03/08: Þorsmörk (Rjupnafell - Krossa - Tungnakvisl)

Publié le par bigfoot

Dernière journée de la première partie du voyage. Je dois bien dire que jusqu'à maintenant, en dehors de mes petits problèmes existentiels du début qui ont fondu comme neige au soleil , je passe des moments exceptionnels.

 

Pour cette dernière étape, il fallait évidemment une journée hors du commun.

Je n'ai pas été déçu... 

Je ne trouve pas d'introduction à la hauteur de ce qui m'est arrivé ce jour là...

14h00 de marche, des centaines de mètres de déniv, plusieurs cols, la glace, les éboulis, une rivière en crue à traverser... le tout sous un soleil rare et des paysages à couper le souffle.

 

A mon réveil, je suis encore déçu à l'idée de devoir partir sur un plan b moyennasse à cause du mauvais temps de la veille au soir. Toujours à l'ombre, je ne vois pas le soleil.

Une fois dehors, Rjupnafell brille dans le soleil levant tel une canine (de ce que vous voulez).

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Je n'ai toujours pas la foi en levant l'ancre de remonter vers là haut et décide de poursuivre mon plan b pourri. Je rejoins le sentier au-dessus pour descendre sur Þorsmörk. 

Arrivé dessus, je regarde une dernière fois Rjupnafell avant de lui tourner le dos définitivement. 

Et là, un déclic mental se produit... Mais t'es fou ou quoi? T'as vu le temps qu'il fait? C'est le jour ou jamais pour tenter le passage de cet endroit fabuleux, alors range ta flemme au fond du sac à dos, sors toi les doigts et vas-y, vas-y, vas-y... tu n'as pas le droit de passer à côté de ça...

ca me rappelle un peu le coup de pied au cul que je m'étais mis sur les rives d'Oskjuvatn en 2010 pour aller canoter sur le lac.

 

Mais là les conséquences sont telles que cette décision va m'envoyer dans un baroud interminable d'exception. sans doute une des plus belles journées de marche de ma vie.

Donc d'abord remonter à Rjupnafell. Je n'ai pas précisé hier comme la pente était raide pour monter à ce sommet. A tel point même qu'ils ont fait des lacets sur le sentier d'accès alors que les islandais sont plutôt habitués au tout droit dans la pente dans leur façon de faire. 

On passe d'abord par une petite antécime avant d'attaquer le sommet proprement dit.

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Au cours de la montée s'ouvrent des vues exceptionnelles vers tous les horizons, là par exemple vers le fameux Eyjafjallajökull.

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c'est une sacrée montée pour l'Islande que ce Rjupnafell même s'il ne culmine qu'à 830 mètres. Plus que quelques mètres pour profiter du panorama 360 qui m'attend.

Notez les pentes... on va pas tarder à en reparler.

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Donc le sommet... photo inverse de la précédente avec le point sur le sentier où je l'ai prise tout à l'heure.

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Somptueux... On dit que la plus belle vue d'Islande est au sommet de Sveinstindur. Ici à Rjupnafell, c'est déjà pas mal... Et d'ailleurs j'aurai bientôt l'occasion de comparer.

Maintenant vers le nord ouest la vallée de la Þronga et le bosquet d'arbres de ma descente débile tout à gauche et le Tindfjallajökull.

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Le nord-est, la Þronga toujours et la crête parcourue hier. La Ljosa un tout petit peu plus loin. Torfajökull au loin...

D'en haut, je vois sous mes pieds l'intégralité de mon parcours depuis  seux semaines.

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Et vers l'est, plus angoissant, le vallon de Mogil et à sa droite la crête que j'envisage vers le Krossarjökull. Et ben, c'est pas gagné. Qu'est ce qu'elle est loin et basse cette crête...

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Une étude prolongée du sud vers les glaciers et ravins m'oblige à admettre qu'une remontée vers le col de Fimmvorðurhals par le long du glacier Hrunajökull sera excessivement compliqué.

D'ailleurs d'emblée je n'y crois déjà plus. Je rentrerai à Þorsmörk par le bas des vallées. A posteriori c'est con ce choix. J'aurais peut être au moins pu essayer en deux jours. Mais dans mon esprit, je voulais boucler dans la soirée et n'envisageais pas de passer un jour de plus dans la pampa. L'envie de goûter aux charmes de Reykjavik un samedi soir a, à ce moment là, prévalu à mes envies d'aventure. Et puis, bon, pas de regrêts, ça m'a permis des rencontres sympa par la suite...

