20/08: Bruarjökull (part 2)

Publié le par bigfoot

Je me réveille plutôt tard et finalement beaucoup plus en forme que mon état psychologique ne me le laissait espérer.

 

En parlant de psychologie, c'est le moment que j'appréhendais le plus avant mon voyage: sortir du duvet sur la glace.

Ca se passe plus que bien. Tant qu'il ne pleut pas, peu importe finalement la température à l'extrérieur et l'état du sol.

Petit déjeuner chaud... Pliage de la tente qui elle est complètement détrempée. La condensation a été particulièrement sévère sur une telle surface. J'ai quand même un peu ressenti le froid remonter cette nuit, mais franchement, qu'est ce que j'ai été bien.

La cheville est toujours évidemment très douloureuse. Tant que je ne ferai pas une vraie pause de plusieurs jours, elle ne pourra pas guérir. Il faudra donc faire avec jusqu'au bout du voyage (et même après... aujourd'hui 7 septembre, je ne peux toujours pas aller en montagne).

 

Bon, on va faire court pour cet article. Prenez la fin de la journée d'hier... Reprenez les mots, multipliez l'intensité de la mauvaise humeur et de la douleur par 2, comptez presque 10 heures de marche dans ces conditions avec l'incapacité à avancer vite à cause de cette toujours saloperie de cheville et vous avez le résumé de la journée.

Les photos...

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Le snaefell (très zoomé)

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Les bédières...

C'est le bruit au loin qui est le plus impressionnant, bien avant de les voir. Une appréhension certaine quand le volume sonore devient vraiment trop important.

J'ai dû en sauter quelques unes (3 ou 4) qui faisaient 1.5m de largeur.

Pas très larges donc, mais le saut parait durer une éternité, un peu comme avant le choc lorsqu'on se plante à vélo... Mais comment ça va finir?

Bien à chaque fois donc. Je me pose encore la question de savoir si on arrive à se récupérer si on tombe à la baille dans un de ces bidules lorsqu'ils font 50 cm de profondeur avec ce courant fou (j'avais vu une vidéo de hulot en hydro speed dedans, ça va vite...).

Les crampons ne doivent pas servir à grand chose et comme je suis trop tarte pour sortir le piolet au cas où, je pense qu'il doit se passer un long moment avant de pouvoir trouver la position adéquate pour se relever. Sachant que toutes tombent dans un moulin tôt ou tard, je n'ose penser aux conséquences de la gamelle.

Bref, à mon avis, dans les plus grosses du Bruarjökull, tu tombes, t'es mort...

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Plus que 10 bornes pour le Snaefell... pfff...

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Brrrr!!!

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Et donc pour terminer une vidéo récapitulative de la bonne grosse journée pourrie...

4 minutes de bonheur... Et ne vous plaignez pas... Moi ça a duré 10 heures aujourd'hui plus 6 heures la veille et vous avez pas encore vu la prochaine à venir...

