16/08: arrivée à Sigurðurskali

Publié le par bigfoot

Je m'étais pourtant promis de ne plus fréquenter d'endroits en Islande dont les noms sont écrits en caractères spéciaux. C'est à chaque fois une torture mentale et contorsionniste pour mes doigts pour réussir à faire monter ces lettres là sur mon clavier.

 

Ceci dit, c'est de nouveau une belle journée qui se profile à l'horizon. 

Y'a peu à marcher pour arriver au refuge de Kverkfjöll donc je vais prendre plus que mon temps.

Lecture toujours jusqu'à tard et ça me laisse le temps de mettre au point la démarche séquentielle du jour.

Toujours aussi simple... marcher toujours un peu plus plein sud en tirant un peu à droite... On finira bien par arriver quelque part sur la piste juste avant le refuge (déjà, je sens que ça aurait pas marché ce coup ci).

10 heures passés quand enfin je sors de la tente... Oh... surprise il fait super moche!!!

Autant hier encore malgré les nuages et la fraicheur, on avait encore un peu de vue sur les montagnes, ce matin y'a rien de rien...

 

Et c'est parti chercher bonheur ailleurs voir si l'herbe est plus verte...

Je promets ici solennellement que c'est la dernière année que je fous les pieds dans le désert.

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Pensez à me le rappeler au mois de mai l'an prochain au cas où c'est que (sic) je changerai d'avis après avoir planifié un beau voyage dans de grasses pelouses.

Toujours à sec de flotte (y'a des expressions vraiment tarées des fois), je marche dans le lit de la rivière.

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J'ai soif...

T'as qu'à sucer des cailloux...

si seulement je pouvais trouver une rivière, dedans y'a plein de cailloux...

 

Mais bon, la mienne, y'a que du sable. Y'a eu de l'eau fut un temps, c'est clair et y'a pas si longtemps que ça.

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S'ils croient qu'ils vont attirer du monde avec leurs attractions ici au syndicat d'initiative, ils se gourrent. Dès que je trouve le formulaire de satisfaction, j'émets mes plus vives protestations sur la qualité de l'accueil...

 

Et alors que je désespère de trouver de l'eau pour préparer mon nesquick du matin, la bonne surprise enfin... L'endroit où disparait la rivière (ou surgit dans mon sens en l'occurence)...

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Endroit très sympa, vraiment, une toute petite cascade au milieu de ces rochers, une minuscule gorge creusée. Tout autour des cavités ont été creusées.

J'en profite pour m'abriter histoire de rigoler dans une de ces balmes, même si je me mouille plus dedans que dehors à cause de l'eau qui ruisselle des plafonds.

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En prenant de l'eau, je frôle l'accident dans le petit ravin. En prenant appui avec mes mains contre les parois, je fais glisser un rocher d'au moins 50kg qui me serait tombé sur les pieds si je n'avais pas eu la vivacité de la mangouste et l'agilité du phacochère.

Deux conséquences toutefois non négligeables qui vont avoir une incidence capitale pour la suite.

J'ai sauté dans l'eau pour pas me faire écraser la jambe.

1/ A partir de cette minute, j'aurai les pieds mouillés jusqu'au dernier jour et faut quand même le faire, tomber dans la flotte alors que tu crèves de soif depuis deux jours dans la seule flaque à 100 bornes à la ronde.

2/ Un grand clac au niveau de la cheville droite, au même endroit exactement que l'an dernier quand j'étais tombé dans mon trou à Askja. Douleur très vive. Ca fleure bon l'entorse de merde.

 

Alors surgit dans mon esprit Petit Scarabée Rachel... "la douleur n'est qu'une information"

 

Alors go, de toute façon, personne ne marchera pour moi.

Par contre, je vais me hâter désormais de reprendre la piste pour éviter de trop marcher sur du meuble et tordu.

La douleur est largement supportable, même pour un aussi douillet que moi.

Un peu de poésie le temps de récupérer et on y va...

 

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Monter d'abord le petit escarpement d'où sourdait l'eau (quellen en allemand, un des rares mots que je connais)

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Je prends la première trouée à droite. Les courbes de niveau de la carte sont très espacées. Ca devrait passer easily.

Un dernier regard pas du tout nostalgique sur la vallée de la soif...

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... et un premier qui ne l'est pas plus sur le plateau de la soif...

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Un demi litre dans la bouteille pour faire 10 bornes, ça devrait aller quand même, surtout vu le remplissage de la bête lors de l'arrêt (je suis autre que ballonné).

Ca sent le bonheur, ce récit je trouve...

A gauche ou à droite de la montagne rouge qui n'est pas indiquée sur la carte? 

On va dire à droite...

Ben j'aurais dû prendre à gauche. Au choix, je redescends 100 mètres dans cette nouvelle vallée de la soif, soit je me tape mon premier beau perrier de l'année en traversée style dahut pour rejoindre un collet que j'aurais atteint en passant par la gauche.