Le panoramique du sommet... A 20 secondes, la longue langue glaciaire du Tungnakvislarjökull et juste à droite la petite émergence du Hrunajökull par lequel j'envisageais un passage. Ca le fait guère, hein?

Il s'agit maintenant de descendre le versant est de Rjupnafell au pentes redoutables. Quand j'imagine que j'ai commencé la descente hier soir dans le brouillard, c'était d'une débilité incommensurable.

Mika m'a dit que Rjupnafell se traverse de l'ouest vers l'est sans difficultés majeures...

C'est là qu'on s'aperçoit que chacun a son échelle de difficultés. Ou alors c'est que je me suis gourré, que j'ai dévié.

Et c'est ce qui s'est passé en fait, je me suis laissé emporté vers le nord est au-dessus du ravin de Mogil alors qu'il fallait tirer davantage sud est pour rejoindre la crête visualisée plus tôt.

Pourquoi avec une telle visibilité aussi parfaite j'ai pu commetre une telle erreur? Sans doute que les pentes commençaient un peu moins raides dans ce sens, que j'avais la sensation que ça avait l'air plus simple en bas, moins pentu et qu'en traversée ce serait simple...

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Sauf qu'à mi-pente, je me suis aperçu que j'étais engagé dans une belle galère. 

Foutu, impossible de descendre plus...

Alors j'ai pensé qu'en remontant un peu puis en partant en traversée vers le sud, ça se passerait à peu près bien. Sauf que, et pourtant je le sais... Dans les pentes aux raideurs excessives, ça se fait correctement dans le sens de la pente en descente ou en montée, mais en traversée, c'est terrible.

Terrible, effrayant que cette petite demi-heure de solitude absolue. Longtemps que je n'ai pas été effrayé à ce point.

Lorsqu'il y'a de l'herbe, le sol tient à peu près, les cailloux et la terre stabilisés par les racines. Là où je suis, il n'y a quasiment pas de végétation, tout glisse sous mes pieds.

Oui, là j'ai vraiment peur. Je suis en colère contre moi même et de m'être engagé dans ce piège. En bas j'imagine une bête cachée sous la terre aux crocs monstrueux. Rjupnafell est sans doute l'une des dents de la bête.

Je suis en colère aussi connement contre Mika et son idée de traversée, ce qui est je le sais d'une débilité profonde mais c'est toujours plus facile d'en vouloir à quelqu'un qu'à soi-même. Ce n'est tout de même pas lui qui m'a envoyé dans cette merde. Mais bon dans le stress, je ne peux m'empêcher de lui en vouloir.

Chaque pas, je perds presque un mètre en glissade dans un nuage de poussière soulevé par les mottes qui partent dans le vide.

Au bout de 10 minutes, j'ai les cuisses tétanisées, remplies d'acide lactique, tellement je suis crispé, tellement je force pour tenir dans la position. Je marche avec le coude posé contre le sol tellement c'est raide.

De temps en temps, un rocher plat se trouve au milieu de ce tas de terre et de graviers. La première fois je me dis que je vais pouvoir m'assoir dessus pour récupérer au niveau des cuisses et recouvrer un peu de sérénité.

Quelle erreur... La pierre est juste posée sur le gravier. Ca équivaut à une plaque de neige posée sur une sous-couche gelée qui décrocherait sous le poids du randonneur.

A peine le cul sur le rocher qu'il part comme une luge dans cette pente débile... J'arrive à stabiliser l'ensemble deux mètres plus bas. Niveau récupération de la sérénité c'est pas gagné avec ce genre d'incident.

Putain!!! la peur... Je sens la gorge qui se noue, la boule à l'estomac, les larmes sont pas loin... Merde!!! Merde!!! Merde!!! C'est pas possible d'être si con...

Mais combien fait cette pente instable de gravier de merde??? 50... 60°???

La photo rend pas, c'est raide... trop raide... et en bas de la pente, le ravin si je pars au tas...

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Mais bon, petit à petit, je sors de cette zone d'angoisse. Dans l'herbe, je suis déjà beaucoup mieux, je rejoins un petit collet au sud-est de Rjupnafell.

