07/08: Lakagigar (partie nord)

Publié le par bigfoot

Après un week-end de récupération absolument pas intense du tout dans les boîtes de Reykjavik, il faut maintenant repartir s'occuper pour les quinze prochains jours (qu'est ce que c'est dur la vie).

 

Après la première partie Landmannalaugar-Þorsmörk, direction le Lakagigar pour une boucle de 4/5 jours (qu'est ce que c'est dur la vie).

Je suis en train de réaliser que je viens de marcher environ 200 km dans un carré de 30km de côté et que je n'ai pas encore vu la moitié de ce qu'il y'a à voir.

 

Bref, ça c'est du passé, mission suivante. Déjà rejoindre Kirkjubæjarklaustur (ça aussi c'est une mission à écrire).

En fait j'ai cafouillé dans les bus et puis de toute façon après le week-end de reykjavik, il était impensable de prendre le bus de 8h00 du mat. Donc départ à 16h00 pour Vik. De Vik, on trouvera bien un moyen pour aller à Klaustur (pour les intimes, dont, je fais partie).

18h30 à Vik un lundi soir venté à te lancer dans un stop désespéré de 100 bornes, faut avoir le moral... Ca tombe bien, je l'ai au beau fixe, bien protégé sous le bonnet.

C'est pas pour autant que ça marche. Faut dire aussi que moins de 10 minutes après l'arrivée du bus s'en pointe un second tout bleu dont je ne connais absolument pas la compagnie et qui se trouve faire la correspondance jusqu'à Höfn. Ah ben ça alors, c'est le coup de bol.

Embarquement... On est 5 dans un bus de 70 places... Le chauffeur me demande la musique que je veux écouter, les beatles ou "je sais plus quoi". J'opte pour les beatles.

En bus, les beatles en traversant la vieille lande de cratères moussus d'Eldgigur, c'est à pleurer de désespoir. De toute façon, tout ce coin m'est toujours apparu comme un des plus tristes d'Islande.

21h30 à Klaustur. Je récupère mon tout dernier paquet à la station. Camping là où j'avais séjourné quelques jours en attendant T. en 2009. Le gérant m'avait été sympathique alors, ce soir, il m'agace.

Demain, je me casse vers le champ de lave du Laki et c'est heureux... La nuit est bruyante avec un trio islando-russe qui s'essaie à la guitare et au chant en canon.

L'Islande quoi, bruyante et noctambule. Une autre façon de vivre (et ben, je deviens vachement coolant avec le bruit après mes nuits reykjavikoises)...

 

Mardi 7... Les choses sérieuses démarrent. 8h00 devant la station pour le bus. Je prends un aller simple (je n'ai pas l'intention de revenir (mais non, je rigole)).

Je suis installé dans le bus quand un type vient me voir pour m'annoncer qu'il va me signaler aux rangers du Laki selon le règlement pour ceux qui prennent qu'un aller simple. Je le supplie de n'en rien faire, que l'incognito me va bien et que j'ai pas forcément l'intention de les informer de mes plans. Rigide comme une trique, le gusse, je suis foutu, je vais avoir du mal à me dépétrer des gardes.

On verra bien. 

On voit bien aussi l'arrêt de Fagrifoss, belle cascade à mi-route.

Et puis à midi on est garé sous le Laki.

Je tente de m'extirper au plus vite du bus avant de tomber nez à nez sur les gardiens, mais c'est peine perdue, ils (elles plutôt) m'attendent de pied ferme. Pas facile l'incognito avec un sac à dos du double de celui des autres.

J'ai pas envie de leur parler, certes... par contre, les regarder, pas de problèmes (oui, c'est sexiste je sais comme réflexion).

Un quart d'heure à discuter sur mon itinéraire puis à écouter leurs recommandations sur le maintien en état du parc national et mes obligations. Et une dernière pour la route, "surtout n'essayez pas de traverser la Skafta" (ça faisait longtemps, cf voyage 2009) 

Je leur épluche mon cv islandais pour leur expliquer combien j'aime ce pays et que ce n'est vraiment pas de moi que viendront les dégâts éventuels sur la nature.

ils me prennent enfin en photo pour le cas où qu'il faudrait lancer un avis de recherche d'ici quelques jours.    

Les formalités logistico-administratives réglées, passons aux choses sérieuses... Cassosssss...

Tout le monde, bus et particuliers, est parti à l'assaut du Laki. Pour ma part, c'est contournement par le nord et départ en direction du Vatnajökull le long de l'alignement.P1130368 [Résolution de l'écran]

Le chainon du Lakagigar... Pour les explications, je vous laisse le web, et pour la partie auto et toutes les conneries à pas faire ;) ainsi que l'amour du laki, le blog de rachel.

