21/08: Eyjabakkajökull

Publié le par bigfoot

La goutte d'eau sur le front en guise de réveil... 

Immédiatement, je sais que la journée sera bonne et sous le signe de la mauvaise humeur.

Trempé, tout est trempé. Je déteste ça...

Mon sac une fois plié me semble peser deux kilos de plus que la normale tellement tout le matos est gorgé d'eau.

 

Heureusement ce soir, je dois dormir dans mon premier refuge à Geldingafell. Mais d'abord je dois passer le dernier morceau du tryptique glace: l'Eyjabakkajökull.

Moins long que le précédent, je pense qu'il ne me faudra que 5 heures pour le traverser.

J'ai juste à faire le bon choix pour y monter dessus.

Normalement, par le trail du lonsoraefi au Snaefell, on marche vraiment à l'extrémité du glacier. Pourtant, déjà, alors que je suis beaucoup plus haut, je vois une grosse rivière se former à la sortie de la moraine.

Ca me parait beaucoup plus simple de remonter tout de suite sur la glace pour éviter un passage à gué hasardeux au milieu des sables. Ma cheville n'est pas du tout d'accord à l'idée de marcher tout de suite sur la glace.

Elle et moi faisons donc un compromis. Marcher sur la moraine encore un petit moment jusqu'à ce que l'accès me paraisse délicat. Finalement pas plus agréable que sur la glace au milieu d'un environnement très rocheux et glissant, j'arrive très vite sur un piste provenant du Snaefell.

Peut être serait il préférable de reprendre cette piste pour soulager la cheville et cesser de marcher sur des terrains compliqués. Mais de la piste, je vois des cairns partir vers le glacier. Je ne pense pas qu'ils soient là par hasard. Doit y'avoir un truc...

 

En effet... une grotte de glace... un long tunnel d'une centaine de mètres... et même des panneaux d'interdiction d'y pénétrer.

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Pas de glace sur le sol, ça me parait stable et sûr... Une petite visite pour voir.

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Magnifiques parois qui me font penser à des écailles, l'impression d'être dans la gorge d'un serpent (oui, ok, y'a pas d'écailles dans le serpent...et je sais pas si on peut parler de gorge également).

A l'extrémité par où je suis rentré, alors que je suis dedans, il y'a un petit éboulement de terre depuis le dessus qui me stresse un peu. Je sors vite, monte sur le dôme au-dessus qui me permet de monter le glacier sans me mouiller les pieds ni patauger dans les sables.

Sans l'avoir fait exprès, me voici sur la glace.

Amusant ce tunnel de glace qui parait détaché du glacier.

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Bien que moins tourmentée que sur le Bruarjolkull, la surface n'en reste pas moins délicate pour cette cheville branlante.

N'empêche que j'évite la traversée d'un très gros torrent dessous.

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Plutôt que de redescendre vers le bas du glacier qui me semble en mauvais état, je préfère tirer tout de suite vers l'est pour le traverser jusque de l'autre côté. Une fois en bordure, je longerai la montagne jusqu'à trouver un point de sortie convenable.

De magnifiques vues sur le Snaefell qui enfin, après trois jours passe dans mon dos.

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Premières petites crevasses tranquilles facilement évitables qui relèvent un peu le décor.

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Sur le glacier, je me rappelle d'un commentaire d'olivier. Il avait vu un énorme trou au milieu. C'était en 2008. J'ai l'impression de deviner l'emplacement de ce fameux trou; une légère dépression circulaire subsiste et un gros tas de sédiments émerge dans le fond.

Autre point qui m'interpelle, le glacier est traversé de longs sillons, comme raclé par un engin de chantier.

Je me demande si ce n'est pas le signe d'une progression très rapide de la glace (mais je ne suis pas du tout spécialiste). D'ailleurs, chose qui fait penser à une transformation du glacier, les cartes... Elles ne ressemblent pas du tout à la réalité. Sur les cartes, il est beaucoup plus allongé qu'il ne l'est dans la réalité. Je pense que l'Eyjabakkajökull est en net recul, en train de disparaitre.

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En prenant l'option de rester haut sur le glacier, j'ai oublié un petit détail non négligeable.