 

Et quelle n'est pas ma surprise d'y découvrir un petit sentier bien net venant de l'ouest. Coment n'ai je pas pu le voir à la montée? Après coup d'ailleurs en discutant avec Mika de ce passage, il m'a bien confirmé qu'il ne fallait pas monter jusqu'au sommet mais emprunter un sentier plus bas au sud. J'avoue que je ne vois pas où se trouve le départ de cette sente.

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Bon, profitons un peu maintenant du paysage. et ce nouveau sentier avec même parfois une balise sur des points clé... Ben ça alors...

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Voici donc Rjupnafell et la pente où je suis fait si peur... Ca rend pas du tout.

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Il reste un bidule bien pentu encore à contourner mais sur cette fameuse sente étroite et je serai sur la crête entre les ravins de Mogil et de l'énorme Krossa, fléau des automobilistes se rendant à Þorsmörk.

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Voici le Krossarjökull... Oups, pas fait pour las amateurs comme moi, celui là. Mon idée est de rejoindre la base du glacier et le traverser en bas sur la moraine ou ses premières pentes glacées à la rigueur.

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J'en profite pour faire un bon stop dans l'herbe douce au milieu des pissenlits pour me remettre des sales émotions précédentes.

Ce sera simple sur les prochaines minutes. La crête qui m'apparait maintenant est du même style que celle d'hier, large et facile avec juste de temps en temps quelques cailloux rigolos à contourner.

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En dessous de moi, la Krossa... Que ces montagnes sont belles... et difficiles...

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En avant sur la crête, il faudra trouver d'ici la fin le moyen de descendre au fond du ravin.

C'est si impressionnant par ici que pour une fois je suis bien content d'avoir une trace à suivre. Sur le sentier il n'y a que quelques rares traces de pas récentes, en fait sans doute celles d'un petit groupe de trois ou quatre personnes. et puis c'est tout. Peut être me donneront elles une indication sur le chemin à suivre pour descendre.

Suivons là jusqu'au bout maintenant, j'en ai pour deux bon km de tranquilité relative.

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Encore une photo fleurs et glace... Ce contraste est si beau...

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La crête, donc plutôt tranquille, assez peu marquée, beaucoup moins tendue que celles que l'on peut rencontrer dans le landmannalaugar.

j'essaie d'ailleurs d'établir une hiérarchie de beauté et de sensations entre Landmannalaugar et Þorsmörk... Pas facile. Tellement différents, finalement incomparables, Landmannalaugar vainqueur par ses couleurs et sa géothermie, Þorsmörk vainqueur par la majesté des montagnes et des glaciers environnants.

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Encore une vue arrière sur Rjupnafell (faut dire que cette montagne m'aura marqué). Je comprends mieux mon flip maintenant.

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Comme je le disais la veille, une des caractéristiques marquantes des montagnes de Þorsmörk est la présence d'une multitude de tafoni. 

La montagne entière est percé de trous. Parfois petits comme sur la photo suivante mais aussi parfois avec de très grandes arches sur des pans de montagne. 

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Par le p'tit trou...

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Une des innombrables arches.

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Mais c'est que c'est plus que beau... Si j'avais pas merdé plus haut, ce serait la journée parfaite.

Faudra quand même trouver une solution d'ici pas longtemps, je suis pas loin du bout.

On le voit mal sur les photos à venir mais en plus des dizaines de trous dans la montagnes, certains pans sont complètement composés d'orgues basaltiques immenses.

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Je n'ai finalement pas trop à réfléchir pour trouver le chemin de descente. Il n'y a qu'une seule possibilité pour y parvenir.

D'une raideur assez impressionnante, vraiment pas accueillante, elle se compose d'une accumulation de rochers instables superposés. Sans les traces de pas qui s'y engagent, est ce que j'aurais osé m'y engager? Je ne sais pas mais à part abandonner et faire demi-tour, avais je vraiment le choix? 

C'est là que souvent me viennent des questions sur le niveau d'engagement d'une aventure. Suis je vraiment engagé? Pour moi, l'engagement commence au moment où l'on ne peut plus faire demi-tour. Quand bien même t'es à une semaine de marche de ton point de départ et tu te retrouves face à un obstacle insurmontable, tu n'es pas engagé, tu as la liberté de faire demi-tour.

