07/09: Mulaskali - Viðidalsa

Publié le par bigfoot

Je n'apprécie pas la journée qui m'attend. De par mes petits soucis initiaux, je suis obligé de couper court à toutes mes circonvolutions vers le Vatnajökull et donc de tracer au plus vite.

Aussi passée la première partie pour rejoindre le refuge de Mulaskali, je vais marcher sur du connu et encore pire sur chemin balisé, c'est à dire la liaison Mulaskali-Egilssel du trail du Lonsoræfi.

Faut faire avec.

 

Profitons déjà du pas connu...

Et moi qui croyais que je n'étais qu'à une encablure du refuge... Deux heures de montagnes russes...

Deux heures, certes, mais d'exception.

Et c'est reparti donc pour un tour qui recommence exactement à ma cascade triple. 

Bon une semaine de voyage bientôt et j'ai toujours le cou d'une oie grasse. Ca va, cette année la marche me profite bien. D'habitude, je perds jusqu'à 10 kilos en 15 jours.

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J'ai du mal à imaginer comment le sentier va sortir de là. Ce que je sais, c'est qu'il faudra reprendre un nouveau vallon perpendiculaire, celui-ci, le principal, partant dans des falaises infranchissables (et je sais de quoi je parle dans ce domaine).

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Comme c'est balisé, j'ai qu'à suivre... Et en effet, dès le premier rencontré, je remonte plein est un beau ravin bleu à fond jaune. Les couleurs bleu pâle du HSV (yes!!!).

La montée n'est pas très prononcée. Cet univers de bleu est assez exceptionnel par sa longueur et sa régularité. Au bout il est barré par une belle "écaille" rougeatre (qui me fait penser à celles que l'on peut voir sur le cours supérieur du Var à Entrevaux et au pont de Gueydan). Le lit est jaune...??? Génial!!!

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au milieu de tous ses rochers qui encombrent le fond du ravin, je perds assez régulièrement le balisage de piquets jaunes mais les pentes latérales sont tellement impraticables que la logique amène à rester au fond sans se poser de questions et toujours on retombe sur le chemin.

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D'une manière très marquée, juste derrière la barre, on change de décor, c'est rouge... Cette barre est hallucinante de par son étroitesse et sa longueur. On dirait la grande muraille de Chine (au moins).En tout cas elle marque pareillement la frontière entre deux mondes.

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Le sentier monte alors très fortement par la rive droite par une petite brèche où il faut brièvement s'aider des mains et on domine alors la muraille. Encore une fois, c'est absolument sublime. Ah!!! tiens, je vois encore Sauðhamarstindur...

ce que je trouve beau ici, comme hier d'ailleurs sur ces grandes pentes au cours de ma descente, c'est l'alternance des couleurs, bien tracées successivement comme au pinceau. Pas de mélanges, chaque nuance est bien dissociée des autres. 

Et cette longue muraille, comment s'explique t-elle? Etant une buse en géologie, quand je connais l'explication d'un phénomène un peu particulier, je me permets de cabotiner.

Alors, il se produit un séisme avec ouverture de crevasses. La lave coule dedans et finit par se solidifier. Quelques temps plus tard, l'érosion chasse tout les matériaux autour de la crevasse, ce qui ici est pas compliqué (c'est que des rhyolites a faible densité qui demandent qu'à descendre en bas des montagnes).

La lave beaucoup plus dure n'est pas érodée et surgit donc du sol entre ciel et terre... il est fort ce bon dieu d'avoir inventé des trucs pareils.

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Je me décide à descendre au bord du torrent juste à hauteur de la faille pour un gros p'tit déj et attendre que le soleil me couvre enfin de ses rayons brulants (tu parles).

Après mon chocapic, comme d'hab, je vais pour me brosser les dents (on sait jamais si je croise la reine des fées), mais pas de dentifrice... Mais où est donc le dentifrice?

Petite exercice mental dont j'ai l'habitude tellement je perds régulièrement mes affaires... Visualisation de mes derniers gestes jusqu'au moment où je vois l'objet... 

