1/12: refuge de Ciutullu - Evisa

Publié le par bigfoot

Nouvelle nuit avec les mêmes ennuis que la dernière, la grosse barre en moins, ce branleur n'ayant monté qu'une seule bouteille de whisky.
Je me demande si j'aurais pas été mieux sous la neige. Bon, peut-être pas quand même.

C'est décidé, formel, je reste pas en haut aujourd'hui. J'en ai marre de glander dans ce refuge. Je connais la vallée en dessous. Le souvenir en est frais, puisque j'étais là en mai au printemps dernier. Quand je pense que j'avais frisé l'insolation...
Je sais que le haut de la vallée n'est pas du tout rocheux. Aucun risque de s'embarrer ou de se paumer. Le brouillard ou une dégradation sévère du temps n'aura pas de conséquences sur ma sécurité.

Un bisou au fantôme. Je me couvre bien (trop même), je chausse les crampons histoire de dire que je les porte pas pour rien depuis le début, parce que franchement, dans 50 cm de poudreuse fraiche, y'a pas trop d'intérêt...

Et c'est parti.
P1030730 [Résolution de l'écran]La visibilité est variable. Les rafales du vent un peu moins violent que hier déchirent parfois les nuages. Par moment, on n'voit absolument queue dalle. Parfois, on devine jusqu'au col de Vergio, prochain way point de la journée.

