25/10: lacs de Ténibre (2583 m)

Publié le par bigfoot

Objectif le Ténibre. Mieux même, en faire la traversée en montant par les lacs de Ténibre et rentrer par le chemin classique du sommet via Rabuons.

Je sais que ce n'est pas évident. Ce n'est déjà pas une rando simple en période estivale (parait-il, j'ai jamais fait). Compte tenu de la neige de la semaine, la difficulté en sera encore augmentée, mais mon excursion de vendredi au Démant m'a rassuré quant à la qualité et la hauteur de neige.

Je vais tenter la traversée par l'ouest, sachant que c'est la partie la plus délicate, pour ne pas m'embarrer dangereusement au retour et prendre des risques en fin de journée avec l'obligation de passer. Si ça coince à la montée, j'aurai largement le temps d'aviser.

Monter au Ténibre, c'est 2000 de déniv. Je ne connais pas d'autre endroit dans les Alpes Maritimes avec un tel déniv. Nulle part ailleurs les vallées ne sont aussi profondes.

Parking à saint Etienne de Tinée.
Objectif 1, monter jusqu'au chemin de l'Energie. 1200 m de déniv pour rejoindre ce sentier hallucinant construit au début du 20° pour acheminer tous le matos qui permettrait de construire le barrage du lac de Rabuons. Une tache titanesque que la dizaine de km construits à flanc de montagne... On verra un peu plus tard.

Donc la montée en un tout petit peu plus de deux heures, pause p'tit déj incluse, en montant par les granges de Fournels. Petite déception, les couleurs d'automne n'ont toujours pas éclaté. Ca commence mais ce n'est pas encore l'explosion  de rouge et de jaune attendue.
Très forte montée comme prévu, tout en lacets. On prends plus de hauteur que l'on avance vers le nord.
En face de moi, lever de soleil sur le Mounier (l'autre versant par rapport à vendredi).
En dessous, après un long passage dans les feuillus (ça sentait la pomme en bas du chemin), on passe dans les sapins puis les mélèzes. une trouée permet de voir Saint Etienne 800 mètres plus bas.
Sortie de la forêt. Le massif du Ténibre devant moi.On devine à peine le chemin de l'Energie dans le lever du soleil sur la gauche. Encore 400 mètres à monter pour l'atteindre. Pfff, cette montée, on a beau s'y attendre, toujours hardos.
Et déjà,je commence à me demander où est le passage pour monter tout là haut.
Petit regard aussi vers le nord et les sommets de la Bonette et Saint Dalmas le Selvage.
Vestige de la grande tyrolienne qui trimballait le matos de la vallée jusqu'au chemin de l'Energie. Je touche au but.
En effet, je prends pied sur le fameux chemin. J'y ressens toujours une émotion particulière. Je repense souvent à ces chemins qui mènent à des mines dans les montagnes andines. J'imagine des wagons roulants à tombeaux ouverts à travers précipices et tunnels étayés de poutres en bois. C'est un sentier génial (mais qui devient vite monotone si on le parcourt dans son intégralité).
Il me faut un quart d'heure de plat pour atteindre le plan de ténibre. Ca sent le bouc tout à coup (oui, je fonctionne beaucoup à l'odorat, (n'est ce pas Henri?)). En effet je vois un mouflon à une centaine de mètres de moi. Pas le temps de le shooter. Le temps que je dégaine l'appareil photo, il est loin le gus. Pas grave, ma journée sera constamment gravée sous le signe des mouflons (béliers pour les astrologues en herbe).

Deux batiments en bon état peuvent servir d'abri en cas de besoin. On peut même y passer la nuit. Je suis atterré par la saleté des lieux. Boites de conserve et sachets lyo abandonnés. Au moins une tonne (je vous le jure) de bouteilles de verre abandonnée dans une pièce du grand batiment servant de dépot de matos. Une honte.
Grosse nostalgie de mes petits refuges cossus islandais... Même dans les plus reculés, dans les plus vieux limite délabrés, la propreté y'est de rigueur. Personne ne laisse de déchets. Alors pourquoi c'est si pourri en France dès qu'un abri est non gardé? Ca me révolte.
Ca explique peut être pourquoi tous les bergers ferment leurs cabanes quand ils sont absents. Il est devenu quasiment impossible de trouver des cabanes marrantes pour crécher une nuit dans les Alpes Maritimes.

A partir du plan, changement de registre, il faut attaquer la montée dans la neige.
Ce n'est pas difficile mais le sentier a disparu. L'itinéraire n'en est pas moins logique. Après avoir contourné une première barre rocheuse, on passe entre les lacs Variclès où j'en prends plein les mirettes vraiment pour la première fois de la journée.
First, la petite famille.
And two, the lakes.
La montée vers le Ténibre se fait normalement dans cette barre rocheuse. Pour l'instant, je suis pas inspiré. Donc je vais continuer vers les lacs de ténibre où je ferai une grosse pause pour déterminer le passage exact (des fois je suis con de pas utiliser le gps pour me faciliter la tache, j'ai toutes les données à la maison).