Si tu attaques l'obstacle ne serait ce que de 10 mètres en désescalade en dévers, c'est fini, t'as plus le choix, il faut tu ailles au bout de l'obstacle, tu n'as plus la liberté de décision, faut aller au bout. La distance n'est pas un critère d'engagement... La solitude non plus...

Tout à l'heure sur mes 500 mètres de traversée sur Rjupnafell, oui, je me suis engagé. Une fois dans le travers, je n'avais plus d'autre choix que d'en sortir d'un côté ou de l'autre en prenant un risque. 

L'engagement en Islande souvent pour moi correspond aux traversées de grosses rivières. Tu traverses, tu te mets en danger à chaque fois. T'es dans le courant, t'as plus le choix, faut se battre avec la rivière. Et une fois que t'es passé qui te dit que tu pourras retraverser si besoin? Par exemple je repense souvent à l'histoire d'"into the wild". A l'aller tu passes, au retour t'es bloqué, t'es foutu, t'es mort.

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Ce passage est marrant. Il est protégé par un énorme troll de 20 mètres de haut avec un nez de Cyrano de Bergerac.

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Bon quand faut y'aller, faut y'aller... Le problème de l'engagement, c'est que c'est lorsque tu es engagé que tu te rends compte que t'as plus le choix, que ta marge est restreinte et que tout incident risque de prendre des proportions dramatiques.

Quand t'es passé, t'as peut être eu beaucoup de bol mais tu le sais pas.

Quand t'es pas passé, c'est qu'y a un truc qui a merdé mais t'es plus là pour le raconter.

Là je crois que c'est un passage un peu stressant mais vraiment pas très dangereux. Pas un brin d'herbe, un paysage d'une austérité phénoménale. La montagne de Mofell me domine du haut de ses orgues.

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Autant que faire se peut, je descends dans l'axe du ravin tantôt en rive gauche tantôt en rive droite. il faut absolument éviter de marcher trop haut sur les pentes au risque de déclencher des avalanches de rocaille.

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Quand je regarde vers ma gauche, je me sens un tout petit garçon devant cet empilement instable de rochers.

De temps en temps, un de mes pas déclenche un méga ébouli d'une dizaine de mètres qui me paralyse sur place. Les roches dévalent autour de moi sans me toucher.

Le plus simple est souvent de se mettre dans le sens de la pente et de descendre en glissant sur les rochers en sautant régulièrement en dehors du glissement et attendre qu'il se stabilise avant de recommencer la progression.

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En fin de parcours je me suis amusé à filmer une petite minute de la progression sur ce terrain sachant que je ne risquais plus rien vu que j'étais en bas et la pente moins raide. Je pouvais me permettre d'être moins concentré.

