01/05: la bonne journée de m... (Polischellu - Ferriate)

Publié le par bigfoot

Pourquoi je suis qu'à 10h30 au pont de Polischellu?

Parce que après avoir réussi à dépasser dans la montée du col un maximum de conducteurs du dimanche en ce mercredi (je suis super gavé, voir pourquoi sur article précédent), je me retrouve bloqué derrière un convoi de bagnoles de corsica canyon roulant à 30 à l'heure.

Ils sont si nombreux que ça sert à rien de me risquer à essayer d'en doubler, je serai au pont avant d'avoir de les avoir tous dépassés.

Mais j'ai hâte... Faut que je sorte de la masse.

 

AHAHAH... ils s'arrêtent au pont de Polischellu... Trop cool, je vais encore avoir des petits copains au début, je suis super content, mais alors super content que vous pouvez pas imaginer à quel point mon sourire illumine mon visage déjà irradié de bonheur après cette entame de week end si bien réussie.

 

Je coupe le contact, sors de la voiture, et big bang badaboum, un énorme coup de tonnerre. Encore plus content... Polischellu sous l'orage, je le présage moyen.

 

J'ai hâte d'y aller mais tout à coup l'abri de la voiture ne me déplait pas. Alors en attendant de voir comment ça va tourner, je vais tailler le bout de gras avec les guides du groupe de canyon.

Le patron est au demeurant super sympa, enfin un cette année. C'est bien ma veine, c'est aujourd'hui l'ouverture de la saison de canyonning à Bavella et il va y'avoir foule dans la partie basse. En plus de son groupe un deuxième arrive à l'instant. 

Pffff...

Il me demande mes projets et commence la ritournelle de la sempiternelle entre celui qui dit qu'il sait et celui qui dit qu'il veut, le tout sans support de la carte.

 

- Tu vas où?

- remontée Polischellu et descente Purcaraccia.

- tout seul?

- oui.

- mais t'es fou (ça c'est d'un tel classique que même plus je m'offusque de cette réaction)

- bah, c'est moins pire que d'aller à l'usine.

- mais y'a des rappels et de la neige.

- j'ai crampons, piolet, corde et descendeur (notez que j'ai réponse à tout).

- mais c'est super dangereux, imagine que les amarrages soient pris sous les névés.

- et bien je passerai pas, je rentrerai par bocca di santu.

- imagine que tu passes le premier rappel, si t'es bloqué au second, comment tu fais?

- euh... je pleure (j'ai moins réponse à tout)

- combien elle fait ta corde?

- 50 mètres

- mais le rappel, il fait plus de 50 mètres, comment tu vas faire?

- on m'a jamais parlé de rappel dans ce tour, j'ai juste pris la corde au cas où.

- et moi je te dis qu'il y'a deux rappels, je connais parfaitement le coin.

- alors je suis baisé.

- qu'est ce que tu fais alors?

- ben, j'essaie quand même.

- bon ok, montre moi ta bagnole, si dimanche elle a pas bougé de place, j'envoie les secours.

- c'est la corsa ecoflex (le veau) immatriculée 06.

- et après tu fais quoi?

- demain soir, j'ai fini, je reprends la caisse, remonte au lacet pour le ravon de la Vacca, traverse les Ferriate, rejoins Paliri à travers les kékés, cale dans les ravins du haut Cavu, remonte à bocca di lariciu, recherche le passage pour rejoindre bocca fumicosa à flanc, puis par la crête des terrasses, je rejoins le trou de la bombe et je rentre en stop à la bagnole.

- t'es niqué (véridique, c'est le mot employé)!!! si j'avais le temps je pars avec toi pour ce giru insensé. c'est génial. et tu comptes faire tout ça d'ici dimanche?

- ben oui.

- je surveille ta bagnole.

-ok, bye...

 

On se sépare, je prépare mon sac avec tout le bordel pour le rappel et la neige éventuelle. J'avoue qu'il m'a sacrément démoralisé avec son histoire de rappels de plus de 50 mètres. S'il a raison, je passerai pas, c'est sûr et si je suis coincé entre les deux rappels, je suis pas dans la merde. Il me restera à tester le noeud suicide que m'a appris Alex pour m'en sortir. 

