03/05: Carciara jusqu'à la confluence avec la Frassiccia

Publié le par bigfoot

Donc pour la première fois depuis une éternité, me voici en compagnie lors d'une sortie en montagne.

Comme convenu, Philippe m'amène en voiture jusqu'au ruisseau de Sainte-Lucie qui plus haut prend le nom de Mela et encore plus haut devient la Carciara jusqu'à sa source.

Petit aparté... je croyais être le type le moins soigneux du monde avec sa bagnole. Une bagnole, c'est fait pour rouler. Si elle a des bugnes de partout, c'est pas pour autant qu'elle roulera moins bien. En principe je fais juste attention à pas rester planté en équilibre sur un rocher. Evidemment depuis que je suis passé à la LOA, j'ai de graves problèmes éthiques avec ma conscience. Il faut que je fasse gaffe à ma boîte de conserve, mes loueurs n'ayant pas tout à fait la même philosophie que moi quant à l'entretien du "charafi".Et se faire chier à entretenir la corsa ecoflex, franchement, moi je dis c'est juste une perte d'argent et de temps. Tant que ça roule...

Bref, J'ai trouvé pire que moi. Quand Toyota dit que sa vieille corolla est indestructible, je peux dire que oui, elle l'est, vu de mes yeux vus... Rejoindre le parking de la rive gauche est déjà une aventure en soi...

 

Bon, on est ici pour relater les aventures non motorisées. Nous voici garés au bout de la piste.

Philippe m'accompagnera jusqu'à la confluence entre la Carciara et la Frassiccia.

Au-delà, à moi de remonter la Frassiccia jusqu'à sa source et rejoindre Bocca di Fumicosa. Philippe n'a jamais dépassé la côte 800 mètres faute de temps et d'après lui, le parcours ne se fait jamais. Ce sera sans doute la première de l'année et il ne pense pas que plus de 10 personnes s'y filent dans l'année.

Je vous dis pas comme la fierté me fait bomber le torse... ... Surtout quand on vient benoîtement de prendre deux cartons les deux sorties précédentes.

Le ruisseau de Mela serpente en dessous de nous avec de larges plages appelant à de longues baignades et siestes de fainéant.

Au fond la brèche de Carciara. Si tout s'était déroulé comme prévu, c'est exactement là que j'aurais rejoint la Carciara venant de Paliri dans le courant de l'après-midi.

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Est ce que j'aurais réussi ou osé remonter sans la présence de Philippe après trois jours de dingue dans le maquis? Je ne le saurai jamais.

Je ne sais pas si j'aurais tenté le passage de la brèche.

Encore une fois, ce que j'ai appris très rapidement sur ce terrain très maquisé, c'est qu'il faut au maxi partir pour deux jours et être en mode ultra light.

Pour moi, je trouve trop épuisant de se hisser dans ce bordel avec 15/20 kilos sur le dos et il faut absolument se régénérer mentalement entre deux parcours de tarés en buvant des bières à la terrasse d'un bistrot.

Remonter jusqu'à la brèche n'est pas très difficile, l'idéal étant de marcher sur les dalles au bord de l'eau. En ce début mai, il y'a un peu trop d'eau pour passer facilement partout et elle est trop froide pour se baigner.

Pourtant, il y'a de ces trous qui invitent à la baignade que même un chat voudrait s'y baigner.

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Je ne décrirai pas la trace, un parce que je ne l'ai pas mémorisée, deux parce que c'est fastidieux et trois parce que je ne ferai que copier le descriptif original de Philippe dont voici le lien concernant cette remontée.

http://corse-sauvage.fr/?tag/br%C3%A8che%20du%20Carciara

 

Comme on n'est pas ici pour rigoler mais pour de l'exploration sérieuse, nous nonobstons donc toutes les vasques pour rejoindre le passage marquant de cette rivière.

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C'est à dire la brèche que nous voyions depuis le haut de la piste au tout début.