Monter vers les lacs de Ténibre est beaucoup plus difficile à partir de ceux de Variclès.La pente est vraiment raide par endroits. Heureusement que la neige a crouté en surface. Ca permet de monter sereinement. Un peu glacée par endroits, je suis à la limite de chausser les crampons, mais comme je suis dans une alternance rochers neige, c'est un truc à les péter. Comme ça dure pas, je finis comme ça.
Le plat, c'est pire que dans les pentes. La zone du ténibre, c'est beaucoup de blocs, beaucoup , beaucoup...
La neige a cet avantage de lisser les incidents de parcours, mais sur le plat, on a tendance aussi à passer à travers à des endroits inattendus (pas assez de neige pour remplir tous les trous). Ma progression est très lente. Chaque pas précédé d'un sondage baton qui révèle pas mal de pièges que je n'imaginais pas. Si j'avais dû parier au trou découvert, j'aurais largement entamé mon crédit revolving...

Ouf, premier lac, le supérieur. Au fond la brèche Borgonio et le Claï Supérieur effectué en 2006 à la même époque en absence totale de neige depuis les lacs de Vens et retour par ces mêmes lacs de Ténibre. Le passage sud de Borgonio est terrible dans les éboulis croulants sous les pieds. Le sentier n'existait plus, emporté par les ravinements. Je me rappelle d'un bon gaz...
Bref... Mouais je suis pas très doué pour faire des photos horizontales...
Au fond, sans doute parmi les cimes les moins gravies du Mercantour. Toutes entre 2900 et 3000 mètres d'altitude.
La cime de la Lauze, la tête de l'hubac ou encore roche Brossée.
Au fond le Pas de la Lauze (que je ne connais pas, il y a derrière un refuge abri).

Maintenant le lac inférieur où je fais la big pause pour réfléchir au passage vers le Ténibre.
En attendant, je profite du miroir des lacs.
Oh miroir, mon beau miroir c'est par où c'est que c'est qu'y a le chemin du Ténibre?

Chose marrante, ces lacs, bien que plus haut que ceux de Variclès ne sont pas gelés, eux.
Why? (l'adresse du meilleur resto de Corse à qui me donne la réponse en premier).

Définitivement je dois admettre que je ne trouve pas le chemin de l'ascension (capitale du Paraguay, ça faisait longtemps que j'hésitais à la faire celle là) de mon bidule. Pas suffisamment de corones (capitale de la Galice, pas sûr mais pas loin, au pire sous préfecture) pour me lancer dans une course de neige solo en haute montagne.
La neige m'a toujours bloqué... C'est que je suis né dans la plaine. La première fois que j'ai vu la neige, je devais avoir 15 ans. Toujours un rapport inamical avec cette matière. Les paysages sont pourtant si beaux.
Mais j'ai l'impression d'un combat contre la montagne dans ces conditions, alors que ce n'est pas ma démarche.
Une pente à 20% m'en parait 50 une fois recouverte de neige. Je n'arrive plus à estimer la praticabilité et la raideur des pentes. Pas l'oeil suffisamment expert. Pas d'expérience, pas d'habitude. Je préfère en rester là pour aujourd'hui.

Pour redescendre au Plan de ténibre, je fais la même connerie qu'en 2006 en prenant par le côté ouest plutôt que de revenir par les lacs de Variclès côté est. C'est vrai qu'il n'y a pas de neige de ce côté mais les pentes sont plus raides et je me retrouve même à me taper des minis pas d'escalade pour descendre. Le top. C'est pas compliqué, Mais bon...

Il faut passer à gauche par les lacs gelés, c'est beaucoup mieux, sûr de sûr.
Intérêt de mon passage par l'ouest, c'est la perspective différente qu'il me donne sur la face ouest du Ténibre, que je découvre enfin... au fond derrière.
Oui, mais bon, qui peut me dire où est le passage?  D'après la carte, c'est là. Dans la partie supérieure, oui ok, pas de problème, mais dans les barres du bas, hein?

Evidemment, c'est moins spectaculaire que les photos du Fitz Roy de Valérie dans son tour du monde (c'est pas beau comme sentiment, mais je suis jaloux de son voyage)

Et vous les mouflons vous en pensez quoi?

Retour sur le chemin de l'Energie que j'emprunte vers l'est une grosse demi-heure pour descendre à saint etienne par un autre chemin, celui de la croix de sélasse.

