18/08: tu vois la montagne? c'est quelque part par là...

Publié le par bigfoot

Pour l'explication de ce titre, voir plus loin dans le texte.

 

La nuit ne m'a pas porté conseil. Les doutes massaï encore.

3 options (+1):

- rester la journée à récupérer et à réfléchir encore, encore et toujours et me faire exploser le cerveau en plans foireux composés à la va-vite.

Car n'oublions pas la sagesse de Napoléon: il vaut mieux un mauvais plan bien exécuté qu'un bon complètement raté (ce que j'avais fait en 2007).

Pendant ce temps là, je repose ma cheville douloureuse.

J'avoue que ce plan a la faveur des pronostics.

 

- Partir de suite sur un plan b foireux en tentant le stop mais au moins je suis dans l'action.

 

- Et si je m'en tenais aux calculs initiaux en intégrant deux nouvelles options nommées plan a1 et a'1.

a1: tirer droit dans la montagne comme prévu

a'1: contourner la montagne par la piste

 

- obiwan kenobi 

 

 

Les italiens partent très tôt à l'assaut du glacieravec leur guide, ni plus ni moins bruyants que les allemands de la veille.

Je finis "la part de l'autre", ce qui me perturbe encore plus quant aux décisions du jour à prendre.

 

Au p'tit déj, je croise un groupe de tchèques. Surtout ne pas se mélanger... les italiens avec les italiens, les allemands avec les allemands, les tchèques aussi.

Comme au boulot pour le repas de fin d'année, chaque service ensemble à sa table au cas où on pourrait apprécier l'autre. Pour ma part (pas de l'autre), j'ai réglé le problème en n'y allant pas du tout (on trouve les solutions qu'on peut).

Et on parle d'intégration, de mondialisation, comment arriver à cette mixité, à cette compréhension de nos différences, de nos atouts propres? Mais là n'est pas le sujet. Bref, juste que c'est pas gagné...

Deux des nanas sont profs de français. Elles me posent quelques questions sur le glacier et les grottes de glace. A ma stupéfaction, je suis incapable de parler en français. Je ne trouve plus les mots pour dire "grottes de glace", tellement je parle d'ice caves depuis deux jours.

Moi qui me mets à raisonner en anglais, on aura tout vu.

Je n'arrive plus à parler français, pourtant Myvatn n'est qu'à 4 jours d'ici, là où j'ai discuté à voix haute en français la dernière fois.

Elles ont l'impression que je les méprise en cherchant des mots simples qu'elles pourraient comprendre et montent sur leurs grands chevaux. Cette situation me perturbe de plus en plus et  j'ai encore plus de difficultés à m'exprimer.

Je sais d'autant plus que mon accent du sud ouest et mon phrasé très rapide sont assez difficiles à comprendre et je fais de gros efforts de locution complémentaires.

Bon, le courant n'est pas passé, pas grave.

 

Je retourne voir mon Jürgen. Entre nous c'est une affaire qui roule, on arrive même à parler intégration des peuples, construction européenne mais en anglais. C'est beaucoup plus simple que le français. C'est à ne plus rien y comprendre.

Il me demande ce que j'ai décidé pour aujourd'hui... J'en suis au même stade que hier soir. On se dit au revoir au cas où je me barrerais d'ici qu'il rentre de sa visite vers le glacier.

 

Les gardiens du refuge sont partis aussi. Me voici tout seul dans le refuge désormais... J'ai laissé ma tente dehors toute grande ouverte pour sécher sous la brise matinale pendant que je me prépare un café réparateur.

Je rappelle ici la recette pour faire un bon café réparateur.

Prendre un kilo de café. Verser desssus un cuillère à café d'eau. Faites bouillir 20 minutes. Jeter une pièce dessus, si la pièce flotte, rajouter du café.

 

Arrive alors l'imprévisible... Non, non, non, n'allez pas croire que Kverkfjöll rentre en éruption ou que l'on vient de trouver la recette contre la faim dans le monde... Pas des trucs aussi simples...

Vraiment l'imprévisible... Une voiture avec un grand escogriffe dedans...

Va vers les tentes dont une semble lui appartenir visiblement mais s'arrête devant la mienne, regarde intrigué à l'intérieur puis autour de lui, regarde à nouveau à l'intérieur...

Toi, mon petit bonhomme, si tu as des intentions pacifiques, je les pose sur le billot que je me dis (en français, je sais pas dire billot en anglais).

 

Il finit par m'apercevoir qui l'observe de l'intérieur et me rejoint à l'intérieur en m'expliquant qu'il était inquiet de voir une tente ouverte avec le risque de pluie imminent et qu'il craignait un désastre.

Je lui accorde le bénéfice du doute.

