01/09: en route pour Hoffellsjökull

Publié le par bigfoot

Ce coup ci, y'a besoin du réveil pour ne pas rater le bus de Höfn.

Départ à 8h00 sous le hall de Harpa avec la compagnie Sterna.

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La ville est plus que calme à 8h du mat un dimanche matin. La folie furieuse du samedi soir ne finit toujours jamais avant 5-6 heures le matin.

Le centre-ville est une poubelle monstrueuse après l'orgie d'alcool de la nuit. Ne circulent dans la rue que des types comme moi à moitié dans le cosmos après leur demi-réveil, courbés sur le poids de sacs à dos trop lourds semblant porter toute la misère du monde.

Légère bruine, petite brise maritime glaciale, 4°C au compteur au moment de prendre le bus.

 

Nous sommes cinq dans le bus au départ. C'est clair que la saison touristique est déjà loin derrière nous.

Je me rends compte cette année que je commence vraiment à me lasser de ce passage sur la route n°1 dans le sud.

Les faubourgs de Reykjavik, les longues lignes droites, la grande descente sur les premières grosses fumées et les serres de Hveragerði, Selfoss ensuite puis Hella et Hvolsvöllur dans les grandes plaines où habitent Bjorn et sa famille.

Le premier arrêt touristique se déroule toujours à Seljalandfoss. Une petite demi-heure de pause pour laisser le temps de passer sous la cascade. J'ai honte d'être frustré de ces arrêts mais j'en ai marre de ces longs stops à cs endroits que je connais maintenant par coeur. Heureux ceux qui pour la première fois découvrent l'Islande. Pour les autres tels que moi plus habitués, il nous faut désormais des sensations beaucoup plus fortes pour nous enthousiasmer.

Pourtant cette année, je sacrifie au rituel 1/ parce que je veux envoyer un mms à Sabine derrière le rideau d'eau et 2/ parce que compte tenu du magnifique été passé, il y'a beaucoup plus d'eau qu'à l'habitude.

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Je sais pas pourquoi mais j'ai oublié la photo de derrière la cascade.

Ah oui, je me rappelle, il pleut à grands sauts maintenant.

Next stop, l'immense cascade rideau de Skogafoss que j'avais vu sous les cendres de l'Eyjafjallajökull la dernière fois.

L'herbe a reverdi (re-quiem) depuis et la cascade ici aussi est énorme. Les embruns de la cascade ajoutés à l'averse qui nous tombe dessus feraient friser la frange d'un chinois (je me fais des private jokes en vue des rencontres à venir).

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Puis la longue traversée Vik - Kirjubaejarklaustur - Skaftafell avec la traversée du sandur sous le Vatnajökull qui ne cesse de m'émouvoir en souvenir de la "terrible" traversée du glacier Skeiðararjökull en 2009.

Et donc de cette vision et de ses souvenirs, me remettre en tête la chanson de mes plus gros moments de stress.

Et il n'y aucune raison ne pas en faire profiter les autres et de souffrir seul en silence... Donc...

Short stop à Skaftafell avant une heure d'arrêt à Jokulsarlon. Un peu comme à Geysir, j'ai beau pleurer sur l'exploitation mercantile d'endroits aussi fascinants, jamais au grand jamais je ne pourrai me lasser du spectacle de ce site.

Exceptionnel toujours... Et en plus cette année, il y'a énormément de phoques jouant dans le courant du lagon juste sous le pont.

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Il fait excessivement mauvais ici... Je fais néanmoins mon tour habituel le long du lac avant de rejoindre la mer et assister au ballet des glaçons dans les vagues à l'estuaire.

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Je n'arrive pas à me décider si je préfère sous le soleil ou la pluie. Ce temps exécrable rajoute une touche dramatique à ce paysage déjà hallucinant.

J'aurais aimé voir les montagnes bordant le glacier. J y'ai longtemps réfléchi à propos d'un itinéraire très engagé sur des crêtes particulièrement exposées. Il y'a là derrière j'imagine quelques secrets bien gardés qui méritent une exploration très approfondie.

Ce n'est pas pour cette année mais je garde le projet dans les cartons au même titre qu'une traversée des crêtes de Skaftafell telle que Mika les propose dans son catalogue de voyages (et quelques autres).

 

Le stress commence à me prendre lorsque je demande au chauffeur de me déposer au carrefour de la route qui m'amènera au pied du glacier. A tel point qu'à chaque km qui passe j'avance d'une place dans le bus comme si je voulais gagner du temps, me jeter dehors comme un para du haut de son avion. Ca me fait penser aux sauts en canyon où il faut que je saute en premier devant tout le monde pour que la gamberge ne me prenne pas.

La route prend enfin la large courbe à gauche que j'attendais, signe que nous rentrons enfin dans le Hornafjörður. Tout au fond du fjord, après le pont de la Austurfljot, ce sera ma libération, mon départ vers le wild.

Je suis juste derrière le chauffeur lorsque celui ci tourne sur la route menant au hameau de Hoffell à 4km de là. Je sais pas pourquoi à ce moment je lui dis de stopper, que je veux marcher dès maintenant, alors qu'il partait pour m'amener jusqu'au bout.

Suis trop con, je me dis quand je le vois repartir sur la n°1. Ca m'aurait évité une heure de marche totalement inintéressante sur goudron.

Mais non, moi je suis un "pur" me souffle Sabine que j'appelle avant de disparaitre dans la nature. Je ne sais pas si j'aurais du réseau dans les jors qui viennent. C'est peut être notre dernière conversation avant une semaine. Pas un pur, un couillon qui a pas réfléchi au moment de dire stop.

 

Disons donc que ce sera mon sas de décompression entre la route et la civilisation (qui commence à être réduite à la portion congrue ici) d'un côté et les farouches montagnes qui se dressent au loin (pas si loin que ça) devant moi.

