19/08: Bruarjökull (part 1)

Publié le par bigfoot

Les trolls n'ont finalement pas trop fait de bruit et le réveil est non moins que tardif.

 

Objectif, atteindre le Bruarjokull et commencer la progression sur le glacier.

Je sais que c'est sans doute un des moments les plus difficiles du voyage qui m'attends. Il me faut trouver le passage qui permet de rejoindre le glacier.

Trop bas, la Krepa est beaucoup trop violente pour être franchissable à gué. Plus haut, il va falloir chercher entre ravins et montagnes.

Monter sur un glacier est rarement une sinécure. Je me suis moqué des rangers du refuge avec leurs histoires de sables mouvants mais je garde à l'esprit mes tentatives précédentes qui finissaient avec du sable jusqu'aux genoux. Une fois sur la glace, c'est simple alors. Y'a plus qu'à marcher.

 

En attendant de rejoindre l'animal qui est environ à une heure de marche à vol d'oiseau, je profite encore un peu de mon torrent d'eau chaude.

P1080606 [Résolution de l'écran]

P1080608 [Résolution de l'écran]

Première difficulté du jour, sortir du canyon. Remonter par le chemin de la descente me mettra sur la mauvaise rive et ne résoudra en rien le problème.

Il me semble que vers l'aval, il s'ouvre sur des pentes raides de gravier. Ce n'est pas trop le sens voulu mais je n'ai pas trop le choix.

P1080612 [Résolution de l'écran]

Au moins j'ai l'eau chaude pour le café (faut la chauffer un peu au réchaud).

P1080615 [Résolution de l'écran]

P1080616 [Résolution de l'écran]

Par là, ça le fait pas trop pour sortir, moi je dis...

P1080617 [Résolution de l'écran]

P1080618 [Résolution de l'écran]

Neige et eau chaude... L'Isalnde en résumé...

P1080620 [Résolution de l'écran]

Une trouée sur la bonne rive. C'est là qu'il faut sortir.

P1080622 [Résolution de l'écran]

Plus que très raide. Besoin des mains dans la partie la plus basse où je monte à quatre pattes. Les éboulis croulants ajoutant encore de la pénibilité à la montée. Enfin, aucune difficulté ni danger réel... Si je glisse, je descends sur le cul, rien de méchant, sauf peut être pour les fonds de pantalons qui n'y survivraient pas.

Ouf, le coeur au bord des lèvres en arrivant sur le plateau...

P1080624 [Résolution de l'écran]

Plutôt que de traverser directement vers l'est, je vais d'abord tenter de longer le rebord des falaises tellement ce ravin est saisissant.

P1080625 [Résolution de l'écran]

P1080628 [Résolution de l'écran]

P1080629 [Résolution de l'écran]

Malheureusement, ça devient vite compliqué et le cours s'incline dans la mauvaise direction. Je n'ai plus trop le temps de farfouiller des heures dans le coin. N'oublions que j'ai un avion à prendre dans une semaine...

Ahhh, le jour où je serai débarassé des contraintes horaires, je serai définitivement un homme libre...

Donc la traversée du grand plateau vers le glacier et quelle n'est pas ma surprise de tomber sur un nouveau ravin en travers de mon chemin alors que les courbes de niveau ne laissaient présager rien d'autre qu'une petite rivière à traverser.

A gauche, non, ça va pas le faire...

P1080632 [Résolution de l'écran]

A droite, ben... non plus...

P1080633 [Résolution de l'écran]

Je sais pertinemment que Dieter et Olivier étaient sortis très haut sur le glacier quasiment à la jonction avec Kverkfjöll.

J'ai d'ailleurs les coordonnées gps précises du chemin qu'ils ont utilisé mais j'avais envie de trouver mon chemin propre.

Je me rends compte qu'il est strictement impossible de rejoindre le Bruarjökull par un autre accès que le leur. Pour moi, venant de la terre ferme, c'est simple, il suffit de zigzaguer pour m'approcher petit à petit du glacier, mais eux, venant de dessus, s'ils n'avaient pas l'info, je n'ose même pas imaginer la galère pour s'en sortir.

Je sais par ailleurs leurs sentiments sur ce passage entre Bruarjökull et le refuge... l'enfer total...

 

Je finis donc par consulter mon gps pour prendre le point précis d'où ils sont sortis du glacier. 

3km à vol d'oiseau. Rien... Une petite heure de marche...

C'est un truc de dingue, entrelac de ravins, de culs de sac finissant sur des falaises.

Des demi-tours, volte-faces... Un vrai sentiment d'aventure, d'exploration, de recherche...

P1080635 [Résolution de l'écran]

P1080637 [Résolution de l'écran]

Si je n'avais pas su que le passage existait, est ce que j'aurais été assez obstiné pour le trouver, surtout avec le conseil des gardiens de Sigurðurskali?

