09/09: Hof, c'est off (facile l'islandais)

Publié le par bigfoot

Du Hofsjökull, descend la Hofsa qui finit à Hof.

 

J'ai pas pris un coup de chevrotine du paysan du coin et je descends tranquillou jusqu'au village de Hof.

Foutage de gueule météorologique qui m'envoie son plus grand sourire maintenant que j'en ai plus rien à cirer qu'il fasse beau. Je vois le glacier scintillant tout au loin là haut à plus de 1000 mètres.

Longue ligne droite monotone et interminable.

Ce "village" de Hof est très intéressant. Une chapelle en bois avec un cimetière à la pelouse impeccablement entretenue, une maison d'habitation, une ferme et une étable... Et puis c'est tout.

Tous les bâtiments sont pimpants, fraîchement repeints d'un blanc éclatant. Ca respire la propreté à travers les murs. Les toits sont tous bleus.

Ils ont poussé la coquetterie à n'avoir dans leur parc automobile que des voitures bleues. C'est vraiment marrant. Ils n'ont pas été jusqu'à peindre leurs moutons en bleu quand même.

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Encore plus marrant, d'ici je vois deux autres groupements de maisons aux extrémités de la vallée... L'un d'eux a tous ses toits peints en rouge, l'autre en vert. Je trouve cette idée plutôt extra. Ceux là n'ont pas poussé le vice jusqu'à avoir leurs voitures assorties à leur toit.

 

Comme toujours en fin d'exercice, j'ai la tête vide en m'approchant de l'arrivée. Et maintenant??? Tu fais quoi?

C'est surtout le sentiment d'échec qui domine. Je n'ai pas ce sentiment de plénitude habituel. Je n'ai pas réussi mon tour entier. Finalement, pour faire simple à xhaque écueil je me suis planté et je n'ai réussi à avancer qu'au fond des vallées sur des sentiers balisés. Pas mal de désillusions cette année.

Le millésime n'est pas terrible. Jamais je n'ai vibré (hormis sous mon dike noir peut-être) comme par le passé. Je n'ai jamais eu la journée où j'ai pu me dire face aux émotions du moment "c'est bon, mon voyage est réussi, peu importe ce qu'il va se passer ensuite, je pourrais rentrer en France maintenant sans regrets".

 

Heureusement, je n'en suis qu'à la moitié. Je change de secteur avec une grosse sortie exploratoire à Þorsmörk. En espérant que là j'éprouverais de meilleures sensations.

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Enfin, après encore quatre km de longue ligne droite après le village, j'arrive à la n°1.

Hof, c'est off... pffffiouuuu... On n'en parle plus, basta,on passe à autre chose.

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Il fait frais, un petit peu de vent mais le temps est parfaitement correct pour faire du stop et rentrer dans le sud-ouest à Hvolsvöllur.

10 heures du mat... En 2011, il m'avait fallu attendre fin août près d'un quart d'heure pour voir la première bagnole passer. 

Donc mi-septembre je n'ai pas à avoir trop d'illusions sur la quantité de trafic dans mon sens. Au pire, en milieu d'après-midi, il y'aura le bus.

Le stop ne dure pas longtemps (trop longtemps), à peine un peu plus d'une heure où il ne sera pas passé plus de cinq voiture quand s'arrête un minibus rouge qui rentre sur Reykjavik.

Et hop...

8 places, 3 de dispo, c'est un bus de l'association des seeds, organisation de jeunes volontaires travailleurs en Islande.

Deux types, Pablo et Luca (espagnol et italien) qui sont responsables du groupe et trois nanas (américaine, espagnole et japonaise) qui font le tour de l'île après la fin de leur mission à Reykjavik.

Multi-culturel, brassage des gens... A chaque fois que je rencntre des jeunes participant à ces organisations, je ne peux m'empêcher à ma jeunesse. A ma timidité par rapport à l'extérieur et à me contenter d'un univers limité dans mon petit sud-ouest natal. a me contenter de ramasser des prunes et des melons l'été alors que la vraie jeunesse partait à l'aventure sans le sou dans tous les recoins du monde.

Je n'ai pas été aidé à partir à ce moment là. Conservé dans le cocon familial.

