04/05: la "presque" crête des Terrasses

Publié le par bigfoot

La crête des Terrasses est le prolongement de l'arête partant du Trou de la Bombe (tafonatu di campulleddu), seule balade vraiment aisée du secteur du col de Bavella, vers le sud et bocca Fumicosa.

 

Ce parcours a été "inventé" par Michel Fabrikant dans les années 60, Charles Pujos l'a démocratisé dans les recueils de topos publiés par l'ign.

A noter un point particulier dans les topos du dit sieur Pujos sur ign... Pour ceux qui connaissent. Il existe une proposition principale généralement bien décrite... Et puis dans un petit encart, il existe une proposition dite "pour les plus sportifs".

C'est généralement dans ces petits encarts que je vais chercher les idées les plus farfelues possibles. Alors, il faut savoir (je l'ai appris plus qu'à mon tour à mes dépends notamment dans la montagne de Cagna (peut être un jour je le raconterai, j'ai failli y rester)) que ces propositions sont généralement insensées pour le commun des mortels.

Ce type n'est pas normal. Il est un cran (et même) deux au-dessus du lot. Ces petits descriptifs sont incomplets et donnent juste une indication générale de la sortie.

En principe, en suivant ses propositions, vous vous engagerez dans la vraie aventure et à coup sûr dans des galères au mieux infernales, au pire insurmontables0.

Bon, vous voilà prévenus. Ceci dit, j'adore...

 

Philippe est un des laudateurs de ce parcours de la crête des Terrasses.

Charles le décrit comme une aventure en terrain tourmenté mais praticable... Ce qui, traduit en langage familier, signifie falaises, couloirs, chausse-trappes, cul-de sac et passages gazeux par milliers...

 

Philippe le parcourt depuis le trou vers le sud. Evidemment, je viens du sud. Je dois donc le parcourir à revers. En soi vous me direz que c'est pas bien grave. C'est ce que je disais moi z-aussi.

Sauf que la sortie venant du nord de la crête se fait par un tunnel. Oui oui, vous avez bien lu. Il parait que le passage est aisé à trouver venant de la crête, bien sûr puisque t'es sur un fil (ou presque) et que donc t'as pas trop le choix de folatrer à gauche ou à droite.

D'après Philippe, il est quasi impossible de trouver la sortie du tunnel de l'autre côté quand on ne la connait pas par un passage dans le sens traditionnel. Lui-même qui l'a parcouru plusieurs fois n'est pas sûr de pouvoir la trouver dans ce sens là.

 

C'est mon premier défi de la journée.

Rejoindre bocca Manzaghia depuis bocca fumicosa me fait déjà un peu réfléchir pour trouver un itinéraire idéal. Ce nouveau col est beaucoup plus étroit que celui de fumicosa et la vue beaucoup plus étriquée ves l'est.

j'adore ce brouillard du matin sur la Frassiccia.

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C'est juste au-dessus de ce col côté nord que doit se trouver le passage.

Les photos suivantes correspondent au sud vers bocca fumicosa, punta Samulaghia et punta di Ferru.P1160640 (Copier)

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Sur la photo suivante, le col, la paroi nord où doit se trouver l'entrée du tunnel et dans le prolongement la crête des Terrasses qui se termine au sommet au fond (punta Velaco). Je me marre déjà (moyennement) à l'idée du cheminement sur cette crête. Encore une fois, les euphémismes de l'inénarrable Pujos me font marrer... Tourmenté mais praticable... Ahahaha...

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Je me décide pour une exploration méthodique de chaque anfractuosité au fond de chaque couloir/cheminée/ravin.

Le col est large d'environ 200 mètres avant de plonger abruptement sur ses deux versants. J'imagine donc que je n'ai que ces deux cents mètres à fouiller. Ca devrait aller assez vite.

 

Deux heures plus tard, je pleure... J'ai pas trouvé.

Un tunnel est facile à trouver quand on voit la lumière de l'autre côté (style un pont autoroutier). Ben, j'ai pas vu la lumière blanche au bout du tunnel.

Je suis comme un con comme Gandalf contre la porte des mines de la Moria. Gandalf avait Frodon pour lui souffler la soluce. Moi, j'ai que mon autogonflant crevé pour me souffler dans les oreilles. 

