01/08: laugavegur (Hvanngil - Emstrur)

Publié le par bigfoot

Rarement je me serai réveillé aussi tard.

C'est bien simple, ils sont tous partis. Je suis seul avec les gardiens.

Je suis encore en train de plier la tente que ceux qui ont dormi à Emstrur arrivent déjà ici.

j'en profite pour refourguer à un groupe de français plus d'un kg de pruneaux d'Agen de Californie (l'aoc est vachement grande je trouve). Parce que si je me tape sur les trois jours à venir un kg de pruneaux, mon ventre n'y survivra pas et comme je suis super gourmand, je sais que je ne pourrai pas résister à la tentation. Aussi, en désaccord avec Oscar Wilde et son célébrissime "pour résister à la tentation, il suffit d'y succomber" (qu'est ce qu'il est bien ce bouquin: le Portrait de Dorian Gray), j'abandonne le matos pour pas le bouffer.

Je prends mon temps parce que j'ai pas envie de démarrer ma journée. Je l'appréhende d'une force celle-là. S'il y'a une journée de merde potentielle hors météo dans ce voyage, c'est bien aujourd'hui.

En fait je dois prendre la portion du laugavegur jusqu'à Emstrur et traverser le ravin de l'emstrua, parfaitement infranchissable ailleurs que sur la passerelle du sentier.

Cette partie du laugavegur est la moins intéressante avec une longue traversée de plaines  et le contournement de quelques volcans moussus. C'est beau sur la globalité mais alors à pratiquer, qu'est ce que c'est long.

Hors sentier tu peux trouver intéressant à faire de la navigation ou découvrir de nouvelles choses mais là tu n'as rien de nouveau à découvrir qui ne soit déja décrit et archi décrit. Evidemment, il serait possible de sortir du sentier et de tenter de nouveau itinéraires potentiels intéressants avec la markarfjlot à proximité d'un côté ou alors de froler le glacier de l'autre.

Mais je n'ai pas envie. Je veux essayer de rejoindre le secteur de Þorsmörk ausii vite que possible.

 

Alors autant j'ai mis du temps à décoller, autant une fois sur la route je vole littéralement. Le gué de la Blafjallakvisl est normalement l'obstacle difficile du jour, réputé comme le gué le plus difficile du laugavegur. En effet en 2009, il était infranchissable le jour de mon passage. On ne pouvait passer qu'à l'aide du 4*4 du gardien de Hvanngil.

Là, il est vraiment très peu profond. La rapidité avec laquelle je le franchis par rapport à mes congénères montre à quel point je ne suis pas dans la même démarche. Déchaussage, traversée, rechaussage pour moi alors que les autres sont encore en train de réfléchir au passage à emprunter pour ne pas s'enfoncer trop profondément.

Sans doute aussi j'ai plus d'expérience de la traversée des rivière que beaucoup. J'aime plutôt cet exercice et ne crains pas l'eau froide (encore que celle ci soit parmi les plus froides d'Islande) mais en plus aujourd'hui, j'ai le feu au cul. je en supporte pas de rester sur une portion ainsi tracée.

Il faut que je sorte de ce chemin...

Un seul arrêt véritable au bord de l'innri-emstrua sur le pont avec cette cascade si violente juste en dessous pour me remémorer des vieux souvenirs et profiter des premières fleurs depuis si longtemps. en dehors des linaigrettes, je ne me rappelle pas de fleurs depusi le début de mon voyage.

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En face de moi le Tindfjallajökull. C'est bien sympa de sillonner un même secteur. On le découvre bien profondément mais au niveau des horizons, on reste limité quand même aux mêmes paysages.

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Sur le chemin, il y'a un passage un peu sympa juste au-dessus de Emstrur avec une sorte de col. Beaucoup de randonneurs font la pause ici, sans doute venant du sud et reprenant leur souffle au bout de cette montée super raide.

En trois heures de marche, je suis à Emstrur.

Emstrur, où j'ai rencontré Patrick en 2009, et que j'avais trouvé sympa m'apparait détestable aujourd'hui.

Trop de voitures, trop d'organisation de tourisme de masse, trop grand. Je n'y retrouve pas le charme. 

Je n'arrive pa sà lier avec les gardiens du refuge, sans doute blasés par la masse des gens qui passent ou alors moi qui fais la gueule.

Je m'étais dit un moment que j'irai vers la Markarfljot à une demi-heure de là mais j'ai changé d'avis. Je dois sortir du rail.

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Dernier obstacle, la fremri-emstrua descendant de l'Entujökull. Un temps j'avais envie de passer sur ce glacier mais j'ai abandonné l'idée à cause des crevasses multiples, de la pente et encore plus de la neige au sommet du glacier. Et puis quand t'es en haut pour reprendre pied sur "terre" côté Þorsmörk est pour ainsi dire impossible.

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Le canyon est fabuleux comme dans mon souvenir. Le passage de la passerelle est dément, sensationnel. Il y'a une forte odeur de soufre issue de la rivière.

Madame Katla sous le Myrdalsjökull serait elle en colère?

Il me faut maintenant quitter ce vallon puis lorsque je rentrerai dans celui de la Ljosa (rien à voir avec celle des premiers jours), j'essaierai au plus vite de quitter le laugavegur pour me rapprocher du glacier et des ravins très encaissés jsute en-deoous. Du très beau quoi... Du Þorsmörk mythique en quelque sorte.

