04/09: Sauðhamarstindur

Publié le par bigfoot

Une journée qui m'inquiète particulièrement depuis que j'ai planifié ce parcours, la traversée du massif de Sauðhamarstindur.

Les courbes de niveau y sont très serrées. Je sais qu'il va y'avoir de sales passages à un moment ou l'autre.

Si tout s'était déroulé comme prévu, je serais déjà de l'autre côté ce matin à boire des canons au refuge de Mulaskali.

Sans vouloir lui prêter une phrase dont je ne suis pas sûr qu'il est l'auteur, Malraux aurait dit à ses conseillers en aménagement du territoire qui lui présentaient une note salée pour un projet de tunnel: "pourquoi construire un tunnel alors qu'il est si facile de passer par dessus les montagnes?"

Il a pas dû essayer de passer sur Sauðhamarstindur...

 

Ma chance: une météo ce matin d'exception.

Le chemin est indiqué sur la carte. Sur le terrain, aucun jalon, aucun piquet, rien, même pas un cairn indiquant le bon vallon à prendre.

Ce que je sais c'est qu'il me faut contourner cette grosse montagne, Mulatindar par la gauche via de grandes pentes herbeuses. Ayant ce matin une flemme monstrueuse, je ne peux me décider à monter directement sur les pentes raides qui bordent les petits ravins. Je remonte donc le principal pour rester tranquille au fond et m'approcher des flancs déchirés de milatindar.

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Ne montant pas d'emblée, je sais qu'au bout il me faudra monter très fort dans une pente encore plus raide. Peu importe pour le moment, il s'agit là de chauffer les mollets.

Voir comme ça tout le déniv qui m'attend d'un seul coup d'un seul m'a fusillé le moral. C'est vraiment pas la grande forme. La première partie de la montée ets affreuse, mi graviers-mi herbe. Je m'arrête tous les 10 mètres pour reprendre mon souffle. J'ai l'impression de monter davantage que de gagner en distance linéaire.

En me retournant, j'arrive à prendre une photo qui résume le début de mon voyage. Le pic au fond où j'ai été bloqué dans les nuages et qui domine la Hoffellsa. Au-dessus du petit bout de glacier (la partie que j'ai traversé), le col d'accès à la vallée de la Skynðidalsa et là maintenant sous mes pieds les pentes furieuses qui montent jusqu'au ciel.

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C'est fou comme les photos écrasent les pentes et les reliefs. Une vue vers l'aval de la Skinðidalsa, qui ressemble comme une soeur à la Hoffellsa. Je commence déjà à être bien monté. 

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Ce qui est ballot, c'est que je suis pas monté sur la crête principale... Et que je suis obligé de redescendre une bonne cinquantaine de mètres vers un pré magnifique où je ravitaille en eau.

Je suis désormais contre les parois de Mulatindar. Extraordinaire...

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And now rejoindre la crête principale par un vallon herbeux d'une raideur atroce. Le plus simple est de marcher dans le tout petit lit où tous les cailloux me partent sous les pieds. 

C'est pas dangereux, juste super pénible.

Ah... la crête... Quelle vue... Quelle sieste, j'ai fait les 2/3 de la première partie.

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Y'a redondance de photos mais c'est le premier endroit depuis le début de mon voyage qui m'assoit par-terre.

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Je touche au Lonsoræfi et à ses couleurs ubuesques. 

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Avec un petit bout des pentes d'herbe pour relever les couleurs.

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La montagne vient s'échouer à environ 800 mètres d'altitude sur un plateau moyennement incliné qui bascule ensuite brutalement vers la lambatungnaa. C'est ce plateau qu'il me faudra traverser vers le nord.

Rejoindre ce "plat" est corsé. La pente d'herbe se redresse très fortement et on progresse comme sur des marches d'escalier ou plutôt l'échelle de coupée d'un navire. Je vise les rares rochers qui sortent de l'herbe pour y reprendre des appuis stables et casser un peu la sensation de vide qui s'accentue en-dessous de moi.

Une fois au "col", il est temps de se reposer et de regarder les 600 mètres que je viens de monter avec mon petit plateau intermédiaire et la mauvaise crête que j'avais gravie en premier.

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Cest pas au programme mais il serait possible de gravir le pic qui domine en passant par la grande pente d'éboulis (je vous jure qu'il faut avoir envie...). C'est marrant, en photo ça a l'air lisse, comme laqué...mais non...