L'eyjabakkajökull est une excroissance de l'énorme Vatnajökull. Comme souvent, ces lobes glissent entre deux montagnes où ils se resserrent avant de finir leur course tranquillement en pente douce.

Au niveau de l'étroitesse, il y'a généralement une rupture de pente qui marque la fin de la montagne. A ce niveau la poussée de la glace du Vatnajökull est énorme. La pression devient énorme, le front du glacier passant de plusieurs dizaines de km à moins de dix.

Et que se passe t'il quand il n'y a plus assez de place pour tout le monde? Ca se soulève... et il se forme alors de grosses crevasses.

C'est donc là que je me retrouve quand j'arrive de l'autre côté. Certes rien à voir avec le Skeiðararjökull mais bon, il faut réfléchir pour trouver le passage entre les crevasses.

C'est pas méchant, même si parfois le fil est ténu entre deux de ces bestioles.

Le spectacle est par contre beaucoup plus agréable.

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Comme l'objectif est maintenant de redescendre, il me suffit de longer dans le sens des crevasses vers le bas, contrairement à ce qui avait pu m'arriver sur le Mulajökull où je devais toutes les traverser.

Je sors du secteur assez rapidement et dès que la montagne s'abaisse un peu, je peux sortir très facilement sur la moraine côté est.

J'en ai fini avec la glace pour cette année... Ouf... Bon débarras... Ca m'a gavé cette fois... Aucun intérêt...

C'est comme le désert, on remplace juste le sable ou les blocs de lave par de la glace.

Au moins je pourrai dire que j'ai marché sur l'eau...

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La moraine de ce côté est totalement différente de celle l'opposite side (parler anglais pour éviter les répétitions, si c'est pas la glace (classe))...

Un kaleidoscope de couleurs (je pense toujours à Denise Fabre et garcimore à l'évocation de ce mot, souvenir de jeunesse de mes mercredis après-midi)... Bleu, orange... Les photos ne rendent pas grâce aux couleurs.

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Je me prends quand même une pelle terrible en sortant sur la moraine, il faut dire un peu volontaire tellement je suis content d'arriver sur la terre ferme... glissade plus ou moins maitrisée la tête en avant sur 3-4 mètres de sable. J'en rigole. mon côté terrien qui ressort. 

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Quand j'étais gamin, je n'aimais rien de plus que de me rouler dans la boue quand je jouais au foot et au rugby. Pourri de la tête aux pieds, que c'était bon...

Et bien, dites moi, grosse séquence nostalgie... Il manque San ku kaï, le goûter Galak et Tang et on est de retour dans les années 70...

Le bleu, l'orange, le blanc...

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En parlant goûter, je m'en fais un très gros sur cette moraine. Je trouve tout magnifique. L'euphorie me gagne maintenant que j'ai traversé le plus dur de mon voyage. Plus qu'à descendre vers la mer désormais, tranquille...

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Ahhh, si tu savais la suite, gars, tu aurais été un peu moins euphorique...

En attendant cette suite, je repars me doutant de rien vers l'est pour croiser le sentier du Lonsoraefi que j'imagine large et bien balisé.

Je n'utilise pas le gps, tellement je suis sûr de mon coup. Forcément je vais le trouver visuellement.

De plus je suis naturellement attiré par la descente et les marais bien verts sous le glacier.

Une dernière vue de la glace... Je suis satisfait de mon choix d'itinéraire très haut. J'ai évité les sables du bas. Je me demande d'ailleurs où sort réellement le sentier que je cherche du glacier.

En fait, je ne le saurai jamais. il n'existe pas de sentier, en tout cas suffisamment net pour que je le découvre.

Je suis de toute façon obnubilé par le besoin de marcher dans les marais, besoin de vert, d'oubli du sable et de la glace dans lesquels je progresse depuis maintenant plus de 100 km.P1080786 [Résolution de l'écran]

En fait, c'est une erreur, une fois le gps allumé, je me rends compte que le sentier reste sur les crêtes, au plus près du Vatnajökull.