Héhéhé... Facile j'ai trouvé... j'ai oublié mon tube dans la tente... Ah mais c'est cool, ça!!! Y'a moyen de pleurer ce soir quand je le déplierai... Et puis le dentifrice séché, à faire partir c'est pas top. Ca me rappelle quelques bizutages militaires où quelques heureux privilégiés ont eu la chance d'avoir la bite au cirage, à la moutarde ou au dentifrice, en fonction de ce que les chaleureux copains fûtés avaient sous la main (oui, je fais partie des vieux cons (les derniers) qui ont eu la chance rare de marcher au pas en chantant, de faire leur lit au carré et d'apprendre à nettoyer les chiottes juste avec une serpillère dégueu).

Alors, brossage sans dentifrice. J'ai essayé une fois par erreur avec de la mousse à raser, j'ai confondu les tubes, ça marche pas bien. Et puis j'ai pas de mousse à raser non plus de toutes façons.

 

Bref, je tue mon récit épique avec mes digressions.

Je remonte la pente débile pour atteindre le haut du ravin. Le paysage continue d'être aissi exceptionnel. Sous mes yeux, les derniers lieux visités de mon voyage.

Comme d'hab, le fourbe Sauðhamarstindur tout au fond qui domine le tout. C'est la pointe cachée à l'ombre.

En haut à gauche, "ma" falaise maudite et même sous ce nouvel angle, je ne vois pas de passage aisé par l'autre côté.

En bas au milieu, la fin de la crête du sentier de descente finissant au gros dike noir (c'est bien connu (désolé, je pouvais pas m'en empêcher)).

Du big dyke noir,partant en V les ravins que j'ai explorés hier soir. A gauche le rouge, à droite les bleus qui le paraissent moins dans cette lumière matinale.

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La crête menant à mon point de vue, elle aussi marbrée de bleu et d'orange. C'est fantastique. Davantage de traces de pas ici. On est sortis de l'Islande sauvage. On se rapproche des refuges.

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Pour un gars qui descend au bord de la rivière pour rejoindre le refuge, je n'ai fait que monter... C'est malin, ça...

La boucle est super longue. Quiconque voudrait se la taper depuis Mulaskali ne devra pas trainer pour en faire le tour. D'un autre côté, à moins d'être en autonomie comme moi, il ne portera pas sa maison sur le dos et éprouvera moins de difficultés en montée.

La carte ne le laisse pas croire mais ici aussi comme partout en zones ravinées en Islande, il y'a des milliards de ravins qui ne sont pas représentés. Ils ne dessinent que les principaux. Autant on pourrait croire que ça passe n'importe où, autant c'est beaucoup plus compliqué que prévu. Bon je refais pas l'histoire de la carto islandaise à chaque article.

Ici c'est pas bien grave, il suffit de suivre les balises. Je ne sais pas si dans l'inextricabilité des ravins insondables du coin, j'aurais réussi à trouver le chemin qui amène à la Jokulsa i Loni.

Je ne sais pourquoi mais je tombe en émoi devant l'eau d'un ruisseau. Je trouve l'eau plus claire que je ne l'ai jamais vu ailleurs. Coluche disait, moins blanc que blanc, on peut penser que c'est gris, mais plus blanc que blanc, c'est quoi, transparent?

Pareil pour moi ici... Plus limpide que limpide, c'est quoi? les limbes éthérées?

Elle est fraiche, bonne... Je l'aime... Où l'expression vivre d'amour et d'eau fraiche prend tout son sens.

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Le romantisme chevillé au corps (c'est pour ça que je me traine sans doute), me voici reparti le long de mes montagnes russes...

Et de retrouver de nouveaux ces immenses barrières de lave. Ici non seulement l'érosion a libéré ces barres de leur gangue de terre (qu'est ce que je parle bien sur cet article) mais en plus l'eau du torrent qui coulait dans le bon sens a creusé un ravin à leur pied. Encore quelques centaines d'années (ça va plus vite en Islande) et le torrent déchaussera les falaises par leur base comme une vieille incisive pourrie dans la bouche d'un alcoolique invétéré. A moins que les racines ne soient profondes jusqu'au centre de la terre.

