03/09: Hoffellsa et Lambatungnajökull

Publié le par bigfoot

Au réveil, beaucoup plus frais, j'analyse froidement ma journée d'hier.

 

Oui je pense que j'aurais pu passer en remontant dans la pente d'éboulis. Par contre sur le chemin indiqué sur les cartes, via les fameux gradins rocheux, je suis sûr que je n'aurais pas pu, trop exposé à mon goût.

 

Sauf que lorsque ça devient compliqué il est important d'avoir les bonnes dispositions mentales pour s'engager. Hier ce n'était pas le cas, je ne suis pas encore rentré dans "l'Islande attitude".

Et de me remémorer les voyages passés,à réfléchir aux états d'âmes de départ et le moment où tout bascule dans la féerie et où alors j'ose me confronter au "wild".

L'exemple le plus criant a eu lieu l'an dernier... J'avais du mal à me lancer dans les pentes du Tindfjallajökull ou Haskerðingur et puis en descendant dans le lit de la Ljosa sur le cul, il s'était passé un truc, un déclic, un interrupteur On/Off, le passage de l'ombre à la lumière.

Cette journée de la Ljosa est peut-être la plus exceptionnelle que j'ai jamais vécue en Islande. Avant cette glissade, j'étais si maussade. Jamais je n'aurais imaginé un tel renversement de situation quelques minutes avant.

 

Bon, là, j'ai glissé hier en haut de la montagne sur le cul... A part un pantalon neuf déjà bon à jeter à la poubelle, je n'en ai pas basculé pour autant au pays des merveilles. 

Ohhhh non!!! 

Parce que d'abord j'ai eu droit à un échec cuisant d'entrée de jeu. Tu te vautres après des jours et des jours d'effort, ok mais là, premier jour, je vois encore la mer et à la première difficulté, bing... j'ai déchiré le futal et mon orgueil en prime. 24 heures de retard après 24 heures de sortie. Moi, je vous dis, c'est un record.

Le pire c'est qu'il me faut retourner au bled de Hoffell pour contourner la montagne et remonter ensuite la valléee de la Hoffellsà. 

D'abord donc reprise de la piste jusqu'en bas, 7km de merde déjà faits dans l'autre sens. Au petit gué du départ, je tombe sur un million de quads qui remonte vers le glacier. Plus une bande de motards hollandais qui hésite à passer le petit gué. je leur indique le passage aisé (j'ai traversé sans me déchausser) 10 mètres en dehors de la piste (sur la piste, les passages répétés ont tellement défoncé le sol qu'il y'a un beau trou). 

Tu crois qu'y en aura un qui me dira merci, ne parlons pas du bonjour. 

Voilà, voilà... Si j'étais passé hier, je me serais pas frappé ces connards... Ma seule maigre (et désolante) satisfaction consiste dans le fait que j'en vois un qui se gauffre dans l'eau.

J'arrive sous Hoffell après deux heures de marche. 

Bjorn m'a donné un conseil pas con... Faire gaffe ici au paysan du coin. Si tu rentres sur ses terres, il te shoote... Bon, je sais pas si c'est avec des cartouches au poivre ou des chevrotines mais déjà que mon pantalon est troué, ce serait dommage d'y rajouter encore des courants d'air.

Je remonte donc par la route sagement à Hoffell... La Hoffellsà est de l'autre côté. La carte indique une route en boucle donc pas de problème pour traverser le village à priori. Sauf que la route est maintenant barrée et que tu te retrouves à pénétrer dans des cours de ferme.

Bon, sachant ce que Bjorn m'a dit, on va peut être pas tenter le diable.

 

Donc retour en bas au croisement, puis plus loin trouver une piste qui passera à travers les champs fertiles qui longent la Hoffellsà.

Une nouvelle heure perdue. La matinée est déjà morte. Si j'avais pu faire une journée double pour combler une partie de retard, c'était bien celle là, les autres à venir sont normalement psychotiques. mais y'aura pas de journée double.

Donc si pas de journée double, autant profiter de la normale maintenant que je suis de retour hors civilisation (à 15 minutes de Hoffell, certes).

Vallée glaciaire classique très large typique de toutes celles qui descendent sur la mer.

La piste traverse la rivière. Je n'ai pas envie de me taper un gué inutile, donc je reste en rive droite puisque je n'ai aucune raison de traverser tout au long de la vallée.

C'est sympa même si spongieux, accidenté alors que plat. Y'a plein de moutons et de canards.

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Il n'y a trop rien à raconter de cette remontée. C'est long, très long (env 10 bornes) et très peu dénivelé.

C'est certainement une balade à la journée très sympa pour qui aura envie de calme et de gros oiseaux.

Il ny'a qu'un drossage sur la rive droite à mi-parcours qui oblige un peu à mettre les mains si on veut pas se mettre à l'eau (et le gué si besoin il y'avait n'est vraiment pas méchant, mais alors pas du tout).

 

Et puis j'arrive sous ma montagne d'hier, sous le versant opposé à ma montée (faut dire que de ce côté, ça le fait pas).