C'est donc d'un pas pesant que je m'engage dans le ravin de Polischellu derrière les meutes de canyonistes. Pour tout dire, je suis pas parti que mon enthousiasme en a pris un coup sérieux et que mon histoire peu déjà la défaite.

Ajouté à ça, c'est ma première vraie sortie de l'année. Mes jambes ne sont pas encore de cet acier qui font se retourner les filles à la plage à la fin de l'été. Mon souffle est plus proche de la cornemuse percée que de celui d'Eole. Mon dos a du mal plus proche d'un arthritique octogénaire que des reins d'airin d'un percheron aux labours.

 

Dès les premiers mètres du sentiers, je manque de glisser sur les premières dalles et j'ai le coeur à la limite de sortir de ma gorge.

Et ben, c'est pas gagné...

 

Je rejoins le groupe de mon nouveau copain. c'est que je dois aller vite alors... Oui bon, il y'a une gamine de huit ans au milieu et deux ou trois habitués du bigdil avec la main dans le slip avachis sur la canapé.

Contraste marrant qu'eux en maillots de bain ou combi et moi en gore-tex et le sac débordant de matos pour la neige.

Je discute un bon moment avec le guide jusqu'à ce que l'on se sépare au départ de la partie de canyon qu'ils descendent.

J'ai vraiment fait une super rencontre avec ce type. Je suis un peu gêné vis à vis de ses clients qu'il a délaissés pour parler avec moi.

 

Il est temps de mettre des photos, non?

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Il me faut donc trouver un passage dans tout ce bordel. D'après mes infos, tout se franchit en rive droite, exceptée la grande cascade à mi-parcours.

L'intégralité se remonte en théorie si l'on n'a pas de problème pour trouver le chemin en quatre heures. Plus quatre encore pour arriver au col entre les deux ravins et on sera tout bon pour camper ce soir.

En rive gauche tout le ravin est dominé par les parois de la punta di u corbu et des Teghie Lisce. Un temps j'avais pensé chercher un passage dans un de ces ravins. Maintenant, vu d'où je suis l'entreprise me parait très compliqué.

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J'arrive très rapidement à une assez grosse cascade. Je reste dans l'idée qu'il faut passer en rive droite.

Et je m'envoie alors dans une galère d'anthologie. Les pentes sont extrêmement pentues, barrées de nombreux troncs et ravines qui m'obligent à remonter toujours un poil plus haut.

Je suis maintenant largement cent mètres au-dessus du lit du torrent et je ne vois toujours pas d'issue à cette montée éprouvante.

Le terrain est gras, terreux, ébouleux. Il n'est pas rare que des rochers partent sous mes pieds dans un fracas assourdissant. je suis surtout inquiet pour de potentiels canyonistes qui seraient en dessous. Ils sont en principe plus en aval mais on ne sait jamais que des individuels pourraient remonter un peu plus haut.

Encore une montée dans une petite ravine où je vois le "vide" entre mes jambes et me dire que je suis en train de faire fausse route lorsque l'orage éclate pour de bon et je me reçois une bonne averse sur le rable. Le temps d'atteindre un petit replat, d'admettre que je suis parti pour une galère infernale, que de toute façon, vu ce que m'a dit l'autre, je ne passerai jamais de l'autre côté.

Que plus loin si je réussissais à franchir ce passage de merde, je devrais me frotter à tout un systême de dalles bien glissantes avec ce temps de merde...

J'ai pas commencé que déjà j'ai perdu... Le moral n'y est pas. je ne suis pas dans une démarche positive. Je n'ai ni force, ni foi, ni envie de plus loin ou de découverte.

Passons à autre chose.

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Au retour en arrivant au torrent après une descente forcément encore plus casse gueule qu'à la montée, je rencontre un couple de suisses qui vont descendre en canyon le torrent de beaucoup plus haut. Comme quoi, ils passaient un quart d'heure plus tôt, ils prenaient ma pluie de rochers sur le coin de la gueule.