D'où la question à 10 kronurs, les crevasses de lave se remplissent elles par le fond en s'élargissant ou par une coulée supérieure? Ce qui est tout à fait différent en termes de paysage, je pense. Moi ici, je dis par le fond (annulant de fait ma métaphore précédente mais je la conserve).

Je sens que la solitude commence à me peser avec mes monologues absurdes.

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Autant j'aime bien ne pas avoir de réponses aux profondeurs de l'âme et je ne cesse de répéter à Sabine de cesser de chercher réponse à tout, autant ici j'aimerais bien avoir la réponse à la profondeur de la falaise sous terre.

Eventuellement, avec une pelle, j'aurai une réponse mais ça risque de prendre un certain temps. 

C'est toujours aussi beau et la Jokulsa commence à bien se rapprocher. Je suis encore haut. J'espère qu'il n'y aura pas d'embuches d'ici là.

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Une armée de trolls au garde à vous veille sur le fond de la vallée. Ceux qu'ils laissent passer se font cartonner au big dike noir.

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Les contours s'adoucissent, le sentier est très net. Au fond à l'est le glacier Hofsjökull, symbole de la fin théorique de mon voyage et de la bascule vers la mer derrière.

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J'arrive sur les pentes ultimes avant la confluence avec la Jokulsa. les parois du ravin sont toujours aussi spectaculaires. C'est en revanchevmoins beau au loin, la vue portant moins.

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La Jokulsa, enfin, c'est gagné... avec trois jours de retard en cinq de marche, ce qui constitue une sorte de record du monde en soi.

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Un dernier plateau herbeux, une dernière pente de cailloux pas bien méchante et j'aperçois le toit rouge de Mulaskali, eden miraculeux dans un paysage de début du monde.

Derrière enneigé la crête de Flugustaðatindar que j'aimerais fouler pour upgrader mon passage sur le Hofsjökull (oui, nous les intellectuels aimons utiliser des anglicismes pour nous démarquer de la banale valetaille).

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Hnappadalstindur (avec 2 p, sinon, on comprend pas) sous un autre angle. The magic shower de Mulaskali est la petite cabane à droite (environ 50 mètres) du refuge.

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La jokulsa à traverser, me direz vous... Coment fais tu pour passer un tel monstre.

Easy que je réponds, y'a un pont (qui bouge autant que Spasimata en Corse). L'accès se fait en rive droite par une pente extrêmement raide où une corde a été tendu pour aider au passage.

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Pour les photos diverses du refuge, y'en a pas cette année (cf lien du début d'article). Je suis toujours en mode économique avec mon appareil photo et ma batterie survivante qui, elle, tient particulièrement bien le coup.

 

Pour changer, personne comme la dernière fois en dehors des moutons qui errent de ci de là. Je ne fais pas le tour du propriétaire et des deux cabanes. Je me contente de l'officiel dans lequel je me fais chauffer un litre de thé.

Il fait beau, presque chaud... Me dessape et me fais une sieste à poil sur la terrasse du refuge, attendant d'avoir bien froid pour prendre ma douche magique brulante (j'ai vérifié au préalable qu'elle fonctionne, je connais son mode d'emploi les yeux fermés désormais).

Si je n'étais pas raisonnable, je prendrais une douche jusqu'à ce qu'il me pousse des palmes entre les doigts. 

Mais bon, je suis pas là pour être ici. 

Bien au chaud dans mes sous vêtements en poils d'oie, je me siffle mon avant dernier paquet de jambon serrano (monsieur ne se refuse rien) et quelques fraises tagada entrecoupées de carrés de chocolat au lait myrtilles/raisin. La diététique et moi... Toute une histoire...

Je m'accorde jusqu'à midi avant de lever l'ancre pour Egilssel par le chemin que je redoute pour sa monotonie et sa redondance avec 2011 quela raideur de sa pente puisque je dois remonter tout en haut là haut au-dessus sur le plateau en rive gauche du canyon, soit environ 400 mètres de déniv. Ben oui, chuis cuit mais je m'en suis déjà tapé 200 pas prévus dans la matinée... Ah ben oui, 600, ça change tout, se moqueront les plus effrontés d'entre vous...