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Ah oui, j'aurais pu faire demi-tour aussi... Euh... Non, franchement non... le Y trop prononcé pour faire demi-tour(la marche arrière à la rigueur mais là, j'ai pas de rétros).

Pente à plus de 45°, dans des éboulis bien croulants, bien abrasifs, bien top pour une cheville récalcitrante.

Il tombe des cordes en plus. Heureusement en Islande, la tenue du sol reste toujours la même quelle que soit la météo. 

Cette demi-heure de traversée qui fleure bon le plaisir de la monatgne ne me coûte que la paume d'une main. Ca va, je m'en sors à peu de frais.

Mais bon, ce ravin, comme la montagne n'était pas prévu sur la carte... J'aime pas du tout ces incertitudes et mauvaises surprises...

Ne boudons pas le plaisir de la première vue de l'année sur le Vatnajökull au fond et le contraste des montagnes.

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Le Dyngjujökull, c'est de lui que je serais arrivé si je n'avais pas changé mes plans à cause de la météo. Au moins j'aurais pas eu soif dessus. Est ce que je m'y serais éclaté? Je le saurai jamais, mais moins que là c'est pas possible.

La redescente vers la piste de Kverkfjöll est très simple. Je suis encore très bas par rapport aux hautes montagnes qui tombent du glacier.

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Que c'est blanc au fond. Je ne sais pas si je pourrai monter sur la glacier demain si la neige recouvre les crevasses.

Pour l'instant, l'objectif est de finir d'arriver à Sigurðurskali. Je récupère la piste juste avant le petit col qui fait basculer dans la vallée riante et verdoyante de la jokulsa.

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Les seules touches de vert sont la pelouse semée pour faire un terrain de camping confortable, ce qui est pour moi une très très mauvaise idée, surtout quand on a une tente aussi poreuse que la mienne.

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Y'a foule au refuge avec la présence du bus qui fait le tour Akureyri-Askja-Kverkfjöll.

C'est le dernier de la saison. A partir de demain, le calme doit reprendre ses droits.

La population locale n'est composée que d'allemands.

Le refuge est très agréable. La gardienne a cet accent chuintant islandais qui ne disparait pas lorsqu'elle parle anglais et qui me la rend difficilement compréhensible. J'imagine qu'avec mon accent du sud ouest, elle en a autant pour moi.

Elle est surprise de voir arriver un gars à pied. Ca semble assez rare d'autant plus que Kverkfjöll est un cul de sac. Si on veut repartir par un autre chemin, il faut monter sur le glacier, ce qui tombe bien puisque c'est mon objectif (mais n'en dévoilons point trop pour conserver une once de suspense).

D'ailleurs en parlant avec les rangers de cet objectif, ils me disent que ça va être super difficile de monter sur le glacier là où je le veux. Ils ne sont même pas sûrs que ce soit possible malgré le fait que je leur dise que j'en connais deux qui l'ont fait... Attention alors aux sables mouvants... 

Ah, je peux faire ranger moi aussi avec ce genre de conseils. Y'a toujours des sables sur les moraines aux abords des glaciers. M'ont vachement aidé pour le coup...

 

A propos des deux qui ont fait cette traversée, je repense à l'avion Olivier qui a fait en deux jours ce que j'ai fait en trois + les 13 km pour Dreki. Ok, je me suis pas fait violence mais quand même... Je savais qu'il faisait de grosses étapes mais c'est impressionnant maintenant que j'ai fait le même trajet approximatif que lui (ce sera encore plus impressionnant sur une des étapes à venir).

Et le second, j'ai la chance de rencontrer un des ses amis au milieu de la meute des allemands, bien tranquille à traiter ses photos du jour alors que les autres sifflent de la bibine.

Un ami de Dieter, THE BOSS de la randonnée au long cours en Islande.

Nous discutons une bonne partie de la soirée avant d'aller coucher sous une pluie battante en compagnie d'un autre couple dont le mari ressemble à Thierry (dit TH pour les intimes)

Bizarre, mais il a un look à ronfler comme une tronçonneuse...

En effet, alors qu'il tombe un déluge rare comme je n'en ai pas souvent vu en Islande, j'entends des ronflements qui me rappellent ma grand mère et le brâme du cerf.

Il fait froid (4°C), il pleut des hallebardes, la tente posée sur une pelouse de 30 cm, une absence totale de vent... toutes les conditions sont réunies pour une condensation maximale dans ce truc qu'on ose appeler une tente de qualité.

L'eau coule par les aérations, rentre par porosité par dessous, condense sur les parois... Et le bruit de l'autre qui souffre des végétations... La nuit de rêve...

 

Mais qu'est ce que je fous là... Mais qu'est ce que je fous là???

Ben, je lis...

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