25/07: la Markarfljot

Publié le par bigfoot

Journée très particulière pour moi, sur les lieux de mon crash 2010 (pour ceux qui savent pas de quoi il s'agit, je mets pas le lien, histoire d'attiser la curiosité vers mes autres récits, héhéhé).

 

Et où finalement le crash m'a certainement été salutaire... Sans lui, je serais sans doute mort noyé au fond de la Markarfljot, mais n'anticipons pas, commençons par le début de ce 25 juillet.

 

Nuit entrecoupée de ces réveils de merde réguliers mais pas trop mal dans l'ensemble.

Réveil quand je me réveille comme d'hab. J'en ai plein le dos du réveil, donc hors de question de l'utiliser en Islande. Les journées sont de toute façon suffisamment longues pour rattraper le retard de la flemme du matin.

 

Matinée nuageuse, je tente de garder l'altitude de la veille et reste à distance du lit de la Markarfljot mais finis par rejoindre celui de la Þvera et une vieille piste qui longe son cours sinueux.

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Ce n'est pas la rivière qui file droit ici mais la piste et je me retrouve à franchir régulièrement cette petite rivière qui a creusé un magnifique vallon.

Exercice délicat d'ailleurs puisque je n'ai pas envie de me déchausser alors que la rivière fait régulièrement entre 30 et 50 cm de profondeur. Il me faut donc trouver à chaque fois les bons points de passage. C'est clair qu'on a vu aventure plus tendue et en plus c'est même pas marrant. Je m'en sors nickel avec les pieds secs.

J'aperçois la fin du vallon avec un resserrement très net au loin. Je n'arrive pas encore à déterminer si je contourne par la droite vers la piste principale ou si je tape très fort à gauche sur le flanc de la montagne pour rejoindre les crêtes. Pas trop dans le rythme à ce moment de la journée.

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En attendant, je suis intrigué par un petit abri sous roche aménagé dans une anfractuosité des falaises de lave.

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Avec un petit enclos à mouton à côté, une porte pour s'abriter de l'extérieur, on ne tient qu'à genoux une fois dedans, deux planches pour s'isoler du sol et une chaise pour seul mobilier.

Ces endroits là m'émeuvent plus que n'importe quel château exubérant. Me dire que des gens ici ont vécu un certain temps me laisse toujours perplexe.

Comment pouvait on vivre aussi difficilement, accepter ce sort? A chaque fois des pensées m'envahissent sur mon confort à l'année et les questions existentielles à deux balles qui nous polluent la vie.

Il en est de même chez moi autour de Nice quand je me promène au milieu des vieilles campagnes gagnées sur les montagnes en déplaçant et en empilant des milliards de tonnes de rochers.

Qu'est ce qu'ont est cons de ne pas savoir jouir de ce la vie nous apporte désormais et de toujours vouloir plus ou autre chose que ce nous offre.

Je ne sais pas s'ils sont morts de rire ou désespérés, les anciens qui nous regardent d'en haut camper une nuit entière devant une boutique des Champs pour être le premier à avoir un i-phone 5.

Qu'est ce qu'on est cons... si médiocres je trouve, des enfants gâtés incapables de résister à la moindre impulsion. Il nous a manqué quelques tartes dans la gueule à un moment donné.

Mais tout ça me dit pas si je dois prendre à gauche droit dans la montagne ou continuer à feignasser le long de la piste sinueuse.

Compte tenu de mes pensées de mes dernières minutes, il est évident que j'ai envie de me faire mal et de quitter le confort de la route.

Et puis j'ai toujours préféré être dessus que dessous... C'est de là qu'on a les meilleures vues.

Et puis y'a des moutons à emmerder, et j'ai toujours aimé voir partir comme des damnés ces grosses boules de poils, se télescopant les unes dans les autres comme des boules de billard.

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L'idée est de monter au plus près de la gorge dans l'herbe au ras de pentes noires ravinées, l'herbe me permettant d'avoir une bonne accroche sous mes chaussures.

Evidemment, il se met à pleuvoir à l'instant où j'attaque la côte. C'est vraiment raide, la première très grosse montée typiquement islandaise de l'année. 

