05/09: la Skyndidalsa

Publié le par bigfoot

Pour ceux qui suivent mes tribulations dans l'ordre chronologique et avec une carte sous les yeux, le titre seul suffit à comprendre qu'il y'a comme un léger bug dans l'itinéraire... Et que la nuit ne s'est pas vraiment passé comme je l'aurai ssouhaité.

 

Je me glisse dans le duvet à 21h avant même de manger tellement je suis fatigué et j'ai froid. J'envoie un "ok" rassurant avec ma balise comme je le fais tous les soirs à sabine.

Tu parles d'un "ok"...

Je chauffe l'eau puis mange mon lyophilisé et bois mon yogi-tea (je suis devenu bourgeois, vous dis-je) revigorant.

Ahhh!!! ça va mieux!!!

 

Dormons maintenant... Même s'il commence à y'avoir un peu de vent dans les voiles. 

Quelques gouttes commencent à claquer sur la tente, ça va me bercer. Une petite pause pipi avant tout. Au loin, tout au loin vers la mer, j'aperçois quelques lumières dans la nuit naissante. C'est dingue, après trois jours de marche, je ne suis vraiment pas loin du départ. Les nuages dans le ciel courent à une vitesse hallucinante. 

Le vent a singulièrement forci depuis que j'ai dressé la tente. 

Autant dire que je ne m'attarde pas dehors et rejoins l'abri réconfortant de la tente. ca ne me plait pas d'être sur un tel balcon quand ça tangue un peu.

 

La première partie de la nui test agitée avec quelques rafales qui me réveillent en sursaut. Quand il ne s'agit pas des rafales, ce sont mes rêves de chute dans le vide qui me font retourner l'estomac. Il n'y a pas à dire, l'expérience que je viens de vivre m'a marqué au plus profond.

C'est dingue, je ferme les yeux, je décroche de la paroi...

La nuit ne va pas être si réparatrice qu'espéré.

 

Mais j'ai la solution pour ne plus faire ces cauchemars... Simple mais il fallait y penser... Ne pas dormir...

Enfin c'est plutôt l'Islande qui y'a pensé pour moi. 

Ce n'est plus une brise maintenant... C'est un bon coup de vent qui s'abat sur moi...

Je dirai même plus une vraie tempête avec un vent qui a tourné et qui vient du nord maintenant. La toile est plaquée sur mon visage.

Et c'est une Hilleberg, du bon solide, la rolls de la tente. Les arceaux ploient de manière inquiétante sous les rafales. Je ressors tendre les haubans. Il me semble que les blocs sur les sardines ont un peu bougé. 

Sans anémomètre, j'ai du mal à quantifier la vitesse du vent. De nuit, avec la fatigue associée à l'angoisse de ma position fragile sur mon balcon, j'estime les vents supérieurs à 120km/h.

Objectivement dans la réalité, ils devaient être bien moindres. Toujours est il que je passe ma nuit à moitié assis arc-bouté contre la paroi de ma tente exposée au vent de peur qu'elle ne finisse par lacher.

Vers 3h00, je prépare mon sac à dos au cas où la toile se déchirerait pour un départ en catastrophe. Je suis presque habillé. Il ne me resterait que mon duvet à rouler...

 

Une nuit cauchemardesque, comme celles de Grænalon en 2009 ou de mon échappée belle de Kistufell en 2008. En ajoutant ici la trouille du vide qui m'entoure. Autant dire que pour tenter de nouveau le terrible passage de la falaise tenté hier soir ou de descendre sur le névé dans ces conditions de tempête, ce n'est pas la peine d'y penser une seconde. 

Rester à attendre que ça s'arrête, je ne sais pas faire. Je stresse trop sous une tente trop secouée. Il me faut de l'action, faire quelque chose, du mouvement pour cesser de penser au vent. En gros faire du vent moi même.

Je crois que je préfère encore la pluie au vent.

 

4h30, tout est plié, je n'ai plus qu'à attendre le jour pour me barrer. La mort dans l'âme, il faudra faire demi-tour et retourner à la Skyndidalsa. Il m'a fallu 10 heures hier pour en arriver là. Une journée de marche annihilée. Ca ne m'est pas arrivé souvent mais il faut se rendre à l'évidence, cette année n'est pas la bonne pour moi.