David et ses guêtres neuves que je supporte pas (mais y'avait que cette couleur et je suis allé chez le marchand le dernier jour). Il faut que je les repeigne en noir. On dirait un tyrolien. Manque plus que le short en cuir.
P1030733 [Résolution de l'écran]La neige a été soufflée sur le versant est par le vent. Grosse accumulation en bas des pentes. Quel côté du Golo croyez vous que je vais suivre. Ben oui, l'est, des fois, un peu tête à claques quand même...
Pour la vue, hein, c'est pas trop le top en cette fin de matinée.
P1030734 [Résolution de l'écran]Regard en arrière Sur la Paglia Orba une dernière fois. Je sens que l'autre va bien se gaver demain en montant au sommet et que je vais me recevoir des sms un tantinet chambreurs.
P1030735 [Résolution de l'écran]J'ai peine à reconnaitre la rivière que j'avais tant aimée au printemps, même si là aussi c'est magnifique. Disons qu'on a moins envie de s'y baigner.
P1030742 [Résolution de l'écran]Vers 1500 mètres, le temps s'adoucit. Il cesse complètement de neiger et le vent diminue. J'ai abandonné l'idée plus haut de tenter le col de Guagnerola, que je ne connais pas du tout, dans ces conditions après avoir étudié les courbes de niveau de l'autre versant qui parait très raide.
Il faudra donc essayer de finir ce soir au gite d'Evisa pour se rapprocher enfin de la mer où je compte bien tremper mes fesses le dernier jour.
Cette partie là de la vallée est plus resserrée, plus accidentée. Avec le soleil qui commence à faire son apparition, je profite de magnifiques contrastes de lumière.
P1030745 [Résolution de l'écran]Les crampons aux pieds sont devenus une gêne plus qu'une aide maintenant que les rochers afflurent sous une fine pellicule de neige. Je manque plus d'une fois de me vautrer en accrochant ou glissant sur des pierres. Faut que j'ai (parlé des élites de chez moi) les genoux solides pour pas m'en déboiter un.
Et si tu les retirais, fégnasse? ben vi... donc je...
P1030746 [Résolution de l'écran]On approche de la passerelle de Radule. Ouf, bigfoot sauvé de la neige sans mettre le cul par terre.
C'est magnifique. Rien à ajouter.
J'adore le contraste avec les arbres morts. Ca donne toujours de superbes clichés.
P1030748 [Résolution de l'écran]Ca y'est sur la passerelle, un peu glissante...P1030750 [Résolution de l'écran]Descente à la cascade
Ah, cette cascade de Radule, toujours aussi belle. Dommage que ça glisse autant au point de vue, je ne peux pas descendre au plus bas ni m'approcher trop près du bord.
P1030751 [Résolution de l'écran]Retour à la passerelle pour traverser. Passage aux cabanes de Radule.
Heureusement que je suis pas descendu avant hier. La carte indique un abri ici. Tu parles. Les bergeries sont fermées à double tour. Il y'a juste un petit cabanon en parpaings sans porte et le pignon pas construit ouvert aux quatre vents. Intérieur dégueu. Heureusement que je suis resté au refuge et que j'ai transigé pour une fois avec mon envie de solitude.
Pour aller au col de Vergio, je reprends le mare a mare, juste après les cabanes. Mal exposé, le chemin est pas mal enneigé au départ sur la partie rocheuses et les chaines sont bien utiles pour passer sur les zones exposées. Alors que je suis sûr qu'en été, j'aurais fait le malin en me gaussant des tafioles qui se tiennent à ces équipements (je suis très prétentieux).
L'environnement change du tout au tout sous le col, ambiance très jurassique (oui, bon, je suis jamais allé dans le Jura en hiver, alors peut être que c'est pas du tout jurassique). Et puis d'abord, on dit jurassien à moins de s'attendre à tomber sur un raptor (Najib et Alex, je vous ai vus au coin de l'arbre (ben quoi, j'ai droit aux private jokes)).
P1030760 [Résolution de l'écran]Regard une dernière fois vers le Golo et les cascades de Radule. Avantage de l'hiver, on y voit à travers la forêt. Je crois que c'est bien le seul.
P1030759 [Résolution de l'écran]14h30. arrivée au col de Vergio. Comme à tout col vraiment important, le vent y'est plus fort qu'ailleurs. Brouillard. Il fait vraiment froid.
Le Chris Eleiasson doit d'ailleurs se dire la même chose. Mais qu'est ce que je fous là? Pourquoi chuis pas en train de me la couler douce à Porto?
P1030762 [Résolution de l'écran]14h30, il est trop tard maintenant pour descendre à Evisa par le mare a mare. Il y'a trop de neige encore à cette altitude pour pouvoir marcher vite et arriver avant la nuit.
Donc j'opte pour la route et son interminable descente dans la forêt d'Aïtone (environ 12km).
La course. Grosse transpiration malgré un air très froid. Là aussi, c'est symptomatique d'une crève qui me tend les bras. Mais bon, depuis que je dis que je vais être malade... Deviendrais je hypocondriaque? Ce qui est sûr, c'est que je ne suis pas valétudinaire avec tout ce que je fais subir à la bête (I'm very proud, j'ai réussi à caser mon mot de la semaine (j'ai beaucoup de mal à en assimiler de nouveaux)).
Peu de photos. faut que ça pulse. Juste quelques glaçons dans les arbres.
P1030763 [Résolution de l'écran]A 16h00, ça sent l'écurie, il me reste une grosse heure avant la nuit et l'arrivée à Evisa. Je quitte la route pour finir sur le dernier tronçon du mare a mare à travers les chataigners. Dommage, il est trop tard pour aller faire un saut aux piscines naturelles d'Aïtone.
C'est blindé de cochons ici. C'est rigolo. Juste un petit pour les enfants.
P1030769 [Résolution de l'écran]Ca y'est, la perturbation est passée. Retour du soleil. Je pense que ça vaut le coup de prendre le GR pour ballader dans la partie supérieure de la vallée. Mais bon, pas de regrets, j'avais pas le temps. Et comme je suis pas dans une démarche plantage de tente ce soir mais plus dans celle de prendre une bonne douche au gite, je ne veux pas glander ici.
P1030765 [Résolution de l'écran]Evisa, Evisa, Evisa (célèbre chanson de Gainsbourg (je vous ai dit, tous les calembours idiots, je les ferai)).
Je me rappelle d'un village très bruyant en été, un peu la succursale d'Ajaccio, un endroit où il est difficile de trouver à se loger because l'affluence touristique importante. Bref, un endroit comme je les aime (mais avec beaucoup de chantilly).

16h45: le silence absolu. Même les troquets sont fermés. Même pas une mobylette.
Ca y'est? l'épidémie de grippe A a terrassé tout le monde pendant que j'étais là haut?
Ah si, un groupe de pintades qui saute d'un pied sur l'autre pour se réchauffer en fumant le clopiot.
Siou plait? Le gite est ouvert?
Ah ben non, il est fermé et tous les hotels aussi, qu'elles caquettent en se fendant le poire, z'allez devoir dormir dehors.
Qu'est ce que ça fait du bruit une pintade quand ça rigole.

