23/08: Mulaskali

Publié le par bigfoot

Une nuit sans sommeil, perdu dans mes pensées métaphysiques.

La première depuis deux semaines enfin dans un abri en dur.

Dehors, Le vent et la pluie se fracassent contre les murs, avec ce singulier bruit de roue à aube.

 

Mais peut on parler de bruit? la nature fait elle du bruit?

J'associe toujours le bruit à une pollution sonore artificielle.

Le voisin qui fait des saignées dans le carrelage de sa salle de bain à la perceuse, l'ado qui nous fait un karaoke d'enfer en massacrant Abba (mais peut on faire pire que l'original?), les éboueurs qui en veulent à la terre entière qui dort pendant qu'eux font le sale boulot à ramasser les merdes de leurs congénères en claquant le plus fortement possible le couvercle des poubelles, le 103SP avec un pot sans chicanes en pleine accélération, le djembé du mec qui se croit cool à trois heures du matin associé aux rires avinés de ses potes, le clebs qui gueule au moindre passage d'un chat à la con, les hurlements des machines à l'usine, les logorhées des mecs qui parlent pour remplir le silence, Justin Bieber, les rouages de mon cerveau lorsqu'il se met en branle...

La ville, la concentration humaine, son activité frénétique.

 

Mais le vent et la pluie, il ne s'agit pas de bruit, mais d'un fond sonore, d'une musique plus ou moins douce. J'ai toujours mon MP3 dans mes voyages pour les coups de blues éventuels. Il m'est impossible de le sortir. Ce serait perturber les sons de l'extérieur.

J'ai un luxe rare au cours de ces voyages. Des privilèges auxquels finalement peu de gens accèdent: la liberté, le silence et la solitude... le libre-arbitre, l'indépendance de mes choix, l'autonomie, les conséquences directes de mes actes... 

Que me manque t'il une fois que j'ai dit ça?

Une présence féminine certainement, mes enfants sûrement...

Mais alors je redeviens fragile, soumis à l'obligation de les protéger, d'agir de manière moins instinctive, d'intégrer leurs besoins, leurs envies et leur développement

Dès lors, je ne suis plus libre de mes choix.

 

Mais revenons à la pluie et au vent... Ne pas être capable de maitriser la nature reste finalement un des derniers bastions où nous n'avons pas d'emprise et où nous n'avons pas besoin de nous tourmenter pour modifier l'ordre naturel des choses, encore que je suis persuadé que dans quelque laboratoire secret, des savants fous travaillent à la maitrise des éléments..

j'ai remarqué que nous sommes beaucoup plus sensibles au déchainement de la nature lorsque nous en sommes protégés. Je trouve le vent beaucoup plus violent lorsque je l'entends s'immiscer dans les étroitures du refuge plutôt que lorsque je l'ai en plaine face.

La pluie, plus forte lorsqu'elle claque contre les vitres et que je suis au sec plutôt que détrempé sous le déluge.

 

Quand on est dans la déferlante, on fait partie du tout, il n'est plus la peine de se poser de questions "should I stay or should I go". C'est comme ça, il faut faire avec et ce n'est finalement pas si terrible que ça.

Par analogie, je me rappelle mes premières leçons de conduite dans la jungle urbaine toulousaine. Piéton, de l'extérieur, ça me semblait complètement délirant de rentrer dans le circus. Incapable d'affronter le serpent. Pourtant, une fois au volant, quand on fait partie de l'ensemble, c'est finalement simple, on appartient au mouvement. Il suffit de s'accorder au rythme (y'a bien quelque vieil ariégeois ou camion de livraison qui bloque le move passage Saint Jérôme (je crois, j'ai un peu oublié Toulouse depuis mon passage à la fac)).

 

Bref, et si on sortait en ce milieu de matinée au lieu de raconter des brèves de comptoir, d'autant plus que la pluie s'est arrêtée.

Objectif du matin, balader autour du refuge sans sac à dos, histoire de se remettre de la journée de dingue d'hier et de cette sale nuit blanche. Cet aprèm, il sera temps de poursuivre l'itinéraire vers la mer. 

Deux jours, plus que deux jours et je me baigne dans l'océan...

J'ai repéré une cascade qui porte un nom à moins d'un km de là et qui dit cascade avec un nom, dit cascade remarquable à priori, mais pour savoir, faut voir, donc, go to...

Rejoindre le ravin au déversoir du lac et ses orgues basaltiques repérées hier soir.