Eux aussi face à cette cascade ils sont bloqués mais on leur a dit qu'il fallait passer par la rive gauche, contrairement à mes infos. Il y'aurait une ligne de cairns montrant le passage dans la falaise.

Ils l'ont à peine mentionnée que je la découvre remontant dans une fracture entre deux dalles de la falaise. Un gros cairn énorme surplombe la fin du passage une cinquantaine de mètres au-dessus de nous. Plutôt impressionnant d'ailleurs dans cette ambiance orageuse.

Le type s'y lance sans trop réfléchir et galère un peu à trouver les prises (c'est un vrai petit pas d'escalade qu'il faut affronter) mais s'en sort sans problèmes avant d'aider sa copine à monter.

Pour ma part, à quoi bon m'y frotter? De toute façon, j'ai abandonné en moins de deux heures dans ce canyon l'idée de réussir.

Je rentre la queue entre les pattes et l'orgueil rangé au fond du sac à dos à la voiture et qui je croise en sortant ???

Mon groupe de canyon...

Je rediscute avec lui. il me dit que j'ai bien fait, que ce n'était vraiment pas raisonnable mais cette fois on sort la carte pour bien exposer mon projet.

Et c'est là que je m'aperçois qu'on parlait pas du même tour. Lui pensait que je sortirai beaucoup plus haut et que je voulias redescendre par le ravin de Nero. 

Ah ben ouais, c'est pas du tout pareil, moi, je voulais sortir à punta Purcaraccia... 

Ah ben non, il connait pas par là...

Grrrrr... que je bouillonne intérieurement, il m'a cassé le moral sur une idée qui n'était pas la mienne et maintenant que je suis ressorti, il est hors de question que je retourne dans ce ravin que je honnis de toutes mes forces. J'y ai eu à la fin des relents de claustrophobie dans la touffeur moite au milieu de cette forêt encaissée si épaisse.

 

Il s'agit donc de rejoindre le départ de mon itinéraire deux sous Larone pour rejoindre la Vacca. Au moins pour me consoler je peux me dire que j'ai gagné 24 heures de marge sur l'itinéraire et que je peux me permettre quelques galères.

 

Une bière pour me remettre d'aplomb que j'avais planqué sous un cailloux du Polischellu avant de partir et me voici garé en vrac dans le lacet qui amène aux aiguilles d'Ornicciu.

J'abandonne le matos neige mais conserve la corde "au cas où c'est que je serais dans la merde".

Il est 14h passé allègrement et je suis déjà bien entamé par ma première tentative avortée. 

Ah ça, quand on perd, on récupère moins vite. Je n'ai pourtant qu'une petite dizaine de kilos sur le dos, ayant sacrifié le confort de la tente pour me contenter de dormir à la belle étoile. 

Le temps a l'air de se bonifier quand je redémarre. L'atmosphère est moins étouffante et j'occupe pour l emoment une position dominante. En face se découvre le tour que j'avais prévu de faire.

A gauche le ravin de Polischellu et à droite tout à droite de Punta Malanda (le sommet triangulaire) passe la Purcaraccia.

Au milieu la fantastique punta Lunarda qui fait rêver tous les escaladeurs du monde (au moins).

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Il est maintenant temps de se tourner vers le prochain objectif, c'est à dire le franchissement du massif de Ferriate.

Alors c'est très simple... Vous voyez la pointe isolée au milieu? Il suffit de remonter par le couloir de droite jusqu'au col (à gauche il parait que ça le fait aussi, ah!!! sacré Philippe).

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Ca parait vu d'ici autre que raide.

D'abord un petit crochet vers les aiguilles d'Urnucciu et leurs ruines troglodytes. Je n'en fais pas tout à fait le tour complet par grosse flemme mais je pense qu'une visite s'impose.

Je me fais une dernière petite sieste avant d'attaquer la descente sur la Vacca et affronter le maquis qui m'attend derrière.

Comme d'hab, moins de deux minutes plus tard arrivent deux filles (c'est déjà mieux, d'habitude c'est des barbus) précédées par leur chien.

Deux alpinistes parties dans des grandes voies dans les parages qui sont descendues vite fait à cause de l'orage.