 

Une variante par rapport à 2011, il y'a deux chemins d'accès au plateau. Je prendrai celui que je ne connais pas (celui avec un nom italien que je suis incapable de mémoriser comme la dernière fois).

Tout d'abord plat en bordure de rivière au milieu des arbres de bande dessinée que Walt Disney a refusé tellement ils font faux (personne comprendra cette phrase, c'est pas grave) jusqu'au ravin de Storahnausgil où je dois commencer la montée.

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Rien que de regarder le chemin, les jambes m'en tombent. C'est une montée typiquement islandaise, un truc de dingue. Alors pour changer, une bonne sieste avant l'effort... Que de siestes cette année, c'est normal que je n'avance pas. il faut dire que cette pelouse est bien tentante.

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Ceci dit, personne ne fera la montée pour moi et c'est donc la mort dans l'âme et le coeur au bord de la gorge au bout de 10 mètres que je commence l'ascension.

là, c'est au bout d'un mètre...... avec les ravins en face d'où je viens d'arriver.

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Voilà, suffisait d'être patient, au bout de dix mètres.

C'est quand même un bon truc de dingue cette montée, limite vertigineuse par moments. Heureusement qu'il y'a quelques paliers d'arbres en carton pour se reprendre et casser la hauteur.

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Ces paysages là, je m'en rappelle.

Je les adore. Une falaise bleue couronnée de mini dykes sur fond de falaise orange, où voit on ça ailleurs qu'en Islande?

Note de l'auteur: il est bien connu que les dykes de schtroumfs sont plus petits que ceux des blacks. Fin de la parenthèse anatomico-culturelle du plus haut intérêt scientifique (avec cet article, j'étais aux portes du nobel de littérature, je flirte aussi avec celui de médecine désormais)

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Je ferais bien une nouvelle sieste (je dois avoir des racines corses) sur ce plat mais le vent maintenant que j'ai pris un peu de hauteur a forci et est particulièrement désagréable.

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Au bout de plus de temps qu'il n'en faut pour le dire (ou plus clairement on aurait eu le temps de tuer un âne à coups de casquette), et j'arrive sur le plateau... arghhh!!!

Quelle montée infernale!!! Tout le versant ouest, toute l'intégralité de mon voyage est là. Oui, je sais je vous ai fait le coup des deux derniers jours il y'a trois lignes. Et attention, si je continue à monter encore, je peux vous décrire mon dernier mois dans le Chassezac.

Bon tout au fond dans la brume, l'immonde Grasgilstindur. Là tout en haut qui domine tout, le non moins perfide Sauðhamarstindur qui se laisse contourner avant de te planter une falaise dans le dos. En dessous, les pentes qui mènent au clitoris noir (oups, désolé, c'est pas possible à cause de l'excision) big dike où j'ai campé (je dois dire que je commence à souffrir d'une intense DS, alors de temps en temps, gzzzzzzzz!!!). Et enfin en pente douce pas si douce que ça l'entrelac de ravins aux barres de lave orangée qui mène à la Jokulsa.

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C'est beau, certes mais j'en ai marre de toujours voir la même chose depuis des lustres. Faut que ça change.

Bon, et si on faisait une sieste au milieu des linaigrettes à l'abri du vent à décorner les rennes maintenant que je suis sur le plateau.

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Presque sur le plateau, il en manque un petit bout pour être en haut. Une curieuse langue de rhyolite bleue d'inspiration sveinsgilienne est là comme un cheveu dans la soupe, mais qui me dérange beaucoup moins que le dit cheveu.

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Juste pile en face la langue de l'Axarjökull au-dessus de laquelle j'avais programmé mon tour en traversée sur le Vatnajökull vers le nord. Je serais arrivé par la face cachée de la montagne à gauche.