 

Je ne veux pas ça pour mes enfants. Il faut qu'ils se barrent le plus tôt possible, n'importe où, pour faire n'importe quoi mais il faut que les jeunes voient l'extérieur, une autre vision du monde que celle qu'ils vivent depuis leur naissance.

Qu'ils partent en Erasmus faire leurs études. Et de préférence dans le nord. Ici, s'ils loupent leurs études, ils ne perdront pas leur temps dans les boîtes de nuit le samedi soir, beaucoup plus marrantes qu'en France .

 

La route 1 est plate (sauf pour les cyclistes) hormis juste avant d'arriver à Höfn où elle doit franchir un col, là où la montagne plonge dans l'océan. En fait, on passe désormais dans un tunnel d'un km de long.

A la sortie, la météo bascule complètement, passant d'un radieux soleil d'où je viens à une mer de nuages couvrant toute la côte vers Jokulsarlon. Cette cassure est très très spectaculaire.

Il nous faut quand même plus d'une heure trente pour rejoindre mon point de départ la semaine dernière.

De la route sur le pont de la Jokulsa i Loni où j'avais fini en 2011, je vois une dernière fois Sauðhamarstindur dominant tout le secteur. C'est vrai que depuis mon promontoire de cauchemar où j'avais dormi, je voyais le lumières de la côte.

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On fait un long stop à Jokulsarlon où une fille nous accoste. Elle cherche une place pour Skaftafell. Ben voilà, y'avait qu'à demander.

 

Skaftafell... Entre temps l'américaine et la nouvelle (allemande) discutent comme si elles se connaissaient depuis la maternelle. C'est incroyable cette facilité à se lier qu'ont certaines personnes. Je n'ai pas cette corde à mon arc. Par contre elles me font naître une grosse migraine et un énorme sentimentde claustrophobie. J'ai déjà envie de repartir dans le wild.

Je récupère mon colis de bouffe expédié la semaine dernière au visitor center où j'ai quelques problèmes avec le type. En fait ils me font payer pour récupérer un colis que j'ai déjà payé à l'expédition. Ce que j'ai beaucoup de mal à comprendre même si la somme est dérisoire (300 krs) d'où la petite prise de tête avec le gus (qui ma foi n'est pour rien).

On repart avec toujours notre allemande à bord. J'ai pas dû tout comprendre tout à l'heure. Quand on quitte le parking, elle demande où on est. A skaftafell... Ah bon??? Pfffff, ça j'arrive pas à tolérer par rapport à ma grille de lecture. Se faire trimballer comme un mouton sans savoir où on est. Je peux pas comprendre... Un peu comme suivre un gps sans regarder les panneaux et se fier à la machine. 

Je déteste cette paresse intellectuelle, cette soumission aux autres (homme ou machine).

 

Bref... Pause à Vik sur la grande plage de sable noir ensuite (ça faisait longtemps pour moi) et à la sortie du village, on récupère deux auto-stoppeuses asiatiques.

Sous la pluie et le vent, elles sont en short et n'ont pas l'air frigorifiées. C'est solide l'asiatique, que je me dis...

Elles parlent pas anglais mais français (et même très bien) et c'est moi qui me retrouve à faire l'interprète, un comble pour un type qui grince autant dans la maitrise des langues étrangères (à part l'allemand bien sûr mai sj'ai mon prof particulier à la maison).

 

Et là c'est le drame, l'accident diplomatique qui demande presque l'intervention de nos ambassades respectives.

Je me dois là de sortir mon casque à pointe donc comme évoqué dans un des articles précédents. 

Ce soir, je mange chez Björn à Hvolsvöllur et il m'a promis de me faire goûter de la baleine grillée au barbeuc. Après une semaine de lyo et de cacahuètes, j'en ai la salive qui coule. L'an dernier j'avais goûté le Hakarl, j'espère que ce sera un poil moins gouteux (le goût d'ammoniaque du hakarl est assez démoniaque).

Björn se présente en rigolant comme un terroriste écologique, ce qui ne me pose pas de problème puisque ma famille gave des oies depuis des générations. 