L'une est accompagnatrice en montagne et balade des "goyos" sur le gr20... Comme s'il fallait un guide pour tracer sur le gr20. Vous me direz qu'il y'a bien des gens qui ont besoin d'un gps pour rouler sur l'autoroute.

L'autre étudie les chauve-souris corses lesquelles ne sont pas endémiques et pourraient donc être étudiées n'importe où ailleurs mais bon, c'est plus sympa de les observer dans la Restonica qu'à  la gare de Saint-Pierre des Corps (encore que j'aime beaucoup Tours et c'est un ex-étudiant d'Orléans qui en parle).

Ca m'amène à lui poser la question de savoir ce qui pousse un chercheur à s'orienter vers des études aussi spécifiques voire rocambolesques. C'est quelque chose qui m'a toujours intrigué.

Le hasard, rien que le hasard.

 

Petite discussion bien sympa qui ne me fait pas regretter ma sieste avortée. Elles me demandent mon projet puis me font promettre d'être prudent au vu du parcours que je décris... Alors là je comprends pas... Elles vont se suspendre à 100 mètres au-dessus du vide pendues au bout d'un fil et me disent d'être prudent alors que je suis toujours avec mes pieds en contact avec le sol... Va comprendre, Charles (pas Pujos, hein ;) ).

 

Et c'est parti!!!!!!!!! 

Ferriate, me voici!!!!!!!!!!

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Je vous jure que je suis pas serein.

La descente vers le canyon de la Vacca est dégueulasse, ravinée, le sentier à moitié déglingué...

Mais je peux dire aujourd'hui qu'il y'a un sentier, alors, aussi déglingué soit-il, il faut remercier le ciel qu'il existe.

Vous n'allez pas tarder à comprendre pourquoi... Je vous en conjure, n'allez jamais vous commettre dans le bordel dans lequel je me suis fourré.

La Vacca, magnifique, rien à ajouter d'autre que des photos.

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Retentative de sieste... un vrai succès cette fois. Remplissage de la gourde. 

Profitage du paysage.

Et maintenant, il faut traverser, donc se déchausser. il y'a énormément d'eau en cette période après cet hiver pourri qui n'en finit pas.

Une fois sur la rive droite, du bon côté donc, je vais pas m'emmerder à déchausser pour retraverser à chaque accident de terrain donc je remonte sur les rives chaque fois que nécessaire jusqu'à l'entrée du couloir.

Putain... J'y laisse la santé et je ne suis pourtant qu'à 300 mètres d'altitude. La sortie du couloir est à plus de 1000 mètres.

Et ce qui m'attend vu d'en bas me laisse pour le moins songeur...

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Va falloir passer à travers ce bordel, et là même la trace du moindre sentier à moitié déglingué. Même complètement déglingué, ce serait un soulagement...

Pour moi la diffculté d'un passage se mesure au nombre de photos que je prends. En galère, t'as autre chose à faire que de shooter à tout va. Au dépouillement de la carte mémoire, je me rends compte que j'en ai pris moins de dix jusqu'au col. C'est un signe.

En bas du couloir, ambiance chênes verts et ronces.

Pour échapper au maximum aux lacérations dans les ronciers, j'essaie de progresser sur les blocs du ruisseau asséché au centre du ravin.

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Il faut quand même être particulièrement con pour rester en short dans cette ambiance griffue.

Et bien I did it...

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Et au bout d'un moment même le souffle du vent te fait mal tellement t'en peux plus des frottements contre la végétation.

Mais ce n'est pas le pire... Non loin de là...

il y'a bien sûr la raideur de la pente que tu affrontes de face parce que t'as pas le choix à cause de la densité végétale.

Mais c'est pas ça le pire... Non loin de là...

Il y'a aussi la claustrophobie dans cette fameuse densité ou le vertige quand tu sors du bois et que tu t'aperçois de la verticalité des parois que tu longes...

Mais c'est pas ça le pire... Non loin de là...

Mais qu'est ce que t'es heureux quand t'as deux cailloux qui repoussent les assauts de la forêt.

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Le pire, c'est les branches... surtout les branches mortes des bruyères... Elles forment un entrelac à 50cm-1 mètre du sol... Je déteste plus que les ronces.