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Je suis là en terrain bien connu. Je ne vais pas tarder à arriver sur les falaises de palagonite de Tröllakrokar et les trolls qui surveillent la vallée.

Le gardien de la vallée n'a pas bougé depuis deux ans, toujours là, immuable, l'oeil ouvert qui ne cligne jamais. Comment passer inaperçu?

Il m'a vu, c'est sûr... Je le sais maintenant... Déjà en face sur mes falaises fatales, il avait commandé aux vents.

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Et ce soir aussi, il les a appelés. Ils l'ont entendu. Ils sont venus de loin, à toute vitesse, du sud-est, la pire des orientations, chargés de pluie et de chaleur de tempête par l'océan. 

J'entends déjà leurs précurseurs s'engouffrer dans les brisures de la falaise...

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Tröllakrokar, cette falaise est incroyablement tourmentée, transpercée de magnifiques arches.

J'en compte deux sur la photo suivante.

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Après le crochet sympa au-dessus des falaises, je rejoins le plateau sommital battu par les vents. Je me rappelle soudain que c'est l'anniversaire d'Adam aujourd'hui, mon plus jeune fils.

Avant hier Sabine, aujourd'hui Adam, j'ai bien choisi ma période pour me casser. Le jour de Sabine, je me suis pris une tempête de dingue en remerciement de mon absence, en serat-il de même ces oir pour Adam?

Pour tenter de limiter le risque, j'appelle de suite Adam mais bien sûr, il n'y a plus de réseau ici au bout du bout du monde. Je lance un sms prémonitoire en espérant que la fée ondulée l'attrapera au vol. Joyeux anniversaire, je vois plein de rennes du père noël...

Oui ici, normalement y'a des rennes. Je les ai pas encore vus mais ce serait bien le diable si j'en rencontre pas d'ici ce soir. Mes prémonitions sont à deux heures...

Je vais en voir mais j'ai pas prémonisé ce qui va se passer juste après... parce que si j'aurais su, j'aurais été reprendre une douche chaude à Mulaskali. A défaut, c'est plutôt la douche froide qui m'attend, mais n'anticipons pas... Reprenons le cours du récit.

Et la traversée infernale du plateau qui veut jamais finir de monter sous un vent que je qualifie d'épouvantable sur le moment mais qui n'est en fait qu'une douce brise en rapport de ce qui va monter.

Je bascule maintenant côté Hofsjökull et devine le col que je dois emprunter demain. Et aussi un gros amas de nuages grossissant comme un sgeg devant un film X (gzzzzzzzzzz... c'est la DS, pas la voiture hein...)

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Je sens monter une grosse fatigue. Je tape dans tous les cailloux du sentier, c'est à dire à chaque pas lorsque je vois le refuge d'Egilssel au bord du lac Kollumulavatn. On devine la force des rafales irisant la surface du lac.

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A vrai dire, je ne sais quelle fin donner à cette journée. M'arrêter là à ce chaleureux refuge qui m'avait "sauvé" la life la dernière fois, enfin au moins facilité la vie. Ou alors après un short stop régénérant, reprendre ma route et rejoindre le fond de la vallée de la Viðidalsa au pied du Hofsjökull.

Au fond de moi, je sais que je me mens. Jamais je ne ressortirai du refuge une fois couché sur un matelas à côté d'un poêle qui ne demande qu'à flamber. Je n'autorise de choix qu'à mon ego. Mon corps ne suivra pas.

Je traverse le gué facile sur des cailloux au déversoir du lac...

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... Et finis d'arriver au refuge 10 mètres au-dessus, super content à l'idée de m'abriter.

Tout de suite, avant de poser la main sur la poignée, je comprends qu'y a bug. Y'a une boîte fermée par un cadenas à code tout neuf à côté de la porte. Je sais tout de suite de quoi il s'agit. J'ai vécu le truc ailleurs à Dalakofi en 2010 (lieu de mes premiers calculs rénaux et de ma deuxième rencontre avec Björn). Tous les refuges non gardés libres sont en train de fermer les uns après les autres. Tu payes, on te donne le code du cadenas et tu peux entrer.