Il est des coutumes séculaires jugées monstrueuses et infâmes vues de l'extérieur. La pêche à la baleine en Islande en est une. Racontée par les insulaires, elle ne me parait pas aussi destructrice que je peux l'entendre ici en France.

Je ne connais pas les chiffres, je ne suis pas juge. En fait je n'ai strictement aucune opinion sur le sujet. Mais sachant qu'il s'agit d'une pêche quasi artisanale et qu'il s'agit d'une consommation locale, je ne crois pas que les prélèvements effectués mettent en danger l'espèce.

Pourquoi on pourrait bouffer des vaches et pas des baleines? C'est pareil non? Un gros ruminant des mers qui bouffe du plancton au lieu d'herbe...

 

Bref... Et moi à mes deux japonaises de leur dire que ce soir je vais becter un truc qu'on mange qu'ici et dans leur pays.

Sauf que là, je vois dans leur regard qu'elles captent rien à mon galimatias. Baleine, elles comprennent pas le mot. Après description grotesque de l'animal, elles me répondent qu'il n'y a pas d'animal comme ça à manger chez elles.

Bon, on va en rester là... Un peu plus tard, je leur demande où elles habitent...

Une dans une petite ville négligeable de 10 millions d'habitants à côté de Pékin dont j'ai oublié le nom et l'autre vient de Shangaï.

Ahah... Ben oui, le Japon quoi... Juste l'annexe d'à côté en face... Bah, c'était un protectorat dans les années 30. Je me sens con, mais con et plus encore.

Je suis resté figé dans mon image franco-française que seuls les japonais parmi les asiatiques avaient assez de thunes et de liberté pour voyager dans le monde. Que les autres restaient dans leur pays à planter du riz et faire des imitations minables de nos beaux fleurons de l'industrie et de la confection.

A partir de là, je ferme ma gueule d'idiot... J'ai trop honte de mon étroitesse d'esprit et de mes préjugés pseudo-coloniaux des années 50 qui prévalent encore dans mon cerveau... Abruti, va!!! Retourne nager avec les baleines...

 

Skogar, on est à la bourre, on s'arrête pas... Seljalandfoss, on tourne pour, merde!!! mais non, on s'arrête pas et on va un poil plus loin se garer sur le camping de la cascade.

Je comprends pas pourquoi on s'arrête ici. Et bien c'est une énorme surprise... Je ne savais pas qu'il y'avait un truc ici.

Gljufrafoss... la cascade du ravin... Comment j'ai pu passer à côté de cette place à chaque fois?

J'ai laissé mon appareil dans le minibus, donc pas de photo mais cette cascade est dans un site d'exception, dans une mini-gorge tellement étroite qu'on touche les deux murs en écartant les bras. Une lumière particulière, des embruns et une humidité incroyables. 

C'est simple, elle rentre dans mon top 5 de mes cascades préférées. Bien mieux que Seljalandfoss.

Ce site est géant.

 

Un quart d'heure plus tard nous sommes à Hvolsvöllur. Pablo et Luca n'ont pas compris que je voulais m'arrêter là. Je m'applique à parler avec la prononciation islandaise. J'ai alors l'air vachement savant mais devant un islandais, l'illusion ne tient pas. Ils comprennent rien à ma prononciation, ce qui me rend dingue alors que je suis sûr de dire comme eux.

C'est sûr qu'à un espagnol et un italien... prononcer Hvolsvöllur à l'islandaise dans ma bouche de français (la latin connexion)... C'est con aussi mais très marrant de se parler en anglais entre nous.

Donc Hvolsvöllur en islandais, on dit "Kvolsveutlur"... Ben oui, pouvaient pas comprendre...

 

Bref, comme je suis la route, moi, je les fais arrêter à la station 1. Endroit plaisant s'il en est dans ces villes de préfabriqués sans grand charme. 

Il me faut trouver l'adresse de Björn. Je descends en même temps que les gamins d'un bus scolaire et leur demande l'adresse. Résultat normal, ils comprennent rien à ma bouillie d'islandais. pfff!!!

Donc à leur montrer sur mon téléphone l'écriture du nom, et ils répètent exactement comme j'ai dit!!! pffff, ça doit être l'accent et l'intonation qui tuent tout.