 

En avant...

Il ne pleut plus, il n'y a pas de vent. Les mouches détestables me tournent pas loin des yeux et du nez.

Une grande inspiration et dans mes poumons se répand non pas la douce fraicheur de l'air pur islandais mais au contraire, je ressens la terrible odeur du chlorure de sulfuryle que j'utilise bien souvent au boulot. 

Odeur mélange de soufre et d'acide sulfurique qui je pense n'est là que purement psychologique. J'en ai reniflé par accident un petit peu la veille de mon départ et cette odeur, une fois que tu l'as dans le nez, il est compliqué de s'en débarasser.

Enfin, j'ai les poumons qui brulent à l'instant de mon départ, augurant d'une forme physique d'exception.

Tout au fond à presque 10 bornes, le glacier où je planterai la tente ce soir. Il est 15 heures. J'ai bon espoir en y allant assez cool d'arriver vers 19h.

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Hoffell, la route fourche vers la gauche juste avant le hameau, laissant la place à une piste de gravier.

Un hôtel est situé ici avec une fausse source d'eau chaude qui ressemble vraiment une vraie. C'est juste parce que je suis le tuyau d'eau chaude que je découvre le leurre. Y'a des pédalos planqués sous une bache et un panneau annonce du pédalo dans le lac sous le hoffellsjökull, du quad et autres activités qui ne me plaisent pas trop.

En ce dimanche soir, 1er septembre , je devrais quand même être assez tranquille.

 

Un gué à traverser un peu hors de la piste pour ne pas avoir à me déchausser et me voici dans le sandur désolé sous le glacier. Je quitte la piste au plus vite pour bien profiter enfin de la nature sauvage et me rapprocher des montagnes.

Pas forcément une bonne idée puisque je marche à peine à 100 mètres de la piste mais sur des cailloux ronds tout pourris. l'intérêt? euh... Quelques cabanes sont planquées dans les arbres qui flanquent la montagne.

Premier souvenir islandais qui me saute à la gueule... La difficulté d'apprécier les distances. C'est toujours beaucoup plus loin qu'on ne le croit.

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A la fin de la plaine, je me permets quelques dizaines de mètres d'exploration dans un ravin adjacent sur ma droite, pas bien terrible où une piste vient mourir. On dirait les restes d'une carrière.

Un panneau de randonnée indique les chemins du coin. Le passage que je veux emprunter demain est marqué, et noté comme "very demanding". Sachant qu'il me faut toujours un peu de temps pour m'acclimater aux reliefs d'Islande et à leur terrain si particulier, je suis encore un peu plus inquiet. Ici, en Islande, c'est sentiers tout droits dans la pente (quand il y'en a, les sentiers, pas les pentes, ça y'en a à gogo), pentes donc excessivement raides et croulantes qui surplombent des ravins sans fonds.

L'objectif maintenant est de monter le plus loin possible au-dessus du glacier pour y planter la tente. Chaque mètre gagné ce soir sera écomomisé pour la journée de demain qui promet d'être monstrueuse, déjà.

Pas de sentier, je monte au jugé du mieux que je peux dans les fourrés, ce qui est quand même un comble en Islande que d'être emmerdé par de la végétation. Quand je pense que je sors d'une si terrible expédition épineuse en Corse dans le massif de Bavella...

Moins de cent mètres et une bonne gamelle sur une racine détrempée et glissante. Je m'ouvre profondément la paume de la main droite.

Pas de souffle, une grosse chute, une incapacité à trouver un semblant d'itinéraire, je vous dis que ça s'annonce sous de mauvais auspices. Je suis pas prêt, mais alors du tout du tout.

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Ma petite excursion dans les kékés est d'autant plus inutile que je rejoins aussitôt la piste qui vient de Hoffell, laquelle sinue le long de la rivière principale.

Je n'ai plus qu'à la suivre après avoir traversé la rivière d'une manière moins académique qu'acrobatique. Quelques ressauts et raidillons sur le chemin et j'arrive au presque couchant dans une belle plaine sympa coupée par un ruisseau. 

C'est là que je dresserai mon premier camp de l'année. 

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C'est moins simple qu'il y parait de trouver l'endroit idoine. C'est mouillé, moussu, jamais vraiment plat et qui plus est assez venteux.

Je finis par me planquer dans le lit du ruisseau à l'abri d'une petit butte. Avant que le soleil ne se couche, je cours jusqu'à un surplomb au-dessus du glacier où je profite de vues magnifiques sur le Hoffellsjökull (photos pour la journée de demain avec une meilleure lumière).

Au retour, je me pause un moment au-dessus de la plaine où je vais dormir, regardant passer cygnes, oies et canards dans le ciel.

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Regard aussi vers les nuages qui cachent la montagne que je dois affronter demain, mille mètres plus haut...

La nuit est calme, légèrement venteuse,sans pluie. Enfin, le voyage va commencer demain.

Publié dans islande

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Bifidusse 17/11/2013 14:51

Aaaaaaaaaah, le retour de Bigfoot :-))

Ça sent le gros foutoir. J'espère que tu en as profité quand même. Plus qu'en Corse...

bigfoot 17/11/2013 15:50



yes!!!


oui, ça a été le bordel... maintenant à savoir quel est le plus important entre réussir les projets initiaux et l'adaptation aux problèmes rencontrés et l'impro qui en découle. 


la vérité est sans doute entre les deux.


mon "carton" corse m'aura permis par exemple une rencontre sympa et la découverte de nouveaux ravins non imaginés au départ.


je me rends compte que j'ai des projets de plus en plus ambitieux mais souvent au-delà de mes capacités... donc une réadaptation à mon niveau est désormais quasi toujours obligatoire.