Ok, je peux le comprendre, mais après Dalakofi, puis Krokur l'an dernier, ce coup-ci Egilssel... Bon je recommence pas mon refrain de l'an dernier... Pfff, c'est dommage, triste de fermer tous ces lieux si chaleureux.

D'après Björn, c'est parce que les indélicats en hiver commettent beaucoup de nuisances, donc dès la saison finie, ils ferment.

Oui, mais ça marche pas... Pour moi, comme partout dans le monde, quand tu peux faire de la thune, tu t'en prives pas... 

Je suis bien équipé, pas de problème pour moi mais imaginons qu'un type parte dans l'idée de dormir de refuge en refuge, avec la connaissance que j'ai du coin mais datant de deux ans, c'est à dire qu'il y'a un refuge ouvert à chaque étape. Peut être que le gars part alors en ultra-light et là, avec la nuit et la tempête montante, il risque de pas trouver ça drôle de devoir passer la nuit dehors ou au mieux dans la cabane des chiottes.

Le plus terrible c'est que je n'ai vu aucune information à Mulaskali... Donc tu ne t'attends pas à subir pareil désagrément.

 

Bref, ces réflexions passées, je pose la main sur la poignée qui ne bouge pas d'un poil. Confirmation... Closette.

 

C'est mon ego qui savait que je lui mentais qui rigole... Bon, fous toi un coup pied de cul et va un peu plus loin... Boaf!!! 

 

La dernière fois, j'étais descendu le long de la Mulaþvera jusqu'à la cascade de Beljandi en rive gauche. Cette rivière est longue de moins de deux km, mais concentre un nombre incroyable de cascades pour sa longueur et une pente non négligeable avec 200 mètres de déniv jusqu'à sa confluence.

Pour changer, je pars en rive droite, ce qui change fondamentalement tout pour une rivière de deux mètres de large, encore qu'avec la profondeur des canyons on sache jamais.

 

Alors en route pour la Viðidalsa, grosse rivière d'eau claire, affluent principal en rive gauche de la jokulsa.

La Mulaþvera est un condensé parfait de la rivière islandaise que j'aime. Cascade, puis herbe et mousse avant la cascade suivante.

J'arrive à Beljandi sans problèmes, avant de commencer à devoir réfléchir pour trouver le bon itinéraire. Lebalisage s'est arrêté au refuge.

Ici par contre il existe des cairns réguliers tous deux trois cents mètres. Le tout, c'est de les rejoindre les uns après les autres. Le plus simple est de suivre les traces nombreuses de mouton ici.

Pentes terro-herbeuses formant des marches plus ou moins étroites sur lesquelles on peut avancer avec précaution, des mottes se détachant régulièrement sous mon poids.

Le vent dévie plus de la moitié de l'eau hors du lit du torrent.

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Il y'a de mulitiples coins de bivouac potentiels le long des cascades. C'est absolument magique. Je me régale de ce petit bonus octroyé ce soir par la force des choses.

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J'ai un choix cornélien qui se présente à moi en arrivant au bout du torrent qui se jette en une grande cascade dans la Viðidalsa (j'irai étudier ça de plus près later).

En rive droite de la Viðidalsa, je suis très abrité du vent violent. Je peux donc y trouver un endroit 4 étoiles pour y planter la tente dans de bonnes conditions.

Le hic, c'est que demain au réveil faudra traverser le petit machin qui serpente dessous, sans doute un bon 2/3 degrés dans l'eau et pas mieux dans l'air. Sortant du duvet, et pas bien réveillé, la sensation est plutôt moyenne.

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Option 2, je traverse ce soir histoire de me débarasser du gué puis je trouve un endroit pas trop ventilé pour dormir.

 

Ce qui est couillon en arrivant à une grande cascade en plan incliné, c'est que je trouve les traces des piles d'une passerelle cassée pour je ne sais quelle raison.Les planches sont échouées un peu plus loin... Bon ce n'est pas d'auhjourd'hui, au moins plusieurs années que c'est destroy.