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Mais avant ça, au lieu dit Bjorgil, là où le sentier passe au plus près de la Markarfljot, je vais faire un tour au-dessus de l'incommensurable canyon de ce fleuve exceptionnel.

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Combien de marcheurs du laugavegur ont l'idée de faire le crochet à moins de 100 mètres du sentier balisé pour aller voir cette gorge sublime?

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Dès que possible, je remonte sur le plateau d'Almenningar vers l'est. Quelques arbrisseaux déjà sont disséminés sur la lande, signe que je ne suis plus très loin des bois de Thor (traduction de Þorsmörk).

Il exsite quelques traces de pas au début de mon cheminement qui disparaissent très rapidement. En quelques instants, j'ai le sentiment d'avoir disparu du monde connu.

Je ne sais pas si c'est à cause de la course de ce matin sur le sentier ou celle d'hier dans le désert, à moins qu'il ne s'agisse du cumul depuis dix jours, mais je suis vraiment très fatigué.

Et je n'ai pas du tout envie d'affronter les pentes qui se présentent devant moi. Juste derrière c'est le glacier Merkurjökull qui est caché.

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Vers le sud, il y'a une sorte de col assez marqué qui pourra me permettre de rejoindre les rives de la Ljosa où je planterai la tente.

Montée agréable dans de la vraie herbe avec des vraies fleurs de pissenlit et des marguerites.

Très vite, j'atteins des zones rocheuses spectaculaires très caractéristiques de ce secteur. Alors, si je me rappelle mes cours de géologie (plutôt mon bon sens, parce que ma géo est bien bien loin)... Nous avons affaire à des coulées de lave très épaisses et très lentes qui emprisonnent des bulles d'air lors de leur descente. Ces bulles d'air forment des niches souterraines. Avec le temps et l'érosion, ces cavités creuses sont libérées et on découvre des grottes et abris sous roche de plus ou moins grande taille.

Certains abris sont d'une taille exceptionnelle.

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C'est une surprise totale. Je en savais pas du tout que je pouvais rencontrer ces phénomènes ici. autre surprise, c'est que j'ai le sentiment que la carte se fout de ma gueule. Jamias ce petit vallon n'était indiqué sur la carte (les cartes parce que je les ai chez plusieurs éditeurs et à des échelles différentes).

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Je ne m'attendais pas non plus à un ravin aussi encaissé. Une chose de sûre, c'est que la progression dans ces ravins ne ve pas être simple du tout. Tous mes repérages cartographiques et satellites tombent à l'eau à la vue du relief.

il va falloir fonctionner step by step et tenter les passages dès qu'ils se présentent sans certitude de réussite.

Déjà donc, il faut trouver le moyen de descendre au bord de l'eau pour y planter la tente.

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Je n'aime pas trop les doutes en descente parce psychologiquement, c'est difficile d'abandonner et de remonter le terrain déjà gagné. On a tendance à aller trop loin, à essayer plus pour ne pas souffrir d'une dure grimpette avec le moral à l'abandon après un échec.

Ca me fait penser par exemple pour ceux qui connaissent à un vilain carton que je me suis pris l'hiver dernier dans la descente du pas des pêcheurs sous les lacs de Vens. Bloqué à moins de 20 mètres de la fin du sentier  juste au-dessus du chemin principal alors que j'avais réussi à descendre les 300 mètres sur le verglas, accroché aux branches des arbres... pffff, quel beau moment de solitude. Donc c'est pas la peine d'aller en Islande pour se mettre en galère, le Mercantour va très bien pour ça aussi.

Garanti que demain je tenterai pas par le lit de la rivière ni par les rives amont.

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Mais finir de descendre d'abord et planter la tente.

Ce vallon devrait très bien faire l'affaire pour y parvenir.

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Les marches sont très hautes mais je ne rencontre aucun problème pour arriver en bas.

Je n'ai plus que l'embarras du choix pour planter la tente sur les rebords herbeux de la rivière.

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Finalement je galère un peu à trouver.

Sous l'herbe, le sol est souvent très instable ou alors recouvert de mousses trop humides.

Je perds tellement de temps que je ne profite pas du soleil encore présent. Quand ma tente est montée, le soleil bascule de l'autre côté de la montagne. C'est fini, je suis à l'ombre.

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L'endroit est fanstastique. Bien couvert, je fais un repas succulent avec des produits frais récupérés hier dans mon colis nouveau (encore une fois je suis trop content de mon choix de voyager super léger avec des ravito fréquents).

Je suis malheureusement gêné par de trop nombreuses crampes d'estomac tout le long de la nuit, et pourtant, j'avais refourgué mes pruneaux (bon, ok, j'en ai mangé quelques uns avant de donner les sachets).

La Ljosa fait aussi un peu trop de bruit en début de nuit, because un débit important à cause de la chaleur de la journée. Ca s'arrange au fur et à mesure de la nuit.

C'est con mais je suis un peu déçu du beau temps de la journée. Ces jours là devraient être réservés pour des journées d'exception. Pour une journée de transition, un peu de temps pourri ne m'aurait pas du tout dérangé.

 

Par contre si ça bascule vers le mauvais temps à partir de demain sur des terrains aussi compliqués, je pars dans une galère innommable maintenant que j'ai besoin d'avoir un visuel parfait. Le gps ne me servira plus à grand chose avec ces ravins.

On va essayer de pas se prendre ça sous le bras pour les jours à venir et tenter de rester serein... il doit bien y'avoir au pire des échappatoires.

On verra bien (ou pas)...

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