 

5h00, hop hop hop, on y va... D'abord, mettre les chaussures. Oh!!! surprise, elles ont gelé sous l'auvent. Je galère à les dégeler un poil sous la veste pour gagner juste assez de souplesse pour les enfiler. Du bonheur, que du bonheur. 

Sous mon pantalon lacéré, j'ai dû mettre un calbut à manches longues, y'a trop de vent qui me rentrerait par l'arrière-cour (j'ai qu'un pantalon :( ).

 

Le pliage de la tente nécessite d'être méticuleux. Je n'ai pas le droit qu'elle me glisse des mains si je ne veux pas qu'elle s'envole. Il sera impossible d'y courir après (c'est peut être une solution de descendre en parachute, notez).

Couché dessus, je la roule de quelques cm après avoir enlevé les sardines une à une. Tout le côté nord de la toile est festonné de particules de glace. J'ai beaucoup de mal à la ranger dans sa housse tellement j'ai les doigts gourds malgré les moufles.

 

Au moins d'expérience je connais le chemin de retour. Je remonte droit à la frontale dans la pénombre sur le col enneigé que j'avais refusé hier. C'est difficile, la roche est glissante, couverte de givre. J'y découvre en montant un autre piquet antédiluvien.

Du col, il y'avait ce moche névé qui me rebutait. J'arrive à descendre en bordure sans trop m'exposer. Puis je reprends la traversée telle que je l'ai faite hier. Je retrouve mes traces de pas sur les deux gros névés hier. 

Sauf que cette fois, la neige est tellement dure qu'il me faut cramponner pour passer. Le vent est un poil moins excessif de ce côté là en versant sud abrité.

Je parviens très rapidement au col côté 875m. Là, j'ai merdé... J'aurais sans doute dû tenter le passage "facile" pour rejoindre le plateau mais sous le stress et dans la précipitation, je n'ai pas envisagé cette solution. C'est l'erreur stratégique de mon repli. J'aurais gagné une journée (à condition de passer, ce qui n'est pas écrit) et des paysages fascinants.

Mais non, je continue jsuqu'à mon bivouac de la veille avec la traversée du plateau incliné sous Mulatindar où je dois à nouveau cramponner pour passer mes deux petits névés de merde.

Une fois dans la pente herbeuse, le vent a quasiment cessé. Je change un peu mes options de descente par rapport à la montée histoire de dire que je fais un truc différent, mais j'arrive à me mettre en galère avec des obligations de remontée pour échapper aux barres que je m'offre gratuitement.

A 8h00 je suis dans la vallée quasiment là où j'ai dormi la veille. Il m'a fallu à peine trois heures de marche pour descendre là où j'en ai mis plus de 10 à monter (sans recherche d'itinéraire, sans faire le sommet aussi).

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Une sieste réparatrice et je repars en descendant la Skindidalsa jusqu'à sa confluence avec la Jokulsa i Loni dans l'immense sandur précédant son delta.

Rien à dire sur cette descente, c'est nul.

Je suis fatigué, moralement touché par un deuxième échec successif et une retraite aussi longue que celle-ci. Une journée entière anéantie pour un couloir de 10 mètres.

Il me manquait 10 mètres pour passer. 10 mètres seulement et pour revenir sur le plateau, il me faudra plus de 25km de détour. C'est un truc de dingue... 

C'est insupportable. Alors la Skyndidalsa, totu ce que je veux c'est la foutre derrière moi et vite oublier cette région pourrie.

 

Devant moi, y'a jokulgilstindar et flugustadamachin de mes deux que je voulais gravir... J'en rigole... Dès que je tente un sommet, je me vautre misérablement à tous les coups. Alors ces deux là, vus d'ici, c'est encore une dimension au-dessus, autant oublier tout de suite.

Bah... 4 jours de marche et déjà 48h dans les dents. Je n'ai même plus le temps de les rejoindre à moins de faire le choix de les viser uniquement et d'oublier la partie centrale du Lonsoræfi.