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Le longer au mieux et on arrive à Beljandi.

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Un bon 30 mètres de haut quand même, j'aime bien et il est en plus possible d'atteindre le bas assez facilement.

Point de vue sur la Viðidalsa, gros torrent limide et affluent principal de la Jokulsa i Loni. Normalement je la reverrai ce soir à Mulaskali à leur confluence. Je pense que ça vaudrait le coup d'explorer davantage ses rives mais je n'aurai pas le temps cette année.

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Retour au refuge tranquilou bilou. Définitivement pas de rennes.

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Désormais je sais que je vais de refuge en refuge. Pas pressé pour un sou.

Ce soir, ça devrait encore être confort même si je pense que je vais être confronté en bas du trail à pas mal de monde. 

J'avoue que je commence à avoir un petit peu faim et une exploration un peu approfondie de la cambuse du refuge me permet de ressortir un lyophilisé patates/fayots qui me saute dans l'estomac.

Est il raisonnable de consommer des vivres alors que je suis en pleine forme et qu'un pauvre hère en galère pourrait un jour en avoir besoin? Voilà toujours le dilemme dans ces cas là. 

Ce qui me décide définitivement, c'est la date de péremption, mars 2009... plus de deux ans déjà... pas l'air de faire envie à beaucoup de monde. Si ce n'est pas moi qui le mange, le truc est définitivement perdu.

Ouverture... Surprise? ben non, ça sent les haricots et les patates. Ils sont forts ces fabricants quand même...

et ça en a même le goût... le goût des légumes verts, hmmm, que ça me manquait...

On ajoute une très grosse pincée de ce sel aromatisé aux herbes dont ils raffolent en Islande. Je "sacrifie" un peu de ma viande séchée et je fais mon meilleur repas du voyage.

A voir maintenant si les haricots ne vont pas retourner mon estomac fragilisé par ma mono nourriture de deux semaines.

 

C'est donc pas loin de midi que je quitte presque à regrêts mon refuge d'Egissfell, le meilleur, le plus appropprié que je n'ai jamais rencontré.

Pas de pluie, mais vent soutenu dans le dos (enfin un voyage sous le vent, ça change). alors que je pensais descendre vers Mulaskali d'une traite, il me faut d'abord monter sur un plateau très verdoyant.

Le chemin est balisé à partir de maintenant de piquets jaunes. Dernier regard sur le refuge.

Ciao, mon ami (je deviens animiste, je parle aux objets).

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Il fait de plus en plus beau.

L'Islande, après tant de jours difficiles, s'offre enfin à moi. La sensation est alors toujours démultipliée par rapport au simple plaisir que j'aurais si j'arrivais en bagnole... du genre, c'est beau, allez on s' cass'...

Non, pas là, j'en ai bavé chaque pas pour le découvrir, alors j'imprime chaque rocher dans mes rétines, tous les détails se gravent dans ma mémoire.

Encore une fois la magie opère. C'est au-delà du beau. Ca dépasse l'objectivité de la raison.

Peut être est ce sentiment qu'on nomme l'amour, tout simplement... la raison s'efface face aux sentiments. On perd le contrôle et putain... que c'est bon... 

Et puis au moins l'Islande n'est pas versatile, je sais cet amour éternel, malgré les coups de colère et les désaccords que l'on pourrait avoir. C'est tranquillisant de savoir cette complicité chevillée au corps à jamais, de ne jamais être transpercé du doute du jour d'après.

Le doute, je hais cet état auquel je suis trop souvent confronté. Pourtant, grâce à lui, on se remet souvent en questions, on évolue, on progresse, on améliore... Il rend moins con en fait.

Le risque du doute, s'il devient trop prégnant, c'est la peur, l'immobilisme, l'arrêt du mouvement.

Et si le mouvement s'arrête, c'est fini, le train passe et tu restes à quai.

 

 

Quelle journée, si courte, chaque pas nouveau, malgré la douleur à peine supportable que j'éprouve à cette cheville dans les descentes, m'ouvre de nouveaux spectacles.

Dans un premier temps, j'ai l'impression de dominer des fjords en plein coeur des montagnes.

En face le Vatnajökull tombe comme en cascade dans le ravin de la jokulsa.

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Heure du quatre heures...

Découverte d'un mélange savoureux, abricots secs noisettes... à recommander, avec des miettes de "prince" qu'il me reste... un régal...