Ahhhh... Martin... sans le savoir, c'est toi qui as réussi à enclencher le mouvement.

Nous discutons de nos périples islandais divers, toujours en anglais (il est suisse germanophone) alors que je découvre au bout d'une heure qu'il parle français aussi bien que moi mais qu'il aime pas parce que habitué à raisonner en allemand, anglais et islandais (il vit en Islande).

Je lui fais part de mes doutes.

Lui aujourd'hui a abandonné l'idée de monter à Kverkfjöll avec sa copine et ses potes. Il se le sent pas, donc il est rentré au refuge et va aller faire un tour vers Hvannalindir.

Il se trouve que mon plan a'1 passe au départ par cette piste jusqu'au point où je l'avais quittée pour rejoindre la vallée de la soif .

Spontanément, il me propose de m'avancer sur la piste et même un peu plus dans ma direction finale.

Je n'hésite pas. C'est le signe qu'il me fallait pour me relancer. Je me précipite pour boucler la tente et nous partons vers midi pour Hvannalindir pour lui et ailleurs pour moi.

Son problème, l'autonomie en essence, il en a juste assez pour rentrer à Myvatn. Il ne peut se permettre de m'amener au bout du chemin au risque de la panne sèche.

N'empêche, il me rend un service inestimable. 25-30 bornes plus loin, il me dépose devant une oasis après plusieurs km de détour pour m'avancer encore un peu plus dans la bonne direction. Il est dépité de me laisser là. Ce chemin fleure le bon truc génial. Il a envie de savoir ce qu'il y'a au bout.

Martin, si t'avais su le truc... t'aurais laissé la bagnole et tu serais venu avec moi... Je te jure que c'est un truc extraordinaire, unique qu'il y'a au bout...

 

Quelque chose de grand, dont je ne peux dévoiler l'emplacement précis. J'ai pactisé avec les trolls. Je ne peux donner le lieu et le nom qu'à ceux qui pourront me prouver leur amour unique et exclusif de l'Islande.

J'aime trop cet endroit pour le donner en pature à un trop grand nombre...

 

L'automne dernier, j'ai demandé à Roger où il trouvait tous les sanguins qu'il ramenait à tour de bras (chose qu'il a déjà eu du mal à m'avouer). 

il s'est tourné d'un geste ample vers le massif du Cheiron, a ouvert les bras entre Gréolières et le Mont Vial.

Tu vois la montagne? c'est quelque part par là... (avec un sérieux et un aplomb désarmants).

 

Vous voyez les montagnes en dessous de Kverkfjöll? c'est quelque part par là.

 

Pour y'aller, d'abord deux-trois oasis. Herdubreið au fond.

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A partir de cette oasis, point où Martin doit stopper, il reste 20 bornes de piste.

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Ce coup-ci, le désert est vraiment beau. D'abord un champ de lave sur le côté...

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Puis du sable et des montagnes qui semblent posées dessus, tout délicatement.

Un petit crochet vers cette rivière infranchissable qui va m'obliger à monter sur le Brùarjökull: la Kreppa.

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20 bornes, c'est long. Mais dans ces décors de far-west, je me régale.

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Pas grand chose de particulier sur la piste à raconter, c'est long. Je fais des coupes quand je peux comme par exemple à travers cette grande zone argileuse.

Et dire que j'ai hésité à venir ici. Plutôt deux fois qu'une oui...

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C'est long quand même... d'immenses dépressions (pas nerveuses) à traverser...

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Ce sable... ces montagnes...

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Et vu les toponymies du quartier, je pense qu'au bout je vais tomber sur quelque chose de grand. Enfin apparait le Bruarjökull sur ma gauche, vraiment pas loin. La Kreppa empêcherait toutefois de s'en approcher.

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L'entrée dans les premiers défilés des montagnes de Kverkfjöll: Kverkhnjuhkar

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J'ai rarement autant apprécié ces paysages désertiques. Et enfin un vrai soleil franc depuis le début du voyage.

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Fin d'après-midi, lumières rasantes...

On culmine au sublime... Je crois que c'est une des plus belles photos que j'aie jamais prises.

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La piste traverse cette plaine magique.

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Puis on arrive aux premières manifestations aquatiques.

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Je bois beaucoup à cette première rivière. 

De suite derrière il faut entamer une très forte montée sur les collines et c'est l'arrivée à un cul de sac en surplomb d'un canyon, celui que je cherchais.

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A la couleur de l'eau, aux algues et à la végétation presque exubérante pour un pareil endroit, j'ai compris que mes espoirs ne vont pas être déçus, que réellement je vais tomber exactement sur le coin de paradis espéré.