Endroit incroyable s'il en est. Les parois sont transpercées de tafoni. Les deux falaises font plus de 100 mètres de haut et ne rentre pas dans l'objectif de mon appareil.

La rivière se frait un chemin dans un passage de moins de 50 mètres de large. Un immense chaos de blocs barre l'entrée.

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De nouveau la question ici de savoir si j'aurais pas jeté l'éponge en arrivant devant cet obstacle ou tenter un contournement via le maquis au-dessus de la falaise rive gauche.

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Le passage est en fait particulièrement aisé mais nécessite de changer de rive et aujourd'hui de se déchausser compte tenu de la hauteur d'eau, bien supérieure à l'étiage.

Savoir qu'ici a existé par le passé une exploitation de bois, retrouver les restes du sentier, découvrir à travers les ronces les murs de soutènement, une poulie de traction et des cables en acier, quelques marques de campement des ouvriers sous un énorme abri sous roche laisse pantois...

Mais pourquoi aller si loin chercher ce qui semble pousser à portée de main?

Sans doute il y'a cent ans à peine, le bois était il plus rare et les parties basses des ruisseaux complètement démaquisées sous l'action des innombrables troupeaux.

J'avais déjà lu que la place a manqué par endroits en Corse à une époque. J'en ai un témoignage émouvant sous les yeux.

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Après la brèche, la rivière s'étrécit un petit peu mais laisse place à d'aussi toujours belles launes à l'eau verte translucides... Quand je pense que je combats tous les jours l'eau verte dans ma piscine... Définitivement j'apprécie beaucoup plus cette eau là.

Je ne me baigne pour ainsi dire jamais dans ma patageoire... Je suis prêt à marcher des heures pour trouver un trou d'eau tel que celui et m'y baigner FKK (FreiKörperKultur (mon allemand progresse à une vitesse incroyable, qui l'eut crû qu'un jour ce soir possible))...  Va comprendre...

 

Cette falaise doit être un paradis pour l'escalade en passant à travers les grottes des tafoni.

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Le passage de cette brèche me donne la sensation d'avoir franchi une porte de non retour. Jusque là, je sentais le confort du retour possible rapide à la voiture. 

Désormais j'éprouve le sentiment de ne plus avoir le choix. Un clapet s'est refermé derrière moi. La sortie est devant nous.

Les rives sont plus abruptes.

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Tout à coup même les belles launes ne sont plus des invitations à la baignade. J'ai basculé dans le côté exploratoire, suis sorti de la balade à proprement dire.

Au contraire ces élargissements sont désormais des obstacles à la progression.

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Les enfilements de petites cascades se multiplient. Marcher sur les dalles surplombantes est un vrai bonheur. Le bordel des deux derniers jours s'efface devant tant de beauté.

Que je passe ou pas n'a finalement plus guère d'importance. La beauté grandiose et sauvage des lieux l'emporte sur toutes les considérations. 

et de toutes façons, l'engagement de cette sortie est excessivement limité, pouvant profiter de la logistique de Philippe. Je passe il me récupère au col de Bavella. je passe pas, je n'ai qu'à redescendre jusqu'à la piste de Tagliu Rossu.

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Un dernier regard sur la limpidité de la Carciara...

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... Et nous arrivons à la confluence avec la Frassiccia et l'obstacle majeur de sa cascade.

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Si je veux continuer il me faut trouver un moyen de contournement. Philippe l'ayant déjà remonté m'indique le départ qu'il a pris la dernière fois.

Nous passons un dernier quart d'heure ensemble à partager un copieux repas cacahuètes abricots secs puis nous séparons, chacun repartant vers ses occupations respectives.

Moi vers la très grande aventure... Mes chevilles gonflent? C'est pas grave, je dois déchausser pour franchir un petit pas pourri qui m'empêche de passer sur la rive gauche sans devoir mettre les pieds dans l'eau.