Ca vaudrait presque le mélange entre une bonne orange et des "bastogne", découvert par hasard au col de Saint-Pons sous le brec d'Ilonse par une froide journée d'hiver il y'a déjà une éternité de ça, au siècle dernier. Je n'ai jamais trouvé depuis plus réconfortant que ce goût dans mes randonnées en montagne (problème sur des rando itinérantes, trimballer des oranges).

Il faut dire que la vue des premières montagnes oranges et bleues améliorent encore la saveur du mélange.

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Au débouché du plateau, juste avant de basculer dans le ravin de la Jokulsa, un panneau indique Trollakrokar.

Hors de question de louper ces falaises.

15 minutes de marche seulement, et paf le chien... ces immenses falaises de palagonite.

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Ils sont fous, ces géologues... des falaises de palagonite... pffff... des trolls oui, plutôt.
L'un d'entre eux garde d'ailleurs un oeil vigilant sur le ravin dont ils sont chargés de la garde jusqu'à la fin des temps.
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Puis c'est le début de la descente vers la Jokulsa, violente tout en bas.

Après quelques centaines de mètres, une intersectionpas prévue sur mes cartes (pfff, ces cartes du sud est).

A droite vers Leiðartungur, à gauche un nom à la consonnance italienne. D'après mon gps, j'avais calculé l'itinéraire de droite, donc acte, mais sans plus de convictions.

D'abord, de plateaux en plateaux... premiers moutons de l'année, la civilisation n'est plus très loin.

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Un beau glacier qui donne envie d'aller y trainer ses guêtres...

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Les montagnes colorées se rapprochent. Franchement j'y prends mon pied.

Peut être parce que je suis passé par des phases difficiles avant... Je susi surpris des commentaires mitigés des copains qui m'ont précédé dans ce secteur de Lonsoraefi.

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D'ailleurs, d'y repenser maintenant que j'écris mon article, il faut que je sache pourquoi...

2 sec, j'appelle Mika pour comprendre...

Intermède...

Salaud... Répond pas... j'avais oublié qu'il se la coulait douce sur les rives de Croatie avec les deux autres loustics de Carnets d'Aventures en kayak de mer.

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Plus je descends, plus j'ai du mal à imaginer le passage.

Bon, d'un autre côté, je me dis qu'ils sont pas cons, les gars qui tracent les chemins. Ils vont pas nous créer des cul-de-sac.

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De plus en plus beau...

Un dernier collet, en bas des arbres, mes premiers depuis le départ et au fond le refuge de Mulaskali.

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Et toujours personne de rencontré depuis Kverkfjöll... Mais ils sont où les gens?

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De plus en plus près de la Jokulsa, quand même moins impressionnante que les autres Jokulsa que je connais (Fjollum, Bru, Fljotsdal) mais qui se fraie un chemin extraordinaire entre les montagnes.

Quel ravin hallucinant.

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Montagnes déchirées, inaccessibles, antres des trolls et autres dragons.

Forêt bizarre aux arbres aussi tourmentés que les montagnes qui les dominent.

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Tapis de myrtilles... je n'aime pas particulièrement en dehors de la confiture et des tartes, mais dans un tel environnement, elles prennent un goût délicieux.

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Promis juré, je reviendrai ici pour une exploration en profondeur.

Clairement ça parait beaucoup plus compliqué que dans Fjallabak mais ces précipices vertigineux, ces sommets acérés aiguisent particulièrement mes envies d'exploration.

L'impression d'être dans un endroit totalement vierge, complètement dédié à la découverte.

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Sur les rives de la Jokulsa, je me demande comment je vais pouvoir franchir plusieurs verrous tombant dans la rivière.

Quelques confluences comme je les aime, ici avec la Lambatungnaa.

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Un peu de rêve... Storahnausgil...

Trop de douleurs pour s'aventurer... une prochaine fois, c'est sûr, c'est trop incroyable.

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Un passage un peu impressionnant au niveau d'un de ces verrous avec une descente sur le cul et une remontée où la présence d'une chaine pour aider au franchissement n'est pas inopportune. Ceux qui ont le vertige sur un escabeau ne passeront pas là.

Le cheminement reste évident grâce au balisage plus que bien fourni.

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Le chemin poursuit ensuite plus ou moins au bord de l'eau et arrive à une clôture, derrière laquelle se trouvent deux bâtiments.

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Je suis à Mulaskali, au saint des saints du lonsoraefi...