Ahhh!!! Olivier, Dieter... Vous veniez du sud, par l'est. pour traverser ce secteur aussi difficile, vous étiez obligés de longer le glacier en amont des ravins. Vous ne pouviez trouver cet endroit sans un crochet trop compliqué en dehors de votre itinéraire.

Ma chance... avoir rencontré un gars aussi sympa que Martin qui m'a permis d'orienter ma route plus au nord.

Après, c'est le hasard total qui m'amène là ou presque. J'avais quand même de nombreux soupçons de l'existence de ce spot.

Maintenant, c'est bien beau de voir d'en haut. Il faut réussir à descendre et à profiter de la place. Dommage qu'il soit si tard et que le fond soit à l'ombre.

Première partie dans les graviers pour atteindre un petit vallon affluent.

Puis j'ai un peu de mal à trouver un passage qui en fait se fait sur une petite arche naturelle... Ce lieu est dément...

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Facile quand on a trouvé le bon chemin.

L'instant fatidique, voir la température de l'eau.

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Gagnééééééééé!!!!! Elle est chaude, pas plus de 20°C certes mais quand il fait que 5°C dehors, elle parait bien bonne.

Je laisse le sac là. Je reviendrai planter la tente. Changer de pompes, se mettre en slip et remonter dans le lit de la rivière vers l'amont...

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Moins d'un km de progression au milieu de falaises hallucinantes. Combien de milliers de trolls dorment ici? Pourquoi se sont ils rassemblés ici?

Et j'arrive à un cul de sac...

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Ca fume... Les embruns de la cascade? la chaleur de l'eau?

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L'eau chaude, putain, l'eau chaude...

C'est géant, unique, plus grand plus fort que tout... plus dément que Vonarskarð encore l'an dernier.

 

Il fait si froid dehors... je suis en slip et je n'ai pris que le tee-shirt et la veste. Rien pour m'essuyer. Hors de question de faire des aller-retours pour aller chercher la serviette et des habits chauds.

Il faut y'aller, tout de suite... L'appel est trop fort, irrésistible. Il n'y a pas que des trolls, mais aussi la voix des elfes qui m'hypnotise.

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C'est trop violent, trop fort. Il est impossible de se glisser sous la fourche de gauche. Les remous soulèvent d'incroyables quantités de graviers et de pierres.

Je tiens juste à droite. C'est effrayant, c'est magique. Ca fait presque peur. C'est jouissif.

Le débit varie, je reçois tantôt des paquets de flotte sur la tête, tantôt j'ai l'impression que plus rien ne coule.

Quelle violence. Le plaisir n'a rien à voir avec les autres que j'ai pues découvrir par le passé. On ne reste pas des heures dans l'eau ici. C'est trop fort.

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Rentrer à poil sans s'être séché jusqu'au campement est une épreuve qui restera dans ma mémoire. Quand j'ai trop froid, je replonge dans l'eau. Sauf que l'eau se refroidit au fur et à mesure que je redescends.

Ca me permet malgré tout de pas trop me peler.

A signaler une belle gamelle cul nul sur les cailloux glissants.

Je veux bien mourir dans mes voyages en Islande, mais digne, bien habillé, pas les burnes à l'air.

 

Premier repas de la saison en dehors de la tente.

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Je me couche alors qu'il fait quasiment nuit.

L'endroit m'impressionne, me stresse. J'ai tout à coup peur de la nuit.

J'entends des voix, j'entends le débit de la rivière augmenter, j'entends tomber des pierres.

Les trolls sortent de leur gangue de pierre. Ils vont me tenir compagnie cette nuit.

 

Je suis obligé de sortir pour me convaincre que je suis en train de rêver.

Dis, gars... tu vas pas faire ta ta... hein?

 

 

 

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tatiana 07/09/2011 23:48


Excellent article! Je me suis bien marrée à la fin! Et bien, moi,jai dû braver la nuit tonkinoise,jai pas eu le choix, un grand moment de solitude avec ma lampe torche, je suis qd meme restée
éveillée de 1h à 3h du mat avant de me décider à faire le grand pas, ms pas dalterntive possible! Je te garantis que les chemins ds les villages de montagne sont bien sombres! les lampadaires, ça
sera au siècle prochain au mieux! je ne sais toujours pas comment jai fait o:)) en revanche les bruits sont magiques, un concerto inoubliable, tu te demandes quelle tête,ils ont les animaux pr
produire des sons pareils!


Valérie 06/09/2011 22:06


Dis, t'es sûr que c'est pas des sirènes qui t'ont appelé à l'eau ??? Elles aiment bien les mecs y parait... Alors quand en plus y se baignent à poil... C'est un coup à pas revenir ça !!!


bigfoot 07/09/2011 14:58



non, j'aime pas le poisson...