Il faut se frayer un passage à travers. Alors au début, tant que tu as un peu de lucidité, tu les franchis une à une. Je la soulève, passe dessous, me retourne, la relache puis attaque la suivante à 10 cm.

10 mètres plus loin, tu viens d'en affronter 1000, ça fait un quart d'heure que tu batailles. T'avances pas, t'en sortiras jamais de cette manière. alors tu adoptes le mode sanglier, celui du passage en force. 

Elles sont pas flexibles, les branches des bruyères mais si tu tires asez fort, elles cassent.

Le problème aussi, c'est qu'elles te reviennent en pleine gueule à mach 2.

Je suis recouvert au bout d'une heure d'une espèce de colle gluante sur laquelle vient se collent tout le pollen jaune de ces salopereis de bruyère.

Je te jure qu'il faut avoir la foi ici dans l'enfer vert. Rien, pas une fois je ne rencontre l'amorce d'un sentier, d'un cairn, d'une trace de l'homme. Pourtant, de temps en temps je tombe sur de vieilles charbonnières. Mais que venaient donc foutre des gonzes ici? C'est un truc de dingue.

Mais je reviens au pire. Le pire du pire, encore pire que si ça avait été plus pire... c'est le sac à dos combiné aux branches...

Inlassablement les branches viennent se coincer entre ton cou et le sac, coupant ton élan dans la montée sur des pentes parfois à 45°. 

Plusieurs cas de figure. Dès que tu sens la tension, tu t'arrêtes, te retournes ou essaies d'attrapper la branche pour la sortir de cet espace en douceur.

Ou alors, tu t'arrêtes pas au contraire et tu forces encore plus pour passer jusqu'à ce que ça casse. Si ça casse tu te retrouves avec un morceau de deux mètres planté dans ton dos qui va s'accrocher à la suivante et ainsi de suite.

Ou alors ça casse pas et tu repars en arrière cul par dessus tête te ramasser dans les racines ou les ronces.

Je hais cette ambiance, cette atmosphère, ces forêts là.

Ce qui est très con, c'est que je savais parfaitement que j'y serai confronté. C'est même d'ailleurs ce que je recherchais, affronter de nouveau ce maquis impitoyable.

 

Vous savez quoi? Puisque je cherche tant le masochisme, la prochaine fois, je mettrai du gravier dans mes chaussettes et du tabasco sur le zob pour donner du piment...

Parce que sinon, c'est vraiment trop facile.

 

Pourtant en sortant parfois de sous la canopée (oui, c'est approprié ici, je vous le jure), on a des visions intéressantes.

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Et puis je suis pas tout seul. Y'a les cochons, assez rares toutefois. Pas assez de sacs à dos de randonneurs couillons à dépouiller.

Par contre, ceux qui sont présents sont d'une autre trempe que ceux qu'on croise à Popaghja.

Une truie est sur le point de m'attaquer pour protéger sa progéniture, m'obligeant à la caillaser pour la faire fuir.

Ce qui ne me laisse pas le temps de profiter des petits cochons trop marrants.

Celui que j'ai pris en photo n'arrivait pas à franchir ce rocher, il a mis au moins 5 secondes à patiner sur ce dernier petit tronçon.

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Le spectacle commence à prendre de l'ampleur. Punta Lunarda est pile en face de moi. Les montagnes autour de moi sont déchiquetées, complètement déformés par des centaines de tafoni.

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J'arrive à l'altitude 800 à un petit collet entre deux des couloirs de montée. J'hésite un petit moment à basculer dans le nouveau qui s'offre à moi mais décide de rester dans le mien que je sais parcourable jusqu'au bout.

On va laisser tomber pour ce soir l'improvisation.

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Mais après ce collet, dans mon couloir, je me retrouve fortuitement un peu trop à l'est, bloqué sous une barre rocheuse. Il me faut repartir en courbe de niveau vers le centre du ravin et je tombe sur un inextricable bois de bruyères.

Deux choix... Soit j'accepte de reperdre de l'altitude pour le contourner par le bas, soit, j'y fonce tête baissée.