Le couloir de descente dans toute sa longueur...
En haut le troll Cyrano... Pfff, il était temps d'arriver en bas.
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Et bien voilà, tranquille... Facile... 
Je suis au pied du Krossarjökull. Si j'étais engagé, me voilà désengagé...
Reste à savoir si en montant dessus, je vais pas me remettre en difficulté.
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Ce Krossarjökull... passage pourri s'il en est.
Mon idée est de passer dessus juste pour contourner les rivières qui en découlent, ce qui est déjà pas mal vu à quel point il accouche de monstres ce sale type: la Krossa énorme dès sa naissance et un affluent innommé qui pert vers le sud dans une autre vallée. Le glacier dans sa descente incontrôlable vient s'éclater en face sur une montagne en proue de navire fendant le glacier appelée Eggjar. Le glacier s'étale alors des deux côtés en une sorte de fourche.
Mon idée est de passer de l'autre côté sur l'autre den de la fourche.
La marche sur la moraine est épouvantable, sables mouvants et encore pire croulants. Des plaques de glace cachées.
J'essaie de monter au plus vite sur le glacier. Au moins je ne glisserai plus avec les crampons.
Le problème est que totu en bas du glacier, je n'ai qu'un mélange de terrains entre glace vive et saloperies charriées par le bidule. Ce qui me fait dire qu'il est très puissant, c'est la quantité de matériaux déposés ici. 
Je n'ai pas l'intention de faire des folies sur ce glacier. A la rigueur si je passais incognito sans réveiller les trolls locaux, ça me poserait aucun problème.
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Le glacier, même tout en bas n'est pas du tout plat. Je demande pas une surface comme un champ de blé en Beauce mais pas des montagnes russes.
On ne peut pas parler de crevasses mais la glace est creusée de profonds sillons, ce qui m'oblige à taper du piolet pour avancer.
Bon je dosi dire que je suis pas près pour affronter ce genre de monstre. Qu'est ce que c'est impressionnant. Des cascades tombent de partout sur les côtés du glacier.
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Me voici à cheval entre les deux parties du glacier.
Maintenant faut redescendre assez haut pour rester sur la rive gauche et j'aurai contourné les rivières du Krossarjökull. Et il est temps parce que je suis vraiment pas à l'aise sur ce sale terrain. Je déteste définitivement les bordures de glacier.
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Ah ben ouais, c'est pas franchement mieux de ce côté...
Mes crampons vont sortir dans un état déplorable après ce passage de merde.
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Les cascades dans cet environnement de glace sont splendides.
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Je ne suis pas qu'un peu satisfait de la sortie de ce bordel après un peu plus d'une heure de marche chaotique.
J'ai réussi à passer du bon côté, je suis tout bon.
Oups, sur Eggjar, le troll dragon vient d'ouvrir un oeil...
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C'est un pays de dingue...
C'est pas aujourd'hui que je le découvre mais c'est la première fois que je me confronte d'aussi près à de la vraie montagne en Islande.
Bon, il ne m'a peut-être pas repéré... Shhhhhhttt!!! filons en catimini.
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Et même changer de vallée au plus vite au hasard d'un tout petit col innattendu qui apparait de suite.
Je rejoins donc une nouvelle rivière, la Hruta.
Le secteur est dominé par une montagne encore plus belle que les autres, ceinturée d'orgues basaltiques orange.
On dirait une cathédrale, plutôt un monument érigé à la mémoire d'un dieu païen...
Un monument au paganisme...
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La Hruta n'est pas très large mais comme elle occupe un lit très étroit dans cette vallée encaissée et dénivelée, son courant est particulièrement fort.
La traverser de manière conventionnelle ne m'enchante absolument pas.
J'ai la chance de bénéficier à un moment donné d'un rocher surplombant au-dessus de l'eau à plus de la moitié du lit et d'un réceptacle d'herbe douce en face.
Un p'tit saut et roulé-boulé sur l'herbe tendre...
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Je m'octroie une putain de sieste méritée.
Je m'endors sans doute dix petites minutes du sommeil du juste. 
Vous ne pouvez imaginez la sensation de bien-être au réveil. Je viens de changer de dimension.
Je touche au bonheur. Je suis bien... ni plus ni moins... the big foot...
J'enlève les godasses, me mets torse nu pour tenter de rattrapper mon bronzage paysan consécutif à mon viro sur l'Etna du mois de mai.
Une paille dans la bouche, les bras croisés derrière la tête, je regarde passer les avions dans le ciel.