Si le gore-tex de mes chaussures avait survécu à mes traversées multiples de la rivière, il ne tient pas longtemps à l'humidité de l'herbe gorgée d'eau.

En se retournant, la vue prend vite de l'ampleur. J'adore...

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Sur le plateau, la végétation change du tout au tout. Même pour ainsi dire, il n'y en a plus en fait en dehors des mousses et lichens accrochés vaillamment à la roche battue par le vent.

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Ca souffle pas mal sur la crête entre la Markarfjot et la Hvitamaga.

Ici, je suis chez moi, je connais par coeur. 

Direction Krokur et son petit abri. Peut être que j'y croiserai Mika même si normalement selon son programme, il doit être un poil plus haut à explorer la Ljosa.

La crête est assez aisée, large mais parfois glissante. Pour y'accéder, c'est assez long, il faut passer par un cheminement assez long et monotone, mais une fois dessus...

A droite le Myrdalsjökull et la plaine que traverse le laugavegur entre emstrur et alftavatn...

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A gauche, la vallée de la Hvitamaga par où j'étais arrivé en 2010 en provenance de Skyggnir et de Hungursfit.

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Derrière le Tindfjallajökull par lequel je suis monté la veille sur l'autre face.

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Ce que je ne sais pas, c'est que je suis sur l'échine d'un troll king kong...

Je redescends sur sa colonne vertébrale et il est pas content, il me regarde d'un sale oeil.

Voyez plutôt.

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Même avec une altitude relativement faible, le panorama est somptueux, facilement accessible depuis la piste que je vois à deux cents mètres devant. J'ai fait un sacré raccourci en montant sur cette crête.