Se rapprocher de Kverkfjöll, pas le choix, passer au-dessus du secteur des ravins. Comme je comprends maintenant pourquoi mes deux compères n'ont pas eu le coeur de descendre plus au nord. La logique consiste à longer au plus près le front du glacier au-dessus de l'enfer de ces failles.

Enfer magnifique, oui, mais enfer quand même...

 

La porte d'accès s'ouvre... Un petit ravin moins profond que les autres affluent du principal (photo du dessus) rempli de neige qui permet de descendre au fond de celui ci.

Du lit du torrent principal, il suffit alors de remonter son cours très peu accidenté. Quelques ponts de neige de ci de là agrémentent le parcours.

Contourner une dernière petite montagne vraiment au ras de Kverkfjöll.

P1080644 [Résolution de l'écran]

Un petit épaulement...

P1080647 [Résolution de l'écran]

Aie, une rupture de pente... Ah non, je veux pas être bloqué à 50 mètres du truc.

P1080648 [Résolution de l'écran]

Non, ça va, il semble y'avoir un accès simple dans la moraine. Il faut passer au-dessus du lac, je pense...

Plus que quelques mètres. Il est midi passé. J'ai mis plus de trois heures pour faire 5 km à vol d'oiseau.

P1080650 [Résolution de l'écran]

Une très longue et grosse pause à côté de ce rocher tout rond tout marrant.

Profiter des derniers instants sur terre avant de partir pour des heures et des heures de marche sur le glacier.

J'ai du mal à redémarrer, même si c'est avec plaisir que je vais marcher sur la glace. C'est la raison même de ce voyage: marcher plusieurs jours sur le Vatnajökull.

 

Finir de descendre au pied du monstre.

P1080651 [Résolution de l'écran]

Chausser les crampons, qui finalement sur une glace aussi rugueuse me servent plus à protéger mes chaussures de l'abrasion qu'à ne pas glisser.

Toute ressemblance avec le Siðujökull est fortuite...

P1080652 [Résolution de l'écran]

Je suis pris d'un drôle sentiment d'euphorie au début. C'est tellement simple de marcher sur une telle surface tout droit avec en point de mire le Snaefell.

Depuis 4 jours, j'étais sur un si petit périmètre que j'avais l'impression de ne pas avancer. Désormais je tire très fort vers l'est, j'ai l'illusion qu'on verrait ma progression sur une vue aérienne comme on regarderait avancer les aiguilles de la trotteuse d'une montre.

P1080658 [Résolution de l'écran]

Kverkfjöll est déjà loin derrière moi. Il y'a beaucoup, beaucoup d'eau qui coule en surface... 

Pas une crevasse, ni fantaisie charmante, juste de l'eau.

P1080664 [Résolution de l'écran]

Comme à chaque fois que j'ai marché sur un glacier, le ciel est dégagé au-dessus de moi alors qu'il semble pleuvoir tout autour. Je vois régulièrement des rideaux de pluie s'abattre tout au fond là-bas.

Le Snaefell est à 50km de moi. Je le vois pourtant à mes pieds, grossir à chaque pas... Ah!!! l'illusion des distances en Islande sur des zones aussi planes que les déserts ou les glaciers.

 

Le problème aujourd'hui est lié davantage à la texture de la glace en surface.

N'oublions pas qu'il a neigé ces derniers jours. Je ne suis pas inquiet en marchant dans la neige de passer à travers dans une crevasse. Il n'y en a pas mais c'est une véritable soupe. rapidement j'ai les pieds qui passent du statut d'humides à détrempés. 

P1080666 [Résolution de l'écran]

Autant le glacier n'est pas crevassé, autant je crois ce soir que mes pieds le seront davantage.

Autre phénomène lié, je pense mais pas sûr du tout, à cette neige fraiche: la texture de la glace. 

J'imagine que la neige est en train de glacer à la surface. Elle forme un espèce de granité extrêmement dur d'une dizaine de cm de hauteur. Je ne me rappelle pas que c'était aussi torturé sur les autres que j'ai pratiqués. 

Jamais je ne peux poser mes pieds parfaitement à plat... Jamais, jamais jamais en dehors des zones de glace noire que j'accueille toujours avec soulagement.

P1080671 [Résolution de l'écran]

Je les vise même, quitte à faire de petits détours sur ma ligne droite pour me soulager.

En effet, cette marche sur une telle surface réveille ma douleur à la cheville droite. Avec des chaussures basses comme Olivier l'a fait, je ne tiendrais pas plus d'une heure sans capituler.

D'ailleurs, avec des basses, l'entorse définitive, celle qui t'arrête complètement, doit survenir en moins d'un quart d'heure. 

Ajouter maintenant des bédières dont certaines sont d'un fort beau gabarit, mais jamais trop larges pour ne pas être enjambées sans trop d'efforts et de recherches du passage suffisament étroit pour le faire.

P1080668 [Résolution de l'écran]

En fin d'après midi, l'illusion de rapidité cède la place à la désillusion.

Le plaisir initial a laissé la place à la douleur de cette putain de cheville de merde...

Rien, rien n'est beau autour de moi.