Quel endroit fabuleux... Et je n'ai toujours vu personne...

Ils doivent tous être à l'apéro dans le refuge.

Dessous la passerelle qui permet de franchir la Jokulsa que je devrai prendre demain matin.

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Ouvrir la clôture... marcher 50 mètres avec les moutons autour de moi.

Le refuge est là, devant moi, toujours personne.

La porte est verrouillée de l'extérieur donc il n'y a personne à l'intérieur.

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Une nouvelle fois seul.

Pour la première fois de ma vie, ma solitude me transperce.

Où sont ils tous?

Une angoisse démente m'étreint la gorge. Que s'est il passé pendant que j'étais dans le désert pour que tout le monde ait disparu?

Quand je suis parti de France il y'a maintenant deux semaines, les infos étaient alarmantes... Les Etats-unis annoncés en cessation de paiement, Sarko qui abrège ses vacances pour répondre à la crise grecque...

La crise économique... A t-elle engendré depuis 15 jours le crash tant redouté?

C'est vrai que je n'entends plus le moindre bruit d'avion depuis Kverkfjöll. Le monde a dû s'arrêter...

J'ai peur, j'ai peur pour mes enfants... Une guerre soudaine? une explosion atomique?

 

C'est débile, mais je n'arrive plus à contrôler ces pensées.

Je m'étais tellement préparé à voir du monde sur ces derniers jours que l'absence de mes semblables a complètement bouleversé mes sentiments.

Seuls les moutons silencieux me regardent de leur oeil atone.

 

Dans le brouillard de Geldingafell, ne me suis je pas trompé de chemin, pris un chemin parallèle me faisant basculer dans une dimension parallèle? il est impossible que je soie seul ici, je ne peux pas l'admettre.

La nouvelle de Stephen King, les Langoliers me revient en tête.

Un avion qui passe dans un orage change d'espace-temps. Il bascule dans le passé...

Le problème, pour que le présent existe, il faut gommer le passé, sinon il n'a pas sa place sur la feuille... Les Langoliers avec leurs machoires rongent le passé pour permettre au présent d'exister. Derrière eux le vide, la feuille vierge qui s'écrit...

 

Et si j'avais basculé aussi dans le passé... le présent arrive derrière moi comme un rouleau compresseur pour m'écraser. Je n'ai rien à faire là, je dois disparaitre, laisser ma place à la réalité présente. Je fais partie du passé...

 

De combien de temps je dispose avant d'être englouti par les Langoliers? 1 minute, plusieurs heures, jours???

Déjà, j'ai rongé mon capital quand j'étais ado... Il me manque une demi-journée de ma vie... Où j'ai vécu une expérience de sortie de mon corps... Je n'en ai aucun souvenir... Je me rappelle juste le moment où je suis sorti et le moment où je suis revenu.

Entre les deux, le grand vide... Que s'est il passé pendant ces quatre heures d'absence? Où suis je allé? qu'ai je vu?

 

L'année du bac, printemps 1990, match de rugby junior où le ballon est juste là pour la décoration, prétexte à une joyeuse empoignade entre abrutis boutonneux.

On a perdu sur le terrain, mais peu importe, on leur a bombé la tronche (surtout les copains, parce que moi je ne suis pas assez courageux pour me battre en bataille rangée)... Ils sont partis en courant dans le bus sans prendre le temps de se changer.

A la connerie, y'a pas à dire, on est les meilleurs, ça mérite une bonne troisième mi-temps sur-alcoolisée... Quelle fête, qu'est ce qu'on s'amuse... On est bourrés, on vomit à qui mieux mieux. On est capable de se battre entre nous, d'essayer de violer les filles qui nous accompagnent... On a la bénédiction des adultes qui nous encadrent. Tous les droits... Des hommes, nous sommes enfin des hommes, les stars du village. On appartient au cercle de ceux qui savent, de ceux qui ont gagné le respect à coups de boule sur les neuneux du village d'à côté, qui méritent à peine qu'on leur adresse la parole.

Des héros... des braves... la gloire est sur nous...

 

4 heures du mat, certains héros sont fatigués...

Pas possible de rentrer à la maison via la forêt de Montech dans cet état, surtout pas envie de me présenter la tête à l'envers devant l'autorité paternelle. Il est pas du village, alors il peut pas comprendre mon nouveau de super star. Et une star n'a pas à recevoir une leçon de morale de son géniteur, surtout avec la tête dans le cul.