Au niveau de la piste, je coupe assez droit vers la Hvitamaga que je sais très froide (parmi les plus froides que je connaisse) malgré sa profondeur assez faible, pas plus que les genoux.
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Passé le gué, à moins de cinq minutes, le refuge de Krokur...
Enfin, refuge...
En 2010, c'était une cabane de berger plus ou moins délabrée très petite où il était difficile de dormir à l'intérieur. Mais chaleureuse, agréable. un bon petit pied à terre, dans le style des bergeries de mes alpes du sud préférées.
2012, ça a bien changé... Refaite à neuf, la partie bétail réaménagée et jointe à la partie habitable, confortable dans le plus pur style des refuges gérés par Utivist.
Le seul petit détail non négligeable, c'est qu'elle est fermée à clé désormais, interdite au solitaire que je suis.
Chiant, frustrant... pas bien grave mais tous ces petits lieux sympas où les initiés pouvaient s'abriter après plusieurs jours de solitude parfois difficile sous les alizés locaux sont en train de disparaître... Après Dalakofi, Krokur maintenant, je ne sais pas s'il en reste d'autres dans les Fjallabak.
Je me mets à l'abri du vent, couché dans l'herbe grasse. J'écris un petit mot sur mon itinéraire pour Mika comme promis pour lui dire qu'au sud ouest du Tindfjallajökull, c'est super beau mais assez peu accessible sur les pentes ryolithiques...
Problème cornélien... Où laisser le mot? Le refuge est plus qu'hermétiquement fermé. 
Je n'ai d'autre choix que les chiottes, le mot bloqué par le rouleau de pq.
Ca me fait un peu chier de savoir qu'il va le lire le cul posé sur le trone, hein mais bon . Ma prose vaut bien Marc Levy ou Gala...
C'est reparti now. A Krokur, il y'a une passerelle qui permet de traverser la Markarfljot sans se mouiller les petits petons. On se demande bien pourquoi parce qu'elle est pas encore bien méchante à ce niveau.
Petit regard sur mon étroit préféré de la Markarfljot que je surnomme la grande lessiveuse et qui devait être le point final de ma descente en raft la dernière fois.
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Le soleil est en train de sortir, le paysage devient extraordinaire. Il l'était déjà me direz vous mais le glacier ressort très nettement maintenant.
La passerelle est un peu moyennasse... Il sera temps que les ponts et chaussées y jettent un oeil pour la prochaine saison.
Et me voici parti maintenant le long de la Markarfljot en amont.P1120359 [Résolution de l'écran]
A Krokur elle forme un cingle d'une étroitesse qui n'a rien à envier à celui d'Ambialet sur le Tarn (ben oui, on compare toujours à ce qu'on connait). Un lacet comme sur la route qui monte à Pierlas...
Et donc je vais marcher là où j'aurais dû descendre en raft... et ce jusqu'au niveau de mon héliportage suite à mes calculs rénaux... Je suis saisi là d'une certaine émotion.
Je sais que jusqu'à Laufafell, la rivière forme une gorge très étroite.
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En fermant les yeux, je m'imagine descendant la rivière en bâteau.
Putain, qu'est ce que ça aurait été grand.
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C'était déjà beau bien sûr.
Les gorges de la Botna hier étaient sublimes.
Mais ici il y'a la taille en plus, et l'émotion particulière ajoutée, j'en ai des frissons.
Je cours presque tellement je suis pressé de voir ce qu'il y'a derrière chaque virage.
Tous les points de vue m'arrachent un pan d'émotion.
Ymir et Yma, ratés hier matin, me narguent aujourd'hui au loin de toute leur hauteur.
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Régulièrement des cascades tombent directement dans le lit de la Markarfljot.
La montagne est de plus en plus torturée, colorée.
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Au fond, tout là-bas, on devine les couleurs orangées et les fumerolles qui marquent le début du secteur de Landmannalaugar. 
Quand je vous dis que je suis à la porte du sublime.
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Je commence à sortir des gorges.
A deux km de là, le point de mise à l'eau potentiel que j'avais envisagé pour mon projet raft.
Encore 100 mètres de plus et la plaine où ma vie a changé en 2010 avec ma crise de colites néphrétiques.
Réellement, sincèrement c'est ici que mon esprit a basculé.
Que toutes mes vérités se sont effritées, que j'ai enfin compris que je n'étais pas invincible, que j'avais besoin des autres.
Tortillant au sol comme un lombric à la queue coupée sous l'effet de la douleur...
Guettant désespéré le ciel en attente de l'hélicoptère...
les 8 heures les plus douloureuses de ma vie, préambule du méga gros coup de blues de l'automne suivant...
Pourtant, aujourd'hui avec du recul, sans doute cet accident a été salutaire, m'a permis de devenir moins con, moins égoïste, d'accepter mes faiblesses et mes angoisses... en gros de réfléchir sur moi-même...
De comprendre que je m'empétrais dans une image que je voulais mienne mais que le costume d'aventurier était trop grand pour moi.
Que je n'étais qu'un type comme les autres, ni plus ni moins et surtout pas un héro.
Comme le melon a dégonflé...
Et puis au-delà de ça, en ce 25 juillet, à mes pieds, à 5 minutes à peine de raft de mon fameux départ avorté, il y'a une cascade d'une dizaine de mètres.
Me connaissant et au vu de l'absence de signes annonciateurs en amont, je n'aurais pas fait de stop pour vérifier.
Et là...
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Et là...
Même s'il semble y'avoir un peu de fond, le vol aurait été long et l'atterissage violent.