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Les nuages commencent à monter de la mer. Ce n'est pour l'instant pas menaçant.

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Encore une... Il faut dire que je fais un long stop pour me remettre de l'effort et s'il n'y avait pas de vent, je crois que j'y serais encore en train dormir.

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La crête qu'il faut suivre pour monter... On ne voit pas la fin plus raide...

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Voici donc mon grand "plat". Oui, c'est plat après la montée initiale.

Et là, pas à monter, il me faut traverser, juste traverser. Au fond derrière les montagnes, une des parties les plus accidentées du Vatnajökull

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Encore que traverser s'avère dans ces immondes éboulis plus compliqué je trouve que monter ou descendre. Les appuis sont trop glissants. On s'épuise sur la longueur puisque chaque pas nécessiet de poser le pied un peu plus haut que voulu pour le glissement du terrain consécutif t'amène là où tu le voulais.

Donc tu fais du déniv invisible à l'altimètre. Ca t'oblige une grande concentration et une contraction généralisée des muscles. Cette traversée n'a quand même rien à voir avec ma traversée stupide à ne jamais reproduire du Rjupnafell l'an dernier.

Ma chance surtout est de tomber sur des drailles à moutons (on peut dire draille en Islande?)... Le passage répété des moutons a tracé un véritable sentier qui a stabilisé sur un maigre espace dans ce bordel. On la devine un peu  sur la photo suivante.

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Plusieurs couloirs coupent la pente d'éboulis. En fin de traversée, en orientation nord-ouest, ils sont encombrés de neige. J'en ai deux à franchir qui nécessitent une vigilance absolue. Un premier de trois quatre pas quasi vertical puis un second d'une trentaine de mètres un peu moins raide mais tout aussi fatal en cas de chute. Ce qui serait quand même très con sachant que j'ai les crampons et le piolet sur le dos.

La neige est assez molle pour faire des pas dans le névé, mais c'est quand même limite. Mes bras sont tétanisés par l'effort sur les bâtons à la fin de la traversée.

Fin du "plateau". une petite remontée en bordure nord vers le nord est pour rejoindre le col sous Sauðamarstindur séparant le versant Skynðidalsa du versant de ma Jokulsa i Loni aimée et tant désirée. C'est au refuge au bord de ce flauve que j'ai prévu de faire relache cette nuit.

Le passage de cette remontée est (oh!!! miracle) indiqué par un cairn monstrueux. Pourquoi là? aucune idée. C'est tellement évident, en tout cas au moins que tous les autres passages jusqu'à maintenant.

Du cairn, sur des gros cailloux je contourne le versant nord du massif de Mulatindur en courbe de niveau jusqu'au col côté 875 sur la carte au 1/100000. Quelques longues traversées faciles sur des névés en pente douce 

La vue de l'autre face de Mulatindar est totalement différente, plus "classique".

 

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Vers l'ouest les sommets émergeants du Vatnajökull qui dominent le Lambatungnajökull. Tous les préfixes de ces sommets commencent par Goð laissant imaginer que les anciens y'ont décelé quelque présence divine (et non de jouets pour adultes, hein, soyons respectueux des dieux) comme à Þorsmörk (ça tombe bien, c'est là que je vais la semaine prochaine)

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Bon, ben quand faut y'aller, faut y'aller... C'est maintenant que les athéniens s'atteignirent et qu'au pied du mur on vit les maçons.

Enfin je vois le sommet 400 mètres au-dessus de moi. pour le rejoindre, il y'a plusieurs palier à emprunter. Comme souvent en Islande, il y'a succession de plateaux et de pentes raidissimes. Je rejoins avec mon sac à dos l'avant dernier plat 200 mètres sous le sommet. D'après la carte, c'est de là qu'il faut poursuivre vers l'est pour traverser le massif, juste sous la crête terminale.

J'abandonne le sac, remplis mes poches des gants et du bonnet et je repars pour le sommet en mode ultralight. Il est 14h00. Je veux être de retour au sac à 15h30.

Plusieurs barrières rocheuses coupent l'accès mais de nombreuses faiblesses de terrain permettent en jouant un peu avec le smains de monter vite et sans problème. 

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J'arrive enfin sur la crête sud terminale. Le paysage qui se dessine derrière est à tomber par terre. Une aquarelle de pastels tirant du blan vers l'ocre.