 

D'un grand geste de la main, c'est par là bas, tout au fond. Et c'est vrai que c'est tout au fond. On croirait le village minuscule quand on le traverse sur la 1, juste une rue. Mais non, l'agglomération est vraiment étendue et me voilà paumé en plein centre du village.

Je ne veux pas appeler mon hôte et intercepte un gars à vélo pour lui demander mon chemin. 

Et je tombe sur le bègue du village... Non mais je te jure!!!

C'est pas très clair mais me remet sur le bon chemin et avec une recherche minutieuse, scientifique et rigoureuse par balayage des rues, je finis par arriver chez Björn.

 

La baleine est déjà sur le barbeuc... J'en reprends même deux fois tellement c'est tendre et bon... Ca vaut bien le boeuf. Un régal.

 

Nous regardons les prévisions météo pour la semaine à venir. Désastreuses... Et mon projet ne passera pas si la météo mauvaise. La dépression est tellement importante qu'elle couvre tout le sud du pays. Je n'ai pas le temps de me téléporter ailleurs donc il faudra faire avec.

Et comme disait Napoléon, il vaut mieux un bon plan mal mené qu'un mauavais plan brillamment éxécuté. Ca peut se discuter mais je m'en tiens à la citation de notre maître es stratégie à tous.

 

Demain Elinborg m'amènera à Basar dans le 4*4 familial transformé pour ma tentative toute pourrie... Au fond de moi, je sais que la réalisation est impossible.

J'adore cette famille. 

Takk fyrir

 

 

Publié dans islande

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Bifidusse 27/01/2014 10:45

Met plezier dis, comme on dit par chez moi ;-)

Bifidusse 06/01/2014 12:28

Oui, fini le compte-rendu :-/
Pas eu le temps de lire la fin, encore (j'en garde pour plus tard :p)
Vivement l'année prochaine ! (même si les autres sorties sont bien sympas aussi ;-))

Merci Bigfoot !

bigfoot 25/01/2014 10:05



t'inquiètes... y'a quelques sorties corses dans les tuyaux qui devraient largement valoir le détour...


enfin c'est surtout moi qui fait des détours ;)


c'est moi qui te remercie pour l'ensemble de tes commentaires et qui donne envie de continuer à alimenter le blog.



Bifidusse 16/12/2013 13:52

Oh oh oooooh ! Quelle belle cascade que cette merveille à 3 niveaux ! Tu vois de ces endroits que je ne verrai jamais depuis mon Terrano. Sauf si j'en sors et que comme toi je traverse en me fiant
plus ou moins à une carte plus ou moins précise. Enfin, comme toi, il faut le faire ces sorties, chapeau.

Gljúfrafoss, ce n'est pas la cascade à droite avant la route allant à Thorsmörk ? J'avais discuté avec un Allemand (en anglais...) dans le bateau à l'aller en 2012 et il m'avait parlé d'une très
très belle cascade, dans un chemin qui devenait de plus en plus étroit, juste avant Seljalandsfoss. C'était selon lui peu connu. J'avais pas bien noté le nom et sur place un peu trop pressé.

Sinon pareil pour les Chinois, me suis déjà fait la même réflexion. Peut-être a-t-on trop lu le Lotus Bleu ? :p (encore que, déjà, Hergé mettait en avant les préjugés de mémoire, j'ai souvenir de
Tchang se marrer à ce que Tintin lui racontait de son pays).

J'adore ton compte-rendu, continue !
(même si la Compagnie Créole, ça commence à bien faire :p)

bigfoot 21/12/2013 21:49



elle est d'autant plus belle qu'inattendue... la plus belle surprise du voyage, assurément, avecle steack de baleine et le dike noir de vidibrekkusker.


 


Gljufrafoss, c'est exactement celle là, juste après seljalandfoss... une curiosité à découvrir absolument, beaucoup plus intéressante que sa célèbre voisine je trouve.


 


les chinois... qu'est ce que je me suis senti débile après coup... :). en effet eux, ils mangent du chien pas des baleines :-)).


 


ben, mon compte rendu il est fini :-/... note que la Corse hivernale se profile la semaine prochaine dans des conditions islandaises d'après météo-france...