Alors je dors chez Franck...

Réveil avec les cheveux qui poussent vers le bas... La mère de Franck est vraiment trop gentille, elle me propose de rester manger avec eux. J'accepte avec plaisir... Tout instant de gagné avant de me présenter devant le boss me permettra de trouver une bonne excuse pour expliquer mon découchage.

 

13h00, on passe à table, moi toujours aussi en forme...

Ca a l'air apétissant, tous se jettent sur la poêle piquer des morceaux de bidoche persillée.

A mon tour, le morceau dans l'assiette de purée... 

Hmmm, ça sent bon... une bouchée...

L'explosion dans le cerveau au moment exact où je croque dedans... des rognons de boeuf... le goût d'urine se propage dans mon corps...

Un mal de tête épouvantable... puis plus rien, le trou noir...

18h00, je ne sais pas comment ni pourquoi, je suis à la maison...

Mon père, furieux: t'étais où?

Impossible de répondre... je n'en sais rien...

20 ans que souvent je repense à cet après midi... Mais que s'est il donc passé? Il me manque quatre heures de tranche de vie.

Franck, je ne t'en avais jamais parlé. Si tu me lis, aide moi à éclairer ma lanterne... 

Quoi que, je ne suis pas sûr d'en avoir forcément envie. Pas trop pour le contenu qui doit être d'une banalité sans limites, mais pour conserver le mystère d'un évènement bizarre.

 

C'est peut être pourquoi je me sens décalé vis à vis de mon entourage, de mon environnement, souvent en train de me demander si j'appartiens à ce monde.

Il m'est impossible de me déterminer par rapport aux gens, d'appartenir à un groupe... Souvent je me suis dit que c'était juste un problème spatial... Je me demande finalement si ce n'est pas un problème temporel.

je suis décalé par rapport aux autres, alors nous nous marchons dessus dans le même espace vital à quelques instants d'écart. Comment est il possible alors de communiquer quand deux personnes sont sur le même terrain?

Comme j'ai un instant de retard, la présence de l'autre n'est pas encore effacée lorsque j'arrive sur le lieu.

Explication peut être de mon ochlophobie...

Confus? oui sans doute, j'en suis au début de mon raisonnement. Il faudra que je l'étoffe.

Que je réfléchisse aux avantages et inconvénients de vivre avec une poignée de secondes de retard sur le monde.

 

Le temps, le temps qui passe... Au fur et à mesure des années, je suis de plus sensible à ce concept.

Mon rêve, maîtriser mon temps, gérer mes heures comme bon me semble.

Notre société découpe notre journée en temps de travail, en rendez-vous, en horaires d'ouverture, en jours travaillés et non travaillés.

Avec une obligation de me coller au temps humain.

Je sais pourquoi finalement je ne suis pas fait pour mon travail actuel au delà des rapports hiérarchiques et des difficultés conjoncturelles... Je dois obéir aux cadences des plannings de l'usine.

Respecter des temps obligatoires imposés par mes feuilles de travail...

Mais moi, je veux papillonner, réfléchir dans un cadre large au-delà des obligations du moment, penser, penser et encore penser... Qu'on arrête de me les briser avec l'heure et les retards... Je veux faire les choses à mon rythme. La logique industrielle du profit et de la productivité ne m'effleure même pas et c'est plutôt embêtant quand on a la charge de gérer des équipes de production.

 

J'aimerais tant pouvoir me coller au temps universel, aux saisons.

Ralentir en hiver, courir en été... vivre sur les cycles de la nature.

Quand j'aurai réussi à faire abstraction à toutes ces contraintes temporelles, j'aurai gagné, je serai libre. J'aurai atteint le luxe ultime.

Le silence... le temps maîtrisé et non subi... la solitude choisie...

 

Voilà en définitive pourquoi je suis si épanoui quand je voyage en Islande à pied. Je suis alors en harmonie avec mes besoins primaires...

 

Je vous gave? 

 

Bon, le refuge... 

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Ma maison idéale. Pas de fioritures.

Une salle de vie,une mezzanine au-dessus pour coucher, plus deux dortoirs au fond...

Toujours l'angoisse de la solitude qui stagne dans l'air. Tout propre, bien rangé. Mais où sont ils donc? Même le gardien a disparu.

Le seul bruit est le tictac de l'horloge au dessus de la table... Encore une fois, le bruit du temps qui passe... Je en supporte pas. J'enlève les piles.