Niqué le David... Pour voir le campanile Sainte-Lucie de près, le mieux que je puisse faire, c'est de zoomer.P1160644 (Copier)

Plus qu'à longer la crête tout en bas sur son versant Bavella... Vers le bas, c'est déjà moins marrant. Au fond le golfe de Valinco qui n'a pas changé de place depuis hier soir et devant l'hippodrome de Zonza (dire Tsonts' pour pas passer pour des pinzuti)

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La descente n'est pas spécialement agréable, plutôt raide mais en terrain forestier pour une fois peu maquisé. Quelques ressauts à contourner puis tout ça s'adoucit pour finir au bord du ruisseau de Velaco où l'on retouve même un bon sentier bien marqué.

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Ce n'est clairement pas le chemin qui me faisait vibrer que j'ai emprunté mais bon, on fait comme on peut. Ma satisfaction après la sieste et l'abreuvement de ma soif intense (je n'ai pas bu depuis que j'ai quitté la Frassiccia hier soir) au bord du torrent consiste à la vue d'un petit troupeau de mouflons...

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Plutôt que de rentrer direct au col de Bavella, je décide de remonter au plus près des pentes de la crête des terrasses et de rejoindre le trou de la bombe par un chemin un peu détourné.

En face enfin, les tours de Bavella se dressent de toute leur taille (voilà une des expressions les plus cons du monde).

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Plus je me rapproche, plus j'ai la sensation qu'il y'a des failles dans la forteresse des terrasses et qu'il est peut être possible de la rejoindre par un chemin non décrit dans la littérature.

A moi de trouver le passage le plus évident.

Je commence à monter franchement, découvre un petit chemin cairné par les mouflons entre les murailles (oui, bon ok, je sais bien qu'il y'a rien à découvrir à deux heures du col de bavella).

Et ça monte, j'y crois de plus en plus. Y'a comme un col qui se dégage au bout d'un long couloir. Ca va le faire. Juste au milieu, un immense rocher semble avoir le potentiel pour me gêner... Un potentiel certain, voire même un très gros potentiel.

Plutôt que d'abandonner loin de l'obstacle comme d'habitude, je me force à monter jusqu'à ce que je sois bloqué.

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Mais non, pas bloqué, y'a un tunnel passant sous la voute du gros rocher en appui sur un autre non moins gros rocher.

Au moins je suis content, j'aurai trouvé un tunnel... Rien à voir avec celui des terrasses où il est nécessaire de ramper (dit-on).

Après le tunnel, le couloir reprend sa dure montée vers le col.

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Je commence à prendre conscience que je suis sur un vrai sentier qui, même si ténu, est fréquenté en saison.

En arrivant au col, le paysage autour de moi me fait comprendre que je viens de sortir à bocca Velaco, la voie d'accès normale à la crête des terrasses. Sans l'avoir fait exprès, je suis allé beaucoup plus loin que je l'imaginais et arrive à mon point de sortie prévue.

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Bon, une fois au col, par une petite vire moyennement gazeuse on monte à Punta Velaco qui sera mon record d'altitude pour cette semaine corse à 1480 mètres.

J'ai une vue sans égal sur bocca fumicosa d'où je viens avec les punta Ferru et Buvone qui dominent le col.

J'en profite aussi pour voir la raideur de la pente sous le col que j'ai due remonter hier soir. Ca me permet de comprendre pourquoi j'étais aussi bouilli en arrivant au but.

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Maintenant que j'ai atteint la crête, je pourrais la reprendre dans le sens inverse de celui que j'avais prévu mais j'ai un vilain défaut qui me bride souvent. J'ai du mal à changer de plan en cours d'étape lorsque je n'ai pas d'obligation de passage contrairement à l'Islande où mes longues traversées m'imposent de trouver une issue.

Le col de Bavella n'est qu'à deux heures d'ici, strictement à l'opposé de la crête. Je me tiens une flemme de haut vol. Boaf!!! Time to go home, ça sent l'écurie.

Un petit regard sur le chemin des crêtes... Un bon beau bordel à pleurer sa maman, jen suis persuadé.

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La maison, c'est par là... Le col de Bavella dans la forêt sous les tours. L'Alcudina encore enneigé domine l'ensemble.