Des araignées me chatouillent de temps en temps en courant sur moi (c'est incroyable comme les araignées sont curieuses en Islande).
C'est étrange, enchassé entre deux glaciers puissants comme Þorsmörk semble bénéficier d'un climat aussi bénéfique. J'ai rarement senti une telle harmonie de la nature. Tout est sa place. Y'a rien à toucher, à modifier.
Mieux que Sveinsgil ou hauhverir? Oui peut être...
Bon faut pas croire que je longe un long fleuve tranquille. il y'a bien quelques sauts de terrain à affronter mais ça n'a plus rien à voir avec ce que j'ai vécu en début de journée.
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Devant moi apparait enfin la vallée de la Tungnakvisl, large, glaciaire moins torrentielle que les autres.
Euh... presque moins torrentielle... de loin la rivière me semblait facile.
A gauche je vois la surpuissante moraine du Tungnakvislarjökull. Je n'ai aucunement envie de me frotter à l'animal. Le Krossarjökull suffira pour aujourd'hui.
Un monstre dévale devant moi. Si veux poursuivre aujourd'hui, il faut que je trouve le moyen de la traverser.
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Avec un tel débit, il faut absolument qu'il y'ait peu de fond.
En milieu d'après midi avec une telle météo, je me retrouve avec une rivière au débit maximum.
Il faut aussi que je traverse tout de suite, avant la confluence avec la Hruta. 
Il suffira d'un seul affluent pour la rendre impossible à traverser.
Un endroit un peu plus large qu'ailleurs, un banc de gravier au milieu... C'est là ou jamais... Enfin pas jamais, mais il me faudra attendre demain matin si je ne passe pas ici à moins de décider de remonter sur le glacier, ce qui n'est vraiment pas dans mes souhaits les plus intimes.
Je parlais d'engagement... 
Et bien voilà... Quand t'es là au milieu de ce truc, que tu sens sous tes pieds le lit devenir plus profond, que les graviers te rebondissent dessus, que tu es arc-bouté face au courant pour résister, que tu ne sens quasiment plus tes jambes tellement elles sont fouettées par l'eau gélive qui sort du glacier 500 mètres plus haut, tu n'as pas le droit de céder.
Un mauvais geste, tu glisses, tu pars à la baille... et t'es quasiment foutu... Dans un tel courant pour se récupérer, se remettre à l'endroit et réussir à nager vers la rive, il te faudra pas loin d'un km. Alors certes là il n'ya pas de cascade mais dans quel état si tu y'arrives, tu ressors.
J'ai le souvenir du visage de la nana à Emstrur tombée dans la Þronga, comme si elle avait été passée à tabac. Et pourtant elle n'avait raclé qu'une grosse dizaine de mètres.
Les bâtons vibrent dans le courant, partent en arrière dès que je les soulève. Je sens le terrain céder sous mes pieds (comme on peut par exemple le sentir lorsque le sable se dérobe quand la mer se retire sur la plage autour de nos orteils). L'eau file entre mes cuisses à une vitesse hallucinante me donnant presque le vertige.
Quel soulagement de sentir remonter le fond du lit, d'atteindre la rive opposée.
Quel plaisir d'avoir le feu dans les jambes qui se réchauffent.
Quel plaisir d'avoir mal en sentant affluer le sang dans le bas du corps.
Allongé sur la rive, effondré d'émotion parce que j'ai eu vraiment peur... Engagé dans l'eau à ce point tu ne peux plus te retourner à un moment donnée. Je suis allé trop loin, je n'avais plus de marge, à la limite de partir.
Je me rappelle les mêmes émotions que ma traversée épique de l'Arnarfellkvisl en 2008.
Je crois que j'ai eu du cul, beaucoup de cul.
Je suis trop heureux d'avoir du cul...
Ca n'apparait pas sur cette vidéo, hein? Pourtant... pfff, il ne faut pas plus que ça pour se foutre en l'air à coup sûr.
Il suffit maintenant de descendre tout cool dans cette large vallée sur le lit de galets.
Au fond les montagnes hallucinées dignes de Lovecraft (en antarctique selon la vo si je me rappelle bien mes lectures d'ado)...
il me reste une petite angoisse à gérer.
Désormais, il est inconcevable d'envisager de retraverser la rivière. Avec ses multiples affluents, elle est devenue un monstre, surtout par cette chaleur.
Sur une de mes cartes au 1/100000, des passerelles sont indiquées vers les confluences entre Krossa et Tungnakvisl. C'est la seule solution pour traverser.
Mika me dit n'avoir rien vu l'été dernier à son passage.
Sur la photo satellite de lmi (l'ign islandais), les passerelles sont bien visibles, mais elle est datée de 2007.
Les autres cartes ne me montrent pas leur existence.
Je ne saurai qu'au moment.
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En descendant, je vois un peu mieux le bras descendant du Tungnarkvislarjökull poussant une formidable moraine devant lui.
Si j'avais voulu remonter vers Fimmvorðuhals, c'est là dessus que j'aurais dû traverser. Franchement aucun regrêt d'avoir changé d'avis.