Trop tard, le mal est fait, je suis allé trop loin pour faire demi-tour. Le mieux que je puisse faire est de revenir tout doucement en asymptote vers le sentier, en espérant ne pas être barré par un ravin d'ici que je le rejoigne.

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Alternance de pluie et d'éclaircies... le sentier doit être tout en haut, évitant toutes ces petites ravines si caractéristiques des terrains islandais.

Comme si je n'avais pas retenu la leçon de l'an dernier dans le Landmannalaugar... Les chemins sont sur les crêtes, pas au bord de l'eau. J'aime tellement marche rua bord des rivières que j'en oublie toujours ce précepte de base ici: en haut, toujours en haut pour se rendre la vie facile.

Il me faut alors remonter sur une succession de plateaux désertiques. Je commence vraiment à fatiguer en cette fin de journée. A vol d'oiseau, Geldingafell et son refuge sont à moins de 5 km. Avec les détours, il me faudra 2-3 heures pour le rejoindre.

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Continuer à monter pour éviter les ravins les plus profonds m'oblige à des détours qui me retardent. Mais par contre, récompense suprême, mes premiers rennes depuis que je voyage en islande.

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Beaucoup plus farouches que nos chamois du Mercantour, je n'arrive pas à les approcher à moins de 200 mètres. Une chance toutefois, je ramasse le bois d'un jeune renne. 

Nouveau contrôle gps... Toujours 5 km du refuge. En une heure, je ne m'en suis pas approché d'un iota.

je suis de nouveau au pied du glacier, au bord d'un torrent. Le soleil est en train de revenir. depuis un moment je me demande s'il y'aura du monde au refuge.

Je n'ai pas envie de parler ce soir. Le besoin de solitude est toujours prédominant.

L'endroit est chouette, ma cheville me fait de nouveau énormément souffrir, la volonté lache...

Je décide d'en rester là pour aujourd'hui. Demain je devrais forcer un peu plus. ce sera plus simple, hors glacier et en descente.

Dressage de la tente totalement détrempée.

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Il ne pleut plus. Je suis à la limite du beau temps. J'en profite pour faire sécher l'intégralité du matos sur les pierres autour du campement, duvet compris. D'aérer la tente jusqu'à ce qu'elle soit sèche.

Pendant ce temps là, je me fais enfin un repas en plein air et en profite pour un inventaire de ce qui me reste à manger pour mes quatre derniers jours...

Et ben... Ok pour le p'tit déj (lait en poudre + nesquick), un par jour... idem pour les lyophilisés du soir, un plat + un dessert (le luxe quoi)... mais pour le milieu de journée... c'est plus grave... 8 tranches de salami, 5 barres de chocolat au lait de 50g, un demi-paquet de pruneaux, un paquet d'abricots secs, un de cacahuètes et un de noisettes, plus un paquet de "prince"...

Je devrais pas prendre du poids sur ces derniers jours... Un calcul rapide... je vais tourner à peine à plus de 1200 kcal/j, soit la moitié des besoins journaliers pour un adulte sédentaire. Je vais revenir affuté, ça c'est sûr...

Mais bon, je suis habitué à perdre une dizaine de kilos à chacun de ces voyages. Ca ne m'inquiète pas outre mesure. La faim n'est jamais un problème qui me préoccupe dans ces circonstances.

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Au bout de deux heures sous le vent, ma tente est parfaitement sèche. il est l'heure de prendre mes quartiers de nuit et de tout rappatrier à l'intérieur.

Enfin une nuit de sérénité m'attend, sous le sec... ouf... la première depuis le début...

et puis qui dort dîne, parait il... il ne va donc pas falloir s'en priver.

Enorme nuit...

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Stephane 13/09/2011 19:42


Le glacier te gave ??!! tu s'assagis on dirait... mdr !
Toujours un régal à lire en tous cas !

Le tang !!!! le jus d'orange en poudre que je buvais au tout début des eighties (ça fait mieux en Anglais) ça n'avait pas de goût... c'était coloré, mais sans goût ! LOL !

La suiiiiiiite :D


bigfoot 27/09/2011 11:27



oui, mais si tu mettais du pshittt, ça avait le goût d'orangina