Beaucoup de traces d'occupation humaine comme j'avais pu le lire. La passerelle, des murets, des cordes de ci de là. On devien sur la photo suivante les piliers blancs en plein au milieu.

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Dans la vallée, de l'autre côté au soleil, quelque chose bouge...

YES!!! Ce sont eux!!!

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Des rennes, un immense troupeau avec quelques mâles d'un fort beau gabarit. Ils ont un cou qui n'a rien à envier au mien. Prêts pour l'hiver les gars.

Ils ont l'ouïe percante et la vue fine. Ils filent au plus vite alors que je suis encore très éloigné.

Marrant, le vent leur secoue le goitre. Qu'est ce qu'il sont beaux. J'ai gagné mon voyage après pareil instant.

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Arrivé au bord de l'eau et du plan incliné, hors de vue des rennes. Je prends mon temps le long de la cascade espérant qu'ils m'ont oublié et que je pourrai les épier plus discrètement dans un moment.

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J'opte finalement pour la traversée tant que je suis chaud. je trouverai bien un endroit correct en face...

Guère plus haut que les genoux une centaine de mètres plus bas que la cascade, le gué est ridiculement simple. Ca n'aura pas été l'année des gués...

Traversée tant que j'étais chaud, en face je le suis déjà beaucoup moins. Brrrrr!!! Avantage du vent, tu sèches aussi vite que tu meurs de froid. 

Je traine pas à rechausser pantalon (dont la réparation à l'air de tenir) et godasses. Et vite partir à la recherche du bon endroit pour camper.

Que je ne trouve pas.C'est désespérément venté où que je cherche. Je me plante derrière un gros rocher qui n'offre qu'une illusion de protection. Advienne que pourra. Les éleveurs ont dû dormir ici aussi par le passé. Tout un tas de cailloux est posé là, parfaitement adaptés au maintien ou lestage de baches.

 

Le montage de la tente n'est pas très simple. Il faut être méticuleux pour ne pas perdre la tente sous le vent qui me semble forcir de minute en minute. Je sens que la nuit va être longue.

A mon plus grand soulagement, je retrouve mon tube de dentifrice. A ma plus grande satisfaction, le tube a explosé. La toile intérieure est crépie de dentifrice. Ca sent bon, ça fait propre... Sigrund serait contente de rentrer dans mon chez-moi à l'hygiène si parfaite. Au pq à moitié mouillé, je frotte comme un damné pour éliminer les traces. Une chose de sure, s'il me fallait effacer les traces d'un crime, je n'irais pas bien loin... Y'a des trainées blanches de partout (non, nooooon, nooooooooooon, Sabine, non, ce n'est pas moi ;) ). C'est beau!!! Je suis content du résultat.

 

Et maintenant, à la chasse aux rennes. Je mangerais bien des pieds-paquets de rennes ce soir. 

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C'est bête mais je suis un intrus. Je les dérange et ils finissent par se barrer au grand galop... à noter le bruit du vent et non de l'objectif (il est bruyant mais faut pas exagérer)

Quand je pense qu'il faut mettre des grands coups de latte dans le fion des chamois chez nous pour qu'ils daignent nous laisser passer.

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Et ils sont vite loins... En moins de 5 minutes, je suis tout seul avec les moutons...

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Alors petite promenade seul le long de la rivière puisqu'ils veulent pas de moi. 

La plaine de la Viðidalsa est là, balayée par les vents furieux. Je commence par descendre vers l'aval pour rejoindre le canyon ultime et sans doute extraordinaire que je ne connais pas qu'elle forme avant de confluer avec la Jokulsa.

C'est dur, très dur de marcher face au vent. Je peux à peine respirer et dois tourner la tête pour reprendre mon souffle. On m'a toujours dit qu'on ne pouvait marcher face au vent si sa vitesse était supérieure à 150 km/h.

Là c'est possible, faut pas exagérer non plus mais super fatiguant aussi je ne pousse pas les deux km qui me séparent de l'entrée du ravin et me contente de rejoindre en flânant la rive de la rivière.