Une petite radio contre la fenêtre... Je l'allume... Elle émet, en islandais... j'écoute un moment, histoire d'être sûr que ce sont bien des êtres vivants qui parlent en direct et non une bande magnétique qui tourne sur elle-même.

J'ai toujours ce sentiment d'être le dernier humain vivant sur terre. Je suis inquiet pour mes enfants. Qu'est ce que je suis devenu fragile depuis qu'ils sont là. Ce sentiment d'impuissance à les protéger me ronge et me rongera jusqu'au dernier jour.

 

Un petit tour dehors à guetter le chemin en face pour voir si un copain va arriver. L'environnement du refuge est exceptionnel. La petite maison bleue vue en premier est un autre refuge, plus petit et presque aussi agréable que le principal.

Il existe également un local avec une douche commandée par un cumulus branché sur une bouteille de gaz.

Ca me dit bien mais je n'arrive pas à l'allumer, alors que suis à poil, conditionné pour un bon jet d'eau chaude.

Quelle frustration!!!

un peu de hauteur ensuite...

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Je pars pour une petite boucle vers la confluence de la Viðadalsa.P1080925 [Résolution de l'écran]

Le chemin dans les ravines très raides est plutôt impressionannant en à pic au-dessus de la rivière.

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La douleur à la chevilles dans ces graviers où il faut avoir le pied bien posé est trop vive pour me permettre de poursuivre le petit tour.

Demi-tour à regrets mais je ne peux vraiment plus marcher aujourd'hui. Il est temps que ça finisse. Ca devient vraiment trop dur.

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Je passe beaucoup de temps dehors tellement je suis sous le charme de cet endroit.

Un aperçu de la passerelle de demain puis je rentre manger.P1080933 [Résolution de l'écran]

Après le repas, je repense à cette douche manquée. J'y retourne parce que je veux pas lacher l'affaire. J'en ai trop envie.

J'ai pas bien lu les instruction tout à l'heure...

"push the button underneath"...

J'ai regardé under mais peut être pas underneath...

En effet, y'a un gros boutton tout bête sous le cumulus, le piezzo en fait et miracle, l'eau chaude jaillit.

 

Cette douche est la meilleure que j'ai jamais prise. Vraiment dur d'en sortir... Enfin je sens bon, le gel douche est même fourni.

Je sens le citron, tout propre et encore tout chaud quand je me glisse dans le duvet.

Cette fois, peut être parce que je n'ai pas allumé le chauffage et que la température est fraiche à l'intérieur, je m'endors comme une masse sous la berceuse du vent.

Publié dans islande

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turtles as pets 10/05/2014 14:31

Hi thanks for yet another nice and interesting post. I think you are quite going through a very depressive period.I genuinely feel the lost space that you have explored.Where do you get your inspiration for all this?

david 14/05/2014 14:41

no, hopefully, it remains many many places to explore in Iceland and I'm hiking to in south France and Corsica in hard but so beautiful mountains.
I find my inspiration just on google earth (with curious colors or shapes) and on the uncommon maps from highlands in Iceland.
I'm travelling first across my maps.

François 12/11/2011 17:40


Superbe récit David .... on attend la suite!.
Préviens-nous quand tu auras mis la fin.


bigfoot 13/11/2011 23:04



merci françois...


je n'y manquerai pas. dès que l'été indien se termine et que la pluie me cloue à l'intérieur, je me remets à l'ouvrage pour terminer les deux jours qui manquent.


je vous préviens dès que c'est fait...



Valérie 04/10/2011 19:00


Ça me rassure de savoir que je ne suis pas la seule à voir des trolls en Islande...
Intéressantes réflexions, j'attends la suite ;-)


bigfoot 12/11/2011 07:29



arghhh... j'arrive pas à finir mon récit.


trop d'idées que je ne suis pas capable en ce moment de mettre en forme par écrit...



Bolli 28/09/2011 21:31


Superbe intro, belle façon de penser et de poser les mots.
Et pour toutes ces contrées d'Islande explorées pour nous, merci!


bigfoot 12/11/2011 07:34



merci beaucoup pour ton commentaire.


surtout pour la façon de poser les mots.


j'en ai d'autant plus besoin que je suis en ce moment bloqué pour finir mon récit. je n'arrive pas à organiser le fil de mes pensées pour les mettre par écrit, ce qui est rarissime chez moi.