Lui vers le démaquisage de ses sentiers en voie de disparition pour rejoindre tous ces ruisseaux du Haut-Cavu. Car je ne vous l'ai pas dit mais un homme normal une fois à la retraite passe à des occupations de son âge, comme par exemple apprendre à jardiner avec la lune, ou calomnier sur les moeurs dissolus de la jeunesse d'aujourd'hui. Ben lui, non, il part sur les sentiers pour un combat perdu d'avance face aux monstroplantes du maquis corse.

Il me fait penser à ce manga de ma petite enfance "Jayce et les conquérants de la lumière" où le héros lutte face à des légions de plantes épineuses.

Et ben avec ta petite tronçonneuse électrique et ta machette face au déferlement infernal des ronces, bruyères, cystes et autres chênes ou arbousiers, tu es l'incarnation vivante de ce super-héro désespéré.

Quel moral de revenir constater quelques jours après le passage que la végétation recommence à recouvrir les sentiers reconquis de haute lutte.

Mais oui tu es persévérant... Les corses ne savent pas à quel point tu es un bienfaiteur de leur île. Ils devraient regarder le "fou" dans sa corolla 92 d'un autre regard et l'abreuver de pietra jusqu'à son dernier souffle.

 

Mais ceci est une autre histoire où je n'ai plus rien à voir, et ici, je n'utilise dans mes récits que la première personne du singulier en pur style narratif (encore que parfois dans l'emballement je puisse me laisser aller à la troisième personne mais là il faut pas hésiter à me rappeler à l'ordre (je compte sur vos comm ;) (qu'est ce qu'il faut pas faire pour rendre ce blog interactif)). 

Donc, nous ici, c'est l'aventure, la vraie, celle où justement des sentiers démaquisés on n'en veut pas (encore que dans les Ferriate, j'aurai donné ma corsa ecoflex pour 100 mètres de chemin).

Publié dans corse

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Corse sauvage 18/07/2013 11:18

D'abord, ma voiture n'est pas si pourrie que cela : elle a à peine 10 ans et 100.000 km (évidemment, avec 50% sur pistes corses, cela n'arrange pas !) et je pense aussi que cela ne sert à rien de
réparer des chocs de carrosserie qui n'empêche pas la voiture de rouler...
La remontée Mela - Carciara via la brèche que nos anciens appelaient "Strette della Carcia" est effectivement un des plus beaux parcours que je connaisse en Corse. A l'altitude d'environ 600m, on
se croirait en haute montagne mais avec des vasques où l'eau fait 22°C en été ! La brèche est assez incroyable et je me demande pourquoi aucun grimpeur n'est venu se frotter à ces parois (?).
Le tout dans une solitude permanente : je n'y ai jamais rencontré quiconque et j'ai compris qu'à Sainte-Lucie et Taddu Rossu il n'y a pas beaucoup plus de 5 personnes qui connaissent ces lieux et y
viennent. Le nombre de passages annuels y est ainsi très restreint !
Quant aux remontées des deux grands ravins en amont, Frassiccia (encore appelé Aracale) et Velacu (le ravin du Trou de la Bombe ou Tafonu di Cumpuleddu), si elles sont faites une fois dans l'année,
cela doit bien être le maximum...

bigfoot 30/11/2013 14:47



c'est bien ce que je dis toujours... Une boite de petits pois est toujours aussi bonne à manger même cabossée. Pareil pour une voiture.


Shhhtttttt... faut pas donner envie de venir ici... l'endroit est d'un accès terrible en voiture. ensuite c'est plus d'une heure de marche dans un maquis impénétrable qu'il faudra apprivoiser à
grands coups de machettes. l'eau en été est trouble et les vasques remplies d'algues vertes en putréfaction dégageant une forte odeur d'oeuf pourri toxique.


 


au vu des quelques sentes en haut de frassicia, je pense qu'il y'a un peu plus de monde qui descend vers le cours du torrent depuis bocca di fumicosa mais jamais en effet jusqu'à la confluence.


et le ruisseau qui remonte depuis velaco jusqu'au refuge de paliri, tu crois qu'il est souvent parcouru? parce que... ben, s'il y'a une trace de faite, je suis preneur pour la prochaine fois.