Je ne pense pas que je me serais tué sur le coup. Il n'y a pas l'air d'avoir de rocher pour te recevoir...
La secousse aurait fait très très mal. Est ce que j'aurais perdu mon équipement? Non, tout était bien amarré.
Sans doute le raft se serait crevé et à partir de là, il y'a 5 km de gorges sans échappatoire. Avec la légèreté de ma combi, je n'aurais pas pu descendre à la nage rapidement.
Et descendre avec le gros sac à dos, les godasses avec peut être un bras ou une jambe dans la boîte à gants... pfff, je n'ose pas imaginer comment j'en serais sorti.
Sans doute en panique...
Alors, ces calculs, peut être que finalement, celui qui nous regarde d'en haut a fait en sorte de faire basculer mon destin.
Le seul moyen de m'arrêter dans ces circonstances est la maladie... Il me connait bien le type, il a appuyé sur le bon bouton.
Revenons à cette année, maintenant que je suis raisonnable et assagi...
L'autre côté du lacet, vers l'est.
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En pano, vers le nord, la cascade, la plaine de la crise et Hrafntinnusker au fond.
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La cascade et la chute de l'Hagafellkvisl directement dans la Markarfljot.
J'adore.
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Trop trop beau... (qu'est ce que t'en penses Rachel?)
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Litla-Graenafjall... 
Je vais vous dire un truc... Ce secteur fait partie des plus beaux endroits que je connaisse.
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Et puis c'est super simple pour le repérage, vous prenez la crête contournée par le méandre.
C'est quand même super surprenant de voir la même rivière couler dans un sens d'un côté et remonter de l'autre exactement dans la direction opposée.
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Initialement, j'avais envie de poursuivre sur cette crête et traverser la montagne de Sata, particulièrement belle vue depuis la plaine.
Finalement, un sentier me tend les bras un peu en dessous, versant Alftavatn, très marqué par les empreintes de nombreux chevaux.
Je rejoins alors une zone tabulaire aussi plane que sablonneuse. Il faudra un jour que je cherche l'explication de cette formation bizarre. Pourquoi juste là alors que tout autour est couvert de verdure?
Maybe que la Markarfljot formait une sorte de lac dans les temps pas si jadis que ça et qu'en baissant et creusant ses gorges, elle a laissé ses alluvions à découvert... Affaire à suivre...
Le sentier longe la montagne pour contourner ces bidules. Mais pour moi, c'est pas possible, je suis trop attiré par la géologie bizarre.
Donc je me lance à travers sur le plateau.
Superbe idée... je me fais sabler illico presto par un vent tourbillonnant qui me renvoie la poussière soulevée par mes pieds dans les yeux.
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Le hic, c'est que ces plateaux sont coupés par de profonds vallons affluents.
Passer de l'un à l'autre est souvent compliqué et très très casse-pattes.
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Enfin au bord de la rivière, c'est trop trop beau avec ces lumières rasantes de fin d'après midi.
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Je ne suis plus très loin de Torfahlaup, spot très connu sur la rivière, à proximité d'Alftavatn.
Profiter un max de marcher au bord de l'eau.
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Landmannalaugar se rapproche, je suis au pied du plus bel endroit du monde.
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Torfahlaup est en fait un défilé très étroit de quelques centaines de mètres.
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Juste à l'entrée en rive gauche, j'ai une petite rivière à traverser, Torfakvisl.
Pas envie de me déchausser... J'applique la technique dite "à la hussarde"... Je serre au max les scratchs du pantalons sur les pompes et je traverse en courant en en espérant que l'eau n'aura pas le temps de se glisser dans les interstices.
C'est d'autant plus con qu'on sait que ça marche pas. Mais au moins, ça limite l'infiltration. Je sors humide plus... Ca sèchera.
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Profitons encore un peu du soleil, de l'eau claire, de la douceur de l'air... 
Ce sont les derniers mètres de calme de la Markarfljot avant qu'elle ne bascule dans la folie furieuse jusqu'à son embouchure.
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A partir de maintenant, tu mets un pied dans l'eau, ciao Berthe, tu te retrouves en puzzle aux iles Vestmann d'ici un quart d'heure.
Alors Torfahlaup signifie "le saut de Torfe".
Torfe, c'est un galiboy qui va se taper une meuf dans un village voisin. A cette époque, ça se fait pas, on prefère rester consanguins et se taper ses soeurs et ses cousines (voir Astérix en Corse par exemple, "t'as parlé à ma soeur"... etc etc...).
Le frangin est super pas content de l'outrage et du dépucelage de sa frangine et veut éclater Torfe d'un bon coup de gourdin dans la gueule.
L'autre, imaginez qu'il a pas trop envie mais il aime bien sa nana, alors il prend son élan avec la fille sur le dos et saute par dessus la Markarfljot à cet endroit. Il est sauvé et peut faire un doigt à son poursuivant à la façon de René Girard... La grande classe, quoi...
Il est à noter que Mike Powell est un de ses descendants directs (me demandez pas pour la couleur de la peau, j'y capte rien en génétique).
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Facile le bond hein?