Vous aurez sans doute remarquer un grand lac en dessous du glacier.
il fallait bien que cette quantité incroyable d'eau coulant sur la glace aboutisse quelque part.
Et bien, c'est ici que nait la Jokulsa à Bru.
Et le lac, c'est un lac artificiel... l'immonde, l'affreux, honteux, infect lac de Karahnjukar...
Ou le pire de l'homme... sa cupidité, sa malfaisance industrieuse...
Lac mis en eau en 2008... Je transmets des liens pour ne pas avoir à développer. et ils seront plus justes que mes commentaires de mémoire.
les pour: ah ben non, ils interdisent l'accès au site officiel...
en résumé très bref... l'agriculture ne peut se développer en Islande, seulement 2% des terres sont cultivables, la pêche est en perte de vitesse et en plus y'a un moratoire à la con qui les empêche de pêcher des baleines (comme si on nous interdisait à nous de gaver les oies, j'ai eu une longue discussion à ce sujet l'an dernier avec Björn, ils comprennent pas vu d'Islande)...
Avec la fin de la guerre froide, Les USA cessent de donner leur petit milliard de dollars annuel pour maintenir une base à Kefkavik.
Y'a que la bourse qui rapporte du fric (on est avant le crash).
Bon, donc faut trouver une solution pour rentrer de la thune dans le pays.
Ca tombe bien, le sous-sol islandais regorge d'aluminium.
Problème, il faut autre chose qu'une pile de 6 volts pour faire tourner les bacs d'électrolyse de l'usine.
Qu'à cela ne tienne, on a aussi l'énergie potentielle pour faire marcher le merdier: la flotte.
Suffit de la canaliser et de l'amener à l'usine.
Et puis ce qui est encore plus cool, c'est qu'il y'a personne à exproprier puisque le centre de l'ile est désert. C'est pas 3 canards qui vont nous emmerder.
Donc, on construit 5 barrages pour dévier le cours de toutes (ou presque) les rivières du nord est pour amener l'eau à Reyðarfjorður, fjord à 150 bornes de là.
Avantages super bien pour les islandais:
1/ ça permet de maintenir l'emploi dans l'est qui est en plein exode 
2/ on gagne beaucoup d'argent
3/ ça gêne pas les gens
1/ la main d'oeuvre est finalement quasiment étrangère
2/ c'est exploité par alcoa, boutique américaine... quelle rétribution touche le quidam islandais en dehors des "élites"?
3/ non, juste les canards et on noie des richesses géologiques extraordinaires.
Ils ont réussi à assécher la source chaude de Laugarfell, quasiment tarir la Jokulsa à Fljotsdal (l'incroyable cascade de Kirkjufoss n'existe plus dans sa démesure). A quoi ressemblent aujourd'hui les gorges d'Hafrahvammar?
Au mépris de l'opposition de l'intégralité du peuple islandais, les gouvernants mettent en route le projet...
Et oui, on sait que le peuple est débile... Il faut une élite pour diriger et décider ce qui est bon pour lui même s'il ne le sait ou ne le comprend pas.
N'oublions pas que ce sont ces mêmes gens qui ont amené l'Islande à la catastrophe financière de 2009. On sait donc depuis à quel point ils étaient visionnaires.
Alors oui, quelle solution alternative l'Islande avait elle pour amener des capitaux étrangers chez elle?
Alors oui, posséder des ressources minières et ne pas les exploiter...
Alors oui, je suis le premier à consommer de l'aluminium à gogo... si mon sac est si léger, c'est parce que mes bâtons sont en alu, mes piquets de tente. l'avion que je prends est en alliage d'aluminium.
Oui, je suis complice de cette consommation, de cette débauche industrielle.
oui, même au boulot, je fais des réaction de Friedel-Crafts avec du chlorure d'aluminium (oui, les chimistes, je fais de la chimie de grand-père, j'ai pas basculé au XXI siècle).
Mais ça me fait chier... Je suis triste quand je vois ça... sans doute égoïste parce qu'on a rogné mon terrain de jeu alors que si on avait construit ce barrage en Chine, je m'en serais lavé les mains.
Je reste toutefois admiratif du génie et de l'audace technologique pour construire un truc pareil.
Je me demande toutefois... Ont ils prévu quelque chose pour l'entretien des barrages dans le temps? Comment dans des régions soumises à un tel risque sismique et au sol si friable peuvent ils assurer à 100% la sécurité des installations?
Ont ils pensé à l'ensablement qui ne manquera pas d'ici quelques années de mettre quelques grains dans les rouages?
Je suis persuadé qu'ils n'ont pensé qu'au profit immédiat... après moi le déluge, un peu comme chez nous lors du choix du nucléaire lorsqu'on a décidé de construire en sachant pertinemment qu'on ne saurait pas gérer les déchets et les arrêts des centrales.
Pendant ce temps là, les décideurs se seront enrichis considérablement puis seront partis des jours heureux ailleurs.
Je suis triste, triste et dépité...
Au moins ces réflexions me permettent d'oublier combien j'ai mal à ma cheville.
Un nouveau truc aussi...
Lors de ma pause déjeuner salami, cacahuètes, je découvre un paquet de werther's original dont je ne me rappelais plus de l'achat à Myvatn il y'a si longtemps déjà.
Hop, un werther's au km, voilà un bon carburant pour avancer.
J'ai le ventre qui gargouille pas mal aussi. Je commence à souffrir un peu de la faim.
Nouvelle théorie: je reste persuadé que l'homme, à l'instar des animaux a été bâti par l'évolution pour pouvoir supporter de fortes périodes de jeûne.
La faim ne va pas l'empêcher de fonctionner normalement. Je crois même qu'il va tirer la quintessence de son énergie et de ses capacités dans cet état, plutôt que gras et fât comme nous sommes en train de le devenir de nos jours.
Je ne sais plus quel philosophe rappelait que pour la première fois de l'histoire de l'humanité, des civilisations cherchaient à maigrir, à perdre du poids, à manger moins.
Pour la première fois, le mal de nos civilisations est l'obésité... On bouffe trop...
Et l'autre moitié qui crève de faim...
Je suis en colère... Ca sert pas à grand chose (vaut mieux passer à l'action et s'engager dans de grandes causes plutot que de déblatérer sans fin) mais au moins sur mon glacier cette colère me fait marcher plus vite, oublier mes douleurs et chutes de moral.
Bordure du glacier enfin.
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Bien viser la sortie pour ne pas se mettre en galère entre les rivières qui partent d'un côté et de l'autre. Je dois viser la ligne de partage des eaux.
Avant de sortir, un dernier regard en arrière vers ces 50km de glace et d'enfer. Je m'en souviendrai.
Ciao définitivement à Kverkfjöll au loin.
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Sortie du glacier facile, pas de sables mouvants, en pente douce sans accroc.
Il pleut des cordes.
La moraine est très moche, très rocheuse.
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Les emplacements pour camper vont être chers.
En montant un peu, je trouve un petit lac sympa (s'il pleut pas) avec un peu de sable autour.
C'est mou, spongieux.
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Je dresse la tente alors qu'il tombe un déluge.
J'y rentre détrempé.
La tente l'était déjà de la veille sur la glace.
Tout est mouillé à l'intérieur avant que j'y pénètre. 
Je remets la couverture de survie dessous. j'essuie au max avec du pq.
Mon réchaud s'éteint pendant que je fais bouillir de l'eau. La bouteille de gaz gèle à cause du froid et de l'humidité.
Obligé de la réchauffer avec les mains, j'en chope l'onglet, le bonheur quoi...
Il pleut de plus en plus fort. Pourtant, je dors comme une souche.
C'est une goutte de la condensation qui me tombe sur le front qui me réveille au petit matin...
Le bonheur quoi...