Oui ce soir, il faudra faire le bilan au calme et tirer de nouveaux plans sur la comète. Je n'ai plus que trois jours de bouffe (sans excès) et si je me fixe toujours au tour complet, j'en ai encore pour 5 jours de marche hors les accidents éventuels dont je ne suis jamais victime cette année.

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Il est bien sympa ce Jokulgilstindar quand même. Et c'est par cette face que ma carte me dit qu'on peut rejoindre sa crête terminale.

Ils sont marrants chez "Mal og Menning". J'adore leur humour.

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La plaine de la Jokulsa est là, juste là.

D'abord une autre sieste sous le soleil, avec les branches des arbres qui réapparaissent ici à cette altitude qui se balancent sous le vent.

Un moment très plaisant où je m'endors enfin pour de bon. Au réveil j eme remplis le ventre de myrtilles et de groseilles. Il ne m'arrive quand même pas que des mauvaises choses.

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un petit point blanc au fond de la plaine. C'est le refuge d'Eskifell.

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Je suis à 10 bornes de la route 1. Qu'est ce que ça m'énerve. 4 jours de marche pour finir à 10 bornes de la route. Un succès total.

 

Casse toi, je veux être seul, je suis de mauvaise humeur.

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Je traverse le sandur à la vitesse de la lumière. La rivière de cette vallée secondaire a mouru avant d'arriver à la confluence avec la Skyndidalsa. J'ai pas de gué à traverser. c'est bien la première année où j ene me confronte pas à ces petits réjouissances. Un seul en quatre jours et vraiment pas méchant, j'ai vu pire.

 

le refuge est au bord d'un petit lac. Je tiens la photo de l'unique arbre de la vallée sous le Jokulgilstindar. Elle me plait bien, j'ai fait un crochet d'un km rien que pour me mettre dans l'axe.

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Il est environ 15h00 quand j'arrive au refuge. Le site est vraiment très agréable adossé au versant nord qui l'abrite des vents débiles de la nuit dernière.

Il fait soleil. Peu de vent et la température est de 10°C, le record du voyage. S'il est ouvert, je ne ferai pas un pas de plus aujourd'hui.

Et plus je m'en approche, plus j'ai des doutes. Il ne ressemble pas aux refuges standards. Sa façade est composée de grandes portes vitrées. Pas de sas intermédiaire où habituellement on se change quand on est trempé comme une soupe.

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Aussi on voit l'intérieur à travers les vitres. Il y'a une grosse serrure sur la porte. Je ne me fais guère d'illusions lorsque j'appuie sur la poignée. J'ai plus affaire à un algeco de chantier provisoire qu'à un refuge de montagne. C'est privé, c'est mort.

 

Et ben non, comme quoi!!!

Ahhhhh!!!! Le repos du guerrier.

Il est temps de faire le point, de remettre les affaires dans l'ordre, de sécher ce qui est mouillé, de faire l'inventaire de ce qu'il me reste à bouffer.

De réparer tant bien que mal la carte qui a beaucoup souffert de mes maltraitances.

De réparer mon pantalon au cul en franges.

Et de se laver le zizi. Je sens l'étable, le mouton, le chien mouillé et le berger de fin d'estive.

 

Les sanitaires sont à côté, comme d'habitude en Islande. Je peux y puiser de l'eau au robinet. L'intérieur du refuge est vraiment sale, ce qui est peu commun en Islande.

Comme souvent quand je ressens un moment de bien être à venir, je prends mon temps, tourne en rond, fais 10 fois les mêmes gestes alors qu'un seul suffirait.

Je prends le temps de vivre de la félicité. J'étale toutes mes affaires dehors sur le plancher, choisis ma chambre, m'habille d'effets chauds secs...

 

Il est temps de faire bouillir de l'eau pour me laver. Une nouvelle fois, encore un signe que je deviens précieux, se laver à l'eau chaude, un truc de vieux.

Une casserole sur le réchaud, un peu de savon liquide et on y va...

A poil en train de m'astiquer sous toutes les coutures quand je me dis que quand même ce serait sympa de se rincer à l'eau chaude aussi.