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La Tungnakvisl finit par butter contre une avancée rocheuse sur sa rive gauche, ce qui m'oblige à m'écarter un peu du lit et à monter le long d'une petite colline.
Il existe un vieux sentier désaffecté en train de disparaitre.
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Le bas de la vallée est d'une rare beauté, les rives super accueillantes.
Je me régale... Je suis marqué par la sérénité des lieux... 
Je suis bien... juste bien...
Je marche comme dans un rêve, ailleurs... Je suis dans un autre monde.
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Je pense un instant poser la tente mais ce problème de passerelle me hante un petit peu.
et puis je ne veux pas m'arrêter. Je veux voir ce qu'il y'a après.
Je veux tout voir...
Chaque colline est un obstacle à mon regard. Je dois voir ce qu'il y'a derrière.
Je suis sous le charme total de l'endroit.
Rarement j'ai ressenti telle félicité...
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Petit retour en arrière... Où ai je déjà senti cet état de grâce???
Dans ma source chaude de Vonarskarð...
Ma première découverte de la Jokulgil...
Le sommet du Kambar vers le Laki...
La source cachée de Skaftafell...
La cabane des lacs de Lignin...
Le sommet du Grand Capelet avec soleil couchant en face et pleine lune montante derrière en parfait équilibre.
Les pozzines de bastélica...
... Et d'autres encore...
La Ljosa l'autre jour...
Je touche du doigt le bonheur.
Cet endroit se nomme Goðaland. C'est clair que c'est le pays des dieux. 
Je veux bien y planter mon chalet ici, quand bien même ce sera compliqué pour acheter mon salami chez bonus.
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L'instant de vérité n'est plus très loin. La rivière arrive en butée au fond.
Si la passerelle existe, elle est là, un peu plus à droite...
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Je repère un point blanc au bord de l'eau... Yes...
y'a la passerelle... and the winner is???
Flâner encore un peu avant de rejoindre la Krossa et la civilisation au refuge de Basar.
Un regard ultime sur la plus belle orgue basaltique de l'univers en dessous de Liftari.
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Seulement voilà, plus je m'approche de ma passerelle, plus je sens la douche écossaise approcher.
Cette marque blanque que je vois correspond à la rampe d'accès, c'est à dire une planche posée sur un bidon.
Je comprends très vite qu'il y a comme qui dirait un petit problème.
Je vois bien qu'y a plus rien derrière... que tout a été emporté, que c'est cuit, que je ne pourrai pas passer.
J'ai beaucoup beaucoup de mal à l'admettre.
Devant moi, y'a qu'un courant fou qui dévale... Je suis bloqué mais l'évidence n'arrive pas jusqu'au cerveau.
Je suis devant, complètement hagard, niant ce que je vois.
L'implication est simple, c'est ce qui est en train de passer dans les rouages de ma réflexion... Si ce que je vois est vrai, ça signifie que je suis planté, que pour aller plus loin, il va falloir récupérer un nouveau vallon, celui de la Hruna, traverser cette rivière bien sympathique au vu de son débit de fin de journée (la fin de journée n'est jamais le bon moment pour traverser une rivière glaciaire).
Puis trouver un passage pas trop pentu sur le ravin d'en face pour rejoindre le plateau derrière. De là, en errant vers l'ouest entre les accidents de terrain, rejoindre le laugavegur (enfin, son prolongement vers le sud) que je suivrai jusqu'à Basar. Il est 19 heures... Je suis pas couché.
Ce que j'ai vu est bien vrai... Je suis baisé. Mais je ne sais pas pourquoi, au lieu de camper ici dans ce site enchanteur sous lequel je suis sous le charme, je veux atteindre Þorsmörk ce soir. Je ne sais pas pourquoi, c'est le défi que je me suis astreint depuis plusieurs heures maintenant. Ce soir, je dormirai à Basar, un point c'est tout. Et peut importent les difficultés qui m'attendent encore, même après plus de 10 heures de marche.
C'est comme ça, y'a pas à discuter.
Rejoindre la Hruna, prendre son courage à deux mains pour se dessaper et se mettre dans la baille glaciale. Le courant est très fort mais le fond peu important.
Tout le vallon est à l'ombre. J'ai un peu froid après cette fraiche traversée.
Il faut se décider pour une faille dans le ravin en face. Il y'a un troll dans l'une d'elles qui me fait des clins d'oeil. Je décide de répondre à son invitation. Ca semble praticable.
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Je ne m'y attendais pas mais je me retrouve à marcher sur un tapis incroyable de myrtillers.
Je m'en tape une sacrée ventrée.
La montée est super raide mais là grâce aux racines des arbustes, le sol tient très bien. En moins d'une heure je sors du "couloir" au lieu-dit "Foldir".