Tout à droite, le rieur (tu parles) Polischellu où j'ai eu mes premiers déboires il y'a trois jours de ça... Une éternité déjà... et dire que j'imaginais bien faire la liaison depuis là-bas en moins de quatre jours. 

Aujourd'hui, le le dis, je l'affirme, c'est du délire, c'est pas possible en mode gros randonneur. Si on veut le tenter, faut planquer du ravito sous des cailloux de cid de là lors de sorties préparatoires/exploratoires. Pas de tente, pas de matos d'alpi. Il te faut un sac à moins de dix kilos et une pharma remplie d'amphétamines et de cocaïne pour supporter le maquis.

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Un zoom sur l'Alcudina et les tours et il est temps de descendre.

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Allez!!! encore un petit peu de temps et une grosse sieste avant de se taper le sentier inondé et débordant de promeneurs du trou de la bombe.

Depuis le sommet de Punta Velaco... 

Un peu étroit quand même, je me rappelais pas... Comme quoi çan sert de revisionner avant d'écrire.

 

Descente par le même chemin puis j'essaie de rester au plus près de l'arête pour rejoindre la trou de la bombe.

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En cherchant bien sur la photo de dessus, il y'a une toute petite arche à la sortie du ravin de Velaco (article sublime de Philippe racontant la montée intégrale de la Carciara et du Velaco jusqu'au trou de la bombe... une sacrée aventure, du top niveau).

 

Puis le Trou de la Bombe par le sentier normal, un retour en courant presque au milieu de la foule bigarée, bruyante et suante... Je ne suis pas à l'aise sur ces sentiers surfréquentés. Pas du snobisme de ma part, je ne crois pas mais j'ai besoin d'espace, de sensations différentes. Je suis déjà bien assez souvent dans la norme tout le reste de l'année.

Je ne peux m'imaginer rester sur un sentier balisé en dehors d'un passage de liaison. 

C'est pourquoi je ne ferai jamais le gr20 en saison, ou Saint-Jacques.

Paradoxalement, c'est là, au milieu de mes semblables que je ressens la solitude immense. Dans mon maquis hideux, seul et griffé, bien que souvent désespéré, je n'éprouve jamais ce sentiment de solitude.

 

Bon, tirons jusqu'au col. J'appelle Philippe qui doit m'y récupérer. Ne le voyant pas venir depuis le bistrot du col au bout d'un temps certain, je me déplace pour remonter au col trouver du réseau pour savoir s'il a un problème. Evidemment, en retrait de la route à 50 mètres, je le vois passer... Je cours derrière lui sur la route mais il ne me voit pas...

10 minutes plus tard, il remonte et me trouve... 

Descente à Porto Vecchio pour du repos et un bon resto revigorant.

 

Demain dernier jour de détente sur un de ces lieux secrets dont Philippe a le secret dans son jardin du haut-Cavu avant de reprendre le boat...

Publié dans corse

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Corse sauvage 15/11/2013 18:16

David,

Je maintiens effectivement qu'il est très délicat de trouver le tunnel dans ce sens si tu n'y es pas passé auparavant dans un sens ou dans l'autre. Le premier problème est de situer précisément
Bocca Manzaghja, ce qui est difficile à faire, mais de mon côté je me réfère à la brèche accolée au versant Est donnant sur un affluent de la Frassicia et où l'on passe le plus souvent pour aller à
Bocca di Fumicosa (l'autre moyen étant de continuer vers le Sud sans passer la brèche et en restant entre les deux parois de la crête de Manzaghja). C'est dans la partie Nord de cette brèche qu'il
faut chercher l'entrée (sortie ?) du tunnel en remontant un versant raide mi-herbeux, mi-rocheux sur 40 à 50m d'altitude. Pas évident de toute manière...
Pour la suite, effectivement, il y a plusieurs traces possibles pour retrouver cette crête des Terrasses en partant du versant Velacu (Ouest), dont certaines assez gazeuses...
Amicalement,
Philippe.

bigfoot 30/11/2013 15:03



Ben voilà, j'ai plutôt cherché versant ouest... C'était trop facile d'accès, j'aurais dû me dire qu'il fallait se jeter dans le gaz pour trouver l'entrée. 


logique ici...