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Vu de là, c'est plus simple qu'il n'y parait.
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hop hop hop!!!
Je rencontre un groupe de trois, mes premiers gens depuis la sortie du bus.
Logique à quelques encablures du laugavegur et du surpeuplé Alftavatn. Je suis même surpris de ne pas rencontrer plus de monde.
Des slaves, un tchèque, un slovaque et un slovène.
Le slovène parle parfaitement français, un truc de dingue.
Etudiant à Londres en biochimie. Il étudie le cerveau, un des truc qui me fait kiffer et que je regrette d'avoir loupé aujourd'hui en réfléchissant à mes orientations professionnelles.
Faut qu'il m'explique sa thèse.
Il étudie la transmission de l'information de l'oeil  aux différentes zones du cerveau chez la grenouille.
Tu plantes un bistouri dans l'oeil de la bestiole et tu tournes dans le sens des aiguilles d'une montre puis dans l'autre sens. Alors tu lis sur un oscilloscope les sauts du signal envoyés par les électrodes scotchées sur le cerveau de la grenouille. Et tu sais...
Moi ce que je dis, c'est qu'heureusement que la grenouille est pas poilue, parce que sinon, elle morflerait quand on lui enlève les scotchs.
On se promène de conserve (jamais compris cette expression) vers Alftavatn.
C'est incroyable comme le paysage change tout d'un coup.
Une bonne purge d'un peu plus d'une heure jusqu'à Alftavatn.
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Pourquoi y'a personne? Ben parce que la piste indiquée sur la carte est coupée par le lac au niveau très haut.
Je ne saurais dire si c'est son niveau normal.
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Et maintenant Alftavatn.
Retour à la civilisation...
Ah... Quelle bonne soirée... la régalade...
Pourtant, c'est beau, mais c'est vraiment tout...
Alors, l'arrivée... Je trouve pas la hutte du gardien, une constante chez moi... 
J'entre dans un bâtiment et commence dans un anglais pourri et hésitant auprès de deux connasses dont je suis sûr que ce ne sont pas les interlocutrices que je cherche, d'où mon trouble, et vraiment pas parce qu'elles sont belles.
Elles éclatent de rire... t'es français toi, quel drôle d'accent tu as...
J'explose, je sais pas pourquoi... Enfin si un peu... j'ai pas envie de me faire chier avec les gens maintenant que je suis ici au coeur de l'Islande sauvage.
Donc réponse de merde disproportionnée... et puis de toutes façons, j'ai pas d'accent, ce sont les autres qui en ont un. Tout est question du référentiel utilisé.
Je claque la porte avec violence, à la limite d'exploser les vitres.
A la sortie, un type tout de quechua rouge vêtu qui me parle direct en français...
Et comment tu sais que je suis français? chuis incognito ici... Ben en Arctéryx, forcément t'es français... ah, merde, je croyais qu'y avait que les quechua... bon allez salut, bonne soirée, j'ai pas que ça à foutre...
Je m'extraie de la meute de mes compatriotes et trouve enfin la "warden hut", récupère mon colis et échange un peu avec le jeune en poste ce soir. Pour une fois, c'est un vrai montagnard et on peut vraiment discuter d'itinéraires engagés. Il pense que mon projet demain ne passera pas à cause de la fonte du glacier (je développe dans l'article de la prochaine journée).
Derrière lui, y'a son frangin qui était dans le bus avec moi il y'a deux jours.
Plantage de la tente le plus loin possible de mes acolytes dans le périmètre du camping.
Je mange avec mon pote slovène.
Au moment de se coucher, je lui balance un "laku noc" à tout hasard... Peut être que le serbe et le slovène ont suffisamment de similitudes pour qu'il me comprenne.
Yes, nickel... Ah ben, j'aurai pas complètement perdu tout mon temps ces dernières années... je peux dire bonne nuit à n'importe quel slave qui se présente à moi.
Retour vers le gardien avec ma carte pour me visualiser l'itinéraire. Ce coup ci, il est avec un pote apprenti guitariste (surtout apprenti). Et il veut me donner la sérénade avec la chanson de mon choix...
Et il y tient, j'arrive pas à m'en débarasser. Il me plait pas cuilà. Il croit qu'il a mangé un clown et qu'il est super marrant mais surtout il me les brise. Sa version de "with or without you" est un désastre. Alors je lui dis plutôt de tenter Björk et il se met la guitare dans la cul en réponse. Un clown, je vous dis, trop drôle. Pfff!!!
23h00, une quechua bleue vient se planter à 10 mètres de moi.
Minuit, les deux occupants font encore les cons. 
Et comme j'en ai plein le cul en cette magnifique soirée de mes congénères français, je fais vite monter le ton.
Ils me répondent que j'abuse, qu'il fait encore jour et qu'il est pas l'heure de faire silence.
Mon sang ne fait qu'un tour... Mais, bande de gros cons, on est sur le cercle polaire et il fait jour toute la nuit à cette époque de l'année. Ils se rendent alors compte qu'il est tard et me promettent de baisser le ton.
Je suis dans le duvet depuis 10 minutes et ils font toujours autant de bruit.
Pétage ultime de plombs, je sors comme un dingue et leur secoue la tente comme un prunier pour leur faire fermer leur gueule, à la limite de dégainer le piolet et de leur déchirer la tente avec.
Ils se calment définitivement.
Mais ma mauvaise humeur a pris le pas sur le sommeil.
Allez tous vous faire foutre, bande de cons de ce sentier de merde tel une raie du cul qui me coupe mon terrain de jeu en deux , demain je me casse en terrain inconnu. Je serai enfin libre de votre connerie...
Superbe nuit.
Vive les joies du camping organisé. 
Demain c'est retour au wilderness.
Mes quatre heures de vies sociale ont été désastreuses.