Choix deux. Je sais pas si c'était le bon. Mille fois, le sac s'est coincé. Mille fois, j'ai tiré, deux cents fois, j'ai cassé la branche, huit cents fois je suis reparti en arrière...

Mais je suis passé, mes épaules sont détruites, l'un d'elle est en sang à force de frotter sur les bretelles du sac à dos, c'est la première fois que ça arrive.

La conclusion avant d'arriver au bout de cette journée quand on affronte ce terrain est qu'il ne faut pas avoir de gros sac à dos.

 

Je ne sais pas commetn je vais m'en sortir d'ici dimanche.

Le haut du couloir est moins obstrué. La fin du parcours est plus facile sauf que je suis dans un état de fatigue dépassant l'entendement.

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Et puis au bout de mille ans, j'arrive enfin au col nommé Posto di condutorri.

Je n'en connais pas l'éthymologie et ce soir en particulier, j'avoue que je m'en fous royalement.

La Punta Tafunata m'apparait dans sa splendeur. Je tourne un peu en rond à la recherche d'un point de boivouac acceptable dans les rochers avant de sortir l'appareil photo. Entre temps, la brume est sortie et couvre désormais la montagne.

Pas grave, l'essentiel est ailleurs. Je suis en haut, basta pour aujourd'hui.

Je suis physiquement ruiné.

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A quelques mètres les parois de punta di Ferriate, complètement rongées...

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Le col est dégueulasse pour dormir.Aucun endroit assez vaste pour dérouler un duvet (je ne parle pas d'une tente).

Je reviens donc m'installer sur la "sente" que j'ai trouvée juste sous le col.

je n'ai même pas la force de manger. Tout juste celle de dormir.

 

Vers onze heures, l'habituelle envie de pisser me prend. En me levant, je sais pas comment je me débrouille mais je marche sur mon thermarest à 100 euros increvable.

 

Pfffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffffff!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

Bon, ben c'est pas cool, va falloir dormir sur les cailloux qui te rentrent dans le dos.

 

Même pas la force d'avoir les boules.

Bonne nuit!!!

A demain pour de nouvelles aventures aussi pourries (je fais même pas dans le suspense)...

Publié dans corse

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Corse sauvage 24/06/2013 16:11

Quelques commentaires complémentaires pour essayer d'éclairer les épreuves de David :

- Ravin du Pulischellu :
C'est effectivement par des "sentes" de la RD (on peut sans doute depuis longtemps passer aussi par la RG !) que l'on remonte traditionnellement ce ravin du départ à la cascade à 800m d'altitude.
Mais, ces sentes ne sont jamais à plus de 40/50m au-dessus du ruisseau et je vois mal comment il pouvait être 100m au-dessus de l'eau ! Sans doute, David a-t-il dû nous inventer une nouvelle
variante pour égayer cette montée sous la menace de l'orage ? De toute manière, avec l'orage en cours, les difficultés rocheuses de contournement de la cascade plus haut et les risques de neige en
haut de la montée, il valait mieux avoir recours à une retraite honorable !

- Ravin de Nero : c'est sans doute au ravin de Nura que le moniteur de Corsica Canyon faisait allusion. 1°) Je vois mal comment il a pu imaginer qu'on puisse y accéder par le ravin du Polischellu
au lieu des traditionnelles crêtes par les aiguilles d'Asinao ou par Tova ? 2°) C'est une descente de canyoning et je comprend encore plus mal qu'il ait pu comprendre que Davi partait pour du
canyoning ?