Montagne déchirée, torturée... A gauche le Geitafellstindur que j'ai gravi... A droite le Grasgiljatindur et sa série de gradins qui m'a bloqué tout là haut. C'est à cause de cette cochonnerie que je suis maintenant ici à gambader dans les pré de la Hoffellsà.

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Quand je dis que la montagne est torturée... Là, y'a certainement eu une bouche éruptive... Il fut un temps...

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Je m'accorde de nombreuses siestes. Je n'avance pas. Ca ne m'inquiète pas vraiment. La deuxième journée est toujours la pire d'un voyage à pied. Donc finalement me retrouver sur un profil plat est peut être une bonne chose.

 

La seule entorse à la ligne droite de la vallée est une petite incursion dans un ravin tourmenté affluent. Forcément, il est de l'autre côté de la rivière et je me remplis les pompes de flotte en traversant sans me déchausser de cailloux en cailloux. Et oui, ça glisse le caillou mouillé, andouille.

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Très vite coincé dans le vallon, moins de 200 mètres de progression mais il est extrêmement beau, tourmenté, avec d'incroyables pitons acérés qui s'arrachent du lit.

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Qu'est ce que j'aime ces endroits inconnus, sans nom, jamais décrits. L'explorateur en culottes courtes...

Un peu de temps, du matos d'alpi ou canyon et il doit être possible d'ouvrir des millions de canyons en Islande, des endroits jamais vus, jamais explorés.

Si un jour j'arrive à passer au-delà de mon aversion pour les activités de groupe et de club et à apprendre les techniques nécessaires d'escalade, je me concentrerai sur ce type d'activité en Islande.

 

Retour sur la piste qui remonte vers le col séparant la Hoffellsà et la Skynðidalsa.

Je ne me lasse de profiter de ma montagne d'hier maintenant qu'elle est beaucoup moins menaçante, loin derrière.

La montée est désormais beaucoup plus raide, la piste déblayée au bull dans le champ de lave.

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Tout ce qui porte le nom de Hoffell quelque chose ne sera plus bientôt qu'un vilain souvenir. Une des dernières vues sur la vallée. La piste se devine en rive gauche. Je me demande quel est l'intérêt de construire une piste conduisant au col, sachant que derrière c'est le glacier...

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Parmi les curiosités du coin que je ne voulais pas manquer, il existe une cascade marquée sur la carte (et quand une cascade est marquée dans ce pays, c'est qu'elle est significative). Le nom du cours d'eau déjà indique le caractère vertical de la rivière: Fossdalsa (la rivière de la cascade).

Oui, cette cascade est magnifique mais ne m'émeut pas outre mesure (ça y'est je suis blasé). Ce qui m'émeut davantage, c'est qu'un sentier est marqué sur la carte qui permet de rejoindre le haut de la cascade depuis le fond de ma vallée.

Je joins la photo... Le sentier est censé commencer en rive droite puis continuer en traversée jusqu'en rive gauche.

S'il y'en a un qui lit le passage dans les falaises sans utiliser son costume de spiderman, je lui file ma liste de mes contacts sur meetic.

 

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Ca me rassure. Le passage est strictement impossible. Alors pourquoi le mien de l'autre côté l'aurait il été? Mon orgueil se rétablit.

C'est pénible, ces tracés aléatoires sur des cartes officielles. A croire que l'éditeur avait besoin de mettre des couleurs pour enrichir l'aspect visuel de ses cartes un peu trop monochromes.

C'est dangereux, à la limite irresponsable, puisque ça te pousse dans des directions où tu crois trouver un passage et t'es barré au dessus d'immenses falaises. Alors tu pousses un peu parce que t'es persuadé qu'un passage existe et te voilà "suspendu" au-dessus du vide au milieu d'éboulis croulants...

Mais j'ai noté sur les nouvelles éditions qu'il y'en a de moins en moins marqués. Heureusement...

En tout état de cause, quand vous planifiez vos voyages à partir de ces sentiers indiqués sur les cartes en dehors des zones connues, pensez que vous ne pourrez pas passer chaque fois et prévoyez un échappatoire et du temps pour faire demi-tour au cas où...

La meilleure des cartes: celle au 1/100000 du site de l'ign local. Toutes les falaises sont représentées. Un chemin répertorié sur les cartes modernes passant à travers sera sans doute une anomalie à éviter. Le reproche que l'on peut leur faire: elles datent des années 50 et n'indiquent pas les infrastructures récentes. Donc toujours utiliser plusieurs échelles et éditeurs pour avoir une information complète.

 

Une dernière de Hoffell et c'est la bascule de l'autre côté. a noter qu'au col il existe par contre une espèce de piste qui repart vers le haut de la cascade. Trop fracassé pour remonter là haut, il est temps de changer de vallée et d'avoir l'impression d'avancer un peu sur l eprojet initial.

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Du col, côté Skynðidalsa, ça donne ce bidule.

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La rivière est réputé très forte et hasardeuse à tenter à gué. Il est donc préférable de passer sur le glacier au-dessus d'elle. C'est d'ailleurs ce qu'indique les cartes (bon après ce que je viens d'écrire... pas sûr qu'il faille s'y fier) et j'ai déjà lu plusieurs descriptions de ce passage.