Publié dans islande

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windows7supportnow.com 24/07/2014 12:29

Oh my goodness! I think we cannot find a better adventure than this. I doubt whether anyone would dare to go for a tour through the wild ice lands in this condition. We will be totally unaware of the dangers out there.

damswep 29/03/2013 21:41

Marrant sur google earth, dans la zone de karahnjukar, le lac n'est pas présent. On voit par contre le chantier monstrueux du barrage. L'image satellite est sensée être de 2013, bizarre..
Au passage, un énorme merci pour la mine d'informations et le plaisir pris à lire ce site. Je prépare actuellement 3 semaines au mois d'août, ce sera ma deuxième fois en Islande. ++

bigfoot 30/03/2013 10:35



salut, 


en effet, y'a un anachronisme sur GE. ça faisait un moment que je n'avais pas vérifié la zone sur GE. Jusqu'à l'année dernière tout le secteur de Karahnjukar était flouté. De mémoire les images
étaient datées de 2006. Je crois que ce sont les mêmes qui ont été remises en ligne. plutôt de mauvais goût de la part du cnes. ça peut être embêtant quand on fait confiance à GE pour tracer des
itinéraires...


je n'ai pas vérifié mais de même, ils ont flouté le secteur de l'éruption de l'Eyjafjallajökull en attendant sans doute des mises à jour... je croyais qu'il en était de même pour le barrage de
Karahnjukar... faut croire que non...


aie aie aie, je vois que tu es atteint par le virus... 



François 05/10/2011 01:40


David , il n'y a pas de minerai d'aluminium en Islande. La bauxite arrive par cargos d'Australie et peut-être d'Afrique. Les cargos repartent avec des profilés d'alu finis ou semi-finis vers
l'Europe et les U.S.
La seule richesse en Islande pour cette transformation, c'est son électricité la meilleure marché du monde qui plus est : free CO2 et free nucleaire mais comme tu le dis, pas forcément sans
conséquences sur la nature islandaise.


bigfoot 12/11/2011 07:28



c'est vrai... j'ai pas du être clair dans mon explication donc...


merci de la rectif...