Le Lonsoræfi est sous mes pieds. C'est beau d'en bas. D'ici c'est encore plus incroyable... Quel patchwork de couleurs... Pourtant je suis un poil déçu. Les contrastes ne sont pas aussi vifs que dans mon souvenir. De smilliards de couleurs mais toutes sur le même ton. y'a pas un truc bleu ou rouge qui déchire les yeux.

Ouais, je suis blasé, je sais... Non, mais c'est génial, ces entrelacs de ravins, ces pans de ryolithes, ces montagnes enneigées au fond, (qui sont d'ailleurs le but ultime de ma semaine... c'est toujours beau d'avoir des rêves, cf les articles de dans pas longtemps, voire même la fin de celui-ci, surtout la fin de celui-ci en fait) et ces couleurs blanches rares.

Et juste dessous sur l'autre face verticale du versant que je viens de grimper, un petit glacier suspendu...

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Tout mon cheminement est sous mes pieds depuis le premier jour en commençant par Grasgiljatindur enneigé tout au fond. Le col derrière Mulatindar (contourné par le versant invisible) à hauteur du névé vertical d'où commence l'ascesion réelle vers le sommet. La mer est en arrière plan. c'est magique.

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Il n'est pas très difficile de suivre la crête quasiment sur le fil. La verticalité du versant nord me pousse quand même à rester légèrement sur ma gauche.

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Plus que quelques mètres faciles sous le sommet dont les roches sont composées de palagonite. J'aime marcher sur la palagonite, très abrasive, très accrocheuse pour les pieds et avec de nombreuses prises pour les mains si nécessaires.

Je vois quelques lignes horizontales blanches juste sous le pont culminant. Il s'agit en fait de glace... Il fait vraiment froid à 1320 mètres d'altitude...

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Et donc le sommet avec la crête suivie au-dessus du névé contourné du versant sud et les cristaux de glace juste là. La température est sensiblement en dessous  de 0°C.

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C'est vrai que je n'ai pas parlé température depuis le début du voyage... et bien, comprise entre 4 et 6°C au meilleur de la journée. Idéale pour marcher sur des terrains pentus tant qu'il n'y a pas trop de vent. Mon problème cette année d'ailleurs est la gestion de mes couches de vêtements, souvent en tee shirt lors des grands efforts mais à chaque ralentissement ou levée du vent je suis obligé de me couvrir de ma veste. C'est pénible de devoir toujours penser à sa couverture (je n'ai pas l'habitude de m'occuper de ça, presque aussi insensible d'habitude au froid que les autochtones du coin).

Je ne décrirai pas le paysage 360° sous mes yeux. Mieux vaut une vidéo.

Y'a tout, le Snaefell et le Vatnajökull au nord, le Lonsoraefi en-dessous, la mer au sud, les grandes vallées côtières...

j'ai changé d'appareil photo, toujours chez Lumix du fz-28 au fz-200. Il n'y a pas de comparaison possible au iveau de la qualité des photos... Par contre niveau vidéo, on entend beaucoup le bruit du moteur et les contrastes sont très faibles. Déçu par cette partie là mais bon un appareil photo, c'est d'abord fait pour faire des photos et là je suis très très satisfait du résultat (hors photos à très fort contraste style ravin à l'ombre et soleil en fond)

Vers le nord, le Snaefell tout au fond. Et devant les pentes du glacier que j'ai envie d'approcher de très près demain.

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Je regarde mon portable pour vérifier si j'ai du réseau et partager mon moment de félicité avec Sabine dont c'est l'anniversaire aujourd'hui. J'ai du réseau mais n'arrive pas à la joindre.

Je tombe par contre sur un sms de sa part qui m'arrache presque des larmes de bonheur. Je pleure pas parce que les Hommes, les vrais, ne pleurent jamais, n'est ce pas?

Et oh!!! c'est interdit de me faire chialer quand je suis au sommet de la plus belle montagne de l'univers. Ca me déstabilise et la journée est loin d'être terminée. Y'a encore du pas cool à affronter.

Et déjà la redescente pour commencer... Faut avoir la tête froide sur ce genre de fil. J'aurais jamais dû sortir mon portable en fin de compte. Je me sens fragile, vulnérable.

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J'ai mon portable mais j'ai laissé ma balise de détresse dans mon sac à dos... Futé comme choix si je me vautre. Il s'agit de rejoindre le sac maintenant, of course.

Et puis après...

Et puis après et bien ça mérite un article rien que pour ça...

Le moment d'anthologie du voyage, si on peut appeler ça un moment d'anthologie... Au moins un souvenir éternel...

Publié dans islande

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