- Ravin NW des Ferriate jusqu'à Bocca di I Cunduttori : les deux ravins N et NW des Ferriate se remontent effectivement tous les deux. Le ravin N est une impasse et ne peut sans doute se descendre
de l'autre côté qu'au prix de rappels (Cf. http://corse-sauvage.com/ravinisme/bavedda/grand-ravin-n-des-ferriate.html). Le ravin NW fait partie d'un parcours connu (au moins de moi-même) appelé
"Giru di Ferriate" (Cf. http://corse-sauvage.com/ravinisme/bavedda/giru-di-ferriate.html) et faisant le tour des aiguilles pour rejoindre Bocca Finosella. Le bas de ce couloir s'atteint
"normalement" par une sente en ligne de niveau depuis la piste DFCI le long du San Petru. Seul David pouvait imaginer le rejoindre directement depuis le lit du ruisseau de la Vacca, rajoutant ainsi
un peu de piment à sa "balade familiale"... Bien entendu, je lui avais signalé durant sa phase préparatoire le risque potentiel du maquis sur ce "raccourci", mais il a préféré ne pas modifier la
beauté esthétique de son parcours, même au prix de la galère que l'on pouvait envisager et qui n'a pas manqué de se produire. Quant aux cochons des Ferriate, je ne connaissais pas !
Pour l'étymologie de Bocca (ou Posto) di I Cunduttori : sans doute, un point d'étape pour les "conducteurs" de mules qui aidaient à descendre le charbon de bois que l'on exploitait dans ces
forêts... Et oui, c'est un couloir non pas "à vaches", mais "à mules" que l'on remonte jusqu'à ce col ! Et, visiblement, il n'y a pas que le Thermrest qui n'était pas increvable...

bigfoot 30/11/2013 14:34



polischellu: la retraite honorable sous la cascade oui, mais à mon niveau, c'était ridicule... la retraite lâche malheureusement. pas au top sur le coup.


 


nero: il faut toujours l'appui d'un support visuel pour se comprendre dans ce type de terrain. ça pousse à des erreus imbéciles. peut être que je ne me serais pas découragé si vite s'il ne
m'avait pas cassé le moral par erreur.


 


ferriate: fuyez les gars... n'y mettez jamais les pieds, sauf à vous munir de napalm pour dégager l'espace devant vous.



Corse sauvage 24/06/2013 14:44

C'est sûr que l'ami David est un peu "niqué" ! Même connaissant bien les coins (Bavella, Haut Cavu) en habitant sur place et en étant bien habitué au "solo" dans les ravins locaux, je n'aurais pu
imaginer un parcours en boucle comme celui qu'il m'avait envoyé comme projet initial vers février/mars 2013 ! Malgré mes multiples propositions "d'amendements", le projet final avait gardé quelques
tares rhédibitoires qui rendaient la probabilité de sa réalisation sans problème voisine de zéro : départ avec un sac de 130kg avec piolets - crampons - corde, neigne envisagée à partir de 1600m
sur les crêtes de Bavella, choix de ravins délirants (certains connus pour être difficiles, Polischellu, Purcaraccia, ..., d'autres inconnus, Bocca di u Lariciu par Frassiccia, ...) et parfois bien
maquisés, itinéraires délicats avec des projets de "raccourcis" dont j'avais signalé le caractère risqué du franchissement pour cause de maquis bien saignant à afronter sans outils sauf à hausser
le poids du sac à 150 kg !!
Et, effectivement, en ce matin du 1er mai, lorsque j'entendis l'orage gronder, je ne donnais pas cher de la peau de David et cherchais déjà à l'avance les moyens les plus rapides de déclencher les
secours...

bigfoot 30/11/2013 14:28



Il faut toujours avoir un minimum d'ambitions... mais c'est vrai qu'après coup, en effet on peut dire que ça ne pouvait pas passer.


le maitre mot ici, des sorties courtes, maxi deux jours, avec poids minimum sur le dos...


ça m'a servi de leçon donc en train d'échaffauder un nouveau projet du même type pour nöel beaucoup plus sage dans le même quartier en tenant compte des expériences précédentes...


donc 4 jours avec tente (les nuits sont trop longues en décembre pour un bivouac confortable en plein air), corde, machette, effets d'hiver dans les ravins les plus improbables du haut-cavu.


normalement tous les ingrédients sont réunis pour une nouvelle réussite de haut vol...


 


 



Rachel 10/06/2013 12:27

Non mais tu te plains tout le temps toi ahahah . ;) :P
Punaise qué galere!!! T'es vraiment sado maso quand même!!!
;)

bigfoot 10/06/2013 16:02



je me plains mais c'est pour bonifier les moments d'extase à venir!!! 


bon, ok, c'est pas pour tout de suite mais ça va pas tarder...