Bon, y'en a une qui est moins con que les autres. Par contre, le gite de Marignana est ouvert, qu'elle dit.
Ah... elle mérite un bisou. Parce que c'est vrai que cette nuit à venir s'annonce gélive. Encore que dormir dehors ne pose en soi pas vraiment de problèmes, mais je n'aime pas dormir à proximité des habitations. Y'a toujours un clebs pour venir te gonfler ou le propriétaire du terrain, qui avait oublié que la parcelle lui appartenait depuis 20 ans, se rappelle justement ce soir là qu'il a enterré une bouteille de gnole à l'emplacement de ta tente et te fait dégager à coup de pompes dans le cul (au minimum).
Donc, j'irai au gite. Mais pffff, encore 5 km de route et en plus dans le noir, c'est pas cool.

Mais non, mon bon monsieur, à 17h30, il passe le bus de ramassage scolaire. Faites lui signe, il vous déposera au gite. Il passe devant.
Tu sais qu'elle a oublié d'être con, la nana. Une belle épine du pied, elle m'enlève, à défaut de me guérir de ma DS (Tatiana, je rigole......).

17h30, le bus. Au milieu des gamins de cp déchainés (il est déchainé, hihihi (Obélix dans "Astérix chez les goths")), le choc est brutal. Ca me manquait, ce charivari, tiens.
Heureusement que ça dure que 10 minutes.
Coïncidence amusante: le chauffeur me demande d'où je viens. quand je lui dis que j'étais à Ciutullu, il me demande si j'ai pas croisé un type de petite taille qu'il a monté dans son bus trois jours auparavant.
Evidemment, il s'agit de mon colocataire de Ciutullu. Je sais pas trop ce que je dois répondre, vu la méfiance légendaire des types d'ici. Je finis par dire que oui... et puis merde avec leurs délire paranos.

Le gite. Tout seul rien que pour moi. Accueil pour changer assez limite. Heureusement que j'ai une frontale pour réussir à trouver le chemin qui mène à la porte du gite derrière le batiment au milieu d'un bordel commensurable mais pas trop.
Le gite, aussi crade, qu'il est immense, c'est peu dire... A la limite, Galghello était plus propre, compte tenu de son inoccupation.
Je vais dormir dans le duvet, hors de question que je me glisse sous une couette de chez eux.
Après l'installation, je retourne au bar. Deux tables occupées: un groupe de types qui refont le monde et un groupe de nanas qui jouent au rami.
Ici aussi, ça fume sévère dans l'enceinte à l'intérieur (l'optione dans "la zizanie").
Le gérant: vous, vous ressemblez à un gendarme que je connais.
Oh merde, commencent à me gonfler grave avec cette lubie. Bon, on discute un peu. Il est un peu plus sympa que les autres que j'ai pu croisés, juste pour dire et réussir à établir une échelle de valeur.
Il me propose aussi le couvert. Ma foi, pourquoi pas, j'en ai marre de manger de la charcuterie et du fromage depuis deux jours.
Menu. Charcuterie, fromage...
Pffff... ils font vraiment pas dans l'originalité.
Ah oui, il y'a une daube entre la charcuterie et le fromage. Originalité, définitivement...

Autre point marquant: la télé, rien que la télé ici. Sont tous hypnotisés devant les programmes les plus débiles qui soient. Pour moi qui ne l'allume quasiment plus, le choc des programmes avant le 20 heures est brutal. A la limite de la perte de connaissance.
En fin de repas, une des joueuses de rami vient discuter avec moi. Euh, elle me ferait pas un peu de gringue des fois? Chuis plutôt niais en ces occasions et généralement, je ne m'en rends pas compte. Donc, pour que je le remarque, c'est qu'elle doit y'aller franco.
Bon, en Corse, ils ont Laetitia Casta, mais pas que, aussi on peut vraiment pas dire que cette passe d'armes m'émoustille particulièrement. C'est même plutôt incommodant. A la télé, ils sont passés sur un jeu que je connaissais pas: "incroyables talents".
Voilà les élites de notre nation, ceux qui vont nous sortir de la torpeur et de la morosité ambiante de par leurs talents et leur enthousiasme.
Premier concurrent: l'imitateur du cri de cochon.

Pitié, achevez le, stoppez le massacre.

Pitié, bonne nuit à tout le monde. J'en ai assez vu pour ce soir.

ciutullu evisa (Copier)

Publié dans corse

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