Dans les mélèzes, juste après avoir surpris 3 biches, l'endroit rêvé pour une siestasse d'envergure...
C'est la fraicheur qui me réveille...
Ce sentier est beaucoup plus agréable que celui de Fournels, I find (les leçons de tatiana me deviennent profitables, qu'est ce que j'anglicise mon vocable).
Faut dire que je le fais en descente et que le soleil me cogne dessus en cette fin d'aprèm, donc forcément, n'étant pas dans les mêmes conditions de comparaison, je manque sans doute d'objectivité. On s'en fout un peu aussi de mon avis je pense.
Marrant, je trouve que les couleurs ont beaucoup évolué depuis ce matin, même si ça manque encore un peu de vivacité...
Toujours le Mounier en toile de fond.
Ben voilà Saint Etienne de Tinée 1600 mètres plus bas que les lacs... Besoin d'huiler les genoux...
Donc une pression au bistrot à 2.40 euros... arghhhhh...
Ah, l'euro, entre les bistrotiers et les boulangers...

Anecdote de retour... Pas râlé encore aujourd'hui...
Le service public à la française.

Le dimanche soir dans la vallée de la Tinée, il est une tradition séculaire, les gendarmes vous dégomment aux jumelles, soit dans Roussillon, soit dans la ligne droite entre Bancairon et le Pont de Clans.
Jusque là, rien d'anormal...
Mais il y'a des travaux à Pont de Clans. Ils refont le pont, c'est con. Circulation alternée.
A savoir que la proportion de bagnoles descendant par rapport à celles qui montent  est de 200 pour 1...
Autant les types en bleu sont d'astreinte le we, autant ceux en orange regardent Drucker à la téloche. Z'auront pas eu l'idée de venir modifier un peu les temps sur les feux rouges... histoire que les automobilistes restent pas plantés une heure au feu (même un peu plus).

Bon, donc, j'arrive à une vitesse certaine dans la fameuse ligne droite de Bancairon quand je vois avec chance les feux des stops des voitures au loin qui s'allument à cause du dit bouchon (le feu est à trois km). Ralentissage et je vois donc mes gendarmes accroupis, planqués dans le fossé. Il leur manque que la tenue de camouflage.
Ils ont une attitude bizarre.
Une fois passé, je mate dans les rétros et je les vois bondir sur la route et plonger dans le fossé de l'autre côté. C'est Apocalypse now.
Et oui, forcément, vu qu'on est bloqués de ce côté, y'a plus d'intéret à nous prendre en photo, faut dézinguer ceux qui arrivent de l'autre côté.

Ma question du jour, si les hommes en bleu étaient au service du public, pourquoi n'ont ils pas assurés la circulation pour la fluidifier et éviter qu'on soit plantés comme des cons à ce feu? Et les considérations environnementales, y'ont ils pensé, avec toute l'émission de CO2 dans une vallée aussi enclavée (j'essaie d'appuyer sur les boutons des thèmes à la mode)? Et la promiscuité de nous tous rassemblés au même endroit, et la grippe H1N1?

Et oui, je crois savoir la raison... Sans cesse plus dégouté par la manière de fonctionner de notre pays.
En rentrant, j'allume la radio...
Emeutes à Fréjus...
Crétinerie totale à Marseille...

Ah Islande... comme tu es si loin...
Heureusement que demain la joie d'aller travailler pour celui pour qui c'est un plaisir de se flinguer la santé tellement il est gentil me fera oublier ces instants de bonheur en montagne...



Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Valérie 27/10/2009 23:43


Je me contente de redresser les horizons qui tanguent et d'ajouter un peu de contraste... j'ai pas encore enlevé les nuages pour mettre du ciel bleu à la place !
Je sais qu'il faut un peu de sous pour faire un tour du monde : je dépense sans
vergogne 15 ans d'économie en une année ! Mais quelle année ! Quant à la météo, t'as raison, je vais demander à me faire rembourser... le seul truc c'est que je sais pas à qui m'adresser. Tu crois
qu'à la sécu y remboursent ce genre de truc ? (au point ou ils en sont, c'est pas quelques milliers d'euros qui changerons la face du trou !!!).


Valérie 27/10/2009 16:02


Aujourd'hui, c'est jour de pluie ici (ici, c'est Pucón au Chili) : ça me laisse le temps de rire en lisant ta prose ! Merci David pour ton humour. Quant aux photos patagoniennes, pas de jalousie
qui tienne : je t'ai déjà proposé de venir exercer tes talents de photographe ici (pour redresser les lignes d'horizon, pour ma part, j'utilise un logiciel bien connue : p.......p).


bigfoot 27/10/2009 22:41


Oui, je sais que tu manipules sans vergogne tes photos. Moi, c'est du tout naturel, tout bio, non traité après récolte.
ben pour traverser la moitié du globe, il faut un petit peu de sous... et en ce moment, pour 1€ gagné, j'en dépense 1.10...
Et donc il fait pas toujours beau quand on fait le tour du monde? remboursez, remboursez... c'est une honte...