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Clément 21/10/2012 02:01

Salut David, à travers ton récit je revis pour partie une de mes journées de l'été dernier, ton itinéraire passe en sens inverse de celui que j'avais alors emprunté. Un coin vraiment magique cette
Markarfljot... Et comme toi j'avais trouvé porte close à Krokur (comme à tous les abris croisés d'ailleurs) !
Toujours autant de plaisir à suivre tes aventures, me tarde la suite.
De mon coté je ronge mon frein, une hernie discale m'a empêché d'envisager cet été tout périple de type itinérance en autonomie avec 25 kg sur le dos... Dur de tirer un trait sur mon échappée
estivale annuelle, c'est pas l'envie qui manquait...

bigfoot 23/12/2012 10:04



oui, j'imagine la frustration de ne pouvoir aller chercher son bol d'air annuel... désolé pour le retard de ma réponse mais très peu actif depuis mon retour sur le blog.



Larti 11/10/2012 18:29

Certes, Sveinsgil..., Hauhverir... Mais je pensais à un trek facile, accessible, quelque chose d'intermédiaire entre l'itinéraire engagé bigfootesque et le panurgisme laugavegurien. Rien que pour
une question de gabarit, tout le monde ne peut pas affronter la crête entre Jokulgil et Sveinsgil, ou les traversées à gué de la Markarfljot. Et puis il y a qq chose d'esthétique dans une remontée
aux sources...

bigfoot 23/12/2012 10:10



sisisi, c'est possible sur les passages que tu mentionnes pour n'importe qui. la markarfljot n'est encore qu'une enfant vers le haut.


c'est vrai qu'une remontée de rivière dans so intégralité apporte une dimension supplémentaire sur un parcours.


désolé pour le retard à te répondre mais je suis assez inactif sur le front du blogces dernières semaines.



olivier Favre 10/10/2012 19:12

J'imagine un beau trek - et assez facile : la remontée de la Markarfljot.
Ça partirait de qq part en aval, faut voir. Ça remonterait vers Krokur, les gorges, ça longerait la Laufafell, puis ça bifurquerait à la hauteur de Reykjadalir vers Storihver avant une arrivée en
apothéose à Landmannalaugar.
Pas mal, non ?

bigfoot 10/10/2012 19:29



pas mal... mais peut mieux faire ;)


attends quelques jours que je poste les prochains articles et tu moduleras ton itinéraire à partir de laufafell... 


le plus fou de l'islande est juste là...


 



Valérie 03/10/2012 20:19

Contente de te lire à nouveau et de voir que tu t'achemine vers la sagesse (lol).
J'ai toujours le même plaisir à voir les paysages d'Islande... Zéro lassitude, d'ailleurs on y retourne l'été prochain !