Mais j'ai plus d'eau chaude... Il me faut en faire rebouillir. Pas un problème, il suffit d'en faire chauffer à nouveau. Mais la puissance du feu est faible. C'est pas grave, j'attendrai.

 

Alors j'attends que ça chauffe, le sgeg à l'air comme un cadran solaire, à poil frissonnant sous la légère brise, du savon plein les endroits sensibles...

Je me bidonne comme un idiot à penser que si un type arrive à ce moment, je vais vivre le moment le plus gênant de mon existence. La camisole de forc en'est pas loin. 

C'est amusant comme le corps s'habitue vite au froid. 10°C et je supporte la fraicheur à poil sans frissonner.

20 minutes plus tard enfin rincé et habillé de nouveau, je m'attaque à la grande lessive et à essayer de sauver mon falzard neuf à 250 euros à grands coups de seamgrip. Son pronostic vital est engagé, je ne sais pas s'il survivra. J'ai mis trop de colle, elle ne sèche pas. J'espère que demain matin, la prise sera assez solide.

 

Le confort du refuge est médiocre (hier j'aurais aimé pourtant en profiter). 

Je me balade un peu en bare-foot à m'éclater les dessous de pied et donc je ne vais pas bien loin. Je cherche juste une hauteur pour avoir un peu de réseau et appeler Sabine, histoire d'avoir une meilleure discussion que celle d'hier soir dont je ne suis pas du tout satisfait.

Une seule petite barre intermittente et pas mal de vent, en équilibre sur une proéminence avec le téléphone à bout de bras, ça ne marche pas bien. Il faut hurler pour s'entendre et je dois recomposer 10 fois le numéro pour réussir à compléter trois phrases. C'est encore pire hier soir, énervant. 

On se rattrapera plus tard pour la communication et la transmission des sentiments...

 

Le couchant sur Jokulgilstindar est majestueux et magnifique. Juste 1337 mètres, à peine 20 mètres de plus que mon Sauðhamarstindur à moi d'hier. Il dégage une impression de puissance digne d'une très haute montagne en dominant la mer de nuages.

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Bon, alors quelle direction je donne à mon voyage maintenant?

Va falloir y penser.

 

Trois jours de bouffe, il me faut choisir. Je ne pourrai pas tout faire. Soit je passe directement à la partie finale prévue avec l'ascension de Jokulgilstindar. 

Tendue, hein? Et avec mes deux shoots de ces derniers jours, je n'ai pas envie d'en prendre un troisième. En choisissant cette option, je retourne en ambiance "haute" montagne mais ne rentrerai jamais dans le secteur coloré central du Lonsoræfi.

Pourtant la voie d'accès est prometteuse de sensations fortes et de visuels sensationnels. En traversée, ça sent le nouveau carton. Pas envie de revivre un truc pareil aussi vite.

 

Autre option, retourner sous Sauðhamarstindur, et reprendre de sous ma falaise maudite à travers les champs colorés. 

De là, le plan initial d'accéder au Vatnajökull n'est plus viable puisque je n'ai plus assez de marge de sécurité pour en sortir en temps et en heure.

Alors de Mulaskali, il me faudra prendre le sentier que je connais déjà, le trek commun du Lonsoræfi vers Egilssel. De là, je partirai plein est vers la Viðadalsa réputée splendide où je ferai le point.

Si tout va bien, il me restera alors 25/30 km pour rejoindre la route 1 par delà le glacier Hofsjökull et une des vallées descendant vers l'est. Et une journée d'autonomie de bouffe. Un bon calcul pour une fois. Le tout, c'est qu'il n'y ait plus de hics. C'est pas possible, ça ne m'arrive jamais.

 

Putain, 4 jours de marche, je suis à 10 bornes de la 1. J'aurais pu rejoindre en une demi-journée la point où je suis ce soir. 

4 jours de marche et 40km de retard, soit deux jours. 

Niveau succès on a fait mieux. Cette année n'est vraiment pas des plus satisfaisantes.

Je vous jure qu'il y'a que le région de Fjallabak pour s'éclater en Islande...

Vraiment, la deuxième semaine vous en apportera une confirmation éclatante à Þorsmörk

 

Publié dans islande

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