Vers l'amont, tout en haut à gauche la cascade Beljandi (juste la tête) sous le refuge d'Egilssel et dans la Viðidalsa, la cascade en plan incliné. Au début de la plaine, en bordure des rochers à droites, deux petits points nets, le gros rocher et ma tente. Autant dire que l'abri est sommaire.

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Sans le savoir, j'ai stoppé et rejoint la rivière à un endroit somptueux avec une magnifique grotte de lave dans le lit.

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Quelle couleur incroyable... Cette vallée mérite un détour approfondi pour l'explorer dans ses moindres recoins sans aucun doute. 

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Ce ne sera malheureusement pas mon cas puisque je suis à cours de miam-miam et que pour ce soir les conditions sont trop violentes pour prendre du plaisir à trainer dehors. Dommage, parce qu eje ne pense pas que dans le futur je repasserai dans le coin.

A moins que... On sait jamais... Mais j'ai tellement de plans dans les cartons... La Viðidalsa sera dans la file d'attente des idées en queue de peloton.

Avec le vent dans les voiles en rentrant vers la tente, je suis pris de l'envie maintenant que c'est facile d'aller de l'autre côté.

Et c'est en poussant la chansonnette que je cours vers l'amont à la confluence de la Viðidalsa et de la Mulaþvera.

Chansonnette appropriée comme toujours aux évènements (mais c'est quoi ce titre à la con?).

Je ne cours pas, je vole malgré la remontée vers l'amont... 

Ok, la tente ne s'envole pas... cool...

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Dernierspot de la journée donc avec la confluence en cascade. C'est trop trop beau...

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Ici aussi je suis ému par la couleur de l'eau, plus claire à mon sens que la normale... 

Si et seulement si il pouvait faire un peu meilleur. Quel dommage de pas en profiter comme il se devrait en de tels endroits. Quelques acrobaties pour rejoindre la base et recevoir les embruns sur le museau un peu périlleuse en raison d'un équilibre déficient sous les rafales.

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Une dernière fois je le dis, c'est trop trop beau... A voir et revoir...

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Bon, faut rentrer... Face au vent...

Suis obligé de tirer des bords pour avancer. En descente en courant et sautant, j'ai l'impression de m'envoler et de repartir en arrière. C'est incroyable, pas encore angoissant mais quand il va faire schwarz, je risque de moins me marrer.

J'ai tenté une vidéo... Elle ne rend pas du tout... Mais bon...

Et donc à la tente complètement asphyxié par l'effort de retour.
Il me reste à aller prélever un peu d'eau à la rivière.
Me glisser dans mon duvet dans une ambiance de chlorophylle des champs d'Hollywood (que je fabriquais dans une ancienne life).
Me ferais bien un taboulé...
Je crâne, me raconte un tas de conneries pour me donner du courage, mais je n'en mène pas large. 
Mr Hilleberg, s'il te plait, soit à la hauteur de ta réputation...
C'est fou, la souplesse de l'aluminium... On dirait moi en train de faire le pont inversé au yoga.
Je ne ferme pas l'oeil de la nuit comme à Sauðhamarstindur il y'a trois jours, mais au moins je n'ai pas peur du vide intersidéral autour de moi, puisque je suis tout en bas.

Je me lève plusieurs fois dans la nuit pour contrôler les amarrages. Ca tient.

Il se met à pleuvoir en deuxième partie de nuit. C'est apocalyptique. Sûr que j'aurais dû rester à l'abri sur l'autre rive.

Quand le jour se lève, je suis prêt à partir. Mon sac préparé comme l'autre nuit.

Le pliage de la tente sous la pluie et le vent épique. Elle pèse 5kg au moins tellement elle est trempée. Je me suis chopé un onglet épouvantable, tardant trop à chausser les moufles.

Visibilité... 50 mètres, plafond nuageux tellement bas que je ne vois même pas mes pieds...

Zéro sentier, un col à trouver, on va bien rire... Heureusement que c'est presque plat, hein, juste un peu plus de 500 mètres de déniv entrecoupés de ravins.

 

Oui on va rire à s'en décrocher la machoire.

Publié dans islande

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