Ce glacier, c'est le Lambatungnajökull (il est question d'agneau dans le nom).

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Langue magnifique enchassée entre de profondes montagnes. Le glacier est apparemment en pleine régression.

Les conséquences pour le marcheur ne sont pas anodines. J'imagine qu'il y'a très peu de temps les flancs du glaciers devaient venir lécher les pentes supérieures du col. Aujourd'hui, rejoindre la base du glacier n'est pas simple du tout. Vers l'aval du col, il est impossible de le rejoindre. Il faut remonter un peu et sinuer dans la moraine très très raide qui le borde. Un peu comme pour le Bruarjökull, il n'existe en fait vraiment qu'un seul passage évident.

En contournant les dalles les plus verticales on finit par atteindre sans trop de difficultés la bordure du glacier.

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Chaussage des crampons... Je suis habiyué à évoluer sur des glaciers plats. Celui là l'est aussi mais pour rejoindre le centre, il faut d'abord semi-escalader une paroi latérale.

Pente à 30/40°, le piolet m'est indispensable pour me sentir serein dans la remontée des trente mètres de déniv qui me séparent du plat. Une glissade me ferait tomber dans une des crevasses en dessous. Elles ne sont pas profondes, c'est vrai mais une gamelle dedans et adieu Berthe...

Rien de bien méchant. C'est de la glace vive, les crampons et le piolet mordent bien. Je passe très facilement.

Maintenant que je suis sur le plat, je peux m'approcher des crevasses et les photographier.

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Un glacier sans crevasses, c'est d'un monotone...

Il n'y en a que sur la bordure sud.

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Aucune ne gêne ma progression. Je dois bien un peu zig-zaguer sur la première partie mais ce n'est jamais tendu, les crevasses ne sont jamais très resserrées. Y'a pas à sauter par dessus, y'a pas à marcher sur de fines arêtes avec l'abîme des deux côtés... Le pire glacier que j'ai jamais affronté,c'est le Mulajökull, le tout premier que j'ai traversé. Jamais je n'ai recroisé aussi dangereux et j'espère ne pas avoir à m'y refrotter un jour. Terrible expérience...

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Ma traversée doit être vraiment courte, moins de deux km. Le terrain est plat et la moraine en face complètement plate me laissant augurer des problèmes différents à la sortie.

Un petit-pot pourri de photos du glacier...

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Les premières, c'était pour faire croire que c'était dangereux...

Les dernières sont plus révélatrices du terrain en général.

 

La sortie est maintenant à quelques mètres. Par expérience, je sais qu'il faut vraiment aller le plus loin possible en bordure du glacier pour sortir. Dans l'axe, on se met dans les sables mouvants à coup sûr.

Et aussi bien sûr, plus t'es sur le côté, plus tu évites des bras de torrent.

Les moraines sont souvent bien pire à négocier que les glaciers eux-mêmes.

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Une dernière belle crevasse et la sortie ensuite...

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Je peux déjà le dire, la traversée de ce glacier aura été le passage le plus aisé de tout le voyage (hors pistes).

Sur la photo suivante, depuis la moraine, on voit bien la partie inférieure du glacier traversée et le col sous le pic.

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Je ne garde pas de souvenir du passage sur la moraine de sortie en rive nord.

Pas sympa c'est sûr, j'ai quelques réminiscences de passages croûlants et plus ou moins mouvants. En tout cas ça ne dure pas et très rapidement je rejoins les rives de la grosse rivière.

 

Voilà, ça, c'est fait... En voilà une qui est derrière moi. C'était un des obstacles importants du voyage (bien que je ne craigne pas vraiment les grosses rivières).

Et elle n'est pas aussi importante que je ne le pensais.

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Oui, j'en ai franchi par le passé des beaucoup plus méchantes. Peut être qu'en septembre avec les températures plus fraiches et toute la neige qui a fondu au cours de l'été, il y'a moins d'eau de fonte qui descend des glaciers (j'avais vu quelque part une photo d'un 4*4 avec de l'eau jusque sur le toit).

 

Je me tape quand même un sale petit gué avec de l'eau jusqu'aux genoux, très très froide. Le premier de l'année. La Lambatungnaà.

Gué qui finit de m'achever. Avec mon petit détour imprévu à cause de l'échec d'hier, j'en suis à trente bornes ou presque.

Le vent est présent dans la soirée. Il me faut trouver un petit endroit abrité pour planter la tente.

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C'est un très bel endroit pour camper, la tête de la Skynðidalsa, un peu sous le glacier.

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D'ailleurs, si j'avais su, j'aurais passé la journée de demain ici à dormir. Ca m'aurait économisé une certaine peine.

Même si je n'aurais pas accumulé des souvenirs qui me dureront jusqu'au jugement dernier.

 

Je vais même dire mieux, si j'aurais su, j'aurais pas venu en ce 4 septembre à venir. D'ailleurs, c'est le jour d'anniversaire de Sabine, je n'avais rien à foutre sous le Sauðhamarstindur.Il me l'a bien rappelé.

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