoot 12/06/2012 11:38



merci beaucoup maguy pour ces deux commentaires si élogieux.


j'ai ressenti beaucoup d'émotions à la lecture du premier.


 


merci encore



Valérie 30/12/2011 22:15

Hey David !
Je viens de lire le dernier opus de ton voyage de cet été. J'avais un peu de temps car je suis à nouveau en vacances en Islande... Tempête de neige à Vik.
Juste un petit commentaire sur tes réflexions philosophiques finales : n'attends pas la retraite pour prendre le temps de temps en temps. Avec la façon dont tu te martyrise, dans quel état seras-tu
à ce moment là ? Auras-tu vraiment le loisir de prendre le temps entre ton RDV chez le gérontologue et le passage de la belle et jeune infirmière pour ta piquouse quotidienne ???
Profite de chaque instant dès maintenant !
Bonne fin d'année 2011 et à bientôt !