Je suis dans le désert... basta... désert de glace et non de sable mais désert quand même.

Aucun signe de vie.

Je me fais chier d'une force. C'est nul. J'en ai plein le cul. Marcher droit, toujours droit vers ce putain de Snaefell qui veut pas grossir, toujours aussi loin comme un décor de cinéma posé à l'horizon.

Et savoir qu'il me reste 30 bornes pour sortir de cette purge ne renforce pas mon moral.

Mais comment j'ai pu avoir envie d'aller faire le con dans cet endroit pourri?

Herdubreið au fond? je m'en carre...

P1080674 [Résolution de l'écran]

Les arrêts photo ne sont qu'un prétexte à me sortir de la monotonie de cette marche.

Le moral a laché d'un coup. Et c'est dur.

Marcher, avancer, progresser, tout mètre parcouru aujourd'hui est un mètre de moins à faire demain.

C'est la seule motivation qui me pousse à avancer encore.

P1080680 [Résolution de l'écran]

Et cette conne de montagne de Kverkfjöll qui veut pas s'éloigner Oui, mon humeur et mon ressenti sont aussi changeants que le climat local.

Pfff, si c'est pas nul, ce truc comme paysage...

P1080682 [Résolution de l'écran]

Je n'arrive pas à basculer dans le mode "moral du désert".

Chaque pas m'arrache une grimace.

De temps en temps, le pied posé mal placé plie vers l'intérieur m'arrachant des bouffées de vapeur et des sueurs froides intolérables. 

Des larmes me montent aux yeux à ces moments là...

Putain que j'ai mal, que j'ai mal...

J'ai des anti-inflammatoires mais je les réserve pour les cas graves...

Pour moi, les cas graves: c'est les calculs rénaux... L'entorse de la cheville ne m'empêche pas d'avancer même si je déguste sévère. 

Serrer au maximum les lacets pour strapper la cheville au point de m'ouvrir de me lacérer les mains tellement je tire fort dessus. 

P1080683 [Résolution de l'écran]

15 bornes... Il m'en reste donc une grosse vingtaine encore.

Demain, je sens que je vais nager dans le bonheur...

Heureusement de temps en temps ces monticules de sédiments glacés pour occuper mon regard et me faire penser à autre chose que la douleur.

P1080685 [Résolution de l'écran]

Je m'en rappellerai du bruarjökull...

Enfin une pseudo-crevasse.

P1080687 [Résolution de l'écran]

Les bédières grossissent en fin de journée avec la chaleur de la journée.

Non, sur le glacier,le soleil n'est pas notre ami.

Plus de glace noire... Je vais finir par craquer sur ce terrain pourri que je ne supporte plus.

P1080691 [Résolution de l'écran]

Allez, trois bédières, traverser trois grosses bédières et stop pour aujourd'hui.

Faut vraiment se reposer et faire récupérer cette cheville.

J'étais venu pour affronter le dur, pousser mes limites morales et physiques.

Pour le coup, j'y suis... Et pas loin de la limite d'ailleurs.

1... 2... 3 bédières... stop...

P1080693 [Résolution de l'écran]

Même pas la force de sauter la troisième... les réceptions de l'autre côté sont trop douloureuses.

Bel endroit pour camper.

Il faut commencer par arraser la glace pour pouvoir poser la tente sans la déchirer en confettis.

L'arrimer avec des broches à glace dont le poids compense celui de mon bateau laissé à la maison cette année (doit être marrant le bateau dans les bédières... on doit vite être en bas).

Pour isoler un peu plus du froid, déployer une couverture de survie.

Voilà le résultat... c'est pas mal je trouve...

P1080694 [Résolution de l'écran]

Manger, récupérer... se remonter le moral... En tout cas, je serai en rupture de pastis avant d'être en rupture de glaçons. Le chien du voisin ne devrait pas trop me déranger non plus, ni les poubelles...

Dire que hier soir à cette heure je me baignais avec les trolls...

Soleil rasant de fin d'été.

P1080700 [Résolution de l'écran]

P1080703 [Résolution de l'écran]

Il commence à pleuvoir dès que le soleil se cache... Comme s'il y'avait pas assez d'eau courante sur le glacier. Ca va donner demain, je le sens...

Le bonheur est dans le pré... Je n'ai plus qu'à me baisser pour le cueillir... Coin de merde, va!!!

Glace, pluie, nuit... chaleur dans le duvet= envie de pisser...

Pfff... remettre les chaussures et marcher ne serait ce qu'un mètre, c'est éprouvant.

Je ne sais pas si c'est psychologique... Un gros stress des calculs me monte... Vertiges, nausées, sensation de douleur qui monte dans le bas du dos. A la limite de tomber dans les pommes...

Et je vous jure qu'une gamelle sur un sol pareil vous découpe en hachis parmentier.

Je titube jusqu'à la tente, me glisse dans le duvet et m'effondre dans un gros sommeil sans rêves...

 

Bonne nuit...

A demain...

Publié dans islande

Commenter cet article