Une petite vue de la Hruna... Elle mériterait pas elle aussi une petite exploration approfondie? Moi, je dis que cette vue n'est pas tombée dans l'oreille d'un unijambiste.
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Et j'ai la surprise de tomber sur un sentier et une pancarte toute pourrie sur laquelle j'arrive péniblement à lire Hestagotur.  
Ah... Pourquoi pas, ça doit bien finir par descendre en bas...
Erreur... vingt minutes plus tard, le sentier bifurque définitivement du mauvais côté, c'est à dire vers la Tungnakvisl. Demi-tour... Reprise du sentier dans l'autre sens vers l'ouest pour rejoindre le laugavegur. Il est 20h, il serait temps de finir la journée.
The photo souvenir du voyage et on y va.
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Sur la vidéo suivante j'ai essayé de retracer l'itinéraire de la journée.
Le sommet pointu du début est Rjupnafell avec sa pente de droite où j'ai eu si peur.
A 18 secondes, le col avec la descente dans les éboulis.
A 36 secondes le haut du Krossarjökull puis la rivière large est la tungnakvisl.
A la fin je bouge un peu mais le vallon à mes pieds est celui de la Hruna.
Je vous dis qu'y a un truc à aller faire par là-bas juste sous le glacier...
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Enfin le Laugavegur, magnifique pour la partie empruntée. Mais qu'est ce qu'il est large... Il a été tracé pour marcher à trois de front.
Ca change...
Maintenant je suis au-dessus de la Krossa. Rjupnafell est toujours là.
14 heures de marche et à vol d'oiseau, il est à peine à 4km.
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soleil couchant à l'ouest (ce qui est la moindre des choses) sur la très sympathique (tu parles) vallée de la Markarfljot. Le petit sommet, c'est Valahnukur. je stopperai avant.
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La confluence de la Krossa et la tungnakvisl.
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Finir d'arriver à Basar.
Etrange... Je rejoins une piste, on est vendredi soir. Þorsmörk est une des destinations préférées des islandais. Des 4*4 sont garés un peu partout dès qu'une clairière s'ouvre au milieu des bois.
C'est un peu crad, des canettes trainent un peu partout, ce qui est étonnant dans un pays aussi clean.
L'odeur des grillades me chatouille les narines.
Je suis arrivé, l'objectif est atteint. Le parcours est over. 
Comme d'hab, je me sens pas à ma place, je veux faire demi-tour, repartir là où je me sens le mieux.
Mais bon, faut bien atterrir. Je passe devant un groupe de français en train de bouffer comme quatre comme d'hab.
Vais m'enregistrer pour la nuit et le bus de demain matin. Le gardien me demande d'où je viens. Je prends un malin plaisir à fanfaronner mon parcours des derniers jours. Les yeux écarquillés, il me dit que c'est pas possible, qu'on se comprend mal sur les noms. Me fait sortir la carte pour lui montrer. 
Toujours pas convaincu, je dois lui montrer des photos pour prouver que je mens pas.
Ca finit qu'il m'offre une bière et qu'on se marre un petit moment.
Ah ben voilà, c'est cool de revenir à la civilisation. De bonne humeur, en repassant devant la tablée de français, je lance un grand bonjour à la cantonnade.
Mais d'où tu viens à cette heure ci et patati et patata??? Et vous qu'est ce que vous faites et patati patata??? 
Sympathisation puis invitation à leur table... Ragout de mouton, picrate à volonté, dessert sans fin, et le petit brennivin terminal, quelques bières dans le cornet pour finir. 
Puis discussion à bâtons rompus sur nos expériences communes avec le guide français du groupe et son chauffeur islandais en sifflant encore quelques bières...
1h00 du mat, j'en peux plux... Bonne nuit... il est temps d'aller faire de beaux rêves, de se remémorer ce parcours d'exception de deux semaines que je viens d'achever.
Demain, retour à la ville et à la fête...

Publié dans islande

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alex 14/09/2016 17:15

Salut mec
Je lis ton blog et je me souviens de toi car c'est moi le guide en questions a thormork et la kjotsupa islandaise au plaisir de continuer a te lire...

bigfoot 17/11/2016 08:35

Salut Alex
j'avais pas vu passer ton comm (j'en reçois tellement (tu parles ;)). C'est vraiment un bon souvenir pour moi de vous avoir rencontrés. C'était quoi déjà votre agence, 66nord si je me souviens bien... Et puis y'a la soirée du lendemain :). Au plaisir de vous recroiser une prochaine fois mais je ne tourne plus trop dans ces zones là ces derniers temps.

support guides 22/09/2014 10:58

Look at the beautiful wilderness. But there are lots of death traps in there. I really appreciate you for going into a place like this and taking wonderful photographs. I have decided to visit and overcome this place. Thank you for inspiring me.