Parce que moi, franchement l'amour du Laki, bof, c'est pas du tout un endroit qui m'avait emballé lors de mon premier passage en 2009. Faut dire aussi que j'étais tombé la veille sur un truc de dingue qui m'avait rendu bien pâle cet alignement.

Essayons cette année d'apprendre à l'aimer.

 

Cette chaine du laki c'est un alignement de tous pleins de cratère (environ 200) sur 30 bornes. Le but de mes prochains jours, remonter la partie nord de l'alignement jusqu'au glacier, traverser la Skafta d'une manière ou d'une autre (faut pas le dire aux gardiens), puis redescendre l'autre rive sur les Fogrufjöll au-dessus du lac Langisjor et terminer à la faille d'Eldgja où je reprends le bus pour aller faire la fête à Reykjavik le we prochain. Un plan court, simple, clair et concis. Parfait, quoi...

 

Marcher le long de l'alignement... pffff... soit tu marches trop loin et tu perds les perspectives des cratères alignés mais t'es confortable sur un sol assez dur, soit tu marches dans l'axe, mais t'es dans la mousse profonde jusqu'aux genoux et tu pleures ta mère. sans compter que c'est excessivement pas bien de laisser des marques aussi nettes. 

En plus la mousse se décroche tellement facilement de son substrat. C'est un carnage de faire ça.

Donc... Ben on fait avec sa conscience... De temps en temps, quand même faut aller voir au sein ce que ça donne.

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Je mets tout plein de photos sans commentaires... 

En gros, c'est simple... Je me fais chier dans la mousse. C'est beau mais ça m'émeut pas tout comme la dernière fois. Tout ce que je veux, c'est en sortir très vite et arriver au pied de ce putain de Vatnajökull qui veut pas s'approcher alors que j'y marche droit dessus depuis des heures.

10 km à faire, pas compliqué. Faut aller droit.

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Bon dès qu'y a un qui dépasse un peu, je me fais plaisir d'y monter pour dominer le tout.

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L'impression de marcher sur des oeufs... faut pas faire, c'est pas bien (mauvaise conscience vraiment).

Bon je monterai sur le tout cramé tout rouge, lui au moins y'a pas de mousse dessus.

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Bon ok, j'exagère, c'est vraiment très très beau, très impressionnant...

Et puis d'imaginer ce que ça a engendré, ce déferlement de lave, le plus grand de l'histoire. La lave a coulé presque jusqu'à la mer à 50 bornes de là. Les rivières ont été détournées.

J'ose pas imaginer les avions à l'époque. Ils ont pas dû beaucoup décoller pendant six mois (en 1783, y'avait guère plus que Montgolfier qui envoyait des conneries dans les airs).

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J'aime de plus en plus les volcans.

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Dans son film Home, Yann Arthus-Bertrand survole le Laki (à la 3° minute). Le tout premier volcan (au cône rouge) est celui du haut duquel j'ai pris la vidéo que vous verrez tout à l'heure.

Le gros truc qui dépasse au fond, c'est le Laki, point culminant du chainon du Lakagigar (Lakagigar signifiant l'alignement de cratères du laki).

Il y'en d'autres parallèles tel le Kambagigar (pas visité cette année).

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Imaginons tous ces trucs dégueuler des flots de lave en même temps... Pas facile, hein, moi j'y arrive pas et pourtant j'ai de l'imagination.

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Même éteints, ils restent menaçants, inquiétants.

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Celui là en particulier.

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On y monte?

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Bon, là y'a pas de mousse mais je me casse la gueule sur les scories, très rondes, très légères, toutes détachées les unes des autres. 

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Mon ombre au milieu pour donner une idée de la taille du cratère. Il ne paraissait pas aussi énorme vu d'en bas.

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Le Vatnajökull au fond. on approche on approche...

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Au nord, la Skafta monstrueuse et les fogrufjöll

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Encore une...

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Il y'a beaucoup beaucoup de vent (oh, c'est vraiment curieux pour ce pays)...

Sur la vidéo on voit la sable voler sur la sandur au pied du glacier. C'est ballot, c'est précisément là que je vais.

J'avoue, c'est beau mais je suis pas tombé amoureux du Laki cette fois non plus. Je pense que nous allons donc nous séparer tout de suite.

En fait j'en ai assez de me tuer dans la mousse. Parce que sous la mousse, c'est pas de la bonne vieille terre bien de chez nous mais des blocs de lave bien de chez eux en équilibre instable, des vilains trous profonds qui n'attendent que le moment opportun pour te croquer un tibia ou un genou.

C'est très très usant de marcher là. Donc je quitte l'alignement qui est dans un axe sud-ouest/nord-est un peu avant la fin et tire droit sur le glacier tout proche maintenant plein est.

C'est très vite le désert absolu.

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Désert absolu... absolu...

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La seule âme qui vive, c'est le vent... Et pour être vivant, il est vivant pour dix, la salaud.

La sable aussi est vivant je crois... En tout cas il vole.

En fait je ne le sais pas encore mais j'ai fait une très grosse connerie en quittant la direction du nord est.

Enfin si je le sais, je connais cet endroit. Je sais qu'il ne faut pas aller trop bas sous le Siðujökull (traversé en 2009) pour ne pas se retrouver coincé par l'énorme Hverfisfljot (elle est aussi forte à sa source que sur la route 1 où on la traverse sur un pont au-dessus d'un rapide mémorable).

Alors pourquoi je suis allé trop bas et non à l'endroit où j'avais entamé la montée sur le glacier en 2009?

Des fois, je me demande si je les cherche pas un peu. Tout ça pour économiser deux pas aujourd'hui qu'il faudra aller compenser demain.

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J'entame la marche sur les puissantes moraines du glacier en rigolant à l'idée suivante. En 2009, pour monter sur le Siðujökull, t'es remonté jusque sur le Skaftarjökull au nord et cette année pour rejoindre le skaftarjökull, tu descends au sud chercher le Siðujökull.

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C'est débile. 

Je sais que je suis parti pour m'y mettre jusqu'au cou. On sent quand ça pue la défaite mais on n'arrive pas à stopper les machines.

Le vent est maintenant violent et le sable encore plus fin et léger ici au bord du glacier. J'en bouffe tant que j'en veux. Je ne risque pas de manquer de minéraux ce soir.

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Par dessus le vent un autre bruit, sourd, profond.

Je tombe pour ainsi dire sur la Hverfisfljot sans m'en rendre compte.

Hormis la Jokulsa à fjollum sous Kverkfjöll, je n'ai jamais vu d'aussi puissante rivière sortir d'un glacier.

Ah non, je traverserai pas ici.

Je n'ai plus qu'à remonter au-dessus de sa source.

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Enorme, terrible... Encore une fois, les moraines ne sont pas un lieu pour les hommes. Je déteste.

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Et ce vent qui n'en finit pas, toujours aussi fort, ça va être rock and roll de monter la tente dans le sable.

Le Skaftarjökull et le Siðujökull sont séparés par une petite montagne morainique.

De l'autre côté, je connais, c'est nul mais c'est facile, sauf que j'ai la flemme de passer le petit col qui me sépare de ce chemin.

Je découvre aussi quelques traces de pas frais sur le sol... Tiens, y'en a qui sont allés en face chercher les paysages du Beinadalur et du lac Graenalon.

Ben moi, je suis éclaté, j'en ai marre, on verra demain pour trouver le passage. Je voulais dormir au bord du glacier. Plus près que ça, j'y suis dessus, sauf que c'est pas le bon lobe.

 

A demain... Je tourne dix fois sur moi même comme un chien qu'on force à se coucher et qui n'en a pas envie.

Le dressage de la tente est en effet bien nase. Heureusement que je dispose de millions de rochers pour bien l'amarrer.

Pour aller chercher de l'eau, je galère sévère ce qui est un comble puisque je suis planté à moins de 10 mètres de la rivière.

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C'est à dire que la rivière est chargée en limons comme un cycliste du tour de France en EPO. Il faut donc trouver une mare où l'eau a décanté, sauf que les environs immédiats sont toujours mouvants et que le moindre frémissement du sable sous mes pieds engendre des siphons et autres courants souterrains qui troublent l'eau ou carrément aspirent la flaque sous terre.

Le top, la sérénité en gros... Là, je suis carrément trop bien...Qu'est ce que je m'amuse ici...

Après quelques essais, je récupère un peu d'eau pas trop moche, à peine grisâtre. On fera avec.

Il est temps de se glisser sous la tente et de ne plus la quitter. Sa couleur verte est déjà en train de disparaitre pour le marron sale du sable. Ca fait longtemps que mes vêtements ont pris cette couleur. j'ai beau me curer les oreilles, j'ai toujours l'équivalent d'un sablier qui en sort.

Petite soirée donc à attendre que nuit veuille bien se passer et à continuer la lecture de l'oeuvre sublime de Eco (tu parles): le Pendule de Foucault. C'est vraiment que j'ai que ça à lire (c'était d'ailleurs un peu le but de prendre ce bouquin aussi indigeste ici. Nulle part ailleurs, je n'aurais pu le lire).

Demain, la vraie journée vraie de glace de mon voyage